Madame Z – Une catholique en visite à l'Ashram
Agenda du 19 août 1967
(Peu après, à propos d'une sympathisante de l'Ashram, Mme Z, qui n'arrive pas à sortir de son christianisme2.)
2. Par une «coïncidence» assez frappante, depuis la vision de Mère du 29 juillet («le christianisme déifie la souffrance»), tout le christianisme allait successivement tomber sur Mère : moines, monseigneurs, etc., y compris cette dame qui figurera à plusieurs reprises dans cet Agenda. Ce qui montre bien que les «visions» de Mère sont en fait des actions.
[Pour info, j'ai partagé cet Agenda du 29 juillet 67 dans un article précédent.]
Alors, tu as vu cette dame ?
J'ai l'impression qu'il y a une possibilité de faire quelque chose... Quelle est ton impression?
Ce matin, le christianisme aussi était parmi toutes les choses.
(silence)
N'est-ce pas, derrière toute cette évolution terrestre, c'est, plus ou moins conscient (c'est plutôt un besoin inexprimé qu'une conscience précise), le besoin de vivre le Divin – on peut le mettre aussi autrement : de vivre divinement. Et il est évident que ce qui s'est traduit par des religions différentes, c'étaient des solutions trouvées individuellement («trouvées», peut-être partiellement vécues) et il y avait eu ici [en Inde], cette solution : pour redevenir vraiment Divin, il ne faut plus de création. C'était la solution nirvânique. Et instinctivement, l'humanité avait senti – instinctivement – que la mort était la négation du Divin. Mais comme toute négation, elle pouvait conduire, ouvrir le chemin.
La solution du christianisme, ce n'était pas tout à fait nouveau, c'était une adaptation d'une ancienne solution : une vie en d'autres mondes – ce qui s'est traduit par cette conception tout à fait enfantine du paradis. Mais ça, c'était une conception à l'usage du public : la vie en présence du Divin et uniquement occupée du Divin, alors on chantait, on... C'est touchant de simplicité. Enfin eux, concevaient un monde (qui n'était pas un monde matériel), un monde où s'était réalisé une vie divine.
Dans les anciennes traditions indiennes, il y avait eu comme cela l'indication de mondes qui étaient déjà divins – c'était comme une réaction à ce nirvânisme : si nous voulons être divins, il faut cesser d'être, ou si le Divin veut être pur, il ne faut plus qu'il se manifeste !...
Et alors tout cela, ce sont comme des tentatives, maladroites, pour trouver le moyen, et en même temps peut-être des préparations internes pour rendre capable d'entrer vraiment en rapport avec le Divin.
Puis il y a eu cette grande réaction du culte de la Matière qui a BEAUCOUP servi à la pétrir, la rendre moins inconsciente d'elle-même : ça a ramené par force la conscience dans la Matière.
Alors, peut-être, tout cela a-t-il préparé suffisamment pour que le moment soit venu (geste de descente) de la Manifestation Totale.
Ce matin pendant l'expérience, le corps a senti toute la béatitude de la condition, mais il était très conscient de son inaptitude à manifester, et très conscient dans une paix si parfaite, comme cela (geste paumes ouvertes vers le haut), où il n'y avait même pas l'intensité du besoin. C'était simplement une vision de comment étaient les choses, comment était l'état. Et alors, c'était à peu près comme cela : que les conditions terrestres sont telles, les conditions de la substance sont telles qu'une manifestation locale et momentanée, comme un exemple, n'est pas impossible, mais que la transformation qui rendrait possible la nouvelle Manifestation de l'être supramental – alors, pas seulement comme un cas isolé, mais avec sa place, son rôle dans la vie terrestre –, cela ne paraît pas être immédiat. Voilà quelle a été l'impression.
Et il n'y avait pas l'angoisse de savoir ni rien de tout cela, c'était simplement une vision très tranquille des choses, absolument dénuée presque de tout besoin : c'était comme cela (même geste paumes ouvertes), aussi paisible qu'il est possible de l'être, souriant, tranquille, avec un sens d'éternité... Tout cela, dans ce corps, qui était tout à fait, tout à fait conscient de son incapacité. Naturellement le corps, lui, a très bien le sentiment, ni de savoir, ni de pouvoir savoir, ni de pouvoir vouloir, ni de pouvoir faire : simplement comme cela (geste paumes ouvertes), aussi paisiblement ouvert, réceptif, abandonné que possible. Et le résultat a été cela (la vision que la Manifestation n'était pas pour l'immédiat).
Et ça finit toujours de la même façon : «Ce que Tu voudras.»
Mais une vision très claire qu'une transformation collective suffisante pour créer une espèce nouvelle sur la terre, cela paraît être pour dans quelque temps encore... sans appréciation de la durée, mais pas immédiat.
Le fait est sûr.
Le fait est sûr – ce n'est pas une possibilité, c'est un FAIT. Mais ce qui se traduit dans la conscience terrestre par le temps, cela, c'était inappréciable, on ne peut pas calculer.
🌸
Agenda du 26 août 1967
(Un peu plus tard, à propos de Mme Z, cette chrétienne sympathisante de l'Ashram, qui est venue, plusieurs fois rendre visite au disciple et qui allait devenir un peu... encombrante.)
... Je ne sais pas quoi faire. Je sens qu'elle a besoin, un besoin sincère, et qu'elle voudrait en sortir, sans pouvoir en sortir.
Elle ne veut pas totalement.
Oui !
Tu sais que j'ai eu une expérience comme cela, il y a fort longtemps (il y a très longtemps) quand j'étais en France encore, à Paris. Il y avait une camarade d'atelier (parce que j'étais à l'atelier de peinture pendant longtemps), une camarade, un très bon peintre, et nous étions très amies, et j'avais commencé à lui parler de la Revue Cosmique et de ce que Théon disait. Elle appartenait à une famille catholique avec des archevêques, même des cardinaux dans la famille, enfin c'était... Et elle était extrêmement intéressée et tout à fait convaincue : elle avait eu l'impression de la libération de l'esprit et de l'aspiration. Puis, quand j'ai eu l'enseignement de Sri Aurobindo, je le lui ai transmis, et alors là, vraiment, elle a été tout à fait prise. Mais souvent, elle m'a dit : «Tant que je suis éveillée, ça va très bien, mais dans mon sommeil, tout d'un coup je me réveille avec une panique épouvantable : et si l'enseignement catholique est vrai, je vais aller en enfer !» Et alors une torture. Et elle me disait : «Quand je suis tout à fait éveillée, je vois à quel point c'est ridicule...»
