La Victoire et la défaite
Nous lisons Sri Aurobindo, Mère et Satprem et la plupart de ce que nous lisons ne laisse aucune trace apparente. Ou bien, sur le moment cela produit quelque chose dans la conscience extérieure, un intérêt, un émerveillement, mais au final, cela n'enclenche rien de très profond. Et parfois, une parole tout à fait inattendue ressurgit de l'intérieur amenant avec elle une réflexion ou une expérience.
De la Victoire...
Dans ma compilation des paroles de Mère sur la Nouvelle Conscience, il y a eut celle-ci du 14 mars 1970 :
Ça a pris... un peu plus d'un an à cette Conscience pour remporter cette Victoire1. Et encore, naturellement, elle n'est visible que pour ceux qui ont la vision intérieure, mais... mais c'est fait.
1. La «conscience du surhomme» : 1er janvier 1969.
Et alors ? Et alors... je l'ai eu, je l'ai partagé et puis, c'est intéressant certes, mais rien de particulier.
Et voilà que ces jours-ci il m'est venu une autre de ces réflexions, presque enfantine dans sa simplicité, et qui m'a fait un effet extraordinaire.
Regardons autour de nous... de quelle Victoire parle t-elle ? Ce n'est évidemment pas une Victoire visible dans les apparences. Si ma compréhension est correcte, il s'agit de la Victoire dans le corps de Mère de la Nouvelle Conscience, de l'établissement dans son corps, de cette conscience du surhomme.
Mais le corps de Mère... qu'est-ce que c'est ? Si on ne le sait pas, on ne peut rien comprendre à rien. Le corps de Mère, la conscience corporelle de Mère était universalisée et représentait le prototype de l'humanité. Le corps de Mère était un peu tous les corps de la terre.
Avant d'aller en avant, revenons un peu en arrière à l'Agenda du 22 novembre 1967. Il y est question de cette prière du corps :
Maintenant que par l'effet de la Grâce,
nous émergeons lentement de l'Inconscient
et que nous nous éveillons à une vie consciente,
une prière ardente s'élève en nous :
«O Seigneur suprême de l'univers,
nous T'implorons, donne-nous
la force et la beauté,
la perfection harmonieuse,
qui nous permettront de devenir
Tes instruments divins sur la terre.»
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Le pouvoir s'ouvrant à une conscience supérieure,
s'éveille au besoin d'être au service du Divin.
Et Mère considère qu'il s'agit-là d'un TRÈS grand progrès, que le corps lui-même ait eu cette aspiration. Mais Satprem ne comprends pas très bien et l'extrait de la conversation suivante est très intéressante pour notre sujet :
Tu dis qu'il y a un progrès ?
Un progrès ! C'est un progrès formidable ! Ils n'avaient jamais pensé, jamais ; dans la totalité, là, ils n'avaient jamais pensé à la transformation : ils avaient pensé à devenir les meilleurs athlètes du monde et tous les habituels non-sens.
Le corps, n'est-ce pas, ils ont demandé une prière du CORPS. Ils sont arrivés à comprendre que le corps doit commencer à se transformer en quelque chose d'autre. Avant, ils étaient tout pleins de toute l'histoire de la culture physique dans tous les pays, et le pays où c'est le plus en avance et l'utilisation du corps tel qu'il est et..., etc. Enfin c'était l'idéal des Olympiques. Maintenant, ils ont sauté au-dessus : ça, c'est le passé, maintenant ils veulent la transformation.
N'est-ce pas, les gens, dans leur mental et leur vital, demandaient à devenir divins – enfin c'est toute l'histoire ancienne de la spiritualité, c'est rabâché depuis des siècles –, non, ça, c'est le CORPS. C'est le corps qui demande à participer. C'est tout à fait un progrès.
Oui, mais on voit bien comment, dans le mental, l'aspiration s'entretient, comment elle vit par elle-même. Dans le cœur aussi, on voit bien comment l'aspiration vit Mais dans le corps ? Comment éveiller cette aspiration dans le corps ?
Mais c'est tout éveillé, bon dieu ! Depuis des mois chez moi ! Alors c'est qu'ils ont senti justement et qu'ils sentent.
Comment c'est fait ? – C'est en train de se faire.
Mais comment en soi...
Non-non-non. Si cela a été fait dans un seul corps, ça peut être fait dans tous les corps.
Oui, mais je demande comment... Oui, comment ?
Eh bien, c'est ce que j'essaye d'expliquer depuis des mois.
C'est d'abord, éveiller la conscience dans les cellules...
Eh bien, oui !
