Immobilité + intense aspiration pour que ça change = ...
Parmi tous les textes sur la perfection que j'ai partagé dans les 10 articles précédents, tous n'ont pas évidemment eu sur moi le même impact. Pourtant, il en est deux, qui associés l'un à l'autre ont enclenché il y a quelques jours une puissante expérience que je n'ai pas voulu partager sur le moment, peut-être pour la digérer. Et c'est seulement maintenant qu'elle vient d'être "recouverte" par une autre expérience que je me suis résolu à ces confidences, histoire d'en laisser une trace.
Pour commencer, voici les deux extraits des Agendas qui ont induit l'expérience.
18 octobre 1969
Mais j'ai l’impression de quelque chose qui manque, d'un chaînon, quelque chose...
Pas un «chaînon»...
Ce serait plutôt une passivité qui manque. Tout est trop actif. Et pour que la Force puisse passer rapidement pour atteindre le corps, il faut une GRANDE passivité. Je vois cela : chaque fois qu'il y a une pression pour agir sur une partie du corps ou une autre, ça commence toujours par une absolue passivité qui est... la «perfection de l’inertie», tu comprends ? Ce que l’inertie représente comme imparfait, c'est la perfection de cela… Quelque chose qui n'a aucune activité propre – c'est justement TRÈS difficile pour ceux qui ont un grand développement mental, c'est très difficile. Parce que tout le corps a travaillé toute sa vie à être justement dans cet état de réceptivité au mental, qui faisait son obéissance, sa docilité, etc., et c'est cela qu'il faut abolir.
(…)
D'avoir l’aspiration active ? Oui, mais alors ce n'est plus cette immobilité.
Il y est arrivé, il a compris le moyen, comment faire.
Les deux ensemble, l’union des deux ?
Oui, ils sont ensemble. C'est cela qu'il est arrivé à avoir : une immobilité complète et une INTENSE aspiration. Et c'est quand l’immobilité reste sans l’aspiration, qu'il tombe dans une angoisse épouvantable qui le réveille immédiatement. C'est cela, n'est-ce pas : une INTENSE aspiration. Et il est absolument immobile, immobile dedans, c'est comme si toutes les cellules devenaient immobiles...
Ce doit être cela ; ce que nous appelons l’intense aspiration, ce doit être la vibration supramentale. Ce doit être la Vibration divine, la vraie vibration divine. Ça, je me le suis dit souvent.
Mais si, même pendant cinq minutes, le corps tombe dans l’état d'inertie – d'immobilité sans aspiration –, il est éveillé par une angoisse comme s'il allait mourir ! Tu comprends, c'est à ce point-là.
Et pour lui, l’immobilité, c'est... Oui, il a l’impression que la vibration la plus haute, la vibration de la vraie Conscience, est TELLEMENT INTENSE qu'elle est... elle est l’équivalent de l’inertie de l’immobilité – d'une intensité qui n'est pas perceptible (pour nous). Cette intensité est tellement grande que, pour nous, c'est l’équivalent de l’inertie. C'est cela qui est en train de s'établir.
C'est cela qui lui a fait comprendre (parce que maintenant le corps comprend), qui lui a fait comprendre le processus de la création... On pourrait presque dire que ça a commencé par un état de perfection, mais inconsciente, et qu'elle doit passer de cet état de perfection inconsciente à un état de perfection consciente, et entre les deux c'est l’imperfection. Les mots sont idiots, mais tu comprends.
🔥
10 juillet 1971
(À propos de quelques paroles de Mère notées de mémoire par une disciple.)
«Quand la vie est harmonieuse, ce n’est pas une récompense donnée par le Divin. Si la vie était normalement ce qu’elle doit être, tout serait toujours harmonieux...
Oui, quand c’est harmonieux, on croit : «Le Divin est content de moi» ! Les gens croient comme cela, mais ce n’est pas vrai : c’est l’état NORMAL.
«...C’est à cause de nos imperfections qu’elle ne l’est pas, et quand les imperfections disparaissent, les difficultés disparaissent en même temps.»
