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Il est facile de comprendre, ou d'admettre à défaut de l'avoir réalisé, qu'avec la méditation, la concentration du mental, il soit possible de s'ouvrir à des niveaux de conscience plus élevés. De même avec la voie du cœur, les mystiques ont abondamment témoigné que par une intériorisation profonde il était possible de faire l'expérience du Divin. Par contre, lorsque Sri Aurobindo nous explique que par nos actions nous pouvons aussi réaliser le Divin, cela m'a toujours  semblé plus difficile à comprendre.

Nous faisons peut-être une confusion entre le terme yoga des œuvres et ce que l'on appelle dans l'univers chrétien les bonnes œuvres, les œuvres de charité ou sur le plan laïc, la philanthropie. Pourtant, dans les Lettres sur le Yoga, Sri Aurobindo est parfaitement clair, les deux sont très différentes :  

Le véritable but du yoga n'est pas la philanthropie ; c'est de trouver le Divin, d'entrer dans la conscience divine, et de trouver dans le Divin son être vrai — qui n'est pas l'ego.

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Je ne veux pas parler non plus de philanthropie ni de service de l'humanité ni de tous les autres buts moraux ou idéalistes que le mental humain substitue à la vérité profonde des œuvres.

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Mais selon notre manière de voir, l'humanité ne saurait sortir de ses limitations par les moyens qu'adopte d'ordinaire le mental humain : politique, réformes sociales, philanthropie, etc. ; ceux-ci ne peuvent être que des palliatifs temporaires ou locaux. La seule véritable issue est une transformation de la conscience en une manière d'être plus grande, plus vaste et plus pure, et une vie, une action fondées sur cette transformation.

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...ainsi tout ce qui est accompli sous un prétexte d'altruisme, de philanthropie, de service, etc., est largement motivé par l'ego qui se dissimule derrière ces justifications ; dans le yoga, il faut faire sortir le motif secret de derrière le voile, le mettre en évidence et s'en débarrasser.

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Je ne vois pas ce que viennent faire ici l'humanitarisme, l'activisme, la sévâ philanthropique, etc. Rien de tout cela ne fait partie de mon yoga ni ne s'accorde avec ma définition des œuvres...

Ce point clarifié, nous ne sommes pourtant pas beaucoup plus avancé : en quoi le fait d'offrir nos actions au Divin, même les plus banales de notre existence, permettrait de Le réaliser ? Il y a là quelque chose d'assez mystérieux... pas si facile à comprendre ni à accepter – même mentalement. Quel rapport entre nos milliers de petits gestes quotidiens et la réalisation divine ? ? ? À mon point de vue, c'est quelque chose que l'humanité comprend encore très mal, et nous sommes peut-être encore touchés par cette incompréhension. Nous ne pouvons sérieusement nous contenter de l'argument d'autorité : si Sri Aurobindo le dit... 

Qu'est-ce que c'est que ce Yoga des Œuvres, de quoi s'agit-il, en quoi est-il si important ? Quel est le pouvoir de nos actions ? Quelles sont les actions justes ? Etc. Il y aurait beaucoup de questions à se poser. Le jour où nous aurons vraiment bien compris... 

En attendant de nous plonger dans les 300 pages du livre un de La Synthèse des Yogas qui expliquent un peu ces choses, ou les 700 pages d'Essai sur la Guîta, nous pouvons lire ces quelques paragraphes du chapitre trois du Yoga des Œuvres divines qui résument l'essence de la Guîtâ.  

 

Le plus grand évangile des œuvres spirituelles qui fut jamais donné aux hommes, le plus parfait système de Karmayoga que nous connaissions se trouve dans la Bhagavad-Gîtâ. Ce célèbre épisode du Mahâbhârata trace les grandes lignes et pose les fondements du Karmayoga pour tous les temps, avec une maîtrise incomparable et l’œil infaillible d’une sûre expérience.

Il est vrai que seul le chemin, tel que les anciens le voyaient, est décrit sous tous ses aspects ; l’accomplissement parfait, l’ultime secret est suggéré plutôt que développé ; il demeure indicible, telle la part inexprimée d’un mystère suprême.

Cette réticence se justifie pour des raisons évidentes   : l’accomplissement est en effet, dans tous les cas, une question d’expérience et aucun enseignement ne peut l’exprimer. Il ne peut être décrit et vraiment compris par un mental qui n’a pas eu l’expérience resplendissante et transmutatrice de ce mystère. Et pour l’âme qui a passé le portail radieux et qui se tient dans le flamboiement de la lumière intérieure, toutes les descriptions mentales et verbales sont pauvres autant que superflues , inadéquates et inappropriées.

Nous sommes nécessairement obligés de transcrire les réalisations divines en les termes inappropriés et trompeurs d’un langage conçu pour l’expérience normale de l’homme mental ; exprimées ainsi, elles ne peuvent être vraiment comprises que par ceux qui en ont déjà connaissance, et qui sont donc capables de donner à ces termes extérieurs insuffisants un autre sens, intérieur et transfiguré. Comme les rishis védiques l’affirmaient jadis, les paroles de la sagesse suprême n’ont de sens que pour les sages.

