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Suite de notre exploration des textes de l'Agenda 1969

9 août

Cette Conscience qui est en train de travailler depuis janvier, elle insiste beaucoup pour que l'on devienne conscient qu'il faut faire les choses à volonté : que l'on naisse à volonté, que l'on meure à volonté, que l'on soit malade à volonté – que ce soit la volonté qui soit le principe dominant. Elle insiste beaucoup.

Je crois que ça changerait beaucoup de choses.

(Puissions-nous mettre ça en pratique... )

🔥

23 août

Ce que je fais maintenant, c'est... (Mère croise les doigts sur sa bouche)... parce que cette Force, cette Conscience est(geste de pression) et elle travaille, et je la vois travailler, et elle se sert de tout ça d'une façon merveilleuse pour... pour mettre les gens (geste contre le nez) en présence d'eux-mêmes.

Il y a un endroit («Promesse» et «Auro-orchard», tout ce coin-là qui s'occupe d'agriculture), il y a des Français, il y a des Suisses, il y a des Italiens (il y a même des Indiens !), ils sont tous à se disputer... tout le temps. De tous les côtés, on se plaint à mo i: on demande mon support. Alors c'est prodigieusement instructif. Moi, je suis là (Mère croise les doigts sur sa bouche), et de temps en temps, je laisse tomber une goutte.

Les X, par exemple, régulièrement, une ou deux fois par semaine, m'envoyaient une plainte contre les gens qui habitent là-bas (tantôt les uns, tantôt les autres, tous y passaient les uns après les autres). La première fois, je n'ai rien dit, mais après quelque temps (riant), j'ai simplement dit (je ne me souviens plus des mots mais du sens), que la vraie conscience pour être à Auroville est de regarder d'abord ses propres défauts avant de se plaindre des défauts des autres, et de se corriger avant d'exiger que les autres se corrigent (je l'ai mis d'une façon plus... littéraire), et je l'ai envoyé.

Depuis ce moment-là, silence, un silence total : je n'existe plus – je ne viens pas donner un support à toutes leurs petites querelles, alors je n'existe plus.

Mais ça, c'est une façon de pétrir la pâte... Il faudra ou qu'ils changent ou qu'ils s'en aillent – sans rien leur dire, il n'y a besoin de rien leur dire, il n'y a que la pression de la Conscience. Ou ils doivent changer, ou ils seront obligés de s'en aller.

Ce n'est pas une méthode particulière à cette personne-ci (Mère se désigne elle-même) : c'est la méthode de cette Conscience.

Je vois très bien la façon dont elle travaille : elle met une pression pour que tout ce qui résiste dans la nature de quelqu'un, vienne à la surface et se manifeste, et alors le ridicule ou le mauvais de cette chose devient évident, et il faut ou que ça s'en aille ou que... J'ai remarqué cela. C'est sa manière de procéder.

Mais alors, justement avec cette pression, on s'aperçoit que les gens sont toujours dix fois plus bêtes qu'on ne le pensait – eux n'en savent rien (mais c'est l'habitude, on est généralement très inconscient de sa propre bêtise), mais même quand on pensait être conscient de ce qu'ils étaient, on n'allait pas jusqu'à toucher du doigt ce qu'ils étaient !

(…)

Tu sais que les élections [présidentielles] ont eu lieu, et qu'il y avait trois candidats. (…) Activement, extérieurement, je n'aurais jamais pu dire : « Choisissez cet homme-là » ; seulement j'ai dit : « Le mieux pour le pays. »

Je ne sais pas pourquoi ni comment parce que... parce que notre conscience humaine est toute petite, mon petit ! Même quand on s'identifie à la Conscience générale, on a l'impression d'être si petit, si microscopique en comparaison de la Conscience véritable qui contient tout. Nous ne pouvons pas contenir tout !

Même, même quand nous nous identifions à cette Conscience, nous devenons comme cela (geste indiquant le vide à hauteur du front), absolument silencieux et immobile, avec seulement une Vibration lumineuse immense, n'est-ce pas, infinie, et un pouvoir infini aussi, mais... (même geste au front) aucune traduction d'aucune façon, rien qui ressemble à une pensée.

Et alors, si nous voulons intervenir entre Ça et les circonstances, nous sommes obligés de nous tromper, nous ne pouvons pas faire autrement !

Alors il n'y a qu'à rester comme cela (geste immobile, tourné vers le haut).

Et c'est pour cela que je suis comme cela, silencieuse.

Tu me disais : «Je ne comprends pas ta façon d'agir à Auroville...», ce n'est pas autre chose que cela. C'est parce que notre pensée limite, oppose – même, même la conscience la plus vaste, tu comprends, n'est qu'une conscience terrestre, une conscience terrestre et... c'est tout petit. C'est tout petit.

Et c'est surtout tout petit au point de vue des conséquences, de la suite des circonstances (Mère dessine une trajectoire), de comment ceci va apporter cela – nous ne voyons pas.

Alors il faut être comme cela (geste tourné vers le haut), et simplement laisser cette Conscience agir...

Et voilà quel a été le résultat : c'est le troisième qui a passé, ça m'a bien amusée ! Bien amusée, j'ai dit : voilà !

Dans ma vision (je ne peux pas affirmer qu'elle soit supramentale, mais en tout cas elle était très au-dessus d'une vision mentale), l'homme que j'avais choisi [Deshmukh], et tout le monde a pouffé de rire pour me dire que c'était une impossibilité – c'était la chose qui pouvait rendre l'Inde grande immédiatement. Immédiatement, ça donnait une place à l'Inde dans le monde, qui était sa vraie place. Tout le monde a trouvé cela profondément ridicule. Et alors, on m'avait donné à choisir entre trois candidats, et c'est celui qui est de toute évidence le plus incapable qui a été choisi comme... comme celui qui aidait le plus au développement et à l'épanouissement de l'Inde. Voilà.