L’expérience dans le corps est très intéressante. Toutes les soi-disant souffrances morales, intellectuelles, psychologiques, c’est-à-dire de la conscience qui n’est pas purement matérielle, ça lui paraît des enfantillages. Hier, il a eu... (comment dire ? je ne sais pas comment expliquer). Il ne sent pas les choses par rapport à lui-même, il sent les choses...(silence) DANS les autres, mais avec une conscience générale, pas une conscience personnelle ; et la souffrance physique, c’est-à-dire les maladies, les accidents, il a une telle horreur de cela qu’il s’est demandé pourquoi-pourquoi le monde existe comme cela ?2
2. Notons que ce jour-là, Mère était en contact indirect (par la famille) avec un disciple atteint d’un cancer.
Et alors, il a compris pourquoi les gens ne veulent plus avoir de corps (ça lui paraissait toujours ridicule avant), il a compris pourquoi. C’était une expérience tellement intense ! il a eu une aspiration, quelque chose comme une prière (mais ce n’est pas une prière) : «Que le monde change ! que le monde change, il FAUT qu’il change – ou qu’il disparaisse.» Mais l’idée de disparaître ne lui était pas venue, ça lui paraissait... il lui semblait que le monde tendait vers une perfection harmonieuse ; mais, n’est-ce pas, ça dure – cette durée du temps est terrible !
Il y avait une aspiration d’une intensité incroyable pour la transformation.
Tout paraît si épouvantable parce que... parce qu’il FAUT, il faut la transformation.
Et que l’on puisse être satisfait d’un monde comme cela, c’est impossible – c’est impossible à une conscience physique qui est consciente du Divin. C’est impossible, il faut que ça change absolument.
Et ça, c’était tellement aigu... ça m’a tenue toute la nuit, toute la journée comme cela pendant que je vois les gens, une intensité : il faut que ça change, il faut que ça change…
L’être, la conscience intérieure peut dire, peut être consciente que cette souffrance-là est irréelle, mais la conscience physique ne peut pas – elle ne peut pas, il FAUT que ça change. Il ne s’agit pas d’entrer dans une conscience où on laisse cette conscience physique disparaître : il faut qu’elle change, il faut qu’elle change... Je ne sais pas m’exprimer, je ne peux pas dire.
Si, si, je comprends.
Il est tellement conscient que dans tous les mondes, même le monde vital, tout dépend de l’attitude, et si vous êtes en union avec le Divin, tout peut aller, ça n’a pas d’importance, mais ça (Mère touche son corps), cette souffrance physique – le cancer, toutes ces choses –, c’est tellement concret : il FAUT que ça change, il faut que ça change. Ça ne peut pas être considéré comme une chose que l’on doit «voir autrement». Il faut réellement qu’elle change.
Tu comprends ce que je veux dire?
Oui, douce Mère.
Dans tous les autres domaines, ça dépend de l’attitude ; ici, ça ne dépend pas de l’attitude – on peut souffrir plus, souffrir moins, mais... N’est-ce pas, il faut que le FAIT change. Mais ça, le monde, le monde matériel vu tel qu’il est, est une chose EFFROYABLE.
🔥
J'en viens à mon expérience...
Par où commencer ? D'un tempérament très yin, j'ai un naturel à privilégier dans ma vie, dans mes pratiques, dans ma sadhana l'écoute, la douceur, le travail tranquille, la patience... mais il m'est arrivé quelque fois d'être obligé de reconnaître que L'INTENSITÉ, LA VOLONTÉ... les qualités plus yang et plus guerrières enclenchaient des expériences que je n'aurais peut-être jamais eues par la douceur d'une aspiration tranquille. Je me suis souvent dit que nous sous-estimons complètement l'importance et le pouvoir de la volonté et je me souviens d'un article précédent où j'avais mentionné que si trop d'intensité amenait de l'agitation, de l'excitation, et que ça n'allait pas – mais en revanche pas assez d'intensité, cela n'enclenchait rien du tout et que cela n'allait pas non plus.
Je me suis donc allongé dans mon lit sur le dos avec l'intention d'expérimenter cette association entre IMMOBILITÉ et INTENSE ASPIRATION, avec en toile de fond, comme un mantra : il faut que ça change, il faut que ça change.... D'ailleurs, dans cet Agenda, Mère le répète souvent, comme pour marteler.
Ainsi, le corps était dans une immobilité aussi complète que possible alors que ma conscience entrait dans une aspiration aussi intense que possible.
C'était il y a quelques jours et les détails se sont déjà effacés mais il est resté quatre choses principales dans la mémoire.
1. La soumission du vital au psychique
À un moment donné le vital a fait sa soumission au psychique – sans doute ni la totalité du vital, ni complètement – mais tout de même, très consciemment, ce que j'ai ressenti comme le principe de vie, ou la vie en moi, s'est présenté au psychique et a fait sa soumission. Sans doute sous la pression de l'intense aspiration : il faut que ça change, ça ne peut pas rester comme ça, il faut que ça change...