La Gîtâ, par le silence de sa conclusion cryptique, semble s’arrêter au seuil de la solution que nous recherchons ; elle hésite à la frontière du mental spirituel le plus haut et ne la traverse pas pour entrer dans les splendeurs de la Lumière supramentale. Et cependant, son secret central est l’identification dynamique, et pas seulement statique, avec la Présence intérieure, le haut mystère d’une soumission absolue au divin Guide, Seigneur et Habitant de notre nature.

Cette soumission est indispensable pour effectuer le changement supramental, et de plus, c’est par ce changement supramental que l’identité dynamique devient possible.

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Quelles sont donc les bases du Karmayoga tracées par la Gîtâ ?

Son principe-clef, sa méthode spirituelle, peut se ramener à l’union des deux états ou pouvoirs de conscience les plus hauts et les plus vastes   : l’égalité et l’unité.

Le fond de sa méthode est une acceptation sans réserve du Divin dans notre vie autant que dans notre moi intérieur et notre esprit.

Le renoncement intérieur à tout désir personnel conduit à l’égalité, engendre notre soumission totale au Divin, soutient notre délivrance de l’ego diviseur, ce qui nous apporte l’unité.

Mais ce doit être une unité dans la force dynamique, et pas seulement dans la paix statique ou dans la béatitude inactive.

La Gîtâ nous promet la libération de l’esprit au milieu même des œuvres et au cœur des énergies de la Nature, si nous acceptons de soumettre tout notre être à Cela qui est supérieur à l’ego séparateur et limitatif.

Elle propose une activité intégrale et dynamique fondée sur une passivité inébranlable ; une action aussi large que possible, irrévocablement ancrée dans un calme immuable, tel est son secret — une libre expression née d’un silence intérieur absolu. 

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Tout ici-bas est l’unique et indivisible Brahman, éternel, transcendant et cosmique qui, en son apparence, est divisé en choses et en créatures ; en apparence seulement, car en vérité il est toujours unique et égal en toute chose et en toute créature ; la division n’est qu’un phénomène de surface. Aussi longtemps que nous vivons dans l’apparence ignorante, nous sommes l’ego et nous sommes soumis aux modes1 de la Nature.

1. Les gunas ou qualités fondamentales de la Nature, qui entrant dans la composition de toute chose et de tout être   : tamas, le principe d’inertie ; rajas, le principe cinétique d’action et de mouvement ; sattva, le principe de lumière, d’équilibre et d’harmonie.

Esclaves des apparences, liés par les dualités, ballottés entre le bien et le mal, le péché et la vertu, la peine et la joie, la douleur et le plaisir, la bonne et la mauvaise fortune, le succès et l’insuccès, nous tournons irrémédiablement dans le cercle de fer, ou d’or et de fer, entraînés par la roue de Mâyâ. Au mieux, nous avons seulement la pauvre liberté relative que, dans notre Ignorance, nous appelons libre arbitre. Mais c’est une illusion fondamentale, puisque ce sont les modes de la Nature qui s’expriment à travers notre volonté personnelle ; c’est la force de la Nature qui se saisit de nous sans que nous puissions la saisir et qui détermine ce que nous allons vouloir et comment nous allons le vouloir. La Nature, et non un ego indépendant, choisit pour nous à chaque instant de notre existence le but que nous allons poursuivre par une volonté raisonnée ou une impulsion irréfléchie.

Si, au contraire, nous vivons dans la réalité unificatrice du Brahman, nous passons au-delà de l’ego et au-dessus de la Nature. Car alors, nous retournons à notre vrai moi et redevenons l’esprit ; en l’esprit, nous sommes au-dessus de l’impulsion de la Nature, supérieurs à ses modes et à ses forces. En atteignant à une parfaite égalité dans notre âme, notre mental et notre cœur, nous réalisons notre vrai moi d’unité qui est un avec tous les êtres et un aussi avec ce qui s’exprime en eux et dans tout ce que nous voyons et dont nous faisons l’expérience.

Cette égalité et cette unité sont les doubles fondations indispensables pour édifier un être divin, une conscience et une action divines.

Si nous ne sommes pas un avec tout, nous ne sommes ni spirituels, ni divins.

Si nous n’avons pas une parfaite égalité d’âme en face de toute chose, tout événement et toute créature, nous ne pouvons pas voir spirituellement, nous ne pouvons pas savoir divinement ni éprouver des sentiments divins pour autrui.

Le Pouvoir suprême, l’unique Éternel et Infini est égal pour toutes les choses et tous les êtres, et parce qu’il est égal, il peut agir avec une absolue sagesse suivant la vérité de ses œuvres et de ses forces et en accord avec la vérité de chaque chose et de chaque créature.

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Telle est aussi la seule vraie liberté à laquelle l’homme puisse prétendre — une liberté qu’il ne peut posséder à moins de dépasser tout séparatisme mental et de devenir l’âme consciente dans la Nature.

