Apprenti en surhumanité
3 jours après la publication de mon article Immobilité + Intense aspiration dans lequel j'évoquais avec étonnement un rêve qui m'a fait penser à Superman 2, un film que j'ai vu quand j'avais 11 ans, il y a 45 ans... il m'est revenu quelque chose en mémoire.
À un moment donné vers la fin du film, Superman est amené à s'agenouiller un instant devant son ennemi pour lui faire croire qu'il a perdu ses super-pouvoirs.
Évidemment, tout ça c'est du cinéma, ces histoires de super-héros ont quelque chose de très enfantin. Pourtant, sur le plan du vocabulaire, entre le superman et le surhomme, nous ne sommes pas très loin.
Alors, j'ai repensé à cette parole du Mère de l'Agenda sur le fait d'être un apprenti en surhumanité. Ma recherche m'a permis de découvrir trois Agendas très intéressants :
8 octobre 1956
«Être toujours au sommet de toi-même, quoi qu’il arrive.»
Alors je me suis demandé quand et comment je suis au sommet de moi-même ? Et j’ai vu ceci :
Deux choses qui étaient parallèles et concomitantes, c’est-à-dire qui sont toujours ensemble :
L’une : l’identité avec l’Origine, qui donne dans l’action une sérénité absolue et un détachement parfait.
L’autre : une identité avec la Grâce suprême, qui donne dans l’action l’effacement, l’abolition de toutes les erreurs commises par qui que ce soit et quoi que ce soit – et l’annulation de toutes les conséquences de ces erreurs.
A ce moment-là, quand j’ai perçu comme cela, j’ai vu que la troisième attitude que j’ai dans l’action, et qui est la volonté de progrès pour la terre tout entière et chaque individu en particulier, n’était pas le sommet de mon être.
(Vers six heures du matin, lorsque Mère apparaît à son balcon)
Soit dit en passant, se repose-là, une fois encore, cette faculté d'identification si nécessaire...et dont je nous ne sommes pas encore venu à bout, ni dans la compréhension complète du procédé, et encore moins dans la réalisation pratique.
* * *
On n’est jamais qu’un apprenti divin : le Divin d’hier n’est qu’un apprenti pour le Divin de demain... Non, je ne parle pas d’une manifestation progressive: cela, c’est beaucoup plus bas.
Quand je suis au sommet de moi-même, je suis déjà trop haut pour la manifestation.
Je suis passée bien au-delà de ce que j’avais écrit ce matin.
Si l’humain est trop lourd, trop étroit, trop obscur pour te suivre ?
C’est justement le contraire de ce que tu viens de dire ; non pas que le Divin dans sa divinité s’oppose à Lui-même manifesté : Il va très au-delà, au-delà de la nécessité de la Grâce; Il perçoit l’unique et exclusive responsabilité ; et que c’est Lui-même et Lui seul qui doit changer dans Sa Manifestation pour que tout change.
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10 mai 1958
Ce matin, tout d’un coup, j’ai regardé mon corps (généralement je ne le regarde pas : je suis dedans à travailler), j’ai regardé mon corps et je me suis dit : «Voyons, qu’est-ce qu’un témoin dirait de ce corps ?» (le témoin dont parle Sri Aurobindo dans La Synthèse des Yoga). Rien de très remarquable. Alors j’ai formulé cela comme suit (Mère lit une note manuscrite) :
«Ce corps n’a ni l’autorité incontestée du Dieu, ni la sérénité imperturbable du sage.»
Alors quoi ?
«Il n’est qu’un simple apprenti en surhumanité.»
C’est tout ce qu’il essaie de faire.
J’ai vu et compris très bien que j’aurais pu, en me concentrant, lui donner cette attitude d’autorité absolue de la Mère éternelle. Quand Sri Aurobindo m’a dit : «Vous êtes Elle», il a en même temps conféré à mon corps cette attitude d’absolutisme dans l’autorité. La vision intérieure de la vérité était là et, par conséquent, je me souciais fort peu des imperfections du corps physique – je ne m’en occupais pas et, à travers lui, je dictais. Sri Aurobindo faisait la sâdhanâ pour ce corps, qui n’avait qu’à rester constamment ouvert à son action1.