Mais tous ceux qui ont reçu le baptême et qui pendant un temps ont eu la confession, ils font partie d'un ensemble, d'une entité psychologique, intérieure, et c'est TRÈS DIFFICILE d'en sortir ; ils sont liés à un tout – il y a... il y a une Église invisible, et tous ces gens sont tenus. Et pour sortir de là, il faut être un héros vital. Un vrai héros, n'est-ce pas. Parce que c'est très fort.
J'ai vu : toutes les religions ont comme cela des espèces de congrégations dans l'invisible ; mais de toutes, c'est la chrétienne qui est la plus forte au point de vue terrestre : elle est beaucoup plus forte que celle des bouddhistes, elle est beaucoup plus forte que celle des Chinois, elle est plus forte que les anciennes religions hindoues – c'est la plus forte ; naturellement plus forte que les religions plus récentes aussi. Mais c'est la plus forte.
Et quand on reçoit le baptême, on est lié. Si l'on ne suit pas la messe, si l'on n'a jamais été à confession, on peut, avec un peu d'énergie vitale, on peut se sortir de là, mais ceux qui ont été à confession – surtout la confession – et quand on reçoit la communion, quand on vous donne à manger le Christ... (encore une chose effroyable).
Alors cette fille-là était une vraie artiste et une grande intelligence, par conséquent j'ai eu l'exemple. Quand elle était éveillée, elle comprenait merveilleusement ; et elle-même était furieuse, mais elle n'avait pas... elle n'avait pas le pouvoir de sortir de son subconscient l'emprise.
Elle était beaucoup plus intelligente que Mme Z, il n'y a pas de comparaison. C'était une grande artiste.
Qu'est-ce que je dois faire ? Est-ce que je dois travailler à faire quelque chose? Je suis comme un intermédiaire, tu comprends. Ou est-ce qu'il faut que je la mette brutalement, mais avec conscience et force, devant le fait qu'elle est prisonnière et que vraiment je ne peux rien pour elle.
Je ne voudrais pas qu'elle empiète sur ta vie, voilà. Parce qu'elle ne le sait pas, mais cela peut être une formation adverse (elle est un instrument tout à fait inconscient). Si tu étais très costaud, tu comprends, que tu aies beaucoup de force vitale, je dirais : ça ne fait rien, on leur cassera le cou ; mais tu as besoin de faire attention. Tu dis toi-même que cela te fatigue.
Oh! oui, je suis épuisé.
Oui, alors. Une fois de temps en temps, cela ne fait rien, mais pas trop souvent.
Il faudrait que je le lui dise.
Oui, tu pourras lui dire très poliment... (riant) en lui disant qu'elle a besoin de prendre l'air ! – Mais elle t'offrira de te rencontrer dehors1.
1. Notons que la personne en question occupe une position diplomatique importante, d'où la difficulté de l'envoyer... «prendre l'air».
Je vais essayer de faire quelque chose... mais elle n'est pas très... Tiens, ils me font toujours l'effet (riant) d'être entourés de quelque chose de collant, comme s'ils avaient un tape [bande collante] autour d'eux ! – On ne peut pas entrer.
Elle m'a demandé un nom indien.
Oh ! elle t'a pris comme gourou.
Je ne sais pas. Elle m'a pris comme intermédiaire, oui. C'est un rôle que je n'aime pas DU TOUT !
(Mère rit) Oh ! il est embêtant. Ça...
Mais tu comprends, je suis partagé entre le souci d'elle et le souci de moi. Qu'est-ce que je dois faire?
(Après un long silence)
Est-ce que tu sais me mettre ou mettre Sri Aurobindo entre toi et les personnes que tu vois ?
Je ne sais pas si je sais le faire, mais j'appelle toujours, je suis toujours comme cela [geste vers la conscience en haut], j'appelle là-haut.
Mais ce n'est pas comme cela ! C'est comme cela ICI (Mère fait un geste devant la poitrine du disciple), tu te caches derrière... (riant) comme j'ai fait au balcon l'autre jour! Quelle était la distance entre les deux visites ?
Cinq ou six jours.
On va voir, on va essayer...
Elle m'a dit même, la dernière fois, qu'elle voudrait méditer avec moi – mais enfin je ne suis pas un gourou, moi !
Ce n'est pas un métier agréable! (rires) On va voir, tu me diras.
🌸
Agenda du 3 septembre 1967
(Toujours à propos de cette personne chrétienne qui cherche à s'approcher de l'Ashram.)
Tu l'as vue ?
Ah! oui... Il y a eu des développements. La dernière fois que je l'ai vue, j'ai réellement perçu qu'elle était enveloppée par quelque chose... quelque chose qui avait l'air d'être très réceptif, mais qui en fait était complètement enfermé dans sa propre structure.
C'est cela.
Et le lendemain, elle m'a écrit une lettre. Et quand j'ai lu cette lettre, j'ai eu l'impression de toucher là le Mensonge, l'Asoura. Tu sais le VRAI Mensonge, c'est-à-dire celui qui a attrapé la lumière et qui en a fait un mensonge.
Oui, c'est cela.
Vraiment j'ai dit : «Ça, c'est le Mensonge.» Et j'ai eu une réaction très curieuse : tout d'un coup, j'ai eu envie de prendre cette lettre, un couteau, de planter le couteau dans la lettre et de la brûler.
Tiens, c'est intéressant !
Je ne l'ai pas fait parce que je me suis dit que j'allais peut-être lui faire du mal.
