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Dans un article précédent, j'ai partagé de large extraits de l'Agenda du 3 juin 1970, donc cette parole de Mère...

Au centre, il y a un être libre, vaste, connaissant, 
qui s'offre à notre découverte et qui doit devenir 
le centre agissant de notre être et de notre vie à Auroville.

(Agenda du 3 juin 1970)

...et je me suis beaucoup étonné de cet être libre, vaste, connaissant, [s'offrant] à notre découverte... allant jusqu'à me montrer presque ironique en rappelant que les apparences montraient plutôt un être planqué dans les profondeurs insondables de notre être, inaccessible pour l'immense majorité des hommes, ajoutant que s'il émergeait parfois, c'était pour retourner à l'arrière plan des phénomènes à la moindre erreur de notre mental et de de notre vital. Pour un être immortel dont la lumière est réputée inviolable, que rien ne peut souiller, je m'étonnais de sa... délicatesse, et que cet être libre, vaste, connaissant... ne s'impose pas davantage.

Quand l’obscurité se fera profonde, étranglant la poitrine de la terre,
Quand le mental corporel de l’homme sera la seule lampe,
Comme un voleur dans la nuit viendront les pas cachés
De l’Un qui entre inaperçu dans sa maison.
Une Voix mal entendue parlera, l’âme obéira,
Une Puissance furtive gagnera la chambre intérieure du mental,
Un charme et une douceur ouvriront les portes closes de la vie
Et la beauté vaincra la résistance du monde,
La lumière-de-vérité capturera la Nature par surprise,
À pas de loup, Dieu contraindra le cœur à la félicité
Et la terre deviendra divine sans s’y attendre.

Dans ce passage de Savitri (L1. C4), le ton est martial, le mode IMPÉRATIF et il est question, d'obéir, de gagner, de vaincre, de capturer et de contraindre... 

Mais sans doute le moment pour cela n'est pas encore venu...

Et ce n'est pas là où je voulais en venir...

Cette expression de Mère à propos du Divin qui s'offre à notre découverte... m'a beaucoup interpellé car elle contredit complètement les apparences d'un Divin qui ne cesse de se cacher derrière les apparences et les phénomènes, et même, d'un Divin qui recule dès qu'on l'approche et qui fuit et disparaît dès qu'on essaye de le saisir...

Recherche réciproque

Pourtant, cette idée que si l'homme cherche le Divin, que le Divin aussi nous cherche n'est pas nouvelle. Elle existe dans les religions traditionnelles et se retrouve aussi dans l’œuvre de Sri Aurobindo-Mère. Seulement, je n'en ai pas une claire conscience.

Pourtant, savoir que Dieu nous cherche, ouvre une perspective... très émouvante, presque poignante. C'est un très beau sujet de méditation.  

Voici un résumé proposé par Grok :

Dans la tradition biblique et chrétienne

Dieu appela l’homme et lui dit : « Adam, où es-tu ? » (Genèse 3.9)

« Ainsi parle le Seigneur, l’Éternel : Voici, je chercherai mes brebis et je les chercherai. [...] Je chercherai celle qui est perdue, je ramènerai celle qui est égarée... » (Ézéchiel 34:11-12, 16)

« Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » (Luc 19.10)

Dans la mystique soufie

« Aucun amoureux ne cherche l’union sans que le Bien-Aimé ne cherche [aussi]. » (Rûmi)

« Le Bien-Aimé cherche le chercheur tout autant que le chercheur cherche le Bien-Aimé. » (Autre variante souvent citée)

Dans la Bhagavad Gita

« Dans la mesure où les hommes viennent à Moi, dans cette même mesure Je viens à eux. Ô Arjuna, tous les hommes suivent Mon chemin de toutes les manières. » (Bhagavad Gita 4.11)

« À ceux qui, sans autre pensée, Me méditent et M’adorent avec une constante dévotion, à ceux-là Je procure ce qui leur manque et Je préserve ce qu’ils possèdent. » (Bhagavad Gita 9.22)

« Pour ceux dont l’esprit est fixé sur Moi, Je suis le prompt libérateur du redoutable océan de la mort et de la renaissance. » (Bhagavad Gita 12.7)

Dans la bhakti Yoga

  • Le Divin est souvent décrit comme le Bien-Aimé qui cherche activement l’âme (jiva). Il y a de nombreuses histoires où Krishna « court » après ses dévots (ex. : l’histoire de la gopis, ou de saints comme Namdev ou Tukaram).

