Expressions védiques pour Agni
Inspiré à relire Le Véda et la Destinée Humaine de Satprem, j'ai finalement trouvé utile de le partager dans son intégralité, avec quelques commentaires ici et là, et en aérant le texte afin d'en faciliter la lecture sur écran.
Le Véda et la Destinée Humaine
Dans l'histoire du monde, ce que Sri Aurobindo représente,
ce n'est pas un enseignement, ni même une révélation,
c'est une action décisive venue tout droit du Suprême.
Mère
*
Ce texte d'il y a plus de trente ans, 1961, jamais publié, faisait partie du premier livre écrit par Satprem sur Sri Aurobindo ou la Transformation du Monde, avant « l'Aventure de la Conscience ». Les premières pages de ce livre s'ouvraient sur le Véda et dénotent déjà quel était l'intérêt premier de Satprem : le Véda comme clef de la destinée humaine.
(Pour info, il est aussi partiellement publié dans l'Agenda du 30 octobre 1961)
*
Ce n'est pas pour moi que je fais ce yoga ;
je n'ai besoin de rien, ni de salut ni de quoi que ce soit ;
c'est pour la conscience terrestre,
précisément, pour lui frayer une voie afin qu'elle change1.
Sri Aurobindo
1. Correspondence with Nirodbaran, tome I p. 138
*
Ce que Sri Aurobindo est venu accomplir, d'autres poètes, les Rishis védiques, l'avaient annoncé il y a des milliers d'années, dans la préhistoire :
Tissez une œuvre inviolable,
devenez l'être humain, créez la race divine...
Ô voyants de la Vérité,
aiguisez les lances lumineuses,
frayez la voie vers cela qui est Immortel ;
connaisseurs des étendues secrètes,
formez les degrés par lesquels
les dieux atteignirent à l'immortalité.
(Rig-Véda X.53)
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Nous avons choisi, semble-t-il, depuis Adam, de manger le fruit de l'arbre de la Connaissance, mais, sur cette voie, il n'est pas de demi-mesures ni de repentirs, car si nous restons prostrés, le nez dans la poussière, sous l'effet d'une fausse humilité, les titans ou les djinns qui sont parmi nous sauront fort bien s'emparer du Pouvoir dont nous n'avons pas voulu, et, d'ailleurs, c'est ce qu'ils font, et ils écraseront le dieu qui est en nous.
Il s'agit de savoir si, oui ou non, nous voulons laisser cette terre entre les mains de l'Ombre pour nous évader, une fois de plus, dans nos divers paradis, ou si nous voulons prendre le Pouvoir – et d'abord le trouver – pour refaire cette terre à une image plus divine et, selon la parole des Rishis, « que la terre et le ciel soient égaux et un seul. »
Dès qu'il s'agit de "spiritualité", il est souvent question de voir les choses sous l'angle de l'humilité, de la modestie, de la compassion, des œuvres au service de la fraternité, de l'amour du prochain, ou même du Divin, de la Mère divine... et ces aspects sont d'une grande importance. Mais, peut-être par timidité, nous n'osons pas souvent aborder de façon frontale comme le fait Satprem ici, la question DU POUVOIR ! Pourtant, quelque part dans l'Agenda, la Mère a mentionné que le premier aspect du nouveau monde à se manifester sera le Pouvoir.
Il y a un Secret, c'est évident. Toutes les traditions en témoignent, qu'il s'agisse des Rishis ou des Mages de l'Iran, des prêtres de Chaldée ou de Memphis ou du Yucatán, des hiérophantes d’Éleusis ou même de nos Celtes. Nous avons oublié. Nous avons perdu le Mot.
J'ai perçu la Loi
Le Vrai, le Vaste
D'où nous étions venus et que nous sommes.
J'ai entendu les âges passés
Murmurer leur histoire, et j'ai su le Mot2.
2. Collected Poems, V. 303
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Un âge de la Vérité, le Satya Youga des Indiens, ou, plutôt, un âge de l'intuition a précédé l'histoire de notre humanité mentale. Notre enfance au monde, si l'on en juge par les bribes de tradition, fut saisie d'une illumination, comme l'est parfois notre brève enfance humaine avant que la raison ne piétine nos rêves, ou comme l'est le chercheur de vérité quand, soudain, au début de sa quête, le voile se déchire un instant, dans un éblouissement, pour lui dire : « Voilà où tu vas. » Puis tout se referme et nous sommes laissés au lent piétinement des années, ou des siècles, pour redécouvrir, longtemps plus tard, une vérité d'enfant.
Nous avons parcouru le long chemin de la raison humaine ; le temps est venu de retrouver le Mot : L'humanité traverse à l'heure actuelle une crise évolutive qui, secrètement, recèle le choix de sa destinée, car le mental humain est parvenu à ce stade où il a accompli un développement énorme en certaines directions, tandis qu'en d'autres il est arrêté, désorienté, et ne sait plus trouver son chemin...
