C'est... c'est l'âme
Une autre expérience est venue, mais avant d'en partager la teneur, quelque chose m'étonne. L'intériorisation-concentration précédente sur IMMOBILITÉ + INTENSE ASPIRATION a produit une expérience forte et je me demande pourquoi n'ai-je pas suivi cette même piste, approfondi cette expérimentation, persévéré dans une direction apparemment si prometteuse ? Je veux dire que, cette fois, je me suis concentré d'une toute autre façon et cela a enclenché évidemment tout autre chose.
J'ai d'ailleurs souvent remarqué ce phénomène qu'un texte ou un autre produit en moi une expérience, et puis après, cela semble finit, terminé, comme si le même texte n'avait plus d'effet. À la réflexion, c'est un peu bizarre. Comme ça, à la louche, je dirais que c'est pour ôter toute fixité, pour interdire toute possibilité de création d'une méthode rigide... mais je vais laisser mijoter la question à feu doux 🍲 et il viendra peut-être une réponse plus inspirée.
🔥
Introduction et contexte
Je devrais apprendre l'Anglais pour lire Sri Aurobindo dans le texte...
Je devrais apprendre le sanskrit pour avoir une compréhension plus profonde des termes utilisés dans le yoga...
Je devrais lire La poésie future que je n'ai jamais lu, et le Journal du Yoga...
Je devrais regarder la série de vidéo de Sraddhalu a faite sur La Manifestation supramentale sur la terre…
Je devrais ceci, je devrais cela…
Et blablabli et blablabla...
Nous sommes tous traversés par toutes sortes d'injonctions, mais c'est comme les résolutions du Nouvel an 😊...
C'est bien joli d'être dans l'écoute, mais qui est-ce que nous écoutons ? Sans doute qu'il ne faudrait plus écouter personne, que son intuition profonde, son aspiration profonde, ce qui nous donne le plus de joie...
Je me suis donc écouté et j'ai commencé à relire le chapitre 10 du livre 2 de La vie Divine intitulé La connaissance par identité et la connaissance séparatrice. Et ce que j'ai lu m'a tellement touché que cela a enclenché une nouvelle expérience.
De la douleur de l'ignorance...
Certains paragraphes abordent la question de la méconnaissance que nous avons de nous-mêmes. Le sujet n'est pas nouveau, Sri Aurobindo et la Mère en parle dans dans de nombreux textes, et je me suis aperçu... qu'il était toujours aussi douloureux.
Sri Aurobindo et Mère ne font pas exception a cette immense lignée de sages qui n'ont cessé de nous répéter, rabâcher que nous n'étions ni le mental et ses pensées, ses conceptions, ni le vital et ses émotions, ses sentiments, ni le physique et ses sensations, réactions.
C'est donc que nous sommes autre chose, et nous pouvons répéter comme des perroquets que
➡ notre être véritable individuel, c'est l'être psychique au-dedans, l'être central,
➡ notre être véritable universel ou cosmique, c'est le jivatman ou le moi supérieur au-dessus,
➡ notre être véritable suprême se trouve dans Satchidananda,
...cela ne signifie rien dans l'expérience – ou si peu – ce ne sont encore que des mots, non des expériences devenue des réalités vivantes.
Et il y a toujours ce sentiment douloureux de "je ne sais pas qui je suis", et cette lancinante question toujours non résolue :
Comment voulez-vous savoir la chose vraie que vous avez à réaliser dans le monde aussi longtemps que vous n’êtes pas en possession de la vérité de votre être ?
Agenda sans date de 1958
Alors il y a bien le système évoqué par Mère d'ouvrir un livre au hasard pour avoir la réponse... mais je ne suis pas satisfait des réponses reçues, car c'est comme si elles venaient de l'extérieur. Ces réponses, pourtant à peu près toutes identiques, apparemment n'ont eu aucun effet.
Et si nous n'avons pas encore la réalisation de la vérité de notre être, nous ne comprenons toujours pas très bien comment fonctionner avec nos pensées, nos émotions, nos énergies, et nous ne connaissons pas non plus nos mondes intérieurs et même notre propre cœur reste pour l'essentiel inconnu.
...à la recherche du vrai moi.
Quelques extraits de ce chapitre 10
Premier paragraphe page 563 :
Notre cognition de surface, la vision mentale limitée et restreinte que nous avons de notre moi, de nos mouvements intérieurs et du monde extérieur, de ses objets et de ses événements, est constituée de telle sorte qu’elle découle, à des degrés divers, d’un ordre quadruple de connaissance.
