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Toujours dans le sujet de la religion, j'aimerais revenir sur deux paroles assez célèbres des Évangiles, en essayent de voir ce qu'il y a de vrai dedans, ou plutôt comment elles peuvent résonner en moi.

1. Le Père

Thomas lui dit : Seigneur, nous ne savons où tu vas ; comment pouvons-nous en savoir le chemin ? Jésus lui dit : Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi.

Évangile de Jean. Chapitre 14. Versets 5 et 6

Je ne connais pas beaucoup les autres religions ni les êtres réalisés, mais j'imagine que quelqu'un comme le bouddha, ou pour des bouddhistes, le chemin, c'est la voie du juste milieu du Bouddha. Pour d'autres, la voie, c'est le Tao. De même, dans la Guîtâ, Krishna invite Arjuna à tout abandonner en lui. Et que l'on suive le chemin bouddhiste, taoïste ou la Guîtâ, si on le fait sérieusement, correctement, avec persévérance et foi, cela amènera nécessairement à une sorte de réalisation divine. Et ainsi de suite avec bien des écoles religieuses ou spirituelles.

Qu'un chrétien ait foi en cette parole me paraît tout à fait normal, naturel... mais quand il s'en sert pour prétendre que tous les autres dieux sont des faux dieux, cela devient évidemment une exagération mensongère. Non qu'il existe, effectivement, des faux dieux : par exemple avec ceux qui vénèrent l'argent, la réussite, le pouvoir...

Quant à la seconde partie de la phrase, si l'on comprend "le Père" comme l'aspect transcendant du Divin  Mère parlait du Seigneur, du Suprême –, l'Îshwara, le Brahman, ou le Purushôttama de la tradition indienne...

Et si dans ce contexte on prend "le Christ" comme un symbole de la Présence divine dans le cœur", ou plutôt comme le Jîvâ de la Guîtâ, le Jivatman, ou l'être central de Sri Aurobindo... alors cette parole de Jésus se comprend très bien.

Au début, ces noms compliqués sur les différents aspects du Divin peuvent dérouter nos intelligences grossières : tout ça, c'est le bon dieu, et ne nous ne prenons pas la tête. Mais si nous sommes à la recherche d'une connaissance et d'une compréhension plus fine, alors ces mots deviennent une aide car ils nous font toucher la divine réalité d'une façon plus profonde et plus vraie. Entre l'Îshwara, Seigneur de la nature, le Brahman immuable, le Purushôttama au-delà du Personnel et de l'Impersonnel, il y a des nuances, qui sur notre plan mental ne sont pas très importantes, ce ne sont que des mots, mais lorsque nous serons à même d'en avoir l'expérience, le vécu sera certainement assez radicalement différent.

Quant au Jîvâ, ou Jivatman, être central, ces quelques extraits des Lettres sur le Yoga peuvent éclairer notre compréhension :

Dans notre yoga, l'expression "être central" sert généralement à désigner la partie du Divin dans l'homme qui soutient tout le reste et qui survit à travers la mort et la naissance. Cet être central a deux formes : en haut, il est le jîvâtman, notre être véritable, dont nous prenons conscience quand vient la connaissance de soi supérieure ; en bas, il est l'être psychique qui se tient derrière le mental, le corps et la vie. Le jîvâtman est au-dessus de la manifestation dans la vie et y préside ; l'être psychique est présent derrière cette manifestation et la soutient.

L'attitude naturelle de l'être psychique est de se sentir l'Enfant, le Fils de Dieu, le Bhakta ; c'est une parcelle du Divin, une avec lui en essence, quoique dans la dynamique de la manifestation il existe toujours une différence, même dans l'identité. Le jîvâtman, au contraire, vit dans l'essence et peut se fondre en une identité avec le Divin ; mais lui aussi, dès l'instant où il préside à la dynamique de la manifestation, se reconnaît comme un centre du Divin multiple et non comme le Paraméshwara. Il est important de se rappeler cette distinction ; car autrement, si l'on a le moindre égoïsme vital, on peut commencer à se croire un Avatar, ou bien perdre l'équilibre, comme Hridaya (21) avec Râmakrishna. (22)

21. Hridaya était le neveu de Râmakrishna et l'un de ses disciples.

22. Lumières sur le Yoga, chapitre 2. Traduction de la Mère.

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Le mot jîva a deux sens dans les langues sanskritiques : il signifie une créature vivante, (23) et il signifie aussi l'esprit individualisé qui soutient l'être vivant dans son évolution de naissance en naissance. Dans ce second sens, le terme complet est jîvâtman : l'Âtman, esprit ou moi éternel de l'être vivant. La Guîtâ en parle d'une façon imagée comme "d'une parcelle éternelle du Divin" mais le terme "fragmentation" (employé par vous) est trop fort ; il pourrait s'appliquer aux formes, non à l'esprit qu'elles contiennent.