Il a créé un système de civilisation qui est devenu trop énorme pour pouvoir être utilisé et manipulé par ses facultés spirituelles et morales encore plus limitées...
Ses nouveaux instruments et sa nouvelle organisation sont au service d'un moi vital qui est d'une vieille humanité, un moi infraspirituel et infrarationnel...
Le fardeau est trop grand pour la petitesse actuelle de la personnalité humaine...
Même s'il se révèle que c'est là seulement une phase passagère, une apparence, et que l'on arrive à mettre debout quelque structure tolérable qui permette à l'humanité de poursuivre d'une façon moins catastrophique son incertain voyage, ce ne sera encore qu'un répit. Car le problème est un problème de fondements et, en le posant, la Nature évolutive dans l'homme se met elle-même en face d'un choix critique qu'il lui faudra résoudre un jour dans le vrai sens si l'espèce doit atteindre son but ou même survivre.
Et Sri Aurobindo répète : Par son action sur la vie, l'évolution mentale est parvenue à une organisation de la pensée et à une utilisation de la matière, que l'homme ne peut plus désormais supporter sans un changement intérieur3.
3. The Life Divine, XIX .1053 sqq.
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Sri Aurobindo a trouvé la clef qui peut nous aider à opérer le changement nécessaire – un changement de conscience – et, du même coup, il a retrouvé la clef de bien des traditions, notamment Le Secret du Véda, comme nous allons le dire, parce que, finalement, il n'y a qu'un secret.
La lumière qu'il jette sur notre passé nous aidera à mieux comprendre notre position actuelle dans le développement humain et les possibilités de notre évolution future, mais, ne nous méprenons pas, ce serait une grossière erreur de croire que Sri Aurobindo est venu ressusciter de vieilles traditions –
Nous n'appartenons pas aux aurores passées, mais aux midis du futur4
– ou même que son œuvre est liée au Véda, car, n'eût-il jamais su le sanskrit que ni sa vie ni son œuvre ni son travail n'eussent été le moins du monde changés ; ses découvertes anciennes sont le corollaire d'une découverte centrale qui plonge dans le passé comme dans le futur et qui fait apparaître toute notre Histoire comme une éclosion du futur, ou, plutôt, comme l'immense frondaison d'un arbre géant dont les racines ne sont pas en bas ou derrière, mais en haut, ainsi que l'avaient vu les Rishis védiques, dans un Présent éternel.
Au cœur du Temps, de hauts desseins se meuvent5
4. Essays on the Gita, XIII.8
5. Savitri, XXVIII.168
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Lorsqu'il lut pour la première fois les Védas dans la traduction des sanskritistes d'Occident ou dans celle des pandits indiens, Sri Aurobindo n'y avait vu qu'un document de quelque intérêt pour l'histoire de l'Inde, mais qui semblait de peu de valeur ou de peu d'importance pour l'histoire de la pensée ou pour une expérience spirituelle vivante6.
Quinze ans plus tard, en 1910 à Pondichéry, Sri Aurobindo relisait les Védas dans l'original et y trouvait une veine continue de l'or le plus riche tant par la pensée que par l'expérience spirituelle7.
Entre-temps, Sri Aurobindo avait eu une série d'expériences intérieures particulières que n'expliquaient guère la psychologie européenne ni les écoles de yoga ni les enseignements du Védanta, mais que les mantras védiques éclairaient d'une lumière exacte8.
C'est donc parce qu'il avait eu ces expériences « particulières » que Sri Aurobindo fut à même de découvrir, de l'intérieur, le sens vrai du Véda (et notamment du plus ancien des quatre Védas, le Rig-Véda, qu'il a particulièrement étudié, ou plutôt reconnu). Le Véda ne lui apportait qu'une confirmation de ce qu'il avait reçu directement9.
Mais les Rishis ne disaient-ils pas eux-mêmes : « Paroles secrètes, sagesses de voyant, qui révèlent leur sens intérieur au voyant » (Rig-Véda, IV. 3.16).
6. The Secret of the Veda, X .34
7. Ibid., X .38
8. Ibid., X .37
9. On Himself
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Il n'est donc pas surprenant que les exégètes y aient vu surtout une collection de rites propitiatoires centrés autour du sacrifice du feu et des incantations obscures à des divinités de la Nature : les eaux, le feu, l'aurore, la lune, le soleil, etc., afin d'obtenir la pluie et de bonnes récoltes pour les tribus, une progéniture mâle et des bénédictions pour leurs voyages, ou la protection contre les voleurs de soleil – comme si ces bergers étaient assez barbares pour craindre qu'un mauvais jour leur soleil ne se levât plus, volé pour de bon.