Moi aussi, j'ai eu cette impression de Mensonge. (1)
1. Voici quelques brefs échantillons de la lettre en question : «... Quelqu'un a dit : il ne s'agit pas de porter la Liberté comme un drapeau mais comme une Croix... Dans votre livre, on n'aime pas la Croix, pourquoi ? C'est de toute éternité la forme qui rassemble et qui monte. La forme qui ne veut pas monter toute seule ; la forme qui, plongée dans une masse, ne remonte qu'avec toute la masse – la forme qui colle à tous les points cardinaux et saigne sur tous les points cardinaux... Lorsque je vais à l'atelier des lépreux, tout de suite après vous avoir vu, je viens puiser la Force non seulement de les aider par des moyens financiers, une compétence ou une amitié, mais peut-être même d'envisager d'être comme eux, d'aller jusqu'au fond de leur vraie misère...»
Et alors, ce qui est amusant, c'est que j'ai reçu cette lettre, je l'ai lue, puis Sujata est entrée dans ma chambre, elle y a passé cinq minutes, et tout d'un coup je l'ai vue partir comme cela. Et une demi-heure après, elle m'a dit : «Mais qu'est-ce qu'il y a chez vous ? Tout d'un coup, j'ai été épuisée comme si j'avais fait douze heures de travail.»
Tu vois. Alors, après cela ?
Je lui ai écrit une lettre, où je disais ceci : «...Il faut que vous voyiez vous-même, que vous sentiez vous-même. Si vous êtes satisfaite par l'expérience religieuse que représente le christianisme, je ne vois pas pourquoi je vous détromperais. Chacun suit la voie qu'il sent bonne pour lui. Si vous veniez me dire: "Je cherche autre chose", alors très bien, je pourrais peut-être faire quelque chose pour vous aider. Mais jusque là, vraiment je ne puis rien pour vous et tous les mots sont inutiles. C'est à vous de sentir et de voir.»
C'est très bien, c'est tout à fait bien, tout à fait. Et c'était cela qu'elle devait entendre... Ils sont tous les mêmes, ils veulent «profiter» des autres, n'est-ce pas. Et alors, ça, c'est vraiment du mensonge. C'est très bien, cette lettre.
(silence)
Ces attitudes-là, ça finit toujours par une crise.
Nous avions ici une Française, une personne qui venait de Dordogne, qui avait changé de nom en venant ici : on l'avait appelée Nivédita. Elle était très-très enthousiaste, très dévouée, et en même temps elle était restée très chrétienne, et elle essayait d'arranger les deux ensemble. Et alors ici, naturellement, ça lui a créé des difficultés intérieures, et un jour, sans savoir vraiment pourquoi ni comment, elle est allée à confesse – et puis ça a été l'écroulement. C'était le désespoir, l'écroulement. Je lui ai dit : «Il vaut mieux que tu t'en ailles.» Et elle est partie. Elle est partie en France ; dès qu'elle était là-bas, elle écrivait d'autres lettres désespérées, et puis elle est morte.
Alors, plus ils entrent, plus le problème devient difficile. Il vaut mieux... Cette dame, elle a du travail extérieur à faire. Je n'encourageais pas beaucoup qu'elle devienne intime ici parce qu'elle aura un jour le gros problème – n'est-ce pas, symboliquement, c'est réduit à une personne, mais c'est le gros problème de la Religion en tant que dogme et loi absolue, en face de la liberté, et... il n'y a pas beaucoup de gens qui peuvent tenir.
🌸
Agenda du 13 septembre 1967
(Toujours à propos de cette personne catholique, Mme Z, qui tourne autour de l'Ashram.)
J'ai une vilaine petite histoire à te raconter... L'autre jour, je ne sais plus quand, F a rencontré Madame Z, qui lui a dit (elle était aussi en camp de concentration) : «Je voudrais bien... (textuellement), je voudrais bien que Satprem retourne en camp de concentration pour voir si, maintenant, sa réaction serait changée !» F était tellement indignée qu'elle n'a pas pu s'empêcher de lui dire : «Mais c'est monstrueux d'avoir un désir comme cela !»
Voilà mon histoire : «Je voudrais bien qu'il retourne en camp de concentration pour voir !...»
Mais ce qu'il y a de merveilleux, c'est que j'ai le sentiment que, maintenant, on pourrait m'envoyer n'importe où, il pourrait m'arriver n'importe quoi, les pires choses... ça ne bougerait pas!
Aucune importance, c'est cela, oui. Et c'est cela qui les vexe ! N'est-ce pas, pour eux, on ne peut avoir ce salut-là que si l'on est cataleptique.
Enfin, voilà : l'histoire est close.
Mais ce n'est pas fini, tu sais ! J'ai eu une bataille avec elle.
Oh ! elle t'a récrit ?
J'ai eu une véritable bataille.
Quand ?
Quand je lui ai dit : «Je ne peux rien pour vous si vous ne cherchez pas autre chose», elle m'a écrit une autre lettre en me disant : «Mais je cherche en effet autre chose», etc. Je n'ai pas voulu répondre. Alors j'ai fait un petit dessin, une espèce d'image qui m'est venue : un grand soleil dans le coin, des chaînes de montagne comme dans l'Himalaya, et puis tout en bas: une petite mosquée, une petite église et une petite pagode, et puis un oiseau qui s'envole vers le soleil... et je lui ai envoyé mon dessin !
(Mère rit) Et alors ?
Et alors elle est venue me voir. Et là, il y a eu une véritable bataille ; vraiment pendant une heure, c'était absolument une bataille avec elle. Parce qu'elle me poussait, elle voulait savoir : «Pourquoi me dites-vous non, pourquoi fermez-vous votre porte, pourquoi me dites-vous non ?...»
Alors j'ai été amené à tout lui dire : son emprisonnement, sa religion qui faisait comme une structure dans laquelle elle est enfermée, et que l'on ne pouvait pas faire le yoga tant que l'on n'était pas sorti de là, etc., tout est sorti. Parce que, vraiment, j'y étais conduit.
