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Dans un article précédent j'évoquais le fait que le succès était une épreuve bien plus difficile que l'échec. L'échec, nous y sommes habitués, c'est le lot naturel de toute existence humaine. Mais lorsque nous commençons à entrer dans la réussite, que des tas de gens nous font des compliment, alors très vite, il y a ce petit mouvement de vanité intérieur qui nous fait nous sentir supérieur, quelque chose qui se gonfle. Et si nous regardons le monde combien de personnes devenues "célèbres", – même si c'est une petite célébrité limitée dans son petit monde petit – sont tombés dans ce piège de... choper la grosse tête ? Je crois que tous, à un moment donné de notre vie, nous sommes plus ou moins profondément tombés dans ce piège, mais l'important ce n'est pas d'y tomber, cela fait partie de l’expérimentation humaine, l'important est de trouver le moyen d'en sortir. 

Fidèle à ma méthode par mot clé, l'expression "ego spirituel" n'a été employé que très rarement dans les 18 volumes des œuvres intégrales de Mère. 

Voici les premiers extraits.

Entretien du 9 décembre 1953

« Nous sommes toujours entourés par les choses aux-quelles nous pensons. »
(Quelques Paroles)

C’est très important. Si vous pensez à de vilaines choses, vous serez entourés de vilaines choses.

« Il n’est pas facile de se débarrasser de son ego. Même après l’avoir surmonté dans la conscience matérielle, nous le rencontrons encore, agrandi, dans la conscience spirituelle. »
(Ibid.)

Comment un être peut-il rencontrer son ego dans la conscience spirituelle ?

Il y a un ego spirituel comme il y a un ego physique, vital et mental. Il y a un ego spirituel. Il y a des gens qui ont fait beaucoup d’efforts pour surmonter tout leur égoïsme et toutes leurs limitations, et qui sont arrivés à une conscience spirituelle ; et là, ils ont toute la vanité et le sens de leur importance et le dédain de ceux qui ne sont pas dans la même condition qu’eux.

Enfin, tout ce qu’il y a de ridicule et de mauvais dans l’ego, ils le retrouvent là. Il y en a beaucoup, beaucoup comme cela. Ils ont surmonté ce qui se trouvait dans la conscience physique ou vitale, mais justement les efforts qu’ils ont faits pour se surmonter et cette victoire qu’ils ont remportée leur donnent le sens de leur extrême importance. Alors ils se gonflent et ils s’affirment.

C’est si fréquent qu’on ne le remarque même pas.

Je n’ai pas compris cela   : «   Les soi-disant forces de la Nature ne sont rien d’autre que les activités extérieures d’êtres hors de proportion avec l’homme par leurs dimensions et les pouvoirs dont ils disposent.   »

Pas compris ?... Par exemple, tu prends le vent qui souffle, alors les savants te diront   : «   Ce sont des manifestations des forces de la Nature, et c’est produit par tel ou tel phénomène   », ils te parleront de chaud, de froid, de haut, de bas, etc., et ils te diront   : «   Voilà la cause du vent qui souffle, ce sont des courants d’air qui se produisent dans l’atmosphère.   » Mais ce n’est pas cela. Il y a des entités derrière, (4) seulement ce sont des entités si grandes que leur forme nous échappe. C’est comme si tu demandais à une fourmi de décrire la forme d’un homme — elle ne pourrait pas, n’est-ce pas. Elle voit tout au plus le petit bout du petit doigt et elle se promène sur le pied — c’est un grand voyage, et elle ne saurait pas dire comment est la forme d’un homme.

Eh bien, c’est à peu près la même chose. Ces forces qui produisent le vent, la pluie, les tremblements de terre, etc., sont des manifestations de gestes, si vous voulez, de mouvements de certains êtres qui sont si formidablement grands que nous voyons à peine le bout de leur pied et que nous ne nous rendons pas compte de leur dimension.

Cependant, l’ego spirituel est mieux que l’ego ordinaire, non ?