  • La Grâce divine est considérée comme antérieure à l’effort humain. C’est elle qui éveille le désir de chercher Dieu. Sans kripa (Grâce), l’homme ne pourrait même pas commencer la quête.

  • Expression classique : « Quand l’homme fait un pas vers Dieu, Dieu fait dix pas vers lui » (variante courante dans la bhakti).

Dans les Upanishads et le Védanta

  • L’Atman (Soi divin intérieur) est déjà présent en l’homme. La quête spirituelle est en réalité le Divin en nous qui cherche à se reconnaître Lui-même.

  • Dans la Mundaka Upanishad ou la Katha Upanishad, le Brahman est décrit comme celui qui « choisit » ou « révèle » Son Soi à celui qu’Il veut : ce n’est pas seulement l’effort humain qui suffit, mais une élection ou une attraction divine.

  • Ramana Maharshi et d’autres sages advaitins disent souvent : « Le Guru (le Divin) cherche le disciple autant que le disciple cherche le Guru. »

Dans l’œuvre de Sri Aurobindo-Mère

Sri Aurobindo intègre et dépasse ces traditions en insistant sur la descente supramentale : le Divin ne se contente pas de répondre, Il descend pour transformer la vie terrestre. La Mère parle souvent de la Force divine qui « travaille » en nous et nous attire, même quand nous ne le savons pas consciemment.

Mais c'est dans l'Entretien du 16 janvier 1957 que le sujet est le plus directement abordé. L'Entretien commence avec cette citation et cette question d'un disciple.

«Tout d’abord, l’homme cherche aveuglément, et il ne sait même pas qu’il cherche son moi divin, car son point de départ est l’obscurité de la Nature matérielle, et même quand il commence à voir, il reste longtemps aveuglé par la lumière qui croît en lui. Dieu aussi ne répond qu’obscurément à sa quête ; il recherche l’aveuglement de l’homme et en jouit comme des mains d’un petit enfant qui tâtonne vers sa mère

(Aperçus et Pensées, «L’Homme, le Purusha»)

Douce Mère, comment se fait-il que l’on cherche quelque chose, et tout de même on ne sait pas ce que l’on cherche ?

Il aurait aussi pu être cité ces trois autres passages d'Aperçus et Pensées :

Dieu et la Nature sont comme un garçon et une fille qui jouent, amoureux l’un de l’autre. Ils se cachent et s’enfuient quand ils s’aperçoivent, afin de pouvoir se chercher, se poursuivre et se capturer.

L’homme est Dieu se cachant de la Nature pour pouvoir la posséder par la lutte, l’obstination, la violence, la surprise. Dieu est l’Homme universel et transcendant qui, dans l’être humain, se cache à sa propre individualité.

La rencontre de l’homme et de Dieu suppose toujours une pénétration, une entrée du divin dans l’humain et une immersion de l’homme dans la Divinité.

Ce qui m'étonne un peu c'est que le Divin a l'air de trouver ce jeu de cache-cache amusant... j'ignore pour les autres, mais je n'arrive pas trouver ça si drôle que ça. Il me semble que nombreux sur terre expérimentent plutôt le sentiment du manque, de l'absence, voir ressentent la douleur de la séparation, le sentiment d'abandon... 

Ce qui est absurde, et agaçant, c'est que la connaissance nous enseigne que ces sentiments sont faux, qu'ils sont une perception erronée, que dans la Réalité réelle et vraie, c'est l'unité indissoluble et que la séparation n'existe pas... 

La Mère en est venue a dire que tant qu'il y aura la mort, cela finira mal. Il est possible de la paraphraser en disant que tant qu'il y aura la séparation, cela n'ira pas, nous ne serons ni comblé ni guéri.    

Je recommande à chacun lire la réponse de Mère à cette question ou à écouter l'enregistrement car la voix de Mère nous emmène dans un beau voyage et allume le feu de l'aspiration à... nous connaître. 

Pas de cabotinage – sincères et concentrés.

Se fâcher avec le Divin

Mes remarques peuvent être perçues comme irrévérencieuses et sous-entendre une certaine colère envers le Divin. Et après tout, pourquoi pas ? 

Depuis tout petit, j'étais plutôt un enfant sage, et encore maintenant je ne suis pas d'un tempérament très coléreux, même si je reconnais qu'il m'arrive encore quelques fois le fantasme du justicier qui passerait volontiers par les armes un certain nombre de traîtres à la patrie. 