Seuls quelques hymnes « plus modernes » laissaient filtrer çà et là, comme par inadvertance, quelques passages lumineux qui pouvaient, à la rigueur, justifier le respect que les Oupanishads, venues au début de la période historique, accordaient au Véda.
Pour la tradition indienne, les Oupanishads étaient devenues le vrai Véda, le « livre de la Connaissance », tandis que le Véda, produit d'une humanité balbutiante, était un « livre des œuvres », dont tout le monde se réclamait, certes, comme de l'Autorité vénérable, mais que personne n'entendait plus.
On peut se demander avec Sri Aurobindo pourquoi les Oupanishads, dont le monde entier atteste la profondeur, se réclamaient du Véda s'il n'y avait là qu'un tissu de rites primitifs, ou comment il se fait que l'humanité ait abruptement passé de ces soi-disant balbutiements à la richesse intense de l'époque oupanishadique, ou comment, en Occident, nous avons pu passer des bergers d'Arcadie à la sagesse des penseurs grecs ? Nous ne pouvons pas penser qu'il n'y eût rien entre le sauvage primitif et Platon ou les Oupanishads10.
10. The Secret of the Veda, X .25
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Pourtant, les exégètes du Véda n'ont pas tout à fait tort, car les Rishis vivaient au milieu de tribus pastorales et c'est par des symboles matériels familiers qu'il fallait faire communier ces hommes avec ce qui dépasse les apparences immédiates ; il fallait les prendre là où ils en étaient avec leurs besoins de sécurité matérielle et de petits mâles solides ; et il est probable que leurs mantras aient eu le pouvoir de féconder les femmes stériles, qu'ils aient pu protéger leurs transhumances hasardeuses des loups ou des noirs ennemis, mais ils avaient surtout, pour l'initié, un pouvoir de réalisation intérieure. En fait, le Véda était un processus de divinisation11. C'était un livre des œuvres, certes, et bien plus : un livre de l'Œuvre.
11. Hymns to the Mystic Fire, XI.11
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Les Rishis, pour cacher leur secret, bénéficiaient d'une langue qui n'était pas encore fixée. Les sons avaient une valeur émotive et déterminaient le sens ; ils étaient choses vivantes, forces vivantes, créateurs d'idées, et avaient plus d'importance, et surtout plus de pouvoir, que les idées qu'ils représentaient, tandis que maintenant la position s'est renversée, l'idée est devenue la chose essentielle et le son secondaire, chaque mot ne veut plus dire qu'une chose à la fois, bien rigide, bien estampillée, et les poètes se désolent (« Une autre langue ! » s'écriait Rimbaud ).
Mais pour le Rishi, le mot n'était pas encore le symbole conventionnel d'une idée ; quand il employait le mot vrika, par exemple, il pouvait entendre celui qui déchire, qui divise, le dualiseur, l'ennemi, et accessoirement un loup ; la racine go pouvait signifier la vache, et le rayon de lumière.
Les mots pouvaient donc être employés dans leur sens objectif ou dans leur sens subjectif et c'est sur ce double sens, souvent un triple sens, que s'édifia le Véda ; triple sens, parce que ce n'étaient pas des idées que cherchaient à transmettre les Rishis, mais des expériences, des illuminations, et seul le symbole pouvait servir de véhicule à la vision ; ils étaient kavi, c'est-à-dire « Voyants de la Vérité », et ce terme était synonyme de « poète » : Pour nous, écrit Sri Aurobindo, la poésie est un divertissement de l'intellect et une fantaisie, l'imagination un jouet et une pourvoyeuse de notre amusement, celle qui nous distrait, la bayadère du mental. Mais pour l'homme de l'ancien temps, le poète était un voyant, le révélateur de vérités cachées ; l'imagination n'était pas une danseuse courtisane, mais une prêtresse dans la maison de Dieu ; elle n'était pas déléguée pour tramer des fictions, mais pour donner une forme à des vérités difficiles et cachées12.
12. Le Cycle Humain, p. 9 -10
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La flamme de purification qui doit précéder tout contact avec les mondes invisibles.
Agni est la flamme de purification et de transformation dans l'être psychique.
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Agni est, tout à la fois, un feu d'aspiration, un feu de purification, un feu de Tapasyâ, un feu de transformation. (Lettres sur le Yoga)
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Sans Agni, la flamme sacrificielle ne peut brûler sur l'autel de l'âme. Cette flamme d'Agni est le pouvoir aux sept langues de la Volonté, une Force de Dieu mue par la Connaissance. Cette volonté consciente et puissante est l'hôte immortel de notre état mortel, un prêtre pur et un ouvrier divin, l'intermédiaire entre la terre et le ciel. Elle apporte aux Puissances supérieures ce que nous leur offrons et rapporte en retour leur force et leur lumière et leur joie à notre nature humaine. (Hymnes au Feu mystique)
Une question, comme ça, en passant : que se passe-t-il si nous n'offrons rien à ces Puissances supérieures ? Si nous n'y pensons même pas, après tout, comme beaucoup d'hommes sur terre. Dans notre occident matérialiste, cette relation verticale entre les hommes et les dieux, pour le formuler ainsi, est très abîmée.