En outre, le Divin multiple est une réalité éternelle antérieure à la création ici-bas. Une description détaillée du jîvâtman serait : "le Divin multiple manifesté ici-bas en tant que moi ou esprit individualisé de l'être créé". Le jîvâtman, dans son essence, ne change ni n'évolue ; son essence reste au-dessus de l'évolution personnelle. Dans l'évolution, il est représenté par l'être psychique qui se développe et soutient tout le reste de la nature.

23. Au Bengale, quand quelqu'un est sur le point de tuer un petit animal, souvent on entend protester : "Ne le tuez pas, c'est un jîva de Krishna (sa créature vivante)". (Note de Sri Aurobindo)

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Le jîvâtman n'est pas l'être psychique – nous avons adopté chaïtya pourousha comme équivalent sanskrit de l'être psychique. Le jîvâtman est le Moi individuel – l'être central.

L'être central est ce qui n'est pas né, n'évolue pas, mais préside à toute la manifestation individuelle. Le psychique est sa projection ici-bas – car l'être psychique est dans l'évolution et soutient du dedans toute notre évolution ; il reçoit l'essence de toute expérience et par ce moyen fait progresser la personnalité vers Dieu.

Le Moi est à la fois un en tous et multiple – un dans son essence, il se manifeste aussi comme le moi individuel qu'on peut décrire comme une éternelle parcelle du Divin dans la Nature et, dans l'esprit, comme un centre de la manifestation, individuel mais étendant son universalité et s'élevant à la transcendance.

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Nous appelons jîvâtman le moi individuel. En essence il est un avec tous les autres, mais dans la multiplicité du Divin il est le moi individuel, un centre individuel de l'univers : il voit tout en lui-même, ou lui-même en tout, ou les deux ensemble, selon son état de conscience et son point de vue.

En conclusion, lorsque par exemple nous lisons la Guîtâ, nous comprenons aisément que nous ne pouvons pas accéder au Divin suprême, le Purushôttama ("le Père"), sans au préalable avoir fait l'expérience (du "Christ"),  de la Présence divine à l'intérieur de nous, sans avoir fait l'expérience du Jîva.

Le Suprême manifesté dans un corps sur la terre.

Le lotus rose représente Sri Aurobindo, le blanc me représente. D'une façon générale, quelle que soit sa couleur, le lotus est la fleur de la Sagesse divine. Mais la signification du lotus rose, c'est l'Avatar, le Divin incarné dans la Matière, et celle du lotus blanc, la Conscience divine manifestée sur la terre.

La Mère – White Roses – Letters to Huta

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Le mot avatâra signifie descente ; c'est une descente du Divin au-dessous de la ligne qui sépare le monde ou statut divin du monde ou statut humain.

(...)

L'Avatâr vient révéler la divine nature en l'homme au-dessus de cette nature inférieure, et montrer ce que sont les œuvres divines, libres, sans égoïsme, désintéressées, impersonnelles, universelles, pleines de la lumière divine, du pouvoir divin et de l'amour divin. Il vient en tant que personnalité divine qui doit emplir la conscience de l'être humain et remplacer l'égoïste personnalité limitée de façon que, libérée de l'ego, celle-ci entre dans l'infinité et l'universalité, que, libérée de la naissance, elle entre dans l'immortalité. Il vient en tant que pouvoir et amour divin qui appelle à lui les hommes de façon que ceux-ci puissent y prendre refuge, au lieu de se réfugier en l'insuffisance de leurs volontés humaines et en la lutte de leur crainte, de leur colère, de leurs passions humaines, et que, libérés de toute cette inquiétude et de toute cette souffrance, ils puissent vivre en le calme et la béatitude du Divin.

Sri Aurobindo – Essai sur la Guîtâ

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Un Avatâr est quelqu'un qui est conscient que la présence et le pouvoir du Divin sont nés en lui ou descendus en lui et gouvernent de l'intérieur sa volonté, sa vie et son action ; il se sent identifié intérieurement à ce pouvoir divin et à cette présence divine.

(...)