Et je sentais que c'était une véritable bataille, et à deux ou trois reprises, j'ai été très conscient d'une espèce de petite chose qui faisait comme cela [geste comme une langue de serpent], juste une petite vibration qui était maléfique, deux ou trois fois : «Ah ! je me suis dit: ça, voilà.» Et en même temps, chez elle, une espèce de détresse tout à fait sincère, disant : «Mais voilà vingt ans que je veux venir dans l'Inde, voilà vingt ans que j'attends ce moment, alors pourquoi me fermez-vous votre porte ?»
C'est difficile de sortir de cette emprise.
C'est très difficile.
Et alors comment cela s'est terminé ?
Eh bien, cela s'est terminé sur rien. Je lui ai dit : «Je ne vous ferme pas ma porte, mais je vous mets en face de ce que cela veut dire.» Je lui ai dit : «Le b-a ba du yoga, eh bien, c'est de démolir toutes ces constructions.» Mais elle m'a dit : «Le Christ, c'est le Supramental»! J'ai dit : «Non, ce n'est pas comme cela !»
(Mère rit)... Ça n'a pas laissé de traces ?
J'étais un peu inquiet parce que vraiment c'était une bataille, et puis j'ai bien prié après, et ça s'est bien passé.
C'est après cela qu'elle a dû dire à F qu'elle voudrait bien te voir dans un camp de concentration – c'est la rancune !
Mais je lui ai parlé vraiment dans la vérité – pas dans la violence, mais dans la vérité qui dit : «Voilà, c'est comme cela, je n'y peux rien.»
C'est très bien, c'est ce qui pouvait lui arriver de plus heureux. Les gens qui auraient mis du sucre autour n'auraient pas aidé.
On va voir. Si l'appel est sincère, eh bien, on verra.
Mais j'ai senti cette sincérité, douce Mère, parce que ce qui a répondu, c'était comme une réponse à un appel sincère en elle. Mais en même temps, deux ou trois fois, j'ai senti cette petite vibration-là et j'ai dit : «Oh! ça, c'est mauvais.»
C'est la peur de l'enfer, mon petit ! C'est effrayant, effrayant ce que cette conception-là a fait de mal dans le monde : l'idée que si vous faites une faute grave, c'est l'enfer POUR L'ÉTERNITÉ, tu entends !
C'est affreux.
C'est une idée effroyable, monstrueuse.
Quand on voit ça comme cela, en dehors de la routine, quand on le voit comme cela, c'est une idée monstrueuse – je ne sais pas quel démon a inventé cela... Si l'on disait : «Vous avez quelques années d'enfer pour expier», ça va bien – ce n'est pas charitable, ce n'est pas généreux, mais enfin c'est admissible ; mais cette idée «pour l'éternité» – ÉTERNITÉ D'ENFER – c'est une monstruosité ! C'est tout à fait une idée diabolique.
Et c'est cela qui leur fait peur. Même quand consciemment ils ne l'admettent pas, c'est dans le subconscient.
(silence)
Il paraît... (cela, je ne sais pas, parce que ça m'a été simplement répété), une sommité catholique à qui j'ai dit très franchement ce que je pensais, m'a répondu : «Au Collège des cardinaux, on leur enseigne la vérité et on leur dit que ce n'est pas vrai.» J'ai dit : «Dieu bénisse les cardinaux, mais leur premier devoir serait de détruire cette... cette formation monstrueuse.»
Le plus terrible, c'est qu'elle se croit libre !
Mais oui !
Elle se croit lumineuse, ou illuminée. Mais je lui ai dit : «Mais oui! si vous êtes dans une botte et quand il y a la lumière dans une boîte, vous avez la plénitude de la lumière dans une boîte !»
(Mère rit) Ah ! ça, c'est bien !
J'ai tout dit, il en est venu comme cela. Elle était glacée à la fin. C'était vraiment une bataille.
Tu as fait du bon travail.
Mais tu comprends, l'idée c'est : «Le Christ, c'est le Supramental... Le Christ est déjà ressuscité, il a déjà un corps glorieux, il est déjà transformé...»
(Après un silence)
Non, il est reparti, il n'est pas resté. Il n'a pas un corps glorieux, il est parti. Il est reparti dans les régions supérieures, il n'a pas un corps glorieux... Il est peut-être glorieux là-haut, ça, c'est son affaire (riant), mais ici... Il est reparti.
N'est-ce pas, Sri Aurobindo lui-même a dit que c'était un Avatar. Un Avatar de la même lignée que Krishna, la lignée qui représentait... oui, bonté, charité, amour, harmonie. Il est dans cette lignée-là.
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Simple et douce, attentive aux besoins de tous.
Oui, il est une charité sublime, c’est celle qui provient d’un cœur heureux, d’une âme sereine. Celui qui a conquis la paix intérieure est, partout où il passe, un annonciateur de la délivrance, un porteur d’espoir et de joie.
N’est-ce pas de toutes choses celle dont la pauvre humanité souffrante a le plus besoin ?
Oui, il est certains hommes dont toutes les pensées sont amour, qui rayonnent l’amour, et la présence seule de ces êtres est une charité plus active, plus réelle que toute autre. Sans qu’ils prononcent aucune parole ou qu’ils fassent aucun geste, les malades sont soulagés, les inquiets sont apaisés, les ignorants sont éclairés, les méchants sont adoucis, ceux qui souffrent sont consolés et tous subissent cette transformation profonde qui leur ouvrira de nouveaux horizons, leur fera faire un pas, sans doute décisif, sur le chemin infini du progrès.
Ces êtres qui, par amour, se donnent à tous, se font serviteurs de tous, sont les vivants symboles de la suprême Charité.
La Mère. 20 mai 1912 – Parole d’Autrefois
Agenda du 16 septembre 1967
(Il s'agit d'une lettre assez pénible que le disciple a reçue de cette même personne très catholique.)
