Les conditons de la grâce, de la lumière et de la vérité
Après tant et tant de méditations, d'intériorisations, de concentrations.... je me suis souvent demandé pourquoi le psychique avait tant de difficultés à apparaître, pourquoi il était si difficile de percevoir cette Présence divine dans le cœur... et je ne suis sans doute pas le seul à me poser ce genre de questions.
1. Peut-être parce qu'il manque un peu de candeur, que justement, comme le dit Mère dans cette Prière et Méditation du 5 décembre 1912, nous mettons trop d'efforts, trop de volonté personnelle...
2. Peut-être parce que nous sommes encore bien trop agités et bien trop bruyants et que le Divin ne se révèle que dans le Silence et dans la Paix...
3. Peut-être parce que nous ne sommes pas encore assez purifiés...
Avant de devenir un élément du yoga profond de la dévotion — un pétale de la fleur d’amour — l’hommage et la poussée du moi vers son soleil, l’adoration doit amener, si elle est profonde, une consécration croissante de l’être au Divin qu’elle adore.
Et l’un des éléments de cette consécration doit être la purification de soi afin de devenir apte au contact divin ou à l’entrée du Divin dans le temple de notre être intérieur, ou à sa révélation dans le sanctuaire de notre cœur.
Cette purification peut prendre une tournure éthique, mais ce ne sera pas simplement une recherche moraliste de l’action juste et irréprochable, ni même, quand nous sommes parvenus au stade du yoga, une obéissance à la loi de Dieu telle que les religions conventionnelles la révèlent, mais un exutoire, une katharsis de tout ce qui contredit l’idée du Divin en lui-même ou du Divin en nous-mêmes.
Dans le premier cas, cette purification devient une imitation du Divin dans les sentiments et dans les actes extérieurs habituels ; dans le second, une croissance à Sa ressemblance dans notre nature.
Cette croissance à la ressemblance divine est à la vie éthique extérieure ce qu’est l’adoration intérieure aux cérémonies.
Elle aboutit à une forme de libération par ressemblance avec le Divin1, une libération de notre nature inférieure et une transformation en la nature divine.
1. sâdrishya-mukti.
Sri Aurobindo – Le Yoga de l’Amour divin
Chapitre 4 – La voie de la dévotion
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Ta bonté est infinie, nous nous inclinons devant Toi avec reconnaissance.
4. Peut-être parce que cette Découverte ineffable est peut-être moins le résultat de notre effort que de la Grâce divine qui nous est offerte, et que nous avons oubliés... les conditions de la grâce, de la lumière et de la vérité.
Seuls, deux pouvoirs, par leur conjonction, peuvent accomplir la grande et difficile tâche qui est le but de notre effort : une aspiration constante et infaillible appelant d’en bas, et une grâce suprême répondant d’en haut.
Mais la grâce suprême n’agira que dans les conditions de la lumière et de la vérité ; elle n’agira pas dans les conditions imposées par le mensonge et l’ignorance. Car si elle devait se soumettre aux exigences du mensonge, ce serait la ruine de ses propres desseins.
Voici les conditions de la lumière et de la vérité, les seules conditions auxquelles la force la plus haute descendra ; et c’est seulement la plus haute force supramentale descendant d’en haut et ouvrant le passage d’en bas, qui pourra se saisir victorieusement de la nature physique et annihiler ses difficultés. Il faut un don de soi total et sincère, une ouverture de soi tournée exclusivement vers le Pouvoir divin, un choix constant et intégral de la vérité qui descend, un constant et intégral rejet du mensonge des puissances et des apparences mentales, vitales et physiques qui gouvernent encore la nature terrestre.
Le don de soi doit être total et s’étendre à toutes les parties de l’être. Il n’est pas suffisant que le psychique réponde, que le mental supérieur accepte, ni même que le vital intérieur se soumette et que la conscience physique intérieure sente l’influence. Il ne doit rien y avoir, dans aucune partie de l’être, même la plus extérieure, qui se réserve ou qui se cache derrière des doutes, des confusions, des subterfuges, rien qui se révolte ou se refuse.