Il est encore plus dangereux que l’ordinaire ! Parce qu’on ne se rend pas compte que c’est l’ego. Extérieurement, quand on est égoïste, non seulement on le sait mais les autres vous le font encore plus savoir et les circonstances vous le prouvent à chaque minute. Mais là, comme malheureusement vous rencontrez des gens qui vous respectent beaucoup, vous ne vous apercevez même pas que vous êtes formidablement égoïste.

Très dangereux. La vanité spirituelle est une vanité beaucoup plus grave que la vanité physique.

Alors, Douce Mère, avec l’ego on peut réaliser le Divin ?

Pas à la minute où l’on s’unit à Lui. Il est évident que, à ce moment-là, l’ego disparaît. Mais cet état-là ne persiste pas. Ou en tout cas nous pouvons le dire d’une autre manière   : ceux qui ont amené leur ego avec eux ne peuvent pas garder la conscience longtemps. Ils reprennent conscience d’eux-mêmes en ayant l’expérience. C’est cela, la plus terrible chose. Ils se regardent avoir l’expérience et ils s’admirent. Et ils ont le sentiment qu’ils sont des êtres exceptionnels et très supérieurs aux autres, et alors cela devient lamentable.

Que retenir de cet extrait ?

1. Ce qui est frappant, c'est que Mère nous dit que c'est un phénomène FRÉQUENT !

2. Que c'est TRÈS DANGEREUX ! Le danger, nous savons ce que c'est : c'est d'être face à un bison, un ours, un tueur en série, d'avoir voté Macron, de se droguer, d'avoir une hygiène de vie désastreuse et des tas de choses encore, mais ce danger-là, en avons-nous VRAIMENT pris la mesure ? Si Mère nous dit que généralement nous n'en avons même pas conscience, il est probable que nous n'avons pas poussé assez profondément notre réflexion.

3. Que cet ego spirituel se manifeste apparemment essentiellement par LA VANITÉ !

4. Cela me rappelle une autre parole de Mère qui m'a beaucoup frappé, alors je l'ai retenu, même si je ne l'ai pas retrouvé. Je cite de mémoire : "Tant que nous ne comprenons pas que derrière les forces il y a des êtres et que derrière les êtres il y a des forces, nous ne pouvons rien comprendre."

5. Nous pouvons aussi en déduire que la solution réside dans une massive augmentation de notre sincérité, de notre vigilance et de notre humilité. Voyons l'extrait suivant.

🔥

Quelques réponses de la Mère – Volume II

Il paraît qu’il y a dans chaque état de la conscience un ego ; par exemple   : ego mental, ego vital, ego physique.

Il y a aussi un ego spirituel et même les dieux qui résident dans l’Overmind1 ont leur ego.

1. Le Surmental.

Et chacun doit être délivré de son ego pour arriver à la béatitude divine.

Ce n’est pas suffisant de se soumettre ; il faut que l’ego se dissolve, se fonde dans le Divin, disparaisse en Lui.

12 juillet 1934

Je pense que les Dieux du Supramental n’ont pas d’ego. Alors, je crois qu’il faut que nous devenions comme eux, sur la terre même, sans ego   : et enfin agir comme le Divin nous l’indique.

Je crois qu’il est inutile de spéculer pour le moment sur ce qui peut se passer dans le Supramental.

12 juillet 1934

🔥

Ego spirituel

Pour continuer à creuser notre sujet, je conseille maintenant la lecture complète de l'Entretien du 26 avril 1951 (page 393 à 401).

Au début de l'Entretien, Mère répond à des questions sur ce qu'est la transformation irrévocable, puis sur la shakti divine. Ensuite, Mère revient sur la manière dont nous devons faire notre soumission au Divin : c'est un passage très important qui nous rappelle que notre soumission doit être VIVANTE, JOYEUSE, HEUREUSE, soutenue par une VOLONTÉ ACTIVE ET FORTE.

Nous CROYONS SAVOIR tout ça, cela a été dit et redit tant de fois, mais cela fait toujours beaucoup de bien de s'y replonger encore et encore.