Dans la sensation la plus extérieure, cela s'est traduit par une force du ventre qui montait dans la zone du cœur. Mais contrairement à toutes les sensations qui nous traversent, celle-ci était une sensation pleine de sens, d'un sens évident.
2. L'union du mental et du cœur : la vérité vivante
Alors j'ai orienté cette intense aspiration vers la tête avec l'idée que le mental lui aussi fasse sa soumission. Mais le mental récalcitrant ne l'entendait pas de cette oreille et cela s'est traduit par une sensation d'agitation, de "remue-méninge" 😃 pendant quelques minutes, et puis tout à coup, cela s'est traduit par quelque chose qui ressemblait à une tentative pou que le mental et le cœur fusionne. J'ignore si une telle chose est possible, mais c'est l'impression que cela donnait.
C'est alors que je me suis dit que la vérité n'était pas une idée, un concept ou tout ce que nous en pensons quand nous disons : "ceci est vrai, ceci est faux", mais une Réalité vivante, un Pouvoir vivant. Ces deux mots de "vérité vivante" étaient intensément vibrants et je me suis efforcé de laisser cette vibration travailler, de m'immerger en elle.
3. La robe de Mère
J'ai un appartement avec une grande pièce mezzanine qui me sert de chambre et en face de l'escalier, il y a un agrandissement de cette photo de Mère... que j'aime beaucoup.
/image%2F7051723%2F20260310%2Fob_4abc29_mere-escaliers.jpg)
En intériorisation, il m'est quelques fois arrivé de voir une image de Mère... mais la plupart du temps le mental s'est précipité pour se demander s'il s'agissait d'une vision réelle ou fabriquée. À vrai dire peu importe puisque en réalité, je suis assez indifférent "aux visions", alors qu'au contraire j'essaye d'être aussi attentif au travail qui se fait.
Mais pour la première fois, j'ai eu la vision de la robe de Mère qui descendait en moi... et me touchait. Dès que je l'ai vu, cela m'a fait l'impression de la robe elfique de Dame Galadriel dans Le Seigneur des anneaux. Une robe magnifique, sublime, dont je n'ai vu que le bas : une robe de lumière blanche.
Et quand cette robe m'a touché... elle a aussitôt foutu un sacré bazar 😃... c'était comme si toutes sortes de constructions en moi s'effondraient.
Entre le sommet de la tête et le périnée, le yoga parle d'un circuit énergétique appelé shushumna, et dans le zhi neng qi gong, il est question du canal central.
Sushumna ou Suṣumṇā (सुषुम्ना) est un terme qui signifie « la voie psychique centrale » (Wikipédia)
Cette robe était plus qu'une vision, il y a eu une sensation très tactile quand elle a touché la tête ou le sommet de la tête ou le corps subtil un peu au-dessus de la tête. En tout cas, le lieu du contact a immédiatement produit une sorte d'ondulation qui s'est propagé vers le bas et qui fut ressentie à l'intérieur du corps, dans ce que je suppose, le canal central, avec la vision de sortes de petits cubes empilés qui s'effondraient. C'est pour ça que je dis que ça a foutu le bazar ! 😃 Mais c'est évidemment une excellente chose.
Pour info, je précise que dans toutes les prières et Méditations,
celle de la robe d'argent m'a parfois ému aux larmes.
Lorsque j’étais enfant — vers l’âge de treize ans et pendant un an environ — tous les soirs dès que j’étais couchée, il me semblait que je sortais de mon corps et que je m’élevais tout droit au-dessus de la maison, puis de la ville, très haut. Je me voyais alors vêtue d’une magnifique robe dorée, plus longue que moi ; et à mesure que je montais, cette robe s’allongeait en s’étendant circulairement autour de moi pour former comme un toit immense au-dessus de la ville.
Alors je voyais de tous côtés sortir des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards, des malades, des malheureux ; ils s’assemblaient sous la robe étendue, implorant secours, racontant leurs misères, leurs souffrances, leurs peines. En réponse, la robe, souple et vivante, s’allongeait vers eux individuellement, et dès qu’ils l’avaient touchée, ils étaient consolés ou guéris, et rentraient dans leurs corps plus heureux et plus forts qu’avant d’en être sortis. Rien ne me paraissait plus beau, rien ne me rendait plus heureuse ; et toutes mes activités de la journée me semblaient ternes et grises, sans vie réelle, à côté de cette activité de la nuit qui était pour moi la vie véritable.