Mais oui, mais une fois que c'est fait, c'est fait : la conscience s'éveille de plus en plus, les cellules vivent consciemment, aspirent consciemment. J'essaye de l'expliquer, mon dieu, il y a des mois ! il y a des mois que j'essaye de l'expliquer. Et alors, justement, c'est cela qui m'a fait plaisir, c'est qu'ils ont compris au moins la possibilité.
La même conscience, qui était le monopole du vital et du mental, est devenue corporelle : la conscience agit dans les cellules du corps.
Les cellules du corps deviennent quelque chose de conscient, tout à fait conscient.
Une conscience qui est indépendante, qui ne dépend pas du tout de la conscience vitale ni de la conscience mentale : c'est une conscience corporelle.
(silence)
Et ce mental physique dont Sri Aurobindo avait dit que c'était une impossibilité, que c'était quelque chose qui tournait en rond et tournerait en rond toujours, justement sans conscience, comme une espèce de machine, cela a été converti, c'est devenu silencieux, et dans le silence, cela a reçu l'inspiration de la Conscience. Et cela a recommencé à prier: les mêmes prières qui étaient dans le mental avant.
Je comprends bien tout ce qui peut se passer en toi, mais...
Mais puisque ça se passe dans un corps, ça peut se passer dans tous les corps ! Je ne suis pas faite de quelque chose d'autre que les autres. La différence, c'est la conscience, c'est tout. C'est fait exactement de la même chose, avec les mêmes choses, je mange les mêmes choses, et ça a été fait de la même manière, tout à fait.
Et c'était aussi bête, aussi obscur, aussi inconscient, aussi obstiné que tous les autres corps du monde.
La suite de cet Agenda apporte d'autres éléments importants, mais qui ne sont plus directement en lien avec notre sujet, alors pour ceux qui le souhaitent, voici le lien vers le texte intégral, et l'enregistrement audio en cliquant sur l’émoticône du haut parleur en haut à droite du texte.
l'Agenda de Mere. Volume 8. 22 novembre 1967
Attention! To view this cite properly, please, enable JavaScript! How to do it Mère l'Agenda Volume 8 22 novembre 1967 (Mère prend des fleurs) Je vais mettre cela dans l'eau... Les fleurs, c'est la
https://aurobindoru.auromaa.org/workings/ma/agenda_08/1967-11-22-01_f.htm
Ce où je voulais en revenir c'est qu'à deux reprises Mère nous dit :
Si cela a été fait dans un seul corps,
ça peut être fait dans tous les corps.
C'est quelque chose de très important que nous ne devrions jamais oublier mais revenons à notre sujet. Si la Nouvelle Conscience a mis un peu plus d'un an pour remporter la Victoire dans le corps de Mère... je me suis demandé combien de temps elle mettrait pour remporter la victoire dans mon corps, et/ou dans tous les autres corps.
Et cette question qui n'a rien de compliqué... m'est apparu extraordinaire dans sa simplicité. Et en 22 ans, je n'y avais jamais pensé.
Alors certes... le corps de Mère était particulièrement préparé par toute une vie de sadhana conscience particulièrement intense... mais dans l'Agenda du 14 mars 1970, Mère nous dit ceci :
Et cette Pression de la Conscience est une pression pour que les choses telles qu'elles étaient – si misérables et si petites et si obscures et si... inéluctables en même temps, en apparence –, tout cela, c'est... (Mère fait un geste par-dessus l’épaule) c'est en arrière comme un passé qui est dépassé. Alors vraiment, j'ai vu – j'ai vu, j'ai compris – que le travail de cette Conscience (qui est SANS MERCI, elle ne se soucie pas que ce soit difficile ou pas difficile, même probablement elle ne se soucie pas beaucoup des dégâts apparents), c'est pour que l’état normal ne soit plus cette chose si lourde, si obscure et si laide – si basse –, et que ce soit l’aurore... n'est-ce pas, quelque chose qui point à l’horizon : une Conscience nouvelle. Ce quelque chose de plus vrai et de plus lumineux.
Nous pouvons ne pas trop avoir confiance en nous, en nos capacités – il y a en nous tellement d'impuretés, d'imperfections et de limitations –... mais Sraddhalu nous a rappelé qu'il ne fallait pas penser de cette façon... et tout récemment, il m'est venu que nous ne devions pas penser comme des esclaves...
Soit dit en passant, un autre aspect de cette Nouvelle Conscience est de nous montrer tout ce qui est faux dans notre façon de penser... et il est possible que cette injonction à ne pas penser comme un esclave, soit le fruit de la pression de cette Nouvelle Conscience... à moins que cela ne soit une énième conséquence de cette expérience où j'ai senti pendant 45 minutes les énergies tirées au-dessus de la tête.