Et puis... dans les dernières pages de cet Entretien, Mère commence à dire des choses qui aboutiront à notre sujet sur l'ego spirituel :

«   La transformation doit être intégrale, et intégral aussi le rejet de tout ce qui s’y oppose.   »

Cela se comprend bien. Il ne suffit pas d’avoir un mouvement positif, il faut aussi le mouvement négatif du rejet. Parce que vous ne pouvez pas arriver à une transformation stable tant que vous gardez dans votre être des éléments qui s’y opposent. Si vous gardez des obscurités au-dedans de vous, elles peuvent pendant un temps rester silencieuses et immobiles, si bien que l’on n’y attache pas d’importance, et un jour elles se réveilleront et votre transformation n’y résistera pas. Il faut non seulement le mouvement positif du don de soi, mais il faut aussi le mouvement négatif du rejet de tout ce qui s’oppose à ce don en vous. Il ne faut pas laisser les choses «   comme ça   », enterrées quelque part, de façon qu’à la première occasion ça se réveille et ça défasse tout votre travail.

Il y a des parties de l’être qui savent très bien faire cela, il y a des éléments du vital qui sont extraordinaires à ce point de vue   : ça se tient tranquille, ça se cache dans un coin, ça reste absolument silencieux et immobile, au point que vous croyez que ça n’existe pas ; alors vous n’êtes plus sur vos gardes, vous êtes satisfait de votre transformation et de votre soumission, vous croyez que tout va bien, et puis, tout d’un coup, un beau jour, sans crier gare, ça bondit comme un diable d’une boîte, et ça vous fait faire toutes les bêtises du monde.

Oh ! Combien de fois avons-nous vécu cela ? 

Et c’est d’autant plus fort que c’est resté comprimé — comprimé et serré dans un coin —, c’est resté comme enterré pour ne pas attirer votre attention, c’est resté bien, bien tranquille, et au moment où vous ne l’attendiez pas, ça surgit et vous dites   : «   Oh ! à quoi servait toute ma transformation ?   » Ça, c’était là, et voilà. Justement, ces choses restent là et se cachent si bien que, si vous n’allez pas les chercher avec une lanterne, comme ça, bien allumée, vous ne vous apercevrez pas qu’elles sont là, jusqu’au jour où elles viendront démolir tout votre travail en une minute.

Est-ce que cela arrive même si l’on a une grande aspiration ?

Il faut que l’aspiration soit très vigilante.

J’ai connu des gens (beaucoup, pas seulement quelques-uns, je veux dire parmi ceux qui font un yoga), j’en ai connu beaucoup, chaque fois qu’ils avaient une bonne aspiration, que leur aspiration était très forte et qu’ils avaient une réponse à cette aspiration, chaque fois, le jour même ou au plus tard le lendemain, ils avaient un renversement complet de conscience et ils étaient en face de tout le contraire de leur aspiration.

Oh ! Cela aussi, c'est tellement vrai ! Un jour, j'ai entendu quelqu'un en qui j'ai une certaine confiance dire que l'on exprimait toujours le contraire de ce que l'on avait en soi. Plus nous avons tendance à afficher telle ou telle qualité, plus nous drapons dans telle ou telle vertu, plus il est probable que nous tentons de cacher le défaut opposé. Je ne sais plus où mais il me semble que Sri Aurobindo et Mère ont dit qu'en tout homme, il y avait un charlatan.

Ces choses arrivent presque constamment.

Eh bien, ce sont des gens qui n’ont développé que le côté positif. Ils font une espèce de discipline d’aspiration, ils demandent l’aide, ils essayent d’entrer en contact avec les forces supérieures, ils y arrivent, ils ont des expériences ; mais ils ont complètement négligé de nettoyer leur chambre, elle est restée aussi sale qu’avant, et alors, naturellement, quand l’expérience est passée, cette saleté devient encore plus repoussante qu’elle n’était avant.