Souvent pendant que je m’élevais ainsi, je voyais à ma gauche un vieillard silencieux et immobile, qui me regardait avec une bienveillante affection et m’encourageait de sa présence. Ce vieillard, vêtu d’une longue robe d’un violet sombre, était la personnification — je l’ai su plus tard —, de celui que l’on appelle l’Homme de Douleur.
Mère, 22 février 1914
4. Un rêve terrifiant
Je me souviens assez rarement de mes rêves.
Dans mon rêve, je me suis retrouvé dans un endroit avec des présences masculines et quelqu'un, sans même que je m'en rende compte, me coupa un mèche de cheveux, dans le petit creux, juste sous l'occiput. Quand je m'en suis rendu compte, j'ai protesté et refusé que cela aille plus loin en expliquant que je refusais que l'on fasse des rituels magiques sur moi.
En fait, cette scène me rappelle vaguement un film policier avec une scène comme cela. Il fallait une mèche de cheveu de la personne pour faire le rituel.
Cette partie du rêve n'est donc peut-être que la transposition de la mémoire subconsciente de ce film.
Après avoir protesté je me suis retrouvé dans un autre endroit du même monde, face à un personnage grand, mince, avec une barbichette, habillé d'un étrange costume noir. Personne ne s'habille comme cela dans la vraie vie. On aurait dit un uniforme de guerrier dans un film de science fiction.
J'ai répété à cet homme mes protestations et il m'a demandé pourquoi je ne me mettais pas à genoux. Je suppose sous entendu devant lui. Je me suis mis à genoux en lui expliquant que j'étais nouveau et ne connaissais pas encore très bien les usages.
Cet homme en noir était accompagné d'un acolyte avec le même genre de tenue et qui avait tout à fait l'allure d'une brute épaisse, une armoire à glace.
Et je me suis réveillé avec l'impression que c'était un rêve terrifiant. Pourtant ce n'était ni un cauchemar ni un terreur physique ou émotionnelle mais une terreur plutôt intellectuelle, voir "spirituelle".
Le lieu de mon rêve m'a donné l'impression d'une ville souterraine, ou d'une sorte de prison !
C'est curieux : généralement il se dit que plus on monte dans les plans élevés, plus c'est clair, lumineux et que plus on redescend, plus on s'enfonce dans le sombre. L'endroit où je me suis retrouvé était parfaitement clair, avec même une clarté plus grande que dans notre plan matériel, et d'une propreté impeccable, sans un grain de poussière. Pourtant, ces deux hommes en noir remplissaient à l'évidence un rôle de gardien, et à mon avis, ils ne plaisantaient pas avec la discipline.
S'il n'y avait aucune trace de saleté, si tout était bien propre, il y avait une terrifiante impression que tout était étroitement contrôlé, surveillé. En fait, cela m'a fait penser à un régime totalitaire. Pourtant, les présences masculines que je sentais autour de moi n'avaient pas l'air malheureuses ni maltraitées. C'est peut-être en cela que c'était encore pire, comme si elles ne se rendaient pas compte qu'elles étaient dans une sorte de prison.
Ce qui est très curieux aussi, c'est que ce personnage en noir avec la barbichette ressemblait au général Zod, le méchant dans Superman 2 ! Et la brute épaisse de mon rêve ressemblait aussi à l'autre méchant qui accompagnait le général Zod. Or, le film est sorti en 1980, j'avais 11 ans ! Serait-il possible que... 45 ans plus tard... cela ressorte dans un rêve ! ? !
/image%2F7051723%2F20260310%2Fob_8bf917_general-zod-1.jpg)
Est-ce à dire que TOUS les souvenirs de notre vie que nous gardons cachés en mémoire dans notre subconscient mental, vital et physique doivent être purifiés, transformés, évacués ?
En tout cas, si ce rêve sort tout droit de mon subconscient, c'est un subconscient déjà bien nettoyé... dans le rêve, c'était tout propre !
Et si ce rêve est du cinéma, il est resté plusieurs heures très vivant à la conscience. Et même le soir en allant me coucher, j'ai aussitôt été traversé par une sensation très curieuse à l'endroit où mes cheveux ont été coupés dans le rêve. L'impression était que cette zone avait été charcutée, avec la vision d'un point rouge sanguinolent, comme si l'on m'avait retiré un morceau de chair de la taille d'une noix. Je me demande si cette zone ne serait pas en rapport avec la conscience.
