Overblog Tous les blogs Top blogs Beauté, Santé & Remise en forme Tous les blogs Beauté, Santé & Remise en forme
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Sri Aurobindo – La Vie Divine
Livre 2 – Chapitre 10
La connaissance par identité et la connaissance séparatrice

De notre moi nous ne connaissons à la surface que ce qui y est formulé, et encore n’en connaissons-nous qu’une portion ; car nous voyons la totalité de notre être de surface dans un flou général parsemé de points ou de formes précises qui le découpent : même ce que nous découvrons par une introspection mentale n’est qu’une somme de sections ; le dessin et le sens complets de notre formation personnelle nous échappent.

Mais il y a aussi une action déformante qui obscurcit et défigure même cette connaissance de soi limitée ; notre vision de nous-mêmes est viciée par l’intrusion et l’impact constants de notre moi extérieur de vie, de notre être vital qui cherche toujours à faire du mental pensant son outil et son serviteur ; car notre être vital n’est pas intéressé par la connaissance de soi, mais par l’affirmation de soi, par le désir et l’ego.

Il agit donc constamment sur le mental afin de construire pour lui la structure mentale d’un moi apparent qui servira ses desseins. Il persuade notre mental de nous présenter, à nous et à autrui, une image représentative de nous-mêmes partiellement fictive qui soutient notre affirmation de nous-mêmes, justifie nos désirs et nos actions et nourrit notre ego.

Cette intervention vitale n’est certes pas toujours marquée par la tendance à la justification et l’affirmation de soi ; elle tourne parfois au dénigrement de soi et à une autocritique morbide et exagérée ; mais cela aussi est une structure de l’ego, un égoïsme inverse ou négatif, une position ou une pose de l’ego vital.

Car il y a souvent un mélange de charlatan et de bateleur, de poseur et de comédien dans cet ego vital ; il prend constamment un rôle, et le joue pour lui-même et pour les autres comme pour un auditoire. Une duperie de soi organisée s’ajoute ainsi à une ignorance de soi systématique ; c’est seulement en nous intériorisant et en voyant ces choses à leur source que nous pouvons sortir de cette obscurité et de cet enchevêtrement.

 

🌹

Entretien du 10 septembre 1958

Douce Mère, qu’est-ce que la magie blanche?

On appelle «magie blanche» la magie bienfaisante et «magie noire» la magie malfaisante. Mais enfin ce sont des mots, cela n’a pas de sens.

Magie?... C’est une connaissance qui est réduite à des formules purement matérielles. Ce sont comme des mots, ou des chiffres, ou des combinaisons de mots et de chiffres qui, simplement s’ils sont prononcés ou s’ils sont écrits, même par quelqu’un qui n’a pas de pouvoir intérieur, doivent agir. C’est en occultisme le correspondant des formules chimiques en science. N’est-ce pas, en science, vous avez des formules chimiques pour combiner certains éléments et en produire d’autres; même si vous n’avez pas de pouvoir mental ni de pouvoir vital, ni même de pouvoir physique, et que vous suiviez à la lettre la formule que vous avez, vous arrivez au résultat voulu — il suffit simplement d’avoir de la mémoire.

Eh bien, on a essayé en occultisme la même chose, de faire des combinaisons de sons, de lettres, de chiffres, de mots, qui ont, par leurs propres qualités, le pouvoir d’obtenir un résultat. Ainsi, le premier imbécile venu, s’il apprend cela et qu’il fasse exactement ce qu’on lui dit, obtient (ou croit obtenir) le résultat qu’il veut obtenir.

Tandis que... Prenons par exemple le mantra, qui est un occultisme; à moins que le mantra ne soit donné par un guru et que le guru ne vous passe son pouvoir occulte ou spirituel avec le mantra, vous pouvez répéter votre mantra des milliers de fois, il n’aura aucun effet.