1. Cette dernière phrase a été rajoutée manuscritement par Mère.
Et nous, est-ce que nous sommes... "constamment ouvert à son action..." celle de Sri Aurobindo, de Mère, du Divin de demain, de la Mère divine, de la Conscience divine, de l'Infini, de l'Éternel, de la Vérité suprême... ? Comment arriver à ce... "constamment" ?
Après, quand il est parti et qu’il m’a fallu faire le yoga moi-même, pour être capable de tenir sa place physique j’aurais pu prendre l’attitude du Sage. Je l’ai fait puisque, à ce moment-là, au moment où il est parti, j’étais dans un état de sérénité sans égal. Quand il m’a dit en sortant de son corps et en entrant dans le mien : «Tu continueras, tu iras jusqu’au bout du travail», à ce moment-là j’ai imposé à ce corps une sérénité : la sérénité d’un détachement total. J’aurais pu rester comme cela.
Mais la sérénité absolue implique en quelque sorte le retrait de l’action, il fallait donc choisir l’un ou l’autre. Je me suis dit : «Je ne suis ni ceci exclusivement, ni cela exclusivement.» Et au fond, faire le travail de Sri Aurobindo, c’est réaliser le Supramental sur la terre. Alors j’ai commencé ce travail-là, et à vrai dire je n’ai demandé à mon corps que cela. Je lui ai dit : «Maintenant tu vas rectifier tout ce qui est démoli et, petit à petit, tu vas réaliser cette surhumanité intermédiaire entre l’homme et l’être supramental, c’est-à-dire ce que j’appelle le surhomme.»
Et c’est cela que j’ai fait depuis huit ans ; et encore beaucoup plus depuis deux ans, depuis 1956. Alors là, c’est le travail de chaque jour, de chaque minute.
Voilà où j’en suis. J’ai renoncé à l’autorité incontestée du Dieu, j’ai renoncé à la sérénité inébranlable du Sage... pour devenir le surhomme. J’ai tout concentré là-dessus.
On verra.
J’apprends à travailler. Je ne suis qu’un apprenti, un simple apprenti : je suis en train d’apprendre le métier !
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6 mai 1967
J'ai eu une méditation qui était très agréable, très bonne. Je sentais la Puissance, mais...
Oui, la méditation donnait l'impression de quelque chose de très charmant.
Et cette insistance constante sur l'Harmonie-l'Harmonie-l'Har-monie... Un équilibre harmonieux : un équilibre harmonieux des nations, un équilibre harmonieux des gens, un équilibre harmonieux des facultés intérieures, un équilibre harmonieux... comme cela.
Et alors, les résistances s'expriment très clairement comme une désharmonie.
Quelque chose d'extrêmement souriant, harmonieux, souriant, harmonieux...
Il y a eu un phénomène assez intéressant (c'était hier ou avant-hier), des petits détails amusants : maintenant le dernier membre du gouvernement de l'Inde s'est pour ainsi dire converti. Tous les membres du gouvernement (du gouvernement central ; je n'entends pas dans tout le pays, mais au centre), tous les membres du gouvernement central sont... (comment dire ?) on pourrait presque dire des «apprentis disciples de Sri Aurobindo», avec une grande bonne volonté de servir.
Et partout-partout dans le monde, les signes d'une bonne volonté CONSCIENTE qui s'éveille.
C'était ce que Sri Aurobindo m'avait dit. Ce qu'il voyait, c'était que la Force supramentale aurait suffisamment d'influence sur les divers gouvernements de la terre, des pays, pour que l'on puisse espérer une harmonie.
Si c'est comme cela, c'est quelque chose.
La seule fleur liée à la surhumanité
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Le but de nos aspirations.