Encore plus sale qu'avant ? À y réfléchir, le propos est un peu étonnant et mérite réflexion.

Il ne faut jamais négliger de nettoyer sa chambre, c’est très important ; la propreté intérieure est au moins aussi importante que la propreté extérieure.

Vivékânanda a écrit (je ne connais pas l’original, j’en ai lu une traduction française)   :

«   Il faut tous les matins nettoyer son âme et nettoyer son corps, mais si vous n’avez pas le temps de faire les deux, il vaut mieux nettoyer son âme que de nettoyer son corps.   »

Pourquoi le matin ? Peut-être parce dans l'immense majorité des cas, nous passons notre sommeil dans le subconscient... avec tout ce qui s'y trouve. Dans sa transformation, Satprem lui-même trouvait que le matin était des moments difficiles.

Comment savoir si les «   petites saletés   » se cachent ou si elles sont parties ?

On peut toujours faire des petites expériences. J’ai dit qu’il fallait se servir d’une torche, d’une lumière forte ; alors il faut se promener au-dedans de son être.

Se promener au-dedans de son être est l'une de mes occupations les plus fréquentes. Cela répond à ce besoin de se connaître vraiment, dans tous les détails, tous les recoins, de trouver comment ça marche, comment ça fonctionne, un être humain... mais probablement mon aspiration à la Lumière n'est pas encore assez intense, déterminée.

Si l’on est très attentif, on peut très bien s’apercevoir des vilains coins.

Supposez que vous ayez une belle expérience, que, tout d’un coup, en réponse à votre aspiration, arrive une grande lumière ; vous vous sentez tout inondé de joie, de force, de lumière, de beauté, et vous avez l’impression que vous êtes sur le point d’être transfiguré… et puis, ça passe — ça passe toujours, n’est-ce pas, surtout au début —, tout d’un coup, ça s’arrête.

Alors vous vous dites, quand vous n’êtes pas vigilant   : «   Voilà, c’est venu, puis c’est reparti, pauvre moi ! c’est venu et c’est passé, ça m’a simplement donné le goût de la chose et puis ça m’a laissé tomber.   » Eh bien, c’est une bêtise.

Ce qu’il faut se dire, c’est   : «   Tiens, je n’ai pas été capable de le garder, et pourquoi n’ai-je pas été capable de le garder ?   »

Alors, vous prenez votre torche et vous vous promenez au-dedans de vous en cherchant une relation très intime entre le changement de conscience et les mouvements qui accompagnaient l’arrêt de l’expérience.

Et si vous êtes très attentif, très attentif, et que vous fassiez la promenade très scrupuleusement, vous trouverez que, tout d’un coup, quelque part dans le vital, ou quelque part dans le mental ou quelque part dans le physique, quelque chose n’a pas suivi, en ce sens que,

mentalement, au lieu d’être immobile et attentif, quelque chose a commencé à se demander   : «   Tiens, qu’est-ce que cette expérience ? Qu’est-ce que cela veut dire ?...   », à essayer de se l’expliquer (ce qu’il appelle «   comprendre   »).

Ou bien, dans le vital, quelque chose a commencé à jouir de l’expérience   : «   Comme c’est agréable, comme je voudrais que ça augmente, comme il faudrait que ce soit constant, comme...   »

Ou quelque chose dans le physique a dit   : «   Oh ! c’est un peu dur à supporter, ça, combien de temps vais-je pouvoir garder ça ?   »

Ce n’est peut-être pas aussi évident que je vous le dis, mais c’est un tout petit peu caché comme ça, quelque part. On trouvera toujours l’une de ces trois choses, ou d’autres analogues.

Alors c’est là qu’il faut la lanterne   : où est le point faible ? où est l’égoïsme ? où est le désir ? où est cette vieille saleté dont nous ne voulons pas ? où est la chose qui se retourne sur soi au lieu de se donner, de s’ouvrir, de se perdre ? qui se retourne sur soi, essaye de tirer avantage de ce qui est arrivé, qui veut prendre pour soi le fruit de l’expérience ? ou bien, qui est trop faible, trop dure, trop rigide pour pouvoir suivre le mouvement ?...