C’est-à-dire que dans le vrai occultisme, il faut avoir la qualité, la capacité, le don intérieur pour l’utiliser, et c’est cela la sauvegarde. Le vrai occultisme, le premier imbécile venu ne peut pas le faire. Et ce n’est plus de la magie — ni de la magie blanche, ni de la magie noire, ni de la magie dorée —, ce n’est plus de la magie du tout, c’est un pouvoir spirituel qu’il faut acquérir par une longue discipline; et finalement, qui ne vous est donné que par une grâce divine.

C’est-à-dire que dès que l’on approche de la Vérité, on est à l’abri de tout charlatanisme, de toute prétention et de tout mensonge. De cela, j’ai eu des preuves nombreuses et extrêmement concluantes.

Et alors, celui qui a le pouvoir occulte véritable possède en même temps, par la puissance de cette vérité intérieure, le pouvoir de défaire toutes les magies blanches ou noires, ou de quelque couleur qu’elles soient, simplement par l’application d’une goutte de cette vérité, pourrait-on dire. Il n’y a rien qui puisse résister à ce pouvoir-là.

Et ceci est fort connu de tous ceux qui pratiquent la magie, parce qu’ils ont toujours très grand soin, dans tous les pays mais plus particulièrement dans l’Inde, de ne jamais essayer aucune de leurs formules contre des yogis ou des saints, parce qu’ils savent que ces formules, qu’ils envoient avec leur petit pouvoir mécanique très superficiel, viendront frapper, comme une balle sur un mur, le vrai pouvoir qui protège celui qui a une vie spirituelle, et tout naturellement leur formule rebondira et retombera sur eux.

Le yogi ou le saint n’a rien à faire, il n’a même pas à vouloir se protéger: c’est une chose automatique. Il est dans un état de conscience et de pouvoir intérieur qui le protège automatiquement de tout ce qui est inférieur.

Naturellement, il peut aussi volontairement utiliser son pouvoir pour en protéger d’autres.

Ce rebondissement de la mauvaise formation contre son atmosphère le protège, lui, automatiquement, mais si cette mauvaise formation est faite contre quelqu’un qu’il protège ou qui simplement demande son aide, alors il peut, par un mouvement de sa propre atmosphère, de sa propre aura, entourer la personne qui est en butte aux maléfices magiques, et le procédé de rebondissement agit de la même manière et fait que la formation mauvaise retombe tout naturellement sur celui qui l’a faite. Mais dans ce cas, la volonté consciente du yogi ou du saint ou du sage est nécessaire. Il faut qu’il soit mis au courant de l’événement et qu’il décide d’intervenir.

Voilà la différence entre la vraie connaissance et la magie.

🌹

Pensées et Aphorismes

Aphorisme 8 — Ne donne pas le nom de connaissance à tes seules croyances et celui d’erreur, d’ignorance ou de charlatanisme aux croyances des autres, ou bien ne raille pas les dogmes des sectes et leur intolérance.

Commentaire de Mère (7/11/58) :

Les dogmes des sectes et l’intolérance des religions viennent de ce que les sectes et les religions considèrent que leurs croyances seules sont la connaissance et que les croyances des autres sont des erreurs, de l’ignorance ou du charlatanisme.

C’est ce simple mouvement qui fait qu’ils érigent en dogme ce qu’eux pensent être vrai et qu’ils condamnent violemment ce que les autres pensent être vrai. Voilà le sens de la phrase. Penser que sa connaissance est la seule vraie, que sa croyance est la seule vraie et que la croyance des autres n’est pas vraie, c’est justement faire ce que font toutes les sectes et toutes les religions.

Alors, si vous faites exactement comme les sectes et comme les religions, vous n’avez pas le droit de vous moquer d’elles.

Et vous faites la même chose sans vous en apercevoir, parce que cela vous paraît tout à fait naturel. Sri Aurobindo veut justement vous faire comprendre que quand vous dites   : «   Nous détenons la vérité, et ce qui n’est pas cela est une erreur   » (bien que vous n’osiez tout de même pas le dire d’une façon aussi crue), vous faites exactement la même chose que toutes les religions et toutes les sectes.