➡ Le mode de connaissance originel et fondamental, inhérent au moi occulte dans les choses, est une connaissance par identité ;
➡ le second, dérivé, est une connaissance par contact direct qui est associée, à sa racine même, à une secrète connaissance par identité, ou en procède ; mais, en réalité, elle est séparée de sa source et sa cognition est donc puissante, mais incomplète ;
➡ le troisième est une connaissance par séparation, qui se dissocie de l’objet de l’observation, mais le contact direct, voire l’identité partielle, demeure néanmoins son support ;
➡ le quatrième est une connaissance entièrement séparatrice qui repose sur un mécanisme de contact indirect, une connaissance par acquisition qui, cependant, sans en être consciente, traduit ou fait émerger le contenu d’une conscience et d’une connaissance intérieures préexistantes.
Une connaissance par identité, une connaissance par contact direct intime, une connaissance par contact direct séparatif, une connaissance entièrement séparatrice par contact indirect, telles sont les quatre méthodes cognitives de la Nature.
Ensuite, dans les paragraphes suivants reviendra souvent sur ces 4 distinctions, et c'est un peu plus loin qu'il aborde le sujet de la méconnaissance de soi.
Il est évident qu’en surface, et dans ses propres limites, notre état est certes un état de connaissance, mais de connaissance restreinte, enveloppée et envahie par l’ignorance et qui, dans une très large mesure, en raison de ses limitations, est elle-même une sorte d’ignorance, au mieux un mélange de connaissance et d’ignorance.
Il ne pouvait en être autrement puisque notre prise de conscience du monde naît d’une observation séparatrice et superficielle qui ne dispose que d’un moyen indirect de cognition ; notre connaissance de nous-mêmes, bien que plus directe, est oblitérée parce que restreinte, à la surface de notre être, par une ignorance de notre vrai moi, des vraies sources de notre nature, des vraies forces qui nous poussent à l’action.
Il est bien évident que nous n’avons de nous-mêmes qu’une connaissance superficielle — les sources de notre conscience et de notre pensée sont un mystère ; la vraie nature de notre mental, de nos émotions, de nos sensations est un mystère : la raison de notre être et sa fin, le sens de notre vie et de ses activités sont un mystère ; cela ne pourrait être si nous avions une réelle connaissance de nous-mêmes et une réelle connaissance du monde.
Si nous cherchons la raison de cette limitation et de cette imperfection, nous constaterons tout d’abord qu’elle tient au fait que nous sommes concentrés sur la surface ; les profondeurs du moi, les secrets de notre nature totale demeurent scellés, dissimulés derrière un mur créé par notre conscience extériorisante — ou créé pour elle afin qu’elle puisse poursuivre son activité d’individualisation égocentrique du mental, de la vie et du corps sans être envahie par la vérité plus profonde et plus vaste d’un état d’être supérieur : à travers ce mur, nous ne pouvons regarder dans notre moi, dans notre réalité intérieure, que par des fentes et des archères, et nous ne voyons guère qu’une mystérieuse pénombre. (page 568/569)
Et puis Sri Aurobindo explique les raisons de cet état de fait et en vient à dire que...
Notre être doit abattre les murs de la conscience-de-l’ego qu’il a créée, il doit s’étendre au-delà du corps et habiter le corps de l’univers. À la place ou en plus de sa connaissance par contact indirect, il doit atteindre une connaissance par contact direct et, de là, progresser vers une connaissance par identité. Le fini limité de son moi doit devenir un fini sans limites et un infini.
Mais le premier de ces deux mouvements, l’éveil à nos réalités intérieures, s’impose comme la nécessité primordiale, car c’est par cette découverte du moi intérieur que le second mouvement — la découverte du moi cosmique — peut devenir entièrement possible : nous devons pénétrer en notre être intérieur et apprendre à vivre en lui et par lui ; le mental, la vie et le corps extérieurs doivent devenir pour nous une simple antichambre.
Tout ce que nous sommes à l’extérieur est en fait conditionné par ce qui est au-dedans, occulte, en nos profondeurs intérieures les plus cachées ; c’est de là que proviennent les initiatives secrètes, les formations qui se réalisent d’elles-mêmes ; c’est de là que jaillissent nos inspirations, nos intuitions, les aspirations de notre vie, les préférences de notre mental, les choix de notre volonté — dans la mesure où ils ne sont pas façonnés ou influencés par la pression, tout aussi cachée, des forces cosmiques qui les assaillent ; mais l’usage que nous faisons de ces pouvoirs qui émergent et de ces influences est conditionné, largement déterminé et, surtout, très limité par notre nature la plus extérieure.