À noter enfin une chose très importante : c'est la première fois que, dans un rêve, je sais que je rêve. C'est peut-être pour cela que malgré l'atmosphère pour le moins oppressante, je n'ai ressenti sur le plan émotionnel et psychologique, aucune appréhension et suis resté dans un grand calme, comme si j'étais très détaché de ce que j'y vivais ; je savais que c'était un rêve. Et pourtant, je me suis réveillé en me disant : "quel rêve terrifiant !"
🔥
En conclusion
1. Après une si intense aspiration, j'aurais pu rêver du Brahman infini, de Satchidananda, des mondes spirituels avec des musiques célestes... mais non, je me suis apparemment retrouvé dans une zone du subconscient.
2. Cette intériorisation-concentration pour mettre en pratique IMMOBILITÉ + INTENSE ASPIRATION POUR QUE ÇA CHANGE a manifestement donné quelques résultats, c'est le moins qu'on puisse dire. Pourquoi en serait-il différent avec vous ?
À suivre avec de nouvelles confidences, car le chemin continue...
3 jours après la publication de cet article
Il m'est revenu quelque chose en mémoire à propos de ce rêve. À un moment donné vers la fin du film, Superman est amené à s'agenouiller un instant devant son ennemi pour lui faire croire qu'il a perdu ses super-pouvoirs.
Évidemment, tout ça c'est du cinéma, ces histoires de super-héros ont quelque chose de très enfantin. Pourtant, sur le plan du vocabulaire, entre le superman et le surhomme, nous ne sommes pas très loin.
Alors, j'ai repensé à cette parole du Mère de l'Agenda sur le fait d'être un apprenti en surhumanité. Ma recherche m'a permis de découvrir trois Agendas très intéressants :
8 octobre 1956
«Être toujours au sommet de toi-même, quoi qu’il arrive.»
Alors je me suis demandé quand et comment je suis au sommet de moi-même? Et j’ai vu ceci :
Deux choses qui étaient parallèles et concomitantes, c’est-à-dire qui sont toujours ensemble :
L’une : l’identité avec l’Origine, qui donne dans l’action une sérénité absolue et un détachement parfait.
L’autre : une identité avec la Grâce suprême, qui donne dans l’action l’effacement, l’abolition de toutes les erreurs commises par qui que ce soit et quoi que ce soit – et l’annulation de toutes les conséquences de ces erreurs.
A ce moment-là, quand j’ai perçu comme cela, j’ai vu que la troisième attitude que j’ai dans l’action, et qui est la volonté de progrès pour la terre tout entière et chaque individu en particulier, n’était pas le sommet de mon être.
(Vers six heures du matin, lorsque Mère apparaît à son balcon)
Soit dit en passant, se repose-là, une fois encore, cette faculté d'identification si nécessaire...et dont je nous ne sommes pas encore venu à bout, ni dans la compréhension complète du procédé, et encore moins dans la réalisation pratique
* * *
On n’est jamais qu’un apprenti divin : le Divin d’hier n’est qu’un apprenti pour le Divin de demain... Non, je ne parle pas d’une manifestation progressive: cela, c’est beaucoup plus bas.
Quand je suis au sommet de moi-même, je suis déjà trop haut pour la manifestation.
Je suis passée bien au-delà de ce que j’avais écrit ce matin.
Si l’humain est trop lourd, trop étroit, trop obscur pour te suivre ?
C’est justement le contraire de ce que tu viens de dire ; non pas que le Divin dans sa divinité s’oppose à Lui-même manifesté : Il va très au-delà, au-delà de la nécessité de la Grâce; Il perçoit l’unique et exclusive responsabilité; et que c’est Lui-même et Lui seul qui doit changer dans Sa Manifestation pour que tout change.
🔥
10 mai 1958
Ce matin, tout d’un coup, j’ai regardé mon corps (généralement je ne le regarde pas : je suis dedans à travailler), j’ai regardé mon corps et je me suis dit : «Voyons, qu’est-ce qu’un témoin dirait de ce corps ?» (le témoin dont parle Sri Aurobindo dans La Synthèse des Yoga). Rien de très remarquable. Alors j’ai formulé cela comme suit (Mère lit une note manuscrite):
«Ce corps n’a ni l’autorité incontestée du Dieu, ni la sérénité imperturbable du sage.»