Et pour être honnête, je n'ai jamais bien compris ce que nous pouvons offrir aux dieux, à ces Puissances : elles ont tout ce qu'elles veulent à profusion, la beauté, la force, la santé, la connaissance, l'immortalité, des pouvoirs à ne plus que savoir en faire... alors je me demande bien ce qu'elles peuvent trouver d'intéressant dans ce que nous avons à offrir, si ce n'est notre amour qui doit sans doute avoir quelque valeur à leurs yeux, même s'il est très imparfait. Quant au comment offrir, cela aussi n'est pas très clair, c'est un aspect de la sadhana qui me laisse assez perplexe. C'est évident, cette façon de voir existe mais elle est incorrecte et il faut regarder la question sous un autre angle.
Pour revenir à ce texte assez formidable de Satprem sur le Véda, c'est surtout pour tout ce qui suit sur Agni que j'ai trouvé important de le partager. Et aussi, parce qu'il parle de notre destinée humaine – sujet au combien d'actualité, et qui peut-être, le sera... DE PLUS EN PLUS.
Cette poésie, elle brûle partout dans les hymnes du Rig-Véda que Sri Aurobindo a si magnifiquement déchiffrés ; ce n'est pas en vain que le feu, Agni, était au centre des Mystères védiques :
Agni, la flamme intérieure, l'âme en nous (et qui ne sait que l'âme est du feu), l'aspiration innée qui tire l'homme vers les hauteurs ;
Agni, la volonté ardente de cela qui voit en nous, depuis toujours, et qui se souvient ;
Agni, « le prêtre du sacrifice », « l'ouvrier divin », « le médiateur entre la terre et le ciel » (III.3.2).
« Il est là, au milieu de la demeure » (I.70.2).
« Les Pères qui ont la vision divine l'ont mis au-dedans comme un enfant à naître » (IX.83.3).
Il est « l'enfant caché dans la caverne secrète » (V.2.1).
« Il est comme la vie et comme le souffle de notre existence, il est comme notre enfant éternel » (I.66.1).
« Ô fils du corps (III.4.2), « Feu, fils du ciel par le corps de la terre » (III.25.1).
« Immortel dans les mortels (IV.2.1), vieux et usé, il devient jeune encore et encore » (II.4.5).
« Quand il naît, il devient la voix de la divinité ; quand il a été façonné dans la mère, comme la vie qui pousse dans la mère, il devient un galop de vent dans son mouvement » (III.29.11).
« Ô Feu, quand tu es bien porté par nous, tu deviens la suprême croissance, la suprême expansion de notre être ; toute gloire et toute beauté sont dans ta couleur désirable, dans ta vision parfaite. Ô Étendue, tu es la plénitude qui nous porte au bout du chemin, tu es une multitude de richesses répandues de tous côtés » (II.1.12).
« Ô Feu... qui vois avec une vision divine, vivant océan de lumière (III.22.2), « Flamme aux cent trésors...», « Connaisseur de toutes choses nées » (I.59) .
Mais nous n'avons pas le seul privilège du feu divin ; Agni n'est pas seulement dans l'homme : « Il est le fils des eaux, le fils des forêts, le fils des choses qui ne bougent pas et le fils des choses qui se meuvent. Même dans la pierre il est là » (I.70.2).
Précisément parce que ces expressions "poétiques", mystiques, ésotériques... court-circuitent le petit mental intellectuel et rationnel, elles peuvent être des portes pour nous vers une compréhension plus profonde, et peut-être même vers une expérience plus directe.
Et le sacrifice védique n'était pas seulement un rituel extérieur, mais le grand Rite intérieur par quoi l'homme s'échange en Dieu ; c'était l'offrande, dans la Flamme, de tout ce qui nous met des boulets aux pieds et qui empêche notre divinité ; c'était un « voyage », une « ascension sur la montagne », une longue transhumance à travers maints périls.
Le Rishi n'était pas un moine rêveur, mais un Aryen (ce qui était une qualité d'âme, non une qualité de race, le sanskrit ârya signifie celui qui laboure, lutte et grimpe vers les hauteurs), il était le guerrier de la Lumière et le voyageur de la Vérité13. Les dieux auxquels il offrait le sacrifice n'étaient pas des fictions mais des puissances cosmiques réelles qui aidaient notre ascension vers l'Immortalité, amritam : « Qu'il y ait entre vous et nous, dieux, cette ancienne amitié ! » s'écriait le Rishi (VI.18.5), et les dieux n'étaient pas loin, ils aidaient les hommes, ils ne demandaient qu'à les voir grandir en force et en lumière.