Il nous faut donc découvrir la connaissance de ce moi intérieur d’où tout est issu, associée à la perception exacte du moi instrumental extérieur et du rôle qu’ils jouent l’un et l’autre dans la construction de notre être.
De notre moi nous ne connaissons à la surface que ce qui y est formulé, et encore n’en connaissons-nous qu’une portion ; car nous voyons la totalité de notre être de surface dans un flou général parsemé de points ou de formes précises qui le découpent : même ce que nous découvrons par une introspection mentale n’est qu’une somme de sections ; le dessin et le sens complets de notre formation personnelle nous échappent.
Mais il y a aussi une action déformante qui obscurcit et défigure même cette connaissance de soi limitée ; notre vision de nous-mêmes est viciée par l’intrusion et l’impact constants de notre moi extérieur de vie, de notre être vital qui cherche toujours à faire du mental pensant son outil et son serviteur ; car notre être vital n’est pas intéressé par la connaissance de soi, mais par l’affirmation de soi, par le désir et l’ego.
Il agit donc constamment sur le mental afin de construire pour lui la structure mentale d’un moi apparent qui servira ses desseins. Il persuade notre mental de nous présenter, à nous et à autrui, une image représentative de nous-mêmes partiellement fictive qui soutient notre affirmation de nous-mêmes, justifie nos désirs et nos actions et nourrit notre ego.
Cette intervention vitale n’est certes pas toujours marquée par la tendance à la justification et l’affirmation de soi ; elle tourne parfois au dénigrement de soi et à une autocritique morbide et exagérée ; mais cela aussi est une structure de l’ego, un égoïsme inverse ou négatif, une position ou une pose de l’ego vital.
Car il y a souvent un mélange de charlatan et de bateleur, de poseur et de comédien dans cet ego vital ; il prend constamment un rôle, et le joue pour lui-même et pour les autres comme pour un auditoire. Une duperie de soi organisée s’ajoute ainsi à une ignorance de soi systématique ; c’est seulement en nous intériorisant et en voyant ces choses à leur source que nous pouvons sortir de cette obscurité et de cet enchevêtrement. (570/571)
Alors Sri Aurobindo en vient à parler de notre être et notre vital intérieur mais le contexte général est suffisamment placé : c'est sous l'influence de ces textes que je me suis intensément concentré pour trouver mon vrai moi, mon être véritable.
Le vrai moi au dessus...
Se concentrer sur le vrai moi... très bien... mais où se trouve-t-il ?
Alors j'ai ressenti une invitation à me concentrer au-dessus de la tête en essayant de mettre en pratique le conseil de Sri Aurobindo pour établir un contact direct intime.
Alors... je n'ai pas senti grand chose... ou plutôt, je sentais beaucoup de chose, mais des choses, comme d'habitude, cette sensation que le cerveau, les énergies mentales, et même d'autres points dans le corps étaient tirés vers le haut. Mais il n'y à là rien de très nouveau, cela fait des semaines, des mois que ce type de sensation est très fréquent.
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Ça tire vers le haut, ça tire vers le haut... mais pour autant, je n'ai jamais, tout à coup débouché dans ces fameuses étendues de lumière et de paix qu'on est censé y trouver. Rien en tout cas qui me donne le sentiment que, ça là haut, c'est moi... pour reprendre ce passage de l'Agenda du 20 novembre 1963 qui m'a fortement marqué :
On est né avec... (comment dire ?) some special twist [une torsion spéciale], chacun est né (riant) tordu d'une façon spéciale – je le connais mon tordu, je le connais bien ! (Je n'en parle pas parce que ce n'est pas amusant.) Mais c'est ce qui reste en dernier. Dans notre logique humaine imbécile, nous nous disons : «C'est ce qui devrait partir le premier», mais ce n'est pas vrai : c'est ce qui part en dernier ! Même quand tout cela devient clair-clair (geste en haut), même quand on a les expériences, l’habitude reste, et ça revient. Alors on le pousse : ça remonte du subconscient ; on le chasse : ça revient du dehors ; ou alors si une minute on n'est pas sur ses gardes, ça ressort comme cela – et c'est agaçant !