Si vous vous objectivez un peu, vous verrez que tout ce que vous avez appris ou tout ce que vous avez pensé, et qui vous a donné l’impression d’être particulièrement vrai et d’une importance capitale, vous l’avez érigé en connaissance, spontanément, sans vous en rendre compte, et vous êtes tout à fait prêt à contredire une notion différente chez ceux qui vous disent   : «   Non, non, c’est comme ceci, ce n’est pas comme cela.   » Si vous vous regardez faire, vous comprenez le mécanisme de cette intolérance et immédiatement vous pouvez faire cesser toutes les discussions oiseuses.

Nous en revenons à ce que je vous ai déjà dit une fois   : le contact que vous avez eu avec la vérité des choses, votre contact personnel — un contact plus ou moins clair, plus ou moins profond, plus ou moins vaste, plus ou moins pur —, a pu vous donner, à vous, en particulier, une expérience intéressante et parfois décisive, mais ce n’est pas parce que ce contact vous a donné une expérience d’importance décisive qu’il faut vous imaginer que c’est une expérience universelle et que ce même contact donnerait la même expérience à d’autres.

Et si vous comprenez cela, que c’est une chose purement personnelle, individuelle, subjective, que ce n’est pas du tout une loi absolue et générale, alors vous ne pouvez plus mépriser la connaissance des autres ou vouloir leur imposer votre point de vue et votre expérience. Cela évite toutes les querelles mentales qui sont toujours complètement inutiles.

Évidemment, on peut prendre cette première phrase comme un conseil, mais ce n’est pas dans ce sens-là que Sri Aurobindo l’a écrite ; c’est pour rendre conscient de l’erreur que l’on commet soi-même et que l’on raille chez les autres. C’est une habitude que l’on a, non seulement sur ce point particulier mais sur tous les points. Il est assez remarquable que quand on a une faiblesse, par exemple, un ridicule, un défaut ou une imperfection, comme on l’a plus ou moins naturellement, on la considère comme très naturelle, elle ne vous choque pas, mais dès que cette même faiblesse, cette même imperfection, ce même ridicule est chez un autre, cela vous paraît tout à fait choquant et vous dites   : «   Comment ! il est comme ça !   » Mais on ne s’aperçoit pas que soi-même on est «   comme ça   ». Et alors, à la faiblesse et à l’imperfection, on ajoute justement le ridicule de ne pas s’en apercevoir.

Il y a une leçon à en tirer   : quand quelque chose chez un autre vous paraît tout à fait inacceptable ou ridicule — «   Comment ! il est comme ça, il se conduit comme ça, il dit des choses comme ça, il fait ça   » —, il faut se dire   : «   Tiens, tiens, mais peut-être que je fais la même chose sans m’en apercevoir. Je ferais bien de regarder au-dedans de moi, d’abord, avant de critiquer l’autre, pour être bien sûr que je ne fais pas, avec une légère nuance différente, exactement la même chose.   » Et si on a le bon sens et l’intelligence de faire cela chaque fois que l’on est choqué par la conduite d’un autre, on s’apercevra que, dans la vie, le rapport avec les autres est comme un miroir qui nous est présenté pour que l’on voie plus facilement et d’une façon plus clairvoyante les faiblesses que l’on porte en soi.

D’une façon générale et presque absolue, ce qui vous choque chez les autres, c’est justement quelque chose que vous portez en vous-même, plus ou moins voilé, plus ou moins caché, peut-être sous une apparence un petit peu différente qui vous permet de vous illusionner vous-même ; et ce qui chez vous ne vous paraît pas très choquant, dès que vous le voyez chez les autres, cela devient monstrueux.

Faites-en l’expérience, cela vous aidera beaucoup, beaucoup, à vous changer vous-même, et en même temps cela apportera dans vos relations avec les autres une tolérance souriante, la bonne volonté qui vient de la compréhension, et cela mettra fin très souvent à de bien inutiles querelles.

