Satisfaisante raclée ?
La dernière vidéo de Sraddhalu sur la Connaissance divine directe m'a vivement impressionné et a suscité une aspiration assez intense vers le haut. Au bout d'un moment ma nature intérieure à commencer à se calmer, se poser, s'ouvrir, faire silence... et il m'a semblé alors entrer en contact avec une... clarté. C'est tout. Les descriptions de Sri Aurobindo sur la Connaissance divine sont tellement magnifiques que cela est décidément bien peu de chose.
C'est le lendemain que je me suis dit que j'avais dû toucher quelque chose...
Agenda du 20 novembre 1962
(Le disciple lit un passage de son manuscrit où il dit notamment : « On ne peut pas faire un pas en haut sans faire un pas en bas. »)
C'est l'expérience que j'ai dans mon corps maintenant – exactement ce que tu dis : chaque pas en avant vous oblige à faire, non un pas en arrière mais un pas dans l'Ombre, et au point de vue physique c'est terrible.
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Horrible ! Après cette expérience en haut – pourtant il ne s'est pas passé grand chose, apparemment – le centre émotif et le vital inférieur se sont déchaîné, et je suis de nouveau tombé malade : toux, frigorifié, transpirations, maux de tête, épuisement et pourtant je n'arrive pas à dormir...
Je pensais que ces choses étaient plus résolues que cela... les voir ressurgir avec une telle violence fut assez décourageant. Dans ces moments-là, on voudrait mourir de chagrin – qu'on en finisse – que toute cette douleur cesse. C'est si poignant qu'on voudrait pleurer sans parvenir à pleurer.
Pourtant, je devrais être habitué car ce n'est pas la première fois qu'après une "belle expérience" se produit ses crises, le phénomène est arrivé des dizaines de fois... mais non, je me laisse encore surprendre.
Deux aphorismes me sont revenus en tête...
59 — L’un des grands réconforts de la religion est que parfois vous pouvez empoigner Dieu et lui donner une satisfaisante raclée. Les gens se moquent de la sottise des sauvages qui battent leur Dieu lorsque leurs prières ne sont pas exaucées ; mais ce sont les moqueurs qui sont sots et sauvages.
Comment peut-on donner à Dieu une satisfaisante raclée ?
La religion a toujours tendance à faire un Dieu à l’image de l’homme ; une image magnifiée et agrandie, mais c’est toujours un Dieu, au fond, qui a des qualités humaines. Et c’est cela qui donne aux gens la possibilité de le traiter comme ils traiteraient un ennemi humain — dans certains pays, quand leur Dieu ne fait pas ce qu’ils veulent, ils le prennent et ils le jettent dans la rivière !
Mais ces « idoles » ne sont pas seulement des créations humaines, elles ont une existence en soi ?
Quelle que soit l’image (ce que nous appelons dédaigneusement une « idole »), quelle que soit la forme extérieure de la divinité, même si, pour notre œil physique, elle a l’air laide ou banale ou affreuse, caricaturale, il y a toujours, dedans, la présence de la chose représentée. Et il y a toujours quelqu’un, que ce soit un prêtre ou un initié, ou un sâdhu, un sannyâsin, qui a le pouvoir et qui tire (généralement c’est la besogne des prêtres), qui tire la force, la présence dedans. Et c’est véritable : il est tout à fait réel que la force, la présence est là ; et c’est cela (ce n’est pas la forme de bois ou de pierre ou de métal) que les gens adorent, c’est cette présence.
Mais les gens d’Europe n’ont pas le sens intérieur, du tout. Pour eux, tout est comme une surface — même pas, une pellicule de surface — et il n’y a rien derrière, alors ils ne peuvent pas sentir. Pourtant, c’est un fait que la présence est là, c’est un fait absolument réel, je le garantis.
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L'égalité du Brahman ?
Dans un article récent Résumé de la Guîtâ je partageais ce passage du Yoga des Œuvres divines :
Tout ici-bas est l’unique et indivisible Brahman, éternel, transcendant et cosmique qui, en son apparence, est divisé en choses et en créatures ; en apparence seulement, car en vérité il est toujours unique et égal en toute chose et en toute créature ; la division n’est qu’un phénomène de surface. Aussi longtemps que nous vivons dans l’apparence ignorante, nous sommes l’ego et nous sommes soumis aux modes1 de la Nature.