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Quand naîtra le surhomme en souverain de la Nature,
Sa présence transfigurera le monde de la Matière ;
Il allumera le feu de la Vérité dans la nuit de la Nature,
Il établira sur la terre la grande loi de la Vérité ;
L'homme aussi répondra à l'appel de l'Esprit.
Éveillé à ses possibilités secrètes,
Éveillé à tout ce qui dormait en son cœur
Et à tout ce que voulait la Nature lorsque la terre s'est formée
Et que l'Esprit a fait de ce monde ignorant sa demeure,
Il aspirera à la Vérité, à Dieu et à la Joie.
Sri Aurobindo – Savitri – Livre 11
J'ai recherché sans succès cette citation dans tout Savitri... et j'ai compris qu'il s'agissait d'une autre traduction que celle de Satprem qui propose cette version :
Quand l’homme suprahumain naîtra comme roi de la Nature
Sa présence transfigurera le monde de la Matière :
Il allumera le feu de la Vérité dans la nuit de la Nature,
Il posera sur la terre une loi plus grande de la Vérité ;
L’Homme aussi répondra à l’appel de la Vérité.
Conscient de sa possibilité cachée
Conscient de tout ce qui dormait dans son cœur
Et de tout ce que la Nature entendait quand la terre fut formée
Et quand l’Esprit fit de ce monde ignorant sa maison,
Il aspirera à la Vérité et à Dieu et à la Félicité.
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Essentiellement, l'on peut dire que c'est l'appel et l'attirance du futur qui créent le passé et le présent ; or l'on verra de plus en plus clairement que ce futur n'est autre que la croissance du divin en l'être humain, et que c'est là le destin suprême de cette humanité pensante et volontaire qui s'efforce vers sa propre perfection. Cette note, nous l'entendrons de plus en plus souvent ; c'est le chant du divin qui croît au cœur du genre humain, le chant de l'unité humaine et de la liberté spirituelle, de la surhumanité future de l'homme, le chant de l'idéal divin qui cherche à se réaliser dans la vie de la terre ; c'est l'appel lancé à l'individu pour qu'il se hisse jusqu'à ses possibilités divines.
Sri Aurobindo – La poésie future
Deuxième partie – Chapitre 5
C'est magnifique ! 💓
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Si un épanouissement spirituel sur la terre est la vérité cachée de notre naissance dans la matière, si fondamentalement c'est une évolution de la conscience qui a pris place dans la Nature, alors l'homme tel qu'il est, ne peut être le dernier terme de cette évolution. Il est une expression trop imparfaite de l'Esprit ; le mental lui-même est une forme et un instrument trop limité, ce n'est qu'un terme intermédiaire de la conscience ; l'être mental n'est qu'un être de transition. Si donc l'homme est incapable de dépasser le mental, il doit être dépassé ; le Supramental et le surhomme doivent se manifester et prendre la tête de la création. Mais si son mental est capable de s'ouvrir à ce qui le dépasse, alors il n'y a pas de raison pour que l'homme lui-même n'arrive pas au Supramental et à la surhumanité, ou, tout au moins, qu'il ne prête pas son mental, sa vie et son corps à l'évolution de ce terme plus grand de l'Esprit et à sa manifestation dans la Nature.
Sri Aurobindo – La Vie Divine
Livre 2 – Chapitre 23
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Douce Mère, est-ce qu’il ne peut pas y avoir des états intermédiaires entre l’homme et le surhomme ?
Il y en aura probablement beaucoup.
Homme et surhomme ? Tu ne parles pas de la nouvelle espèce supramentale ? Tu parles vraiment de ce que nous appelons, nous, le surhomme, c’est-à-dire l’homme qui est né de la manière humaine et qui essaye de transformer son être physique tel qu’il l’a reçu par sa naissance humaine ordinaire ? S’il y a des échelons ? Il y aura certainement une quantité innombrable de réalisations partielles. Suivant la capacité de chacun, le degré de la transformation différera, et il est certain qu’il y aura un nombre considérable d’essais plus ou moins infructueux, ou plus ou moins fructueux, avant d’arriver à quelque chose qui ressemblera au surhomme, et ceux-là mêmes seront des tentatives plus ou moins réussies.