Assurément, pour la conscience terrestre, le fait même que le Divin se manifeste est la plus grande de toutes les splendeurs. Considérez l'obscurité ici-bas et ce qu'elle serait si le Divin n'intervenait pas directement, et si la Lumière des Lumières ne jaillissait pas de l'obscurité - car tel est le sens de la manifestation.

Sri Aurobindo – Lettres sur le Yoga

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La raison d'être de la descente des Avatârs est d'élever l'homme encore et encore en développant en lui une humanité toujours plus haute, un développement toujours plus grand de l'être divin, en attirant toujours plus de ciel sur la terre jusqu'à ce que notre labeur soit mené à son terme, notre œuvre réalisée et Satchidânanda accompli en tout, même ici-bas, même en cet univers matériel.

Sri Aurobindo – La Manifestation Supramentale sur la terre

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Son esprit venu de sphères plus vastes s'abaissait
Jusqu'à notre province aux visions éphémères,
Colon issu de l'immortalité . . .
Son moi humain, comme une cape translucide,
Couvrait la Toute-Sagesse qui mène le monde aveugle.
Fils adoptif de l'Espace et du Temps cosmiques
Et payant ici la dette de Dieu envers la terre et l'homme,
Une plus haute filiation était son droit divin.

Sri Aurobindo – Savitri. Livre 1, chant 3

2. La Mère

Jésus, ayant appelé un petit enfant, le plaça au milieu d'eux, et dit : Je vous le dis en vérité, si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. C'est pourquoi, quiconque se rendra humble comme ce petit enfant sera le plus grand dans le royaume des cieux...

Évangile de Matthieu. Chapitre 18. Versets 2 à 4.

Un peu malgré moi, je dois le reconnaître, le souvenir de cette parole est revenu en moi, et je me suis demandé ce que cela voulait dire. Ou plutôt, à quoi pouvait correspondre, quelle attitude, le fait de devenir comme les petits enfants. Commençons par enfoncer deux portes ouvertes :

 l'appel à la conversion est des plus naturelles pour une parole religieuse ou spirituelle, c'est un élément important qui ne soulève pas de controverse particulière. Sri Aurobindo et Mère en parlent aussi.

 il va de soi que le royaume des cieux dont il s'agit se trouve à l'intérieur de nous. À l'intérieur de la conscience.  

Passons à ce qui a particulièrement retenu mon attention :

Devenir comme un petit enfant pourrait correspondre à l'attitude psychique décrite tant de fois par Sri Aurobindo et Mère. Sri Aurobindo nous dit plus haut que  L'attitude naturelle de l'être psychique est de se sentir l'Enfant, le Fils de Dieu. Dans une autre lettre, il dit aussi que l'être psychique se sent naturellement l'enfant de la Mère.

Alors il m'est venu quelque chose de très candide, de si enfantin que j'ai hésité à le partager.

Lorsque nous sommes encore des petits enfants, lorsque nous tombons, lorsque nous avons un petit bobo, spontanément nous nous tournons vers notre mère qui la plupart du temps, nous prend dans ses bras, nous console, et parfois, il suffit qu'elle souffle sur le bobo, et nous n'y pensons plus.

Petits enfants, même si notre mère biologique est humaine, avec toutes les imperfections de la nature humaine, nous l'aimions, nous avions confiance en elle, nous nous tournions vers elle, elle était tout pour nous : nous avons été nourris, lavés, habillés, reçu un minimum d'éducation... qui nous a permis de nous lancer dans la vie, et de vivre.

Et puis, devenus grands, et dans notre "indépendance", nous nous sommes émancipés de notre mère biologique, et nous avons quittés ces comportements enfantins... 

Il y a quelques temps, j'ai entendu dans une émission du net, une très belle parole. Cela disait que les parents veulent souvent que leurs enfants leur ressemble alors qu'il feraient mieux d'essayer de ressembler à leurs enfants.

Nous sommes peut-être devenus grands, forts, rationnels, civilisés, éduqués... mais avec toute notre intelligence, nous avons perdu cette capacité de nous tourner spontanément, candidement, avec confiance et foi, vers notre Mère... alors que nous avons un Mère divine que nous ignorons, et qui pourtant est absolument parfaite, qui possède toute la sagesse, toute la connaissance, toute la puissance et tout l'amour de la Conscience divine. Comme notre mère biologique à tout à fait pour nous dans nos jeunes années, bien plus encore, notre Mère divine ferait tout pour nous si nous avions foi en Elle, si nous l'appelions à agir en nous.