Si une partie de l’être se soumet, mais qu’une autre partie se réserve et suive son propre chemin ou pose ses propres conditions, chaque fois que cela arrive, vous repoussez vous-même la grâce divine.
Si, derrière votre dévotion et votre soumission, vous abritez vos désirs, vos exigences égoïstes et vos insistances vitales, si vous mettez ces choses à la place de l’aspiration vraie ou les mêlez à elle et que vous vouliez les imposer à la Shakti1 divine, c’est en vain que vous invoquerez la grâce divine pour vous transformer.
1. Le Pouvoir divin, la Force créatrice, La Mère universelle.
Si vous vous ouvrez d’un côté ou dans une partie de votre être à la vérité, et que d’un autre côté vous ouvriez constamment les portes aux forces hostiles, il est futile d’espérer que la grâce divine demeurera avec vous. Vous devez garder le temple propre si vous désirez y établir la Présence vivante.
Si, chaque fois que le Pouvoir intervient et fait descendre la vérité, vous lui tournez le dos et rappelez le mensonge qui a été expulsé, ce n’est pas la grâce divine que vous devez blâmer de vous faire défaut, mais la fausseté de votre propre volonté et l’imperfection de votre propre soumission.
Si vous appelez la vérité et qu’en même temps quelque chose en vous choisisse ce qui est faux, ignorant et non-divin, ou même simplement ne soit pas disposé à rejeter cela totalement, vous serez toujours exposé aux attaques, et la grâce se retirera de vous. Découvrez d’abord ce qui est faux et obscur en vous-même, et rejetez-le avec persistance, alors seulement vous aurez le droit de faire appel au Pouvoir divin afin qu’il vous transforme.
N’imaginez pas que la vérité et le mensonge, la lumière et l’ombre, la soumission et l’égoïsme puissent être admis à demeurer ensemble dans la maison consacrée au Divin. La transformation doit être intégrale, et intégral aussi le rejet de tout ce qui s’y oppose.
Rejetez cette notion fausse que le Pouvoir divin est obligé de faire et fera tout pour vous sur votre demande et quand bien même vous ne satisfaites pas aux conditions posées par le Suprême. Que votre soumission soit vraie et complète, alors seulement tout le reste sera fait pour vous.
Rejetez aussi cette attente fausse et apathique que le Pouvoir divin accomplisse même la soumission pour vous. Le Suprême demande votre soumission, mais ne l’impose pas ; jusqu’à ce que vienne la transformation irrévocable, vous êtes libre à tout moment de nier et de rejeter le Divin ou de revenir sur le don de vous-même, si vous êtes disposé à en subir les conséquences spirituelles. Votre soumission doit être libre et spontanée ; ce doit être la soumission d’un être vivant, non celle d’un automate inerte ou d’un outil mécanique.
Constamment, il y a confusion entre une inerte passivité et la soumission réelle ; mais d’une passivité inerte, rien de vrai ni de puissant ne peut résulter. C’est la passivité inerte de la nature physique qui la met à la merci de toutes les influences obscures et anti-divines. Une soumission heureuse, forte et active est exigée pour que la Force divine puisse travailler : l’obéissance du disciple illuminé de la vérité, du guerrier intérieur qui combat l’obscurité et le mensonge, du fidèle serviteur du Divin.
Telle est l’attitude vraie ; seuls ceux qui peuvent la prendre et la garder, sauront conserver une foi que les déceptions et les difficultés n’ébranleront pas, et ils passeront à travers l’épreuve, vers la victoire suprême et la grande transformation.
Sri Aurobindo – La Mère – 1er chapitre
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En conclusion ?
Le niveau d'exigence est élevé... mais le but à atteindre, nous le savons, en vaut largement la peine. Aligner notre aspiration, notre volonté sur ce texte, le méditer, nous en imprégner, y revenir aussi souvent que nécessaire... nous aidera à trouver la Force de le mettre en pratique pour intégrer chaque aspect exigé par Sri Aurobindo.
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