Oui, la première impression était... pénible, et puis j'ai bien regardé ; et au fond, tout le mal vient de ce que cette personne a une très haute opinion d'elle-même, elle juge tout du haut de sa supériorité – n'est-ce pas, cet air de compassion bienveillante pour l'Ashram... Mais c'était ma première impression quand je l'ai vue pour la première fois, et cela a été croissant depuis ce moment-là, et cette lettre a tout à fait confirmé.
Et alors, je n'ai rien dit, mais j'ai fait parler F hier à propos de cette dame, et elle a fini par me dire : «Je ne t'ai jamais dit quelque chose, parce que cela me donnait un malaise, mais je vais te le dire aujourd'hui : au début de notre rencontre, un jour, Madame Z m'a dit (je répète textuellement) : «à cause de ma position et de votre position, je suis convaincue que nous sommes destinées à faire le rapprochement entre l'Église catholique et l'Ashram...» F m'a dit : «Je n'ai pas répondu – pas discuté, pas répondu, rien, rien dit, laissé tomber.»
Mais je me suis dit : «Voilà la réponse à tout»... Elle s'est mise tout en haut, au «sommet» de la religion catholique...
Oui, elle me l'a dit aussi.
C'est cela : elle est envoyée par. Dieu (riant) pour faire le rapprochement.
Alors, le plus sage, je crois, c'est de ne rien dire, laisser tomber – pas discuter, pas répondre. Si elle vient (elle n'osera pas venir, je crois), il n'y a qu'à être poli, voilà tout. On joue son jeu quand on répond (c'est cela qu'elle veut). Si tu veux, je garde les deux, ta lettre avec la sienne, comme cela près de moi, parce que ça fait un centre d'action pour moi.
Je ne savais pas, avant qu'elle vienne me voir, qu'elle était fervente catholique, je n'y ai pas pensé, mais quand elle est venue me voir, j'ai simplement pensé (j'ai vu) : «Toi, mon petit, tu manques de l'humilité indispensable pour faire un progrès.» C'est tout. Et puis, petit à petit, tout s'est dévoilé, et hier c'était complet parce qu'il faut avoir un certain toupet pour dire cela : «Nous sommes destinées à faire le rapprochement entre l'Église catholique et l'Ashram.»
Quand j'ai reçu sa lettre, la force qui était dedans m'a littéralement tordu l'estomac...
(long silence)
Tout cela fait partie d'un grand Plan d'organisation dans le Mental2…
2. Ce grand «Plan», c'est tout l'élargissement du christianisme qui, depuis 1967, semble avoir opéré un tournant décisif.
Tu sais, dans l'ancien temps, on faisait passer des épreuves – c'étaient des choses symboliques naturellement, mais ils savaient qu'ils passaient des épreuves, alors on est sur ses gardes. Mais cette fois-ci...
Je me souviens, tout au début, quand j'ai commencé le travail avec Sri Aurobindo, il m'a prévenu (je l'avais remarqué déjà longtemps avant), c'est que les circonstances de la vie sont à chaque minute organisées de façon que celui qui est destiné à faire le travail soit mis en présence de ses propres difficultés, qu'il doit vaincre, et des difficultés du monde où il travaille, qu'il doit vaincre aussi.
S'il a l'humilité nécessaire pour voir en soi-même ce qui est à transformer pour se rendre capable de faire l'Œuvre, alors tout va bien. Si, naturellement, il est plein d'orgueil et dé vanité et qu'il croit que la faute est tout en dehors et qu'il n'y en a pas en lui, alors naturellement ça va mal. Et les difficultés s'accentuent.
Et tout le temps que je faisais le travail, pendant... combien d'années ? trente ans que j'ai travaillé avec Sri Aurobindo, qu'il était là, et que moi, j'étais comme cela (geste caché derrière Sri Aurobindo) si confortable, n'est-ce pas : j'étais en avant, c'était moi qui avais l'apparence de faire le travail, mais moi, je me sentais tout à fait protégée, derrière lui comme cela (même geste) j'étais bien tranquille, je ne cherchais pas, ni à comprendre ni à savoir ni rien – simplement j'étais attentive à... ce qu'il faut faire, ce qu'il faut faire. Rarement, il y avait la nécessité de lui dire ; quelquefois je me trouvais en présence d'une difficulté, je lui disais, mais il n'avait pas besoin de répondre : immédiatement c'était compris – trente ans comme cela.
Et quand il est parti, il y a toute une partie – la partie la plus matérielle de la descente du corps supramental jusqu'au mental – qui visiblement sortait de son corps comme cela et entrait dans le mien, et c'était tellement concret que je sentais la friction des forces passant à travers les pores de la peau... Je me souviens d'avoir dit là, à ce moment-là : «Eh bien, n'importe qui ayant cette expérience-là peut prouver au monde, par cette expérience, la survie.» C'était... c'était aussi concret que si c'était matériel. Et alors, après cela naturellement, c'était dans le champ de la conscience...
Mais j'ai vu de plus en plus, de plus en plus, que tout ce qui arrive, tous les gens qu'on rencontre, tout ce qui nous arrive personnellement (c'est-à-dire en prenant la personne comme ce petit corps-là), tout cela, c'est tout le temps une mise à l'épreuve : vous tenez le coup ou vous ne tenez pas le coup; si vous tenez le coup, vous faites un progrès en avant ; si vous ne tenez pas le coup, c'est à recommencer.
Et c'est devenu comme cela pour le corps maintenant : douleurs, désorganisations, menaces de dislocation...
Et alors, il y a toujours cette Conscience qui est comme cela, droite comme une épée, intérieurement, qui dit : «Maintenant, tu tiens le coup ?» Et vraiment les cellules sont touchantes de bonne volonté : «Oh ! c'est comme cela ? Bien-bien.» Alors on se tient bien tranquille-tranquille-tranquille, et puis on appelle – on appelle le Seigneur. Alors on répète le mantra, qui vient automatiquement, et... la Paix s'établit, et au bout d'un moment la douleur a disparu – tout-tout, toutes les menaces l'une après l'autre disparaissent. Et c'est comme cela : «Seigneur, Tu es là...»