Si nous retrouvions cette capacité de nous tourner vers notre Mère divine, de tout lui confier, sans doute que beaucoup de choses changeraient en nous...

Devenir comme des petits enfants, cela peut certainement être aussi bien d'autres choses, par exemple retrouver dans notre façon de vivre et d'être, une spontanéité joyeuse et candide, sans calcul, une légèreté souriante, une libre et tranquille expression de notre être, ce ce que nous sommes tout au fond de nous...

Quant à la suite du verset, cette allusion au fait d'être le plus grand du royaume des cieux... me paraît être un drôle d'idée... Sérieusement : est-ce qu'une fois dans votre vie vous vous êtes dit : "j'ai envie d'être le plus grand du royaume des cieux" ? L'important est d'y entrer, après on verra bien la place que nous y occupons ou que nous trouvons.

C'est comme le monde de vérité, le monde supramental, l'important est de s'y relier, de trouver comment y entrer, de remplir les conditions qui nous permettent d'y accéder. Ce qu'on y fera, on verra le moment venu...

Par contre, que Jésus fasse reposer cela sur l'humilité rejoint évidemment les paroles de Mère :

L’humilité, une parfaite humilité, est la condition de toute réalisation. Le mental est tellement outrecuidant. Il s’imagine tout comprendre, tout savoir. Et s’il agit par idéal pour servir une cause qui lui paraît noble, il est encore plus sûr de lui-même, plus incorrigible, et il est presque impossible de lui faire voir qu’il peut y avoir quelque chose de plus haut encore derrière ses nobles conceptions, son grand idéal altruiste ou autre. Le seul remède, c’est l’humilité.

Je ne parle pas de l’humilité de certaines religions, ni de ce Dieu qui rabaisse ses créatures et n’aime les voir qu’à genoux. Quand j’étais enfant, cette sorte d’humilité me révoltait et je refusais de croire à un Dieu qui veut rabaisser sa créature. Il ne s’agit pas de cette humilité-là, mais de reconnaître que l’on ne sait pas, que l’on ne sait rien, qu’il peut y avoir autre chose que ce qui nous paraît actuellement le plus vrai, le plus noble, le plus désintéressé. La vraie humilité qui consiste à se référer constamment au Seigneur, à tout jeter en Lui.

Quand je reçois un coup (et il y a beaucoup de coups dans ma sâdhanâ), ma réaction immédiate, spontanée, comme un ressort, c’est de me jeter en Lui et de dire : «Toi, Seigneur.» Sans cette humilité-là, je n’aurais rien pu réaliser. Et quand je dis «je», c’est pour me faire comprendre, mais en fait «je», cela veut dire le Seigneur à travers ce corps, son instrument. Quand on commence à vivre cette humilité-là, c’est que l’on approche de la réalisation, c’est la condition, le commencement.

Agenda du 21 décembre 1957

À propos d'humilité

C'est très simple, quand on dit aux gens : «Soyez humbles», ils pensent tout de suite à «être humble vis-à-vis des autres hommes», et cette humilité-là est mauvaise. La vraie humilité, c'est l'humilité vis-à-vis du Divin, c'est-à-dire le sens précis, exact, vivant, que l'on n'est rien, que l'on ne peut rien, que l'on ne comprend rien sans le Divin, que même si l'on est un être exceptionnellement intelligent et capable, ce n'est rien en comparaison de la Conscience divine – et ça, on doit le garder toujours, parce que toujours on a la vraie attitude de réceptivité, une réceptivité humble qui n'oppose pas de prétention personnelle au Divin.

Agenda du 13 septembre 1957

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Si nous pouvions faire l'expérience du Divin en tant que notre Père ou notre Mère, ce serait sans doute déjà une grâce extraordinaire... mais Sri Aurobindo ouvre toujours aux maximum toutes les possibilités.

476 — L’état de disciple de Dieu, notre Instructeur, l’état de fils de Dieu, notre Père, la tendresse de Dieu, notre Mère, la main du divin Ami, le rire et l’amusement avec notre Camarade et Compagnon de jeu, la servitude béatifique en Dieu, notre Maître, l’amour extatique pour notre divin Amant, telles sont les sept béatitudes de la vie dans un corps humain. Peux-tu les unir toutes en une seule et suprême relation aux couleurs d’arc-en-ciel ? Alors tu n’as besoin d’aucun ciel et tu surpasses l’émancipation de l’adwaïtin.

Sri Aurobindo – Pensées et Aphorismes

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