C’est cela, vous êtes sur la trace, vous commencez justement à y mettre cette lumière que vous venez d’acquérir ; c’est cela qu’il faut faire, la braquer là-dessus, la tourner de telle façon que ça ne puisse pas résister.

Vous n’y arriverez pas le premier jour, mais vous le faites avec persistance et, petit à petit, ou peut-être un jour tout d’un coup, ça va s’évanouir. Alors vous vous apercevrez, au bout de quelque temps, que vous êtes quelqu’un d’autre.

Mais si vous prenez l’attitude dont j’ai déjà parlé et que vous jetiez le blâme sur la Grâce et sur la Lumière, si vous vous dites   : «   Voilà, elle est partie, elle m’a plantée là   », vous pouvez être sûr que trente, quarante, cinquante ans après vous serez toujours au même point, vous n’aurez pas changé. Il y aura toujours quelque chose qui s’éveillera tout d’un coup et qui mangera votre expérience. Et alors, au lieu de progresser, vous serez là à trépigner sur place parce que vous ne pouvez pas avancer.

Mais si, immédiatement, on profite de l’occasion...

Notez, quelquefois, ça fait un peu mal ; si vous allez brutalement mettre la lumière sur la chose

➡ qui veut jouir de l’expérience

➡ ou qui veut acquérir la connaissance ou maîtriser l’expérience avec la compréhension mentale,

➡ ou qui est trop paresseuse pour faire l’effort nécessaire afin de recevoir l’expérience et de la supporter, ou pour changer assez vite ;

si vous mettez la volonté avec la lumière de la conscience là-dessus, avec fermeté, ça peut faire un tout petit peu mal. Et l’on se dit   : «   Oh ! pas si vite ! j’ai besoin de me reposer, je me suis fatigué inutilement.   » Alors tout est à recommencer. Quelquefois, il se passera des jours ou même des mois, et quelquefois des années, sans que cela revienne. Quelquefois, si vous êtes un peu plus actif et intense dans votre aspiration, cela reviendra plus tôt. Mais si vous refaites la même bêtise, il se produira la même chose.

Tandis que si, immédiatement, vous êtes très vigilant et quand le mental commence à lever son nez, là, pour comprendre ce qui se passe, vous lui dites   : «   Silence, tiens-toi tranquille   », alors l’expérience peut continuer. Quand le vital commence à dire   : «   Je veux beaucoup, beaucoup, de plus en plus...   » vous dites   : «   Tranquille, tranquille, ne bouge pas, calme-toi, ne t’agite pas.   » Ou bien le physique   : «   Oh ! je vais être écrasé...   » — «   Un peu d’endurance, s’il vous plaît, vous êtes un lâche, vous ne savez pas supporter l’épreuve.   »

Si vous arrivez à faire cela à temps, avec la tranquillité qu’il faut, avec la détermination et la volonté qu’il faut, vous arriverez à quelque chose. Mais si vous êtes comme ça, passif, indolent, fataliste, et que vous vous disiez   : «   Maintenant, je me suis soumis, ce qui arrivera arrivera, nous verrons bien ce qui va arriver, voilà   », là, vous savez, je vous donne cinquante ans pour ne pas changer d’un demi-pas.

Dans la dernière leçon, je vous ai dit que ce n’était pas si facile... Si vous voulez le faire, il faut le faire convenablement, autrement cela ne vaut pas la peine ; c’est inutile de faire les choses à moitié, il faut les faire bien.

C'est fantastique ! Mère nous donne un FORMIDABLE mode d'emploi. Reste à savoir si nous allons le mettre en pratique, et comment.

Naturellement, il y a d’autres chemins.

On peut simplement ne pas essayer de se perfectionner soi-même. On peut essayer de s’oublier soi-même dans un travail de plus en plus absorbant, c’est-à-dire faire ce que l’on fait comme une consécration au Divin, d’une façon tout à fait désintéressée, mais avec une plénitude, un don de soi, un oubli de soi total   : ne plus penser à soi, mais à ce que l’on fait.