1. Les gunas ou qualités fondamentales de la Nature, qui entrant dans la composition de toute chose et de tout être : tamas, le principe d’inertie ; rajas, le principe cinétique d’action et de mouvement ; sattva, le principe de lumière, d’équilibre et d’harmonie.
...et je me suis dit que je ne comprenais pas cette égalité, et même qu'elle était révoltante. Ainsi, le Divin n'aurait pas de préférence et traiterait tout le monde de façon égale : le docteur Fauci et le docteur Fouché, le docteur Mengele et le docteur Schweitzer ?
...il est toujours unique et égal en toute chose et en toute créature : qu'est-ce que cela veut dire ?
Et c’est surtout cela, ce sens de l’«important» et de ce qui n’est «pas important» : ça, c’est une chose qui s’évanouit, qui ne laisse aucune trace. On est comme ça, avec... rien. Il n’y a pas d’échelle dans l’importance ; ça, c’est absolument notre imbécillité mentale: ou rien n’est important ou tout est également important.
Le grain de poussière, là, qu’on essuie, ou la contemplation extatique – c’est TOUT PAREIL. (Agenda du 17 décembre 1960)
Pourtant, dans les phénomènes extérieurs, l'inégalité semble régner en maître : une femme passe quelques secondes dans une baignoire à Lourdes et sa sclérose en plaque est guérie – alors même qu'elle y allait sans conviction particulière, apportant un certain démenti à la célèbre parole des Évangiles : ta foi t'a guérit – et les personnes d'avant ou d'après ne sont pas guéries.
Le Divin peut absolument TOUT FAIRE : pourquoi la Grâce divine guérit un tel et pas un autre ? Pourquoi est-ce qu'elle nous laisse patauger dans nos tourments ? Si encore on savait quoi faire ? Mais le Divin se tait et nous laisse dans la nuit. Je me souviens d'une parole de Mère qui disait que c'était ceux que le Divin aimait le plus qu'il traitait le plus durement. Ce n'est pas très égal ça. Peut-être dans certains cas n'y a-t-il rien d'autres à faire que traverser les turbulences... aussi bien que possible.
Tout cela est si évidemment absurde que ce n'est évidemment pas comme ça, il doit y avoir d'autres éléments à prendre en compte. Je ne sais pas. Tout ce que j'arrive à me dire, c'est qu'au-delà du Divin personnel que l'on est censé trouvé en soi, il y a le Divin impersonnel : c'est cet aspect-là qui est parfaitement neutre, égal. Et au-delà du Divin personnel et impersonnel il est censé y avoir, "autre chose" de plus extraordinaire encore, d'une intensité plus formidable encore... et pour y accéder, si nous ne sommes pas au préalable devenu égal et impersonnel, si j'ai bien compris, cela pourrait être dangereux.
possible que le Divin regarde nos actes – bons et mauvais – de façon complètement égale puisqu'ils sont tous nés de l'ego. Il doit regarder autre chose que les turbulences de la vie active de surface.
En tout cas, dans ces mauvais jours, si l'on osait, on aurait envie prendre le Divin et de lui mettre une satisfaisante raclée. C'est tellement facile pour Lui d'apporter un peu de paix, de joie... et nous sommes plongés dans les bas fonds de l'être absolument dégoûtants.
463 — Au début, chaque fois que je retombais dans le péché, j’avais l’habitude de pleurer et de me mettre en rage contre moi-même et contre Dieu pour l’avoir permis. Plus tard, j’osais seulement demander, sans plus : « Pourquoi m’as-tu encore roulé dans la boue, ô mon camarade de jeu ? » Puis il me vint à l’esprit que ceci aussi semblait trop impudent et présomptueux ; je ne pouvais plus que me relever en silence, le regarder du coin de l’œil et me nettoyer.
Commentaire de Mère :
Tant que l’homme s’enorgueillira de sa vertu, le Seigneur Suprême le fera tomber dans le péché pour lui apprendre la nécessité de la modestie.
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En l’occurrence, ce n'est pas qu'une question de modestie, c'est aussi cette nécessité, à chaque progrès, de faire un pas dans l'ombre. Cette sensation après chaque "belle expérience"... et encore une beauté bien modeste... de devoir à chaque fois, encore et encore, retraverser ces turbulences : c'est dégoûtant, révoltant.
Mère a mentionné que la substance occidentale était plein de révolte. Mais Satprem s'est définit lui-même à certains moments de sa vie comme un révolté total. Ce n'est donc peut-être pas la révolte qui est un problème, c'est ce qu'on en fait...