Mais la traîtrise est un problème compliqué car... où commence t-elle ? Pour ne citer que quelques exemples, en haut de l'échelle, nous avons, Emmanuel Macron qui endette la France de 1000 milliards... mais qu'en est-il, au milieu de l'échelle, de celui qui achète des produits étrangers au lieu de produits français, ou de celui qui en bas de l’échelle ne fait même pas l'effort de parler correctement sa propre langue ou de connaître l'histoire et la culture de son propre pays ? N'est-ce pas déjà de la trahison ? 

N'empêche qu'à quelques occasions j'ai eu des réactions de violente colère contre le Divin, et d'expérience – non seulement je n'ai jamais eu le sentiment de recevoir le moindre reproche – mais en plus cela m'a fait du bien et j'ai l'impression que le mouvement de colère passé, qu'un progrès se faisait.

Nous sommes élevés, pour ne par dire conditionnés, pour être bien élevés, bien gentils, et surtout avec le Divin, de nous montrer très respectueux... mais je me suis parfois demandé si nos mouvements de colère n'étaient pas plus sincères que nos politesses et nos bonnes manières. En tout cas au début, parce qu'après la colère nous faire dire et faire des choses souvent disproportionnées que l'on regrette, mais le mouvement en lui-même, à son origine, semble dire quelque chose de vrai, ou en tout cas, que l'on ressent vraiment.

Franchement, cette idée que le Divin s'offre à nous, si Mère le dit c'est sans doute vrai, mais pour moi, c'était un peu too much ! Et de toute façon, nous pouvons assez justement considérer que les seules choses qui soient vraiment vraies pour nous, ce sont les choses dont nous avons l'expérience. Les autres, elles sont seulement peut-être vraies, ou probablement vraies... 

Il est parfois question du Divin comme étant notre amant... J'ignore pour les autres, mais je n'ai jamais osé envisagé cette possibilité, et en général, à peine l'idée vient elle parfois m'effleurer que je l'évince pudiquement comme une... incongruité. Pourtant, je ne crois pas me tromper que si le Divin est notre Amant... il est loin de s'offrir à nous si facilement et dès le premier soir comme on dit. À quelques exceptions près, j'imagine que cela ne vient qu'après une longue quête du chercheur... et encore, j'imagine que bien peu y atteignent un jour. Même si, à la fin des temps, où à la fin de son parcours, chaque âme retourne inévitablement dans les bras de son Bien-aimé, nous n'en sommes apparemment pas encore là...

Alors j'étais un peu "fâché" par l'expression de Mère... mais ça ne fait rien, car d'expérience, quand cela arrive, il se passe généralement quelque chose pour me faire évoluer, précisément sur le point qui faisait blocage ou entraînait un mouvement de révolte. 

De là à inviter les gens à se quereller avec le Divin, avec Mère ou Sri Aurobindo... ce serait exagéré, même si quelques savoureux aphorismes tendent à aller en ce sens. Nous avons l'habitude de repérer et répéter ce que nous aimons, mais justement, s'il y a quelque chose qui déplaît, nous désoriente, nous heurte, nous secoue, nous déstabilise.... cela paraît être le signe qu'un travail intéressant pourrait se faire sur ce point, si nous voulions bien, ne pas le mettre sous le tapis des bonnes manières.  

59 — L’un des grands réconforts de la religion est que parfois vous pouvez empoigner Dieu et lui donner une satisfaisante raclée. Les gens se moquent de la sottise des sauvages qui battent leur Dieu lorsque leurs prières ne sont pas exaucées ; mais ce sont les moqueurs qui sont sots et sauvages.

418 — Ton âme n’a pas goûté à l’entier délice de Dieu si elle n’a jamais eu la joie d’être Son ennemie, de lutter contre Ses desseins et d’être engagée dans un mortel combat contre Lui.

419 — Si tu ne peux pas faire que Dieu t’aime, fais qu’Il lutte contre toi. S’Il ne veut pas te donner l’étreinte de l’amant, oblige-Le à te donner l’étreinte du lutteur.

518 — Tant que tu n’auras pas appris à t’empoigner avec Dieu comme un lutteur avec son camarade, la force de ton âme te sera à jamais cachée.

J'invite chacun à lire les commentaires de Mère à ses aphorismes.  

L'ironie de l'histoire est que si les hommes sont facilement fâchés contre Dieu, d'après Mère dans l'Agenda du 27 janvier 1961, l'inverse n'est pas possible.

(A propos des réactions moralistes d’une certaine personne 
qui pense que tel ou tel acte «fâche» Dieu :)

Ça, ils ne le pensent que trop que Dieu peut être fâché contre eux ! Moi, c’est une chose que j’essaye d’abolir autant que je peux, parce que ce n’est pas vrai – ce n’est pas vrai.

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