Mais Sri Aurobindo a écrit cela quelque part, je ne me souviens plus des mots, je l’ai lu tout dernièrement, et quand je l’ai lu, je me suis dit : «Ah! voilà! lui, il savait que c'était comme cela.» Alors ça m'a consolée et je me suis dit : «Bon.» Il disait que celui qui a purifié son mental, etc., etc., qui est prêt pour travailler à la Perfection (c'est dans La Synthèse, «La Perfection de soi»), «Il est prêt et patient pour les rechutes et la réapparition des vieilles erreurs, et il travaille tranquillement et attend patiemment que l’heure de leur départ soit arrivée.» Je me suis dit : «Bien, maintenant c'est comme cela.» J'attends tranquillement que l’heure... (mais je ne manque pas une occasion de les attraper par le bout du nez, ou par le bout de l’oreille, et de dire : «Ah ! tu es encore là...»).
La première chose, c'est de détacher sa conscience, c'est tout à fait important ; de dire : JE-NE-SUIS-PAS-ÇA, c'est quelque chose qui a été AJOUTÉ, mis pour pouvoir toucher la Matière – mais ce n'est pas moi. Et alors si tu dis : «Ça, c'est moi» (geste en haut), tu verras que tu seras content, parce que c'est joli – c'est joli, c'est lumineux, c'est pétillant. C'est vraiment bien, c'est d'une qualité exceptionnelle. Alors ça, c'est toi. Mais il faut que tu dises : «Ça, c'est moi» et que tu sois convaincu que c'est toi.
Naturellement, les vieilles habitudes viennent contredire, mais il faut savoir que ce sont de vieilles habitudes, c'est tout, ça n'a aucune importance – ça, c'est toi. C'est un mouvement indispensable. Il y a un moment où il faut absolument se séparer de ça, parce que c'est seulement quand on s'est séparé et que l’on est bien conscient qu'on est là (geste au-dessus de la tête), qu'on est ÇA, qu'alors on peut redescendre et le changer. Ce n'est pas pour l’abandonner : c'est pour être son maître.
C'est toujours ce processus d'identification que je ne comprends pas bien. Mentalement, c'est très facile à dire : on devient ce sur quoi on se concentre, et puis voilà, le tour est joué. Oui mais concrètement, dans l'expérience, dans le vécu intérieure, cette "chose" là-haut qui est censée être moi, est apparemment tellement différente de ce que l'on pense être, que ça paraît être... quelque chose d'autre. Quelque chose d'ailleurs qu'on ne comprends pas très bien.
Pourtant, je ne suis pas découragé parce que, si je ne sais pas encore ce que c'est, si je n'ai pas encore réussi à consciemment m'y immerger, si je n'ai pas cette expérience de l'identification, il y a le sentiment malgré tout que ça devient de plus en plus clair.
À un moment donné, j'ai pris conscience de quelque chose de tout à fait nouveau. Je sentais que je projetais ma conscience vers le haut, justement pour essayer d'établir un contact conscient avec le Moi supérieur. Cette capacité de projeter sa conscience porte un nom dans le Journal du Yoga, je me souviens vaguement avoir lu cela quelque part, mais toutes les choses dont on a pas vraiment l'expérience, qui n'évoque rien en nous, ont tendance à s'effacer. Je vais essayer de retrouver le passage en question.
Pendant ma pratique, à vrai dire, je ne savais pas trop s'il fallait se tourner vers le haut, se concentrer en haut ou se tourner vers l'intériorisation, dans les profondeurs de la poitrine, vers le psychique. Pourtant, j'ai plusieurs fois perçu que dedans et au-dessus, ça travaille ensemble.
Alors, après un bon moment concentré au-dessus, j'ai focalisé l'attention vers le dedans, et là, il a commencé à se passer des choses nouvelles que je n'avais jamais expérimenté.
L'être intérieur, l'essence de l'être...
J'ai lu beaucoup de choses sur l'être psychique, d'autres encore sur Agni... et les deux terminologies semblent recouvrer des réalités très proches. Alors, je m'attendais plus ou moins à trouver quelque chose qui ressemblait plus ou moins à ce que j'ai pu lire. D'ailleurs, ça arrive parfois. Par exemple quand Sri Aurobindo explique que l'être psychique se sent naturellement l'enfant de la Mère divine, c'est quelque chose qu'il m'est arrivé de profondément ressentir.
Mais là, j'ai touché la chose sous une autre forme qui m'a rappelé ce passage de Saptrem, tellement poignant...
46 mn 30
...C’est ça le fait HUMAIN. Et c’est ça la clef. Et tant qu’on n’arrive pas à cette intensité de question ou de besoin ou d’appel on est nulle part.