Et alors, n'est-ce pas, des preuves tellement éblouissantes qu'il est impossible de les contester, de cette Présence si merveilleuse, et si simple, si simple, et si totale, dans tout ce qui vient, tout ce qui se passe, dans les moindres détails, pour vous conduire aussi vite que possible à la transformation.
Et tout ce qui s'approche – tout ce qui s'approche à des distances plus ou moins grandes, mais qui s'approche, est emporté dans le Mouvement, sans même le savoir.
C'est pour cela que j'ai gardé la lettre de cette dame.
Pour en revenir à sa préoccupation catholique, il y a eu des choses vraiment intéressantes... Tu sais que le pape, quand il est venu ici à Bombay, a dit des choses que, moi, je lui avais dites comme cela (geste de communication intérieure) au moment où nous avons eu cette conversation3 (certainement, il ne sait pas avec qui il a eu la conversation, mais je pense qu'il est assez conscient pour savoir qu'il en a eu une).
3. Voir Agenda du 3 juillet 1963 et du 7 septembre 1963, et Agenda du 2 décembre 1964.
Une conversation... Nous avons eu trois conversations comme cela, mais une qui était longue, importante, précise, et lui-même était comme cela, pris, et quand il était temps de se séparer – lui pour retourner à son corps et moi pour retourner à mon travail –, il m'a dit : «Et qu'est-ce que vous allez dire de notre rencontre ?...» Je t'ai raconté cela. Eh bien, les choses qu'il a dites quand il est venu ici dans l'Inde, c'était exactement ce que je lui avais dit ; les résolutions qu'il a prises là-bas, c'était exactement ce que j'avais dit... Cela prouve que ça a un effet.
Tu as entendu parler de la dernière décision ?... Toujours, à l'église, le prêtre tournait le dos aux fidèles quand il officiait : il faisait face à la divinité et il tournait le dos aux fidèles (certainement l'idée première était qu'il représentait l'aspiration et la prière des fidèles : il s'adressait au Divin). Maintenant, le pape a dit : «Tournez vos autels, faites face au public et représentez le Divin.» C'est intéressant...
Ils sont en train de faire cela ici, et le plus comique, c'est qu'ils ont demandé à U de faire le travail pour retourner les autels, et c'est comme cela que je le sais, c'est U qui me l'a dit ; dans toutes les églises ici, on lui a demandé de venir et de retourner les autels. C'est un gros travail parce que c'est scellé.
(silence)
Il y a un point sur lequel je voudrais être clair au fond de ma conscience. Si cette personne vient me revoir, est-ce qu'il faut que j'entretienne en elle lidée de la possibilité d'une réconciliation de son Christ et du yoga, ou est-ce qu'il faut vraiment que je n'entretienne aucune illusion et que je lui dise : il faut sortir de là si l'on veut faire le yoga ?
Quand j'ai lu sa lettre et que j'ai su toute l'histoire, comme toujours j'ai fait comme cela (geste d'offrande immobile vers le haut), et alors la vraie chose est venue (pas du tout ce qu'elle pense et pas du tout ce que le pape pense, mais la vraie chose) : une unité essentielle et qui se manifestera sur la terre, mais pas seulement pour cette religion-là: pour toutes les religions, toutes les religions qui ont été des manifestations d'un... (mettons, pour nous comprendre facilement) d'un Avatar, c'est-à-dire quelque chose qui a été envoyé d'en haut, qui est venu sur la terre apporter un message, et il en est résulté une religion (je ne parle pas de toutes les superstitions et les ignorances). Ça, c'est appelé à remonter à son Origine et à former une unité complexe, complète, totale, c'est-à-dire l'essence de toutes les aspirations humaines vers... le Divin inconnu. Et ça, ce n'est pas seulement sanctionné: ça existe, c'est-à-dire que c'est prêt à descendre.
Dans les consciences humaines égoïstes et limitées, ça se traduit dans cette personne ou cette autre, ou ça se traduit dans le pape qui naturellement voudrait4…
4. Mère a probablement voulu dire : qui voudrait faire l'unité sous l'égide catholique.
C'est toute sa raison d'être, sinon il ne serait qu'un petit homme comme beaucoup d'autres. N'est-ce pas, il y a tout l'intérêt de l'égoïsme humain qui est là. C'est cela qui déforme tout. Mais un «quelque chose» (dont ils parlent sans savoir de quoi ils parlent), un quelque chose qui est prêt à se manifester. Et alors, c'était en même temps comme s'il m'était dit : «Sois tranquille, ne t'inquiète pas, tu n'as rien à faire, ce sera, et comme d'habitude ce que tu as à dire, tu le diras spontanément sans le savoir.» Voilà.
Mais ce que je voulais dire, c'est que si elle vient matériellement, il ne faut pas essayer de lutter ni de convaincre ni de changer, il faut... il faut être une manifestation : tu sais, la Lumière qui brille, sans intention. Alors le travail se fera dans l'ordre. On est la Lumière qui brille – sans intention. Simplement la Lumière qui brille. Alors, tout spontanément, on dit ce que l'on doit dire, mais sans intention, sans intention mentale. On fait ce que l'on doit faire, on dit ce que l'on doit dire – le Seigneur est là.
C'est intéressant.
Ces gens-là (riant), on pourrait dire que leur ego a pris l'attitude d'être l'instrument du Divin – mais c'est l'ego. Alors naturellement, ils ne voient pas clair : ils voient ce qu'ils veulent voir, ils font ce qu'ils veulent faire. Mais pour eux : «Je suis l'instrument de Dieu.»
On verra.
J'essaye de la garder un peu tranquille, je n'aime pas qu'elle intervienne trop dans ta vie. C'est une fatigue inutile. Mais si tu fais comme cela, si tu te retires dans la Lumière et que tu restes comme cela, ça ne te fatiguera plus, ou en tout cas beaucoup moins.