On peut vivre sans se disputer. Cela paraît drôle à dire parce que, telles que sont les choses, il semblerait au contraire que la vie est faite pour la dispute, en ce sens que la principale occupation des gens qui sont ensemble, c’est de se quereller, ouvertement ou secrètement. On n’en vient pas toujours aux mots, on n’en arrive pas toujours aux coups, heureusement, mais au-dedans de soi il y a un état d’irritation perpétuelle parce qu’on ne rencontre pas tout autour de soi la perfection que l’on voudrait soi-même réaliser — et que l’on trouve assez difficile à réaliser —, mais on trouve tout à fait naturel que les autres la réalisent. «   Comment se fait-il qu’ils soient comme ça ?   »... On oublie les difficultés que l’on trouve en soi-même pour ne pas être «   comme ça   » !

Très importante condition à remplir pour faciliter l'avènement du Supramental.

🌹

La Mère – Éducation – Page 101

Dans tous les domaines de l’action humaine, il y a des charlatans et des imposteurs ; mais on ne doit pas laisser leurs supercheries jeter le discrédit sur une science réelle qu’ils se targuent faussement de posséder. C’est pourquoi, aux belles époques du développement de cette science, alors qu’il y avait des écoles officielles pour la pratiquer, avant d’admettre qui que ce soit à entreprendre ces études, on le soumettait pendant fort longtemps, parfois pendant des années, à une double discipline très sévère de développement et de maîtrise de soi.

D’une part on s’assurait, autant qu’il est possible, de la sincérité et du désintéressement des intentions de l’aspirant, de la pureté de ses mobiles, de sa capacité d’oubli de soi et d’abnégation, de son sens du sacrifice, de son absence d’égoïsme.

Tandis que, de la sorte, étaient prouvées la hauteur et la noblesse de son aspiration, le candidat était d’autre part soumis à une série d’épreuves ayant pour but de démontrer que ses capacités étaient suffisantes et qu’il pouvait sans danger pratiquer la science à laquelle il voulait se consacrer.

Ces épreuves insistaient particulièrement sur la maîtrise des passions et des désirs, sur l’établissement d’un calme inébranlable et surtout sur l’absence de toute peur ; car dans cette entreprise, une intrépidité à toute épreuve est la condition essentielle de la sécurité.

🌹

Paroles de la Mère – Volume III

«   Prévoir le destin ! Combien s’y sont essayés, que de systèmes ont été élaborés, que de sciences divinatoires ont été créées, se sont développées, puis ont péri sous l’accusation de charlatanisme ou de superstition. Et pourquoi le destin est-il toujours si imprévisible, pour- quoi lorsqu’il est démontré que tout est inéluctablement déterminé, on ne peut réussir à connaître de façon certaine ce déterminisme ?   »

«   Prévision   » (Éducation, p. 85-87)

La prévision veut dire voir d’avance, mais est‑ce que vous pouvez me dire ce qui va arriver demain ? Je ne le pense pas. Naturellement, vous pouvez dire   : «   Nous allons dormir, manger, etc.   », c’est-à-dire des choses générales ; mais si une chose inattendue va arriver, vous ne pouvez pas dire pourquoi. Quelqu’un a dit   : «   Il faut un œil spécial pour cela.   » On peut prévoir sans avoir des images   : il existe une connaissance mentale sans images.

Ceux qui ont la vision ont généralement la capacité de prévoir, pas toujours, mais fréquemment. Je suppose que vous n’envisagiez pas un œil supplémentaire au milieu du front comme les Cyclopes ! Non, vous voulez dire, n’est‑ce pas, un œil intérieur qui appartient à un autre monde. Avec cet œil-là, ce n’est généralement pas les choses matérielles que l’on voit, ou si on les voit, c’est sous un angle très spécial. Il y a des personnes qui voient à distance ce qui se passe dans un autre pays ou dans un autre endroit loin de celui où elles se trouvent.