Mais même si nous n'avons pas trop confiance en nous, nous pouvons avoir foi en cette Nouvelle Conscience qui ne se soucie pas que ce soit difficile ou pas difficile... alors, même si notre corps est évidemment moins préparé que celui de Mère, si cela a été fait dans un seul corps, ça peut être fait dans tous les corps.... alors, la Victoire devra se manifester en nous... même si pour nous cela met plus qu'un an ou que cela met des années.
En 1969, quand cette Nouvelle Conscience est descendue sur terre, Mère avait 91 ans ! C'est-à-dire que nous ne pouvons prendre notre âge comme prétexte pour justifier toutes nos pensées défaitistes. Jusqu'à notre dernier souffle, nous pouvons nous offrir...
Il me semble que nous sommes tous concernés par cette question :
Combien de temps va mettre la Nouvelle Conscience
pour remporter la Victoire dans notre conscience,
dans notre corps ?
Il est remarquable que la conscience corporelle ne puisse savoir une chose avec précision et dans tous les détails que lorsque cette chose est sur le point de se réaliser.
Agenda – Août 1954
Mais si je me suis posé la question, maintenant, et pas l'année dernière, et pas il y a dix ans, n'est-ce pas parce que, dans les corps, la question commence à se poser ? Ou si elle ne se pose pas encore dans les corps, elle commence peut-être à se poser... dans les consciences.
Nous croyons que ça, cette apparence (Mère désigne le corps), c'est... ça paraît être, pour la conscience ordinaire, le plus important – c'est évidemment la dernière chose qui changera. Et ça paraît, pour la conscience ordinaire, la dernière chose qui changera, parce que c'est la plus importante : ce sera le signe le plus certain. Et ce n'est pas du tout ça!... Ce n'est pas du tout ça.
C'est ce changement DANS LA CONSCIENCE – qui s'est produit –, qui est la chose importante. Tout le reste, ce sont des conséquences. Et ici, dans ce monde-là, matériel, ça nous paraît être le plus important parce que c'est… c'est tout à l’envers. Je ne sais pas comment expliquer.
Pour nous, quand ça (le corps) pourra être visiblement quelque chose d'autre que ça n'est, on dira : «Ah ! maintenant la chose est faite.» – Ce n'est pas vrai : la chose EST FAITE. Ça (le corps), c'est une conséquence secondaire.
Agenda du 24 avril 1970
La question que nous devons résoudre est de savoir comment participer de façon active ou à défaut, comment de façon passive, ne pas entraver, retarder en nous, dans notre conscience, l'action évolutive transformatrice de la Nouvelle Conscience... jusqu'à Sa Victoire.
... et de la défaite
Allongé en mode intériorisation, observation, concentration, aspiration... cela dépend... la conscience extérieure et la conscience qui observe peuvent être tout à fait calme, tranquille, détachée... et percevoir des zones dans le corps, qui elles ne sont pas du tout relâchées. Des éléments qui restent crispées, qui résistent, qui ressemblent à des structures rigides, à des points noirs coagulés...
Et dans ces moments-là, pour ces endroits-là, ces choses-là, on aspire à la défaite... qu'ils lâchent prise, qu'ils abdiquent... et quand ils y parviennent, instantanément, au minimum il y a une détente, un soupir d'aise, de soulagement, soit la difficulté disparaît carrément, comme si elle n'avait jamais existé... À cet endroit, de la sensation de quelque chose de coagulé qui résiste est remplacée par la sensation d'un ciel vide, d'un espace vide, clair...
« Le succès, c’est d’aller d’échec en échec
sans perdre son enthousiasme. »
Et pour paraphraser Winston Churchill, je me dis parfois que la Victoire, c'est d'aller de défaites en défaites... Combien de fois dans ce Yoga de la transformation, nous nous sommes dit que nous n'arrivions à rien, que c'était impossible, etc. ? Et pourtant, nous avançons, presque bon gré mal gré, nous sommes portés à avancer, presque contraints à avancer... malgré toutes nos difficultés et nos absences de réalisations qui sont perçues, à tort, comme des échecs.
Chacun représente ici une impossibilité à résoudre, mais comme pour ta divine Grâce tout est possible, ton œuvre ne sera-t-elle point, dans le détail comme dans l’ensemble, l’accomplissement de toutes les impossibilités transformées en divines réalisations ?
15 janvier 1933
Paroles de la Mère – Volume 2
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Finalement, lorsque nous sommes consacrés, tout au long de notre vie, nous ne faisons plus que peaufiner la sadhana...
Le surrender, le don de soi doit s'élargir à l'horizontal à la totalité de tout ce qu'il y a en nous en nous, et s'approfondir à la verticale à toutes les couches, tous les plans de l'être... jusqu'à cette fameuse conscience des cellules... qu'il nous faudra bien, un jour ou l'autre, commencer à dé-couvrir et percevoir...
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