Vous savez cela, je vous l’ai déjà dit   : si vous voulez faire quelque chose de bien, n’importe quoi, un travail quelconque, la moindre chose, jouer un jeu, écrire un livre, faire de la peinture, ou de la musique, ou courir une course, n’importe quoi, si vous voulez le faire bien, il faut devenir ce que vous faites et ne pas rester une petite personne qui se regarde faire ; car si l’on se regarde faire, on est... on est encore de connivence avec l’ego.

Devenir ce que l'on fait : et revoilà le si nécessaire apprentissage du processus d’identification déjà abordé dans d'autres articles.

Si, en soi-même, on arrive à devenir ce que l’on fait, c’est un grand progrès.

Dans les plus petits détails, il faut apprendre cela.

Prenez une chose très amusante   : une bouteille que vous voulez remplir avec une autre bouteille ; vous vous concentrez (vous pouvez le faire comme une discipline, comme une gymnastique), eh bien, tant que vous êtes la bouteille à remplir, la bouteille que l’on verse et le mouvement pour verser, tant que vous n’êtes que cela, tout va bien.

En quelque sorte, cela revient a abolir en soi toute idée de séparation. Il n'y a pas d'un côté les sujets et les objets, les actions et les auteurs des actions, il faut que l'action, l'auteur de l'action, les objets impliqués dans l'action, que tout soit un.

Mais si, par malheur, vous pensez à un moment donné   : «   Ah ! ça va bien, je fais bien   », le moment d’après, ça coule à côté !

C’est la même chose pour tout, pour tout.

C’est pour cela que le travail est un bon moyen de discipline, parce que, si vous voulez faire le travail convenablement, il faut que vous deveniez le travail au lieu d’être quelqu’un qui travaille, autrement vous ne le ferez jamais bien.

Si vous restez «   quelqu’un qui travaille   » et, en plus, que vous ayez des idées qui vagabondent, alors vous pouvez être sûr que, si vous maniez des choses fragiles, elles casseront, si vous faites de la cuisine, elle brûlera, ou si vous jouez un jeu, vous raterez toutes les balles ! C’est en cela que le travail est une grande discipline. Parce que, si vraiment vous voulez le faire bien, c’est la seule manière de le faire bien.

Prenez quelqu’un qui écrit un livre, par exemple. S’il se regarde écrire le livre, vous ne pouvez pas imaginer comme le livre devient fade ; cela sent tout de suite la petite personnalité humaine qui est là et cela perd toute sa valeur. Quand un peintre peint un tableau, s’il se regarde peindre le tableau, le tableau ne sera jamais bon, ce sera toujours une sorte de projection de la personnalité du peintre ; ce sera sans vie, sans force, sans beauté. Mais s’il devient, tout d’un coup, la chose qu’il veut exprimer, s’il devient les pinceaux, la peinture, la toile, le sujet, l’image, les couleurs, la valeur, le tout, et qu’il soit tout entier là-dedans et qu’il vive ça, il fera une chose magnifique.

C’est pour tout, pour tout la même chose.

Il n’est rien qui ne puisse être une discipline yoguique si on le fait convenablement. Et si ce n’est pas fait convenablement, même la tapasyâ ne servira à rien et ne vous mènera nulle part.

Parce que c’est la même chose, si vous faites votre tapasyâ en vous regardant faire tout le temps et en vous disant   : «   Est-ce que je fais des progrès, est-ce que ça va aller mieux, est-ce que je vais réussir ?...   » alors c’est votre ego, n’est-ce pas, qui devient de plus en plus énorme et qui occupe toute la place, et il n’y a pas de place pour autre chose.

Et nous avons dit l’autre jour que l’ego spirituel est le pire de tous, parce qu’il est tout à fait inconscient de son infériorité, il est convaincu qu’il est quelque chose de tout à fait supérieur, sinon d’absolument divin !