🌹

Agenda du 13 novembre 1968

Satprem : Et la difficulté aussi, c'est qu'il y a eu tellement de faux prophètes et de charlatans de l'Hindouisme et de la «Vérité de l'Asie», que la vraie chose ne peut pas rentrer. C'est plein de charlatans. L'atmosphère est comme pourrie…

(Mère approuve de la tête)

🌹

LETTRES SUR LE YOGA

La conscience vitale "humaine" s'est toujours déplacée entre ces deux pôles, la vie vitale ordinaire qui ne peut satisfaire et le retrait de cette vie dans la solution ascétique. L'Inde s'est donnée pleinement à ce mouvement de bascule, l'Europe commence une fois de plus, après un essai complet, à sentir l'échec de la vie vitale purement égoïste. Les yoga traditionnels — auxquels vous faites appel — se fondent sur le mouvement entre ces deux pôles.

D'un côté se tiennent Shankara et Bouddha, et la plupart vont, sinon par la même voie, du moins dans la même direction ; de l'autre on trouve les voies vishnouïtes ou tantriques qui essaient de combiner l'ascétisme avec quelque sublimation de l'impulsion vitale.

Et où finissent ces voies ? Elles retombent à l'autre pôle, à l'invasion vitale et même à la corruption et à la perte de leur esprit.

(Cette phrase là, je ne suis pas certain que nous la comprenions bien...)

A l'heure actuelle le mouvement général tend vers un essai de réconciliation, et vous avez quelquefois fait allusion à certains des protagonistes de cette tentative et demandé mon opinion sur eux, la vôtre étant défavorable. Mais ces hommes ne sont pas de simples charlatans, et s'il y a quelque chose de mauvais en eux (ce sur quoi je ne me prononce pas), ce ne peut être que parce qu'ils sont incapables de résister à l'attirance magnétique de ce pôle inférieur de la nature de désir vitale et égoïste.

Et s'ils sont incapables de résister, c'est parce qu'ils n'ont pas encore trouvé la vraie force qui non seulement neutralisera cette attirance et empêchera la détérioration et la chute, mais transformera, utilisera, satisfera leur propre vérité plus profonde, au lieu de détruire ou de jeter au loin la force de vie et l'incarnation dans la Matière ; car cela ne peut être fait que par le pouvoir supramental et nul autre.

🌹

L'univers entier, selon la Science, n'est qu'un jeu d'Énergie — on l'appelait autrefois une Énergie matérielle, mais on doute maintenant que la Matière, scientifiquement parlant, existe, sinon en tant que phénomène d'Énergie. L'univers entier, selon le Védânta, est le jeu du pouvoir d'une entité spirituelle, le pouvoir d'une conscience originelle, qu'elle soit Maya ou Shakti, que le résultat soit une illusion ou une réalité.

Dans le monde, et dans la mesure où il s'agit de l'homme, nous ne sommes conscients que de l'énergie mentale, de l'énergie de vie, de l'énergie dans la Matière ; mais on suppose qu'il y a aussi une énergie ou une force spirituelle derrière elles d'où elles tirent leur origine.

Dans les deux cas, toutes choses résultent d'une Shakti, énergie ou force.

Il n'y a pas d'action sans une Force ou une Énergie accomplissant l'action et amenant sa conséquence.

En outre, ce qui n'a pas de Force en soi est ou quelque chose de mort, ou quelque chose d'irréel, ou quelque chose d'inerte et qui n'a pas de conséquence.

Si la conscience spirituelle n'existe pas, le yoga ne peut pas avoir de réalité, et s'il n'y a pas de force yoguique, de force spirituelle, de yoga-shakti, alors le yoga ne peut avoir aucune efficacité. Une conscience de yoga ou une conscience spirituelle qui ne contient pas de pouvoir ou de force peut ne pas être morte ou irréelle, mais c'est évidemment quelque chose d'inerte, sans effet ni conséquence.