Après cela, il n'y a plus qu'à se taire.

(…)

C'est après une quantité considérable de constatations de ce genre que j'ai commencé à être comme cela : simplement mettre, presque par force (Mère abat ses deux bras), le contact de la Conscience Suprême avec la terre.

(…)

Oui, oh ! je le sais bien, c'est simplement comme tu le dis : on sent un courant qui passe et on dit : oh! ce serait bien... – Pourquoi pas ! (Mère rit) On est toujours obligé de faire quelque chose – tant que l'on est ici, on fait quelque chose –, il vaut mieux faire les choses qui vous mettent en contact avec le courant le plus harmonieux !

Mais je dois dire qu'au point de vue de l'action (même pas seulement de l'action matérielle parce que l'action matérielle, je n'en ai pour ainsi dire plus), mais de l'action invisible, j'ai BEAUCOUP appris avec cette Conscience, beaucoup.

Elle a... nous avons des moyens très enfantins et elle a... elle a un sens de l'humour, tu sais ! admirable, une façon de mettre les gens en face de leur stupidité, qui est vraiment... vraiment charmante.

Et je vois cela tout le temps, tout le temps, tout le temps, pour de toutes petites choses, pour de grandes choses, pour la politique d'un pays ou bien pour l'organisation d'une maison – tout la même chose. Et avec une ironie délicieuse – et si bienveillante : il n'y a aucun sens de réprobation, de... L'idée du mal, de la faute, de tout cela – prrt ! tout parti.

C'est seulement la pression de la Conscience sur l'inconscient – et alors, chez les gens, la mesure de la résistance qui vient de leur réceptivité. C'est comme cela. Chez certaines gens (et pas toujours ceux qui sont apparemment mauvais), il y a une résistance !... C'est comme... comme du fer. Et d'autres...

Ça va beaucoup plus vite. En ce moment les choses vont vite.

Nous allons voir, nous allons voir !… (Mère rit)

Toutes les parties de l'être s'élargissent pour pouvoir progresser.

Quand la conscience est étroite et personnelle ou enfermée dans le corps, il lui est difficile de recevoir quoi que ce soit du Divin ; plus elle s'élargit, plus elle peut recevoir. Vient un moment où elle se sent vaste comme le monde et capable de recevoir en elle le Divin tout entier.

Sri Aurobindo – Lettres sur le Yoga

🔥

30 août

Et ces temps derniers, je me disais : «C'est curieux, nous ne savons pas du tout comment ce sera», et je me disais à moi-même : «Il n'y a personne pour me le dire», parce que cette Conscience qui est venue, elle agit par la conscience mais pas tant par la vision.

(…)

Ah ! j'ai eu comme cela une expérience (je ne sais pas si c'est ce matin ou hier matin ou dans la nuit, mais enfin), pendant un certain temps, j'étais dans une conscience où l'individualité séparée n'existait plus, mais le principe... (comment dire ?) le principe particulier de chaque individu persistait dans la Conscience universelle.

Et à ce moment-là, mon petit, tout est devenu tellement merveilleux !... Ça a peut-être duré une heure, ou un peu plus ou un peu moins, je ne sais pas, mais enfin assez longtemps pour... (Mère sourit) je veux dire pour s'étaler là-dedans. Il n'y avait plus, il n'y avait plus de séparation, ça avait disparu, mais un certain... (comment dire ?) c'était presque comme une manière de voir ; la manière de voir de chaque individu (c'est non seulement la manière de voir, mais c'est la position dans l'action en même temps, la «position» c'est-à-dire la part de l'action qui est initiée5 par cette manière de voir), ça persiste.

5. Au sens anglais de «initiated», c'est-à-dire «mis en mouvement».

Ça persistait dans l'Un – aucune séparation. Et alors, chaque chose a sa place – le tout d'une efficacité merveilleuse.

Et en même temps... Je ne peux pas, les mots sont impuissants. Je me suis souvenue, quand j'avais l'expérience, d'une phrase de Sri Aurobindo où il disait qu'après tout, le Seigneur n'est qu'un enfant qui joue (tu sais cela, il l'a mis d'une certaine façon6 et j'ai compris pourquoi il a employé ces mots, c'était... c'était quelque chose... évidemment que notre langage ne peut pas formuler, mais vivre là-dedans, vivre ça, n'est-ce pas, c'est... c'est l'impression d'une toute-puissance si-si parfaite, si harmonieuse, et en même temps, oui, tellement harmonieux que c'est tout souriant. C'est inexprimable. Inexprimable. J'ai eu l'expérience, et puis c'est parti. Ça s'est retrouvé mélangé avec le travail quotidien.

6. «Dieu est un enfant éternel jouant dans un éternel jardin» 
(Aperçus et Pensées).

Et je me souviens... C'est intéressant parce que pendant que j'étais dans cet état-là, je me suis souvenue de la question que tu avais posée à propos de Pavitra, me demandant si le principe de l'individualité persistait ; alors il y a quelque chose de moi qui t'a dit : «Tu vois bien, c'est comme ça !» (Mère rit) Je me suis souvenue de ta question, j'ai dit : c'est comme ça, il n'y a plus de séparation, mais... mais cette merveille de complexité reste – la merveille d'une complexité. Et l'impression, c'est que tout-tout-tout ce qui est, a sa place, mais quand c'est à sa place, c'est parfaitement harmonieux.

Oh ! c'était... c'était vraiment une révélation.

Je pense que toutes ces expériences font partie de la conscience du supramental, du surhomme (comment il s'appellera lui-même ? nous ne savons pas).

Compilation des 8 premiers mois

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