13. The Secret of the Veda, X . 236
(...)
Pour les Rishis, en effet, le monde ne s'arrêtait pas à la petite vision mentale, c'était une « tiare ascendante », une gradation ininterrompue de « plans secrets » qui existaient à la fois en nous et en dehors de nous, objectivement et subjectivement.
Objectivement, le monde se composait — il se compose encore ! — d'une série de plans de conscience cosmiques (le mental étant l'un d'eux, plutôt bas dans l'échelle), chacun avec ses dieux et ses êtres particuliers, et ces plans cosmiques étaient reliés à notre être individuel, subjectif, par un certain nombre de points de rencontre intérieurs ou de « centres » intérieurs (ce que la psychologie indienne appelle des chakras), généralement assoupis dans l'homme ordinaire, mais qui peuvent s'éveiller sous le feu de l'aspiration — Agni, toujours — et, brisant nos petites limites, nous mettre en contact avec l'étendue des mondes, avec notre étendue : « Sans effort, les mondes se meuvent l'un en l'autre » (II.24.5).
Il ne s'agissait donc pas, pour le Rishi, de rester enfermé dans sa coquille, mais il ne s'agissait pas non plus de s'évader dans un Absolu ineffable ! il fallait grandir en conscience et connaître toutes les « demeures » de notre royaume ; il fallait assumer « nos diverses vies », « naître » à la totalité de notre être, car les mondes étaient aussi appelés des « naissances » et nous devions naître sept fois pour posséder l'existence spirituelle complète : « Dans l'ignorance de mon mental, je demande quels sont ces degrés que les dieux ont placés au-dedans. Les dieux omniscients ont pris l'Enfant d'un an et ils tissèrent sept fils autour de lui pour faire cette trame » (I.164. 5).
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Les dieux ne sont donc pas seulement des puissances extérieures, objectives, ce sont aussi des pouvoirs intérieurs, car, chaque fois que nous « naissons » à un autre monde, cela veut dire, d'abord, que nous avons fait naître en nous le dieu qui correspond à ce monde, ou, dirions-nous maintenant, que nous nous sommes élevés dans notre conscience, sinon il n'y aurait pas de jonction, et nous donnons ainsi naissance à des dieux de plus en plus grands, c'est-à-dire que nous nous élevons de plus en plus dans notre conscience et que nous grandissons en divinité et en étendue.
Il est dit, en effet, que les dieux « naissent » en nous, que les Pères des hommes façonnèrent les dieux en eux comme un forgeron travaille la matière grossière dans sa forge14 — et qu'en grandissant en nous, ils augmentent notre terre et notre ciel15 (c'est-à-dire les capacités de notre existence physique et mentale), « Que les dieux soient dans toutes nos demeures ! » s'écrie le chantre védique ( IV.1.18 ).
14. La Synthèse des Yoga, p. 67
15. The Secret of the Veda, X . 235
Nous devons donc créer les dieux à notre tour, après qu'ils nous eurent créés, car la cause première est aussi le résultat final : « Délivre ton père ! dans ta connaissance garde-le sauf — ton père qui devient ton fils et qui te porte » (V.3.9).
(Peut-être comprenons-nous mieux maintenant ce qu'est le mantra védique, cette formule inspirée qui vibre comme un gong et fait sauter des murs en dedans).
Nulle part dans le Véda, il n'est question de surnaturel ou de « miraculeux » (le surnaturel, disait Sri Aurobindo, est un naturel que nous n'avons pas encore atteint, ou que nous ne connaissons pas encore, ou dont nous n'avons pas encore la clef16), tout est le fruit d'une culture de soi progressive, d'un long voyage semé d'embûches, d'une patiente conquête sur les forces d'obscurité, jusqu'au jour où la Flamme a suffisamment grandi en nous pour briser son enveloppe ; alors s'accomplit la rédemption complète, la naissance du Fils par le sacrifice17 : « Nous l'avons vue, sa masse de rouge ardent — un grand dieu a été délivré de l'obscurité » (V.1.2).
16. Aphorismes et Pensées, n°84
17. La Synthèse des Yoga, tome II, p. 482
J'ignore ce qu'en penseront les autres, mais en ce qui me concerne, je peux dire d'un même élan qu'à la fois, je n'y comprends rien... et que je suis profondément touché. La conquête des forces d'obscurité, l'émergence de cette Flamme qui brise son enveloppe, la rédemption complète... franchement, très peu d'hommes en sont là... et pourtant, il y a quelque chose en soi, comme une nostalgie de quelque chose QUI EST CONNU ! Et ce sentiment de reconnaître quelque chose est assez bouleversant.