La seule volonté libre dans le monde est l’unique Volonté divine, et la Nature est son exécutrice ; elle est la maîtresse et la créatrice de toutes les autres volontés.

Le libre arbitre humain peut être réel en un sens, mais comme toutes les choses appartenant aux modes de la Nature, il n’est que relativement réel. Le mental, monté sur le tourbillon des forces naturelles, oscille entre plusieurs possibilités, penche d’un côté ou de l’autre, s’arrête et a l’impression de choisir ; mais il ne voit pas la Force qui est derrière et qui a déterminé son choix — il n’en est même pas vaguement conscient.

Il ne peut pas la voir, parce que cette Force est quelque chose de total et, à nos yeux, d’indéterminé. Tout au plus peut-il distinguer avec un semblant de clarté et de précision quelques-unes des déterminations particulières parmi l’infinie variété que la Force utilise pour mettre en œuvre ses incalculables desseins. Étant partiel lui-même, le mental est monté sur une partie de la machine, inconscient des neuf dixièmes des agents qui le poussent dans le temps et dans les circonstances, ignorant de sa préparation passée et de sa route future ; mais, parce qu’il est monté sur la machine, il croit qu’il la dirige.

En un sens, il compte ; car cette claire inclination du mental, que nous appelons «   notre   » volonté, cette ferme fixation de l’inclination qui se présente à nous comme un choix délibéré, est l’une des plus puissantes forces déterminantes de la Nature ; mais cette inclination n’est jamais seule et indépendante.

Derrière cette infime action instrumentale de la volonté humaine, il y a quelque chose de vaste et de puissant, et d’éternel, qui surveille la direction de l’inclination et fait pression sur les mouvements de la volonté.

Il y a, dans la Nature, une Vérité totale plus grande que notre choix individuel. Et dans cette Vérité totale, ou même par-delà et derrière elle, il y a quelque chose qui détermine tous les résultats ; sa présence et sa connaissance secrètes soutiennent sans cesse les processus de la Nature et gardent une perception dynamique, presque automatique, des relations justes, des nécessités qui varient ou persistent, des étapes inévitables du mouvement. Il y a une Volonté divine secrète, éternelle et infinie, omnisciente et omnipotente, qui s’exprime dans l’universalité et en chaque détail de toutes ces choses apparemment temporelles et finies, inconscientes ou semi-conscientes. C’est ce Pouvoir ou cette Présence dont parle la Gîtâ   : le Seigneur dans le cœur de toutes les créatures qui tournent comme sur une machine, victimes de l’illusion de la Nature.

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Cette Volonté divine n’est pas une Puissance ni une Présence étrangères ; elle est intimement liée à nous et nous faisons partie d’elle ; car c’est notre propre Moi le plus haut qui la possède et la soutient.

Seulement, elle n’est pas notre volonté mentale consciente ; bien souvent, elle rejette ce que notre volonté consciente accepte et accepte ce qu’elle rejette. Car, tandis que l’Un secret connaît tout, chaque ensemble et chaque détail, notre mental de surface connaît seulement une petite fraction des choses.

Notre volonté est consciente mentalement et ce qu’elle connaît, elle le connaît seulement par la pensée ; la Volonté divine est supraconsciente pour nous, parce que, en son essence, elle est supra-mentale, et elle connaît tout parce qu’elle est tout.

Notre Moi le plus haut, qui est le possesseur et le support de ce Pouvoir universel, n’est pas l’ego, n’est pas notre nature personnelle ; il est transcendant et universel, et ces choses plus petites sont seulement son écume et sa surface mouvante.

Si nous soumettons notre volonté consciente et lui permettons de s’unir à la volonté de l’Éternel, alors et alors seulement nous pourrons atteindre à la vraie liberté ; vivant dans la liberté divine, nous ne nous accrocherons plus à ce prétendu libre arbitre enchaîné, cette ignorante liberté de pantin, illusoire et relative, liée à l’erreur de ses petits mobiles vitaux et de ses représentations mentales inadéquates.

En conclusion

Le dernier paragraphe me rappelle cette parole de Sri Aurobindo qui nous dit que seul le tout peut comprendre la partie. Pour faire le lien avec un article précédent, dans le Zhineng Qigong, il est demandé de regarder les choses à partir de l’entièreté. Les mots sont différents, l'idée est la même. 

Mais au-delà de ce point, ces quelques paragraphes ne sont-ils pas extraordinaires et touchants ? C'est de notre liberté, de notre libération qu'il s'agit, ce sont les clefs pour sortir de notre esclavage et de notre prison que Sri Aurobindo nous donne...

Innombrable, toujours présente, et efficace dans tous les cas.

Il y a là, déjà, sans même aller plus loin, des éléments que nous pouvons mettre en pratique, sur lesquels nous pouvons nous accrocher, réfléchir, aspirer à réaliser... 

Et ceux qui veulent poursuivre peuvent lire la suite du chapitre et du livre, ou bien, de la même façon que la Mère conseillait de lire au moins les six derniers chapitres de La vie divine, j'ai rassemblé les sept derniers chapitres d'Essai sur la Guîtâ qui semblent en être le sublime résumé.  

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