Voilà. Quand vous êtes à l’école, il faut devenir la concentration qui tâche d’attraper ce que le professeur dit, ou la pensée qui entre en vous, ou la connaissance que l’on vous apprend. C’est cela qu’il faut être. Il ne faut pas penser à vous-même, mais seulement à ce que vous voulez apprendre. Et vous verrez que vos capacités doubleront immédiatement.

Ce qui donne le plus le sentiment de l’infériorité, de la limite, de la petitesse, de l’impuissance, c’est toujours ce retour sur soi, c’est de s’enfermer dans les limites d’un ego microscopique.

Il faut s’élargir, ouvrir les portes. Et la meilleure façon, c’est d’être capable de se concentrer sur ce que l’on fait au lieu de se concentrer sur soi-même.

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En conclusion ?

Agenda du 3 mars 1960

Il y a une ligne de Sri Aurobindo dans Savitri, qui dit cela très bien: s’annuler pour qu’il n’y ait plus que le Seigneur suprême.

Accepte d’être rien et personne,
Dissous l’œuvre du Temps
Dépouille ton mental, retire-toi des formes et des noms.
Annule-toi toi-même pour que Dieu seulement puisse être.

Livre 7 – Le livre du Yoga
Chant 6 – Le Nirvâna et la Découverte de l’Absolu négateur de tout

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Agenda du 12 janvier 1962

(Note de Mère au disciple à propos de sa question du 9 janvier 
sur les capacités requises pour accéder au monde supramental :)

 

 

Capacité d'élargissement indéfini de la conscience sur tous les plans, 
y compris le matériel.

Plasticité illimitée pour pouvoir suivre le mouvement du devenir.

Égalité parfaite abolissant toute possibilité de réaction d'ego.

Ce yoga aborde des sujets très complexes... mais l'autre jour je me suis dit : "ce n'est pas compliqué, dès qu'il y a une réaction, c'est l'ego". 

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Agenda du 16 avril 1969

«Il faut pouvoir se tenir dans la lumière de la Conscience Suprême sans faire d'ombre.»

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Agenda du 13 décembre 1969

Au fond, c'est ça le plus difficile : apprendre à disparaître.

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Deux jours plus tard, je trouve cet autre texte :

C’est parce qu’il y a cette Personne spirituelle, cette Divinité dans l’individu, que la perfection ou la libération — le salut, comme on l’appelle en Occident — doit être individuelle et non pas collective. Toute perfection de la collectivité que l’on puisse rechercher, ne peut en effet venir que de la perfection des individus qui la constituent.

C’est parce que l’individu est Cela, qu’il est si nécessaire pour lui de se trouver lui-même.

En se soumettant, en se donnant complètement au Suprême, c’est son propre moi qu’il découvre et réalise parfaitement grâce à cette parfaite offrande de lui-même.

Dans l’abolition de l’ego mental, vital, physique et même de l’ego spirituel, c’est l’Individu sans forme et sans limites qui goûte la paix et la joie de son évasion en sa propre infinité.

Dans l’expérience qu’il n’est rien ni personne, ou qu’il est tout et chacun, ou qu’il est l’Un absolu au-delà de toutes choses, c’est le Brahman dans l’individu qui accomplit la fusion prodigieuse, la merveilleuse union, Yoga, de cette éternelle entité d’être avec son unité d’existence éternelle qui, vaste, contient tout, ou, suprême, transcende tout.

Il est impératif de dépasser l’ego, mais on ne peut dépasser le moi — à moins de le découvrir suprêmement, universellement.

Car le moi n’est pas l’ego ; il est un avec le Tout et avec l’Un, et en le trouvant c’est le Tout et l’Un que nous découvrons en notre moi : la contradiction, la séparation disparaissent, mais le moi, la réalité spirituelle demeure, unie à l’Un et au Tout par cette disparition libératrice.

Sri Aurobindo – La Vie Divine
Livre 2 – Chapitre 17 – page 741

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