Mais nous ne sommes pas encore au cœur du secret védique. La naissance d'Agni, l'âme — tant d'hommes ne sont pas nés — est seulement le début du voyage.
Cette flamme intérieure, elle cherche, elle est le chercheur en nous, parce qu'elle est une étincelle du grand premier Feu et qu'elle ne sera satisfaite qu'elle n'ait retrouvé sa totalité solaire : « le soleil perdu » dont parle sans cesse le Véda.
Mais quand nous nous serons élevés de plans en plans et que la Flamme sera née successivement dans le triple monde de notre existence inférieure, physique, vitale, mentale, elle ne sera pas satisfaite encore, elle veut monter, monter, et nous arrivons bientôt à une frontière mentale où il semble qu'il n'y ait plus rien à étreindre, plus rien à voir même, et qu'il faille tout abolir pour sauter dans l'extase d'une grande Lumière.
Ainsi, c'est à une sorte de triple naissance d'Agni, ou du psychique,
que nous devons nous atteler.
On sent, alors, tout autour, presque douloureusement, cette carapace de matière qui nous emprisonne et qui empêche l'apothéose de la Flamme ; on comprend, alors, le cri de celui qui disait : « Mon royaume n'est pas de ce monde », et les sages védantins en Inde, et peut-être même les sages de tous les mondes et de toutes les religions qui n'ont cessé de dire : il faut quitter ce corps pour embrasser l'Éternel. Notre flamme sera-t-elle donc toujours tronquée ici-bas, notre quête toujours déçue ? Faudra-t-il toujours choisir l'un ou l'autre et renoncer à la terre pour le ciel ?
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Mais par-delà le triple monde inférieur, les Rishis avaient découvert « un certain quatrième », touriyam svid ; ils avaient trouvé « la vaste demeure », « le monde solaire », Swar : « Je me suis élevé de la terre au monde du milieu [ la vie], je me suis élevé du monde du milieu jusqu'au ciel [ le mental ] ; du firmament céleste je suis allé au monde solaire, à la Lumière » (Yajour- Véda, 17. 67) et il est dit : « Mortels, ils accomplirent l'immortalité » (Rig-Véda, I.110.4).
Quel est-il donc, leur secret ? Comment sont-ils passés du « ciel mental » au « grand ciel » sans quitter ce corps, sans s'extasier si l'on peut dire ?
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Le secret est dans la Matière. Parce que c'est dans la matière qu'est enfermé Agni et que nous sommes enfermés. Il est dit qu'Agni est « sans tête et sans pieds », qu'il « cache ses deux extrémités » (IV.1.11) : en haut, il disparaît dans le « grand ciel » du supraconscient (que les Rishis appelaient encore « le grand océan »), et en bas, il s'enfonce dans « l'océan sans forme » de l'inconscient (qu'ils appelaient aussi le « roc »).
Nous sommes tronqués. Mais les Rishis étaient des hommes d'un solide réalisme (le vrai réalisme : celui qui s'appuie sur l'Esprit) et puisque les sommets du mental s'ouvraient sur une lacune de lumière, extatique certes mais sans prise sur le monde, ils se mirent en route par le bas.
Alors commence la quête du « soleil perdu », le long « pèlerinage » de la descente dans l'inconscient et la lutte sans merci contre les forces obscures, « voleurs du soleil », panis et vritras, pythons et géants cachés dans « l'enclos obscur » avec toute la cohorte des usurpateurs : ceux qui dualisent, ceux qui obstruent, ceux qui déchirent, CEUX QUI COUVRENT.
Mais « l'ouvrier divin », Agni, est aidé par les dieux et il est conduit dans sa quête par le « rayon intuitif », Saramâ, le chien céleste au flair subtil, qui le met sur la piste des « troupeaux volés » (étranges troupeaux, qui « brillent »). Et parfois une aurore fugitive éclate, puis tout s'efface ; il faut avancer pied à pied, « creuser, creuser », lutter contre « les loups » qui se déchaînent plus on approche du repaire — Agni est un guerrier.
Agni grandit par ses difficultés, sa flamme devient de plus en plus étincelante sous les coups de l'Adversaire, mais les Rishis ne disaient-ils pas : « La Nuit et le Jour allaitent tous deux l'Enfant divin » (I.95.1) ; ils disaient même que la Nuit et le Jour sont « deux sœurs immortelles ayant un même amant [le soleil]... communes, en vérité, bien que différentes par leur forme » (I.113. 2, 3).