Mais à l'évidence, au final, même les résultats infructueux, moins fructueux ou plus ou moins réussi ont tous leur importance. Je crois que ce n'est pas de réussir qui est important – d'ailleurs, si j'ai bien compris, le karma yoga nous dit que le succès ou l'échec n'est pas entre nos mains –, mais d'essayer. Nos efforts sont les semences de l'Avenir.
Tous ceux qui s’efforcent de surmonter la nature ordinaire, tous ceux qui essayent de réaliser matériellement l’expérience profonde qui les a mis en rapport avec la Vérité divine, tous ceux qui, au lieu de tourner le regard vers l’Au-delà ou le Haut, essayent de réaliser physiquement, extérieurement, le changement de conscience qu’ils ont réalisé au-dedans d’eux-mêmes, sont tous des apprentis-surhommes...
Et là, il est des différences innombrables dans le succès de leur effort.
Chaque fois que nous essayons de ne pas être un homme ordinaire, de ne pas vivre la vie ordinaire, d’exprimer dans nos mouvements, nos actions, nos réactions, la Vérité divine ; quand nous sommes gouvernés par cette Vérité au lieu d’être gouvernés par l’ignorance générale, nous sommes des apprentis surhommes, et suivant le succès de nos efforts, eh bien, nous sommes des apprentis plus ou moins bons ou plus ou moins avancés sur le chemin.
Tout cela ce sont des étapes, alors...
Au fond, la question est de savoir, dans cette course vers la Transformation, lequel des deux arrivera le premier : celui qui veut transformer son corps à l’image de la Vérité divine ou la vieille habitude de ce corps d’aller en se décomposant jusqu’à ce qu’il soit tellement déformé qu’il ne puisse plus continuer à vivre dans son intégralité extérieure. C’est une course entre la Transformation et la Déchéance. Parce qu’il n’y a que deux choses qui puissent être des points d’arrêt et dire jusqu’à quel point on a réussi :
➡ ou le succès, c’est-à-dire devenir un surhomme (alors naturellement on peut dire : maintenant je suis arrivé au résultat)...
➡ ou bien la mort.
Jusque-là, normalement, on est «en route».
C’est l’une de ces deux choses — ou le but atteint ou la rupture brusque de la vie — qui met une fin provisoire à la marche en avant. Et sur la route, chacun est plus ou moins loin, mais jusqu’à ce qu’on arrive au bout, on ne pourra pas dire à quel échelon on est. C’est l’échelon final qui comptera. Alors c’est seulement celui qui viendra dans quelques centaines ou quelques milliers d’années et qui regardera en arrière, qui pourra dire : «Il y a eu tel échelon, tel autre échelon, telle réalisation, telle autre réalisation.» C’est de l’Histoire, cela, ce sera une perception historique de l’événement. Jusque-là, nous sommes tous dans le mouvement et dans le travail.
Où en sommes-nous et jusqu’où arriverons-nous ?... Il vaut mieux ne pas trop y penser parce que ça vous coupe les jarrets et on ne peut pas bien courir. Il vaut mieux penser seulement à courir, et pas à autre chose. C’est la seule manière de bien courir. On regarde là où on veut aller et on met tout son effort dans le mouvement pour avancer. Où on en est, ça ne nous regarde pas.
Je dis «c’est de l’Histoire», ça viendra après. Les historiens de notre effort nous diront (parce que peut-être nous serons là encore), nous diront ce que nous avons fait, comment nous l’avons fait... Pour le moment, ce qu’il faut, c’est le faire — c’est la seule chose importante.
Ci-dessous, l'enregistrement audio de cet Entretien du 8 octobre 1958
Mère. Entretiens (1955-58): Tape recordings
Mère Entretiens Le 8 octobre 1958 Douce Mère, est-ce qu'il ne peut pas y avoir des états intermédiaires entre l'homme et le surhomme? Il y en aura probablement beaucoup. Homme et surhomme? Tu n...
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