(long silence)
C'est cette expérience extraordinaire que quand on prend tout ce qui vient comme le moyen d'apprendre à être ce qu'il faut être – à augmenter sa réceptivité, à augmenter son effectivité –, immédiatement on sent une Présence merveilleuse, toute-puissante, mais «comme cela», concrète.
Alors on comprend que rien n'est impossible.
🌸
Agenda du 23 septembre 1967
J'ai reçu encore la visite de Madame Z...
Elle est obstinée.
Elle y tient beaucoup !
Et alors qu'est-ce qui est arrivé ?
Je peux te résumer en deux mots. Elle m'a encore reparlé de sa religion et je lui ai dit : «Mais écoutez, si vous êtes satisfaite dans cette religion, suivez-la !» Alors elle m'a dit ceci : «Mais vous avez des secrets que nous n'avons pas.»
Ah ! c'est ça... Et alors qu'est-ce que tu lui as dit ?
Je lui ai dit que je n'étais pas un gourou, que si elle voulait suivre ce chemin, il fallait qu'elle ait un gourou et que je n'étais pas là pour distribuer la Bonne Nouvelle. Je lui ai dit : «Sur ce chemin-là, si vous allez toute seule, vous risquez de prendre vos pensées et vos désirs pour les commandements de Dieu, alors il est utile d'avoir un gourou qui vous protège et vous conduise. Moi, je ne suis pas un gourou du tout.» Et une fois de plus, je lui ai dit : «Si vous le voulez, Mère est là, adressez-vous à elle.» Et là, il y a eu une petite chose qui m'a fâché. Elle m'a dit : «Oui, Sri Aurobindo, je comprends Sri Aurobindo ; Sri Aurobindo est un Avatar, mais la Mère... c'est une personnalité très développée, mais ce n'est pas un Avatar.» J'ai répondu : «Mais quelle perception avez-vous pour dire des choses comme cela !» Et puis je lui ai dit : «Ça n'a aucune importance...
Oui.
... Tant que l'on ne sait pas, on en parle ; moi, je ne dis pas "Mère est un Avatar", et je ne dis pas "Mère n'est pas un Avatar", je ne dis rien. Quand on a la perception, on dit. Et puis c'est tout.» Enfin je lui ai dit : «Je ne suis pas un gourou.»
(Mère rit) C'est très amusant ! Je crois que la petite dame est ambitieuse : ce n'est pas tant pour la Connaissance que pour le pouvoir. Mais elle t'embête...
Je prends cela comme tu me l'as dit.
C'est la seule manière.
Parce qu'elle reviendra, ce n'est pas fini.
Oh ! oui, elle est obstinée.
Mais l'histoire, c'est cela : vous avez des secrets que nous n'avons pas.
Oui, c'est cela. Mais elle n'a qu'à lire ! Si elle lit tout, elle aura les secrets, ils sont TOUS là. Ils sont tous là, tous là. C'est cela, la beauté de la chose, c'est que tant que l'on est dans le mental, on peut lire indéfiniment, on n'attrape pas !...
🌸
Agenda du 30 septembre 1967
Tu es au courant de la conversion du pape ?
La conversion du pape ! non !
J'étais très contente parce que cela m'a prouvé que nos conversations n'avaient pas été inutiles. Je me demandais s'il était conscient ; je ne sais pas s'il a été conscient mentalement, mais en tout cas c'est intéressant, tu peux lire (Mère tend un extrait de presse au disciple).
(traduction)
Cité du Vatican, 26 septembre
Dans un article publié ici hier soir, le pape a déclaré que son voyage en Inde, en 1964, a été «la révélation d'un monde inconnu».
L'Observatore Romano a publié dans un article des extraits d'un livre qui va sortir bientôt, contenant certaines conversations du pape avec un ami de vieille date, le philosophe et académicien français, Jean Guitton.
«J'ai vu, comme il est dit dans l'Apocalypse, une foule sans fin, une multitude, un énorme accueil, a déclaré le pape. Dans ces milliers de visages, plus que la curiosité, j'ai lu une sorte d'indicible sympathie.
«L'Inde est un pays spirituel. Il a par nature le sens des "valeurs chrétiennes"...
«Chrétiennes», il voit tout sous son mot chrétien, mais cela ne fait rien.
«S'il y a un pays au monde où les Béatitudes du Sermon sur la Montagne peuvent jamais devenir une réalité pour les masses, ce pays est l'Inde», a ajouté le pape...
Tu vois cela !
«Qu'y a-t-il de plus proche de l'âme indienne que la pauvreté d'esprit, la douceur, la paix, la pitié et la pureté du cœur ? demanda-t-il...
«Dans ce pays de l'Inde, les chefs ne sont pas des politiciens comme en Occident, mais des sages et des mystiques...
Oui.
«La vie se passe en contemplation. Les gens parlent d'une voix basse. Leurs mouvements sont lents et liturgiques. Ce pays est "né pour l'esprit", a dit le pape.»
Tout de même, cela veut dire qu'il est réceptif.
Et cela explique la façon dont il a reçu P quand il est allé là-bas. Tu sais que P (un disciple indien) lui a rendu visite ; il a été amené par un Italien qui était venu ici (un très gentil garçon qui lui a fait visiter l'Italie et l'a amené chez le pape). Et le pape lui a donné une audience particulière, et après lui avoir parlé, posé des questions, répondu (c'était toute une conversation), il lui a dit avec un sourire : «Et qu'est-ce que vous allez me donner ?» (Ils ont parlé en français.) Et alors P lui a dit : «Je n'ai qu'une chose, qui est toujours avec moi et qui m'est infiniment précieuse, mais je vais vous la donner», et il lui a donné les Prières et Méditations. Et le pape lui a répondu : «Je vais les lire.»
Alors ça s'accorde.
C'est intéressant.
Oh! hier, j'ai vu la photo d'un homme, un Allemand, qui parle allemand mais on ne sait pas s'il est né en Allemagne ou s'il est né en Amérique. Il doit avoir à peu près quarante ou quarante-cinq ans, et depuis des années...