Alors quoi ?
«Il n’est qu’un simple apprenti en surhumanité.»
C’est tout ce qu’il essaie de faire.
J’ai vu et compris très bien que j’aurais pu, en me concentrant, lui donner cette attitude d’autorité absolue de la Mère éternelle. Quand Sri Aurobindo m’a dit : «Vous êtes Elle», il a en même temps conféré à mon corps cette attitude d’absolutisme dans l’autorité. La vision intérieure de la vérité était là et, par conséquent, je me souciais fort peu des imperfections du corps physique – je ne m’en occupais pas et, à travers lui, je dictais. Sri Aurobindo faisait la sâdhanâ pour ce corps, qui n’avait qu’à rester constamment ouvert à son action1.
1. Cette dernière phrase a été rajoutée manuscritement par Mère.
Et nous, est-ce que nous sommes... "constamment ouvert à son action..." celle de Sri Aurobindo, de Mère, du Divin de demain, de la Mère divine, de la Conscience divine, de l'Infini, de l'Éternel, de la Vérité suprême... ?
Après, quand il est parti et qu’il m’a fallu faire le yoga moi-même, pour être capable de tenir sa place physique j’aurais pu prendre l’attitude du Sage. Je l’ai fait puisque, à ce moment-là, au moment où il est parti, j’étais dans un état de sérénité sans égal. Quand il m’a dit en sortant de son corps et en entrant dans le mien : «Tu continueras, tu iras jusqu’au bout du travail», à ce moment-là j’ai imposé à ce corps une sérénité : la sérénité d’un détachement total. J’aurais pu rester comme cela.
Mais la sérénité absolue implique en quelque sorte le retrait de l’action, il fallait donc choisir l’un ou l’autre. Je me suis dit : «Je ne suis ni ceci exclusivement, ni cela exclusivement.» Et au fond, faire le travail de Sri Aurobindo, c’est réaliser le Supramental sur la terre. Alors j’ai commencé ce travail-là, et à vrai dire je n’ai demandé à mon corps que cela. Je lui ai dit : «Maintenant tu vas rectifier tout ce qui est démoli et, petit à petit, tu vas réaliser cette surhumanité intermédiaire entre l’homme et l’être supramental, c’est-à-dire ce que j’appelle le surhomme.»
Et c’est cela que j’ai fait depuis huit ans ; et encore beaucoup plus depuis deux ans, depuis 1956. Alors là, c’est le travail de chaque jour, de chaque minute.
Voilà où j’en suis. J’ai renoncé à l’autorité incontestée du Dieu, j’ai renoncé à la sérénité inébranlable du Sage... pour devenir le surhomme. J’ai tout concentré là-dessus.
On verra.
J’apprends à travailler. Je ne suis qu’un apprenti, un simple apprenti : je suis en train d’apprendre le métier !
🔥
6 mai 1967
J'ai eu une méditation qui était très agréable, très bonne. Je sentais la Puissance, mais...
Oui, la méditation donnait l'impression de quelque chose de très charmant.
Et cette insistance constante sur l'Harmonie-l'Harmonie-l'Har-monie... Un équilibre harmonieux : un équilibre harmonieux des nations, un équilibre harmonieux des gens, un équilibre harmonieux des facultés intérieures, un équilibre harmonieux... comme cela.
Et alors, les résistances s'expriment très clairement comme une désharmonie.
Quelque chose d'extrêmement souriant, harmonieux, souriant, harmonieux...
Il y a eu un phénomène assez intéressant (c'était hier ou avant-hier), des petits détails amusants : maintenant le dernier membre du gouvernement de l'Inde s'est pour ainsi dire converti. Tous les membres du gouvernement (du gouvernement central ; je n'entends pas dans tout le pays, mais au centre), tous les membres du gouvernement central sont... (comment dire ?) on pourrait presque dire des «apprentis disciples de Sri Aurobindo», avec une grande bonne volonté de servir.
Et partout-partout dans le monde, les signes d'une bonne volonté CONSCIENTE qui s'éveille.
C'était ce que Sri Aurobindo m'avait dit. Ce qu'il voyait, c'était que la Force supramentale aurait suffisamment d'influence sur les divers gouvernements de la terre, des pays, pour que l'on puisse espérer une harmonie.
Si c'est comme cela, c'est quelque chose.