(…)
La réalité c’est d’arriver au moment d’une question intense, suffisamment intense... qu’elle vous étouffe et qu’elle vous oblige à passer dans QUELQUE CHOSE D’AUTRE.
(Voilà qui rejoint mes réflexions récentes sur l'intensité)
(…)
Je ne connais que le B à BA de tout ça, n’est-ce pas. Je ne connais que tous les premiers pas de cet AUTRE ÉTAT vers lequel nous allons, je n’en connais que les premiers pas. Mais le TOUT premier pas... c'est qu’on est comme posé… sur un ROC... éternel, qui bouge plus, que rien ne peut plus toucher. On peut venir tout à l'heure me prendre, me dire on va te pendre, on peut venir me prendre et m’envoyer en prison.
Pour moi, plus rien, humainement, ne peut m’ébranler. Je suis comme POSÉ sur un roc... éternel… pareil… calme… large et qui comprend beaucoup de choses. On est posée comme dans un nid éternel, c'est vraiment je dis un roc, mais c'est très doux, c’est réellement comme son propre nid : on est dans une douceur réelle, concrète qui est comme pour toujours... pour toujours quelles que soient les circonstances extérieures...
(Dans un article du 11 février, je me suis interrogé sur ce que signifie le fait de prendre refuge et surtout, sur comment faire. Je n'ai reçu aucune réponse. Se pourrait-il que ce nid soit notre refuge ? Enfin, enfin, après un si long chemin, tant d'épreuves... c'est comme trouver en soi, quelque chose qui sera TOUJOURS LÀ, dans lequel on pourra toujours se réfugier. C'est très émouvant.)
Du coup, je vais réécouter ce magnifique entretien de Satprem. En fait, parmi tous ceux que je connais, c'est mon préféré.
En tout cas, je crois avoir vraiment vécu cette expérience du roc évoqué par Satprem.
Ainsi, j'étais concentré, concentré pour trouver quelque chose qui vaille vraiment la peine, peut-être LA SEULE CHOSE QUI VIALLE VRAIMENT LA PEINE, cette vérité de l'être. Et tout à coup je me suis retrouvé en contact dans quelque chose d'infiniment STABLE !
Et cela m'a tout de suite rappelé le roc de Satprem, son impression d'être assis, posé sur quelque chose qui était comme un roc. Je ne me souviens plus quand j'ai écouté pour la dernière fois cet entretien, cela remonte sans doute à quelques années, mais l'expression m'avait tellement marqué que je m'en suis souvenu.
Alors j'ai trouvé cette chose tout au fond qui ne bouge pas...
D'ailleurs, dans ma concentration, je me souviens avoir aspiré à TOUCHER LE FOND ! Et j'ai aspiré aussi à être guidé vers la vérité de mon être. C'est comme si j'avais lancé à l'univers invisible ma question : est-ce qu'il y a quelqu'un qui connaît le chemin et qui puisse me prendre par la main et m'y emmener ? Ça a plutôt bien marché, même si je n'ai aucune idée de qui m'a servi de guide jusqu'au lieu de l'expérience. Je me souviens seulement qu'à un moment donné, c'est comme si je "priais le ciel" de ne pas lâcher le gouvernail. Je ne voyais rien, je ne sentais rien... sauf une vague impression que je faisais très attention à ne pas "lâcher quelque chose", comme si mon être intérieur était en train de s'agripper à quelque chose.
Et je voyais des désirs monter d'en bas et j'ai reconnu tout de suite le bateleur, le poseur, le comédien dans cet ego vital évoqué plus haut par Sri Aurobindo. Et je voyais aussi les pensées descendre du mental. Et quelque chose en moi qui vivait l'expérience disait NON NON NON... je ne veux pas tout ça et envoyait promener à la fois les désirs et les passions d'en bas et les pensées d'en haut.
Alors je suis entré dans un calme, une tranquillité, une paix, un silence...
Dans ce yoga, il est souvent question de la descente de la paix et des autres pouvoirs divins, et de samata, cette égalité à toute épreuve, et je n'y ai jamais vraiment réussi de façon très convaincante. Et là, dans ce roc.. apparemment, il y avait tout : la stabilité imperturbable, la paix, le silence, alors, aussi longtemps que possible, j'ai cherché à rester en contact avec... ce roc.
Et je voyais que, de temps en temps, cela bougeait en bas, dans le ventre, ou en haut, dans la tête... mais que cette chose dans les profondeurs de la poitrine, ça ne bougeait pas, et que c'était parfaitement indifférent... au cinéma vital, au cinéma mental.