L'histoire est comme cela : ses parents, père et mère, étaient tout à fait incroyants, et à sa naissance (enfin le lendemain de sa naissance), il y avait, horizontalement, une colonne de lumière sur sa tête, visible à l'œil nu. Naturellement, les parents étaient troublés. Mais ce qui est intéressant, c'est que cela continue. Cet homme (j'ai vu les photographies) a donné en Amérique un meeting avec quatre mille personnes (j'ai vu la photo, quatre mille personnes !), et il parlait, et il y avait cette colonne de lumière, on la voyait dans la photographie.
C'est à peu près gros comme le bras, long comme cela (environ 20 cm), et il a l'impression qu'on lui «parle», que quelque chose comme la Divinité suprême lui parle, et qu'on lui a dit d'annoncer la venue du second Christ !... Ça... Il annonce et il donne une sorte de baptême aux gens. Et alors j'ai vu sa photo et... c'est curieux, il a une figure forte, puissante, mais une bouche méchante (geste en lame de couteau), serrée, pincée.
Et dernièrement, j'ai vu deux photos de ceux qui sont à la tête du mouvement rosicrucien en Hollande (ou en Belgique, je ne sais plus), le mouvement rosicrucien en Europe – exactement la même bouche : méchante, dure, inexorable. C'est curieux.
Tu m'avais dit la même chose pour le pape tout au début.
Oui, il a la même expression ; mais lui, a une bouche moins méchante, mais avec quelque chose d'inexorable.
Mais qu'est-ce que c'est ?... Et tous ces gens qui sont chrétiens ont cela.
Enfin, pour cet Allemand, c'est évidemment un phénomène vital, n'est-ce pas. Pour que ça se voie à l'œil nu, ce ne peut être que de la lumière vitale. Et il a d'innombrables disciples. Et il les baptise pour la seconde arrivée du Christ... Il paraît (je ne sais pas parce que c'est écrit en allemand et on ne m'a traduit que des morceaux), mais il n'a pas l'air d'avoir du tout l'esprit philosophique ni de conceptions : c'est seulement une sorte d'action pour mettre en rapport avec cette lumière. J'ai su cela par une Allemande qui est ici (sa mère est en Allemagne et elle est disciple de cet homme, et elle lui a envoyé le livre). Mais la mère est un peu effrayée.
Il y a quelque chose d'inexorable – pourquoi ? Je ne comprends pas. Parce que le Christ est venu au contraire pour parler de fraternité, de bonté, de charité, de compassion... Et c'est une expression, oui, il n'y a pas d'autre mot, c'est quelque chose d'inexorable : les lèvres pincées et la ligne de la bouche est droite comme cela (même geste en lame de couteau) et ça donne une apparence de méchanceté terrible, quelque chose d'inexorable (qui s'est traduit par l'Inquisition, les tortures, etc.). Pourquoi est-ce là ?... Mais cet Allemand, n'est-ce pas, bébé, le lendemain de sa naissance, la lumière était là – il n'avait pas une bouche inexorable à ce moment-là !
Mais tous ces gens, le pape, cet Allemand, ces rosicruciens, leur mal, c'est qu'ils ne pensent qu'en termes d'Église au fond...
Mais oui !
En termes d'Église et de pouvoir sur les gens et d'enfermer les gens dans leur construction.
Oui, c'est cela.
C'est cela, le mal.
C'est cela. N'est-ce pas, cet Allemand (je ne suis pas sûre parce que je n'ai pas tout lu) mais il donne le baptême – il donne le baptême, cela veut dire mettre la main sur quelqu'un et le tenir dessous (geste sur une tète courbée).
Il y a aussi un Coréen, tu as vu sa photo?... J'ai vu sa photo, c'est un grand gaillard, il doit avoir le même âge, entre trente et quarante ans. Un Coréen qui, lui, dit carrément qu'il est, non pas la réincarnation du Christ (je ne pense pas qu'il soit chrétien), mais le «nouvel Avatar» (s'il connaissait la tradition indienne, il dirait Kalki1).
1.Kalki: le dernier Avatar, qui apparaît sur un cheval blanc ailé. Il est armé d'un glaive. Il arrivera «comme une comète brûlante».
Et lui, il paraît qu'il a des centaines de mille de disciples ! Et j'ai vu sa photo... Je l'ai vu «Coréen», tu comprends, c'est-à-dire pas universel.
Seulement, cela veut dire que ça bouge partout – ça bouge, ça bouge.
Mais ça, un pape disant cela, c'est nouveau. C'est nouveau.
Et j'ai eu ce rapport mental avec lui juste peut-être trois semaines avant sa venue dans l'Inde (évidemment sa pensée venait vers l'Inde). Nous avons eu une conversation qui était très intéressante, et tout ce que je lui ai dit, c'est cela : «La spiritualité est beaucoup plus vaste qu'une Église, et tant que vous limiterez à une Église ou à une religion la réalisation spirituelle, vous serez en plein Mensonge.» Il a écouté. Et quand il est venu dans l'Inde, c'est cela qu'il a dit !
Mais il y avait quelque chose qui le tourmentait, je te l'ai dit. Quand il est parti, au moment où c'était l'heure pour moi de me lever et qu'il fallait se quitter, il m'a regardée avec une sorte d'anxiété dans les yeux, et il m'a dit : «Qu'allez-vous dire à vos disciples de notre rencontre ?»
J'ai souri et je lui ai répondu : «Je leur dirai que nous avons communié dans un amour... (pas «identique», pas «commun», je ne me souviens plus des mots) pour le Seigneur suprême.»
Alors sa figure s'est détendue et il est parti... «Nous avons communié dans le même...» Ce n'était pas le «même», c'était... je ne sais pas, quelque chose qui exprimait que tous les deux nous avions communié dans l'«amour pour le Seigneur Suprême». Et je l'ai dit comme cela, avec un sourire, c'est-à-dire que c'était Sri Aurobindo qui parlait avec le sens de l'humour... Sa figure s'est détendue et puis il est parti.