Les alternances de nuit et de clarté se précipitent, arrive le Jour enfin, et « les troupeaux de l'Aurore* » surgissent « éveillant quelqu'un qui était mort » (I.113.8). « Le roc infini » de l'inconscient est brisé, le chercheur dé-couvre « le soleil qui demeure dans l'obscurité » (III.39.5), la conscience divine au cœur de la Matière.
* Rappelons Homère et les « troupeaux d'Hélios ».
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Tel est le secret du Véda, la victoire des sept Rishis Angiras et des Navagwas qui découvrirent « le chemin des dieux » : « Nos pères par leur Mot brisèrent les places fortes et réfractaires ; par leur cri, les voyants Angiras mirent en pièces le roc de la montagne ; ils firent en nous un chemin vers le Grand Ciel, ils découvrirent le Jour et le monde solaire et le rayon intuitif et les troupeaux de lumière » (I.71.2).
« Ils trouvèrent le trésor du ciel caché dans la caverne secrète, comme le petit de l'oiseau, ce trésor dans le roc infini » (I.130.3), « La colline féconde s'ouvrit en deux livrant la naissance suprême... un dieu ouvrit les portes humaines » (V.45).
Tout au fond de la Matière, c'est-à-dire dans le corps, sur la terre, les Rishis s'étaient trouvés précipités dans la Lumière — cette même Lumière que d'autres cherchaient en haut, sans leur corps et sans la terre, dans l'extase —, c'est ce qu'ils appelèrent « le Grand Passage ».
Sans quitter la terre, ils avaient trouvé « la vaste demeure » qui est « la propre demeure des dieux », Swar, le monde solaire originel que Sri Aurobindo appelle le monde supramental : « Êtres humains [les Rishis soulignent bien qu'ils sont des hommes ], ayant mis à mort celui-qui-couvre, ils traversèrent la terre et le ciel [la matière et le mental ] et firent du vaste-monde leur demeure » ( I.36.8).
Ils étaient entrés dans « le Vaste, le Vrai, l'Exact », Brihat, Satyam, Ritam, « la lumière qui n'est pas brisée », « la lumière qui est sans peur », car là il n'est plus de souffrance ni de fausseté ni de mort : c'est l'immortalité, amritam.
Et le Véda nous livre sa haute vision unificatrice qui illuminera l'Inde jusqu'à nos jours : « Il y a une Vérité cachée par une Vérité, là où ils dételèrent les chevaux du soleil ; les dix-mille se tenaient ensemble : il y avait Cet Un. J'ai vu le plus grand des dieux incarnés » (V.62.1).
Cette Vérité qui cache une Vérité, c'est le sommet du mental, la frontière mystique où le chercheur culbute dans l'extase, s'imaginant avoir trouvé la Vérité suprême, c'est « le couvercle d'or » dont parlera plus tard l'Oupanishad.
Mais les Rishis avaient trouvé la Vérité qui est par-delà cette Vérité, le lieu où les dix mille rayons de nos illuminations et de nos vérités inférieures se rassemblent dans un grand Corps solaire, ils avaient vu le Corps glorieux dont tous les dieux sont de vivants pouvoirs — tad ekam, Cet Un ; tat satyam, Cette Vérité.
« L'Existant est Un, dit le Rishi Dirghatamas, mais les sages l'expriment diversement ; ils disent Indra, Varouna, Mitra, Agni ; ils l'appellent Agni, Yama, Matariswan... » (I.164.46).
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Mais cette vision solaire n'annule pas notre terre, elle l'accomplit : « Alors, en vérité, ils s'éveillèrent et ils virent totalement. Derrière eux, autour d'eux et partout, ils eurent, en vérité, l'extase même dont on jouit au ciel. Dans toutes les maisons fermées se tenaient tous les dieux » (IV.1.18).
Le Soleil a envahi toutes nos demeures, il a pris possession de tous nos actes et nos mouvements ; la Félicité divine est descendue jusque dans les cellules de notre corps comme un vin : « Ô Flamme, Ô vin, ta force héroïque est devenue consciente » (I.93.4).
La liqueur d'immortalité coule dans nos veines, Soma, l'ambroisie qui n'est peut-être pas l'immortalité d'un corps mais la possession de notre conscience divine au sommet de la montagne éternelle.
Mais malheur à qui n'est pas prêt, « il se brise comme la jarre mal cuite », car il ne peut contenir l'Intensité : « Il ne goûte pas cette félicité, celui qui n'est pas mûr et dont le corps n'a pas souffert dans la chaleur du feu ; seuls peuvent la supporter et en jouir qui ont été préparés par la flamme » (IX.83.1).