Mais tout de même, je me demandais, ce roc, qu'est-ce que c'est ?
Il est dit qu'Agni, au niveau psychologique, Agni représente la volonté. Mais apparemment, ce roc ne voulait rien. Il est dit que le psychique se sent naturellement l'enfant de la Mère divine, mais apparemment, ce roc n'aspirait même pas à se tourner vers la Mère. Pour décrire ce qu'il y a là, tout au fond de son cœur, il est souvent employé les mots d'étincelle, de flamme, de feu... mais cela ne semblait pas correspondre non plus. Alors qu'est-ce que c'est ?
Alors il m'est venu que c'était l'essence de l'être, que c'était l'Être...
C'EST !
Certains, je ne sais pas, auraient peut-être dit c'est le JE SUIS !
C'EST quelque chose qui est, et puis c'est tout...
L'essence de l'être, le centre de l'être...
Alors il est venu... C'EST L'ÂME...
Alors cela m'a rappelé un moment à Auroville, je ne sais plus quand. Je me promenais sur l'un des chemins autour du Matrimandir et je songeais à tous ces gens qui se donnent un nouveau nom. C'est un sujet important que j'ai effleuré dans quelques articles. Et ce jour-là, je me suis dit : c'est inutile de chercher ailleurs, c'est là. C'est là. Et puis, il est descendu un m et cela a donné Cellam... et la sonorité m'a plu. Mais se choisir un nom remue beaucoup de choses et implique beaucoup de force... alors je n'ai pas insisté.
Ainsi dans mon expérience, j'étais dans un contact très conscient avec ce roc, mais plusieurs questions très concrètes se sont posées, comme des problèmes pratiques à résoudre.
1. L'impression de centre, d'avoir trouvé mon centre, le centre de mon être était très forte, évidente, mais je ne comprenais pas la relation que centre pouvait avoir les périphéries, mentales, vitales et physiques. Alors j'essayais que tout se fonde et disparaisse dans ce centre... mais apparemment cela ne se fait pas si facilement ou pas si vite.
Avoir trouvé ce centre-là implique nécessairement toute une réorganisation intérieure, qui DOIT se traduire dans la vie extérieure.
2. J'observais, ressentais toute l'expérience en quelque sorte avec mon moi extérieur et malgré l'irréfutabilité de l'expérience, je n'arrivais pas à me dire : "ça c'est moi, c'est mon vrai moi, c'est mon être véritable..." Ou si je me le disais, c'était juste des mots, il n'y avait pas le sentiment...
S'identifier n'est pas si simple. Apparemment, cela implique de s'oublier. Et l'être extérieur, celui qui observait et ressentait l'expérience, n'arrivait pas à s'oublier. Et pourtant, dieu sait que je suis fatigué de ce petit je, j'en ai assez de ce petit moi... Je ne sais pas comment faire...
Pour le dire autrement, il y a comme une angoissante question pratique à résoudre. Pour le moment, le centre de mon être, de ce que j'appelle "je", se situe dans la tête. Même si j'accepte l'idée que ce n'est pas le vrai je, dans la sensation, le ressenti, c'est là qu'il se trouve. Et comment passer de ce centre-là, dans la tête, au vrai centre, le centre du Moi au-dessus, ou le centre intérieur, ce roc ? Comment faire ? Comment passer de l'un à l'autre ? C'est ça que je n'arrive pas à faire ? Est-ce qu'il faut sauter de l'un à l'autre ? Ou essayer de se fondre dans le nouveau centre ? Je ne sais pas.
Ou, pour le dire encore autrement. C'est comme si j'avais expérimenter la réalité de ce roc à partir de la conscience extérieure intériorisée, mais sans avoir réussi à devenir ce roc, à être ce roc intérieur qui regarde la nature extérieure mentale, vitale, physique, environnementale, et tout le monde extérieur.
En conclusion ?
Dans un article précédent, je partageais le sentiment qu'après 20 ans, des choses commençaient ENFIN à être vraiment intéressantes et que les vraies choses allaient enfin pouvoir commencer.
Avec cette expérience, avoir trouvé ce roc est une grande expérience, mais l'expérience est à approfondir, à développer, à rendre constante, y compris dans la vie quotidienne, et elle ne marque pas une fin, une réalisation, mais un commencement...
Les choses, tout le temps, ne font-elle encore que commencer...😊 et derrière ce sentiment aussi, je ne serais pas surpris qu'il y ait un bien beau secret à trouver.
Cellam