Mère a dit quelque part qu'il fallait éviter de souffrir. Peut-être pour éviter de tomber dans le piège des pratiques acétiques, doloristes qui sont une insulte à la Présence divine cachée au-dedans de nous. Pourtant, rétrospectivement, avec tout ce que nous avons traversé, je me souviens avoir entendu que la souffrance était liée au souffre, et que le souffre, ça brûle. J'ignore ce que cela vaut, mais nous ne sommes pas très loin de l'aphorisme 93 de Sri Aurobindo : La douleur est comme la poigne de notre Mère qui nous apprend à supporter l’ivresse divine et à la laisser croître en nous. Sa leçon se fait en trois étapes : endurance d’abord, puis égalité d’âme, enfin l’extase.
Et puis, comment de pas faire un rapprochement entre le texte de Satprem et ce vers célèbre de Rûmî ? « Ma vie tient en ces trois mots : j'étais cru, j'ai été cuit, je suis consumé. »
Puissions-nous réussir avec succès les épreuves du Feu...
Le Rishi a traversé toutes les épreuves, il est désormais établi dans « sa haute fondation » (III.55.7) et il possède en même temps, dans son corps, sur cette terre, « les deux naissances », humaine et divine, « éternelles et dans un même nid », « comme un qui a la joie de ses deux femmes » (I.62.7).
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Tout est réconcilié. Le Rishi est « le fils des deux mères », il est le fils d'Aditi, la vache lumineuse, la Mère de l'infinie lumière, la créatrice des mondes, mais il est aussi le fils de Diti, la vache noire, la Mère de « l'infini ténébreux » et de l'existence divisée, car Diti, finalement, au bout de son apparente Nuit, nous donne le lait du ciel et la naissance divine.
??? Je n'ai aucun souvenir d'avoir lu nulle part
que c'était "la Mère d'en bas" qui donnait...
le lait du ciel et de la naissance divine.
Cela pose tout de même question.
Tout est accompli. Le Rishi « fait couler d'un même mouvement les forces humaines et les choses divines » (IX.70.3), il a réalisé l'universel dans l'individuel, il est devenu l'Infini dans le fini : « Alors ton humanité deviendra comme l'œuvre des dieux, comme si le ciel de lumière était visiblement fondé en toi » ( V.66.2) et, loin d'écarter la terre, il prie : « Ô divinité, garde pour nous l'Infini et prodigue-nous le fini » (IV.2.11).
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Le voyage s'achève. Agni a retrouvé sa totalité solaire, ses deux extrémités cachées. « L'œuvre inviolable » est accomplie. Car Agni est le lieu où le haut et le bas se rencontrent — et, en vérité, il n'est plus de haut, ni de bas ; il n'est plus qu'un seul Soleil partout : « Ô Flamme, Tu vas à l'océan du ciel vers les dieux ; Tu fais se rencontrer les divinités des plans, les eaux qui sont dans le royaume de lumière au-dessus du soleil, et les eaux qui demeurent en bas » (III. 22. 3).
« Ô Feu, “ divinité universelle, Tu es le nœud ombilical de toutes les terres et de leurs habitants, Tu diriges tous les hommes nés et Tu les portes comme un pilier » ( I.59.1), « Ô Flamme, Tu fondes le mortel dans une suprême immortalité... Tu crées la félicité divine et la joie humaine » (I.31.7).
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Car la Joie est le cœur du monde, elle est au fond des choses, elle est « le puits de miel couvert par le roc » ( II.24.4).
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En nous donnant les clefs du Véda, dernier testament des âges de l'Intuition18, Sri Aurobindo nous a peut-être donné la clef de toutes les traditions, de l'Iran à l'Amérique centrale et aux bords du Rhin, le secret de tous les chercheurs de perfection, d'Eleusis aux Cathares et aux alchimistes, car il semble bien que l'on retrouve partout cette ancienne Mémoire d'une grande vérité transmutatrice et de son obscurcissement, et de la Quête, et de la bataille des héros de la Lumière contre les forces mauvaises, Indra et le serpent Vritra, Apollon et le Python, Thor et les géants, Sigurd et Fafner, mais nulle part nous ne trouvons aussi pure la totalité du Secret, et l'on s'émerveille devant ces conquérants védiques :
Ils n'avaient peut-être pas attelé la foudre à leurs chariots, ni pesé le soleil et les étoiles, ni matérialisé toutes les forces destructrices de la Nature pour en faire des agents de massacre et de domination, mais ils avaient mesuré tous les ciels et toutes les terres qui sont en nous, ils avaient sondé l'inconscient et le subconscient et le supraconscient ; ils avaient déchiffré l'énigme de la mort et trouvé le secret de l'immortalité...
Et surtout, ils avaient cette « lumière aryenne », cette assurance et cette joie, cette amitié de pair à égal avec les dieux, que l'Aryen apportait au monde avec lui19.
18. The Secret of the Veda, X .10
19. The Secret of the Veda, X.439