De même, un homme qui s'embarque pour devenir un yogi ou un gourou et qui n'a pas de conscience spirituelle, ou pas de pouvoir dans sa conscience spirituelle — force yoguique ou force spirituelle — proclame une contre-vérité et est soit un charlatan, soit un imbécile qui se leurre lui-même ; plus encore si, n'ayant pas de force spirituelle, il prétend avoir ouvert une voie que d'autres peuvent suivre.

Si le yoga est une réalité, si la spiritualité est un peu plus qu'une illusion, il doit exister une force yoguique ou une force spirituelle.

 

Il est évident que si la force spirituelle existe, elle doit être capable de produire des résultats spirituels — par conséquent il n'y a rien d'irrationnel dans les déclarations des sâdhak qui disent sentir la force du gourou ou la force du Divin travailler en eux et les mener à l'accomplissement et à l'expérience spirituelle.

Qu'il en soit ainsi ou non dans un cas particulier est une question personnelle, mais la déclaration ne peut être dénoncée comme en elle-même incroyable et manifestement fausse sous prétexte que des choses de ce genre ne peuvent pas exister.

De plus, s'il est vrai que la force spirituelle est la force originelle et que les autres en dérivent, alors il n'y a rien d'irrationnel à supposer que la force spirituelle peut produire des résultats mentaux, vitaux, physiques.

Elle peut agir à travers les énergies mentales, vitales ou physiques et par les moyens qu'utilisent ces énergies, ou elle peut agir directement sur le mental, la vie ou la Matière choisis comme domaines de son action propre, spéciale et immédiate.

Les deux modes d'action sont à première vue possibles.

Prenons le cas de la guérison d'une maladie ; quelqu'un est malade pendant deux jours, faible, éprouvant des douleurs et de la fièvre ; il ne prend pas de médicament, mais finalement demande à son gourou de le guérir ; le lendemain matin il se lève en bonne santé, plein de force et d'énergie. Il a au moins quelque justification à penser qu'une force a été utilisée sur lui et placée en lui, et que c'est un pouvoir spirituel qui a agi.

Mais dans un autre cas, on peut utiliser des médicaments tout en faisant appel à la force invisible pour aider les moyens matériels, car il est bien connu que les médicaments agissent ou n'agissent pas — il n'y a pas de certitude. Là, pour la raison d'un observateur extérieur (quelqu'un qui n'est ni l'utilisateur de la force, ni le médecin, ni le patient), il demeure incertain que le patient ait été guéri par les médicaments seuls ou par la force spirituelle utilisant les médicaments comme instruments.

Les deux sont possibles, et on ne peut pas dire que parce que des médicaments ont été utilisés, l'œuvre de la force spirituelle est en soi incroyable et que sa fausseté peut être démontrée.

D'autre part, il est possible que le docteur ait senti une force travaillant en lui et le guidant, ou il peut voir la santé du patient s'améliorer avec une rapidité qui, selon la science médicale, est incroyable. Le patient peut fort bien sentir la force qui travaille en lui apporter la santé, l'énergie, la guérison rapide, l'utilisateur de la force observer les résultats, voir diminuer les symptômes sur lesquels il travaille, augmenter ceux sur lesquels il n'a pas travaillé jusqu'à ce qu'il travaille sur eux et les voie immédiatement diminuer, le docteur travaillant selon ses suggestions non formulées, etc., etc., jusqu'à ce que la guérison soit effectuée.

(D'autre part, il peut voir les forces travailler contre la guérison et conclure que la force spirituelle doit se contenter de se retirer ou de ne réussir qu'imparfaitement.)

Dans tout cela le médecin, le patient ou l'utilisateur de la force peuvent légitimement croire que la guérison est au moins partiellement ou même fondamentalement due à la force spirituelle. Leur expérience est évidemment valable pour eux seuls, et non pour l'observateur extérieur qui raisonne. Mais celui-ci n'est pas logiquement qualifié pour dire que leur expérience est incroyable et nécessairement fausse.

Autre chose. Il ne s'ensuit pas qu'une force spirituelle doive ou bien réussir dans tous les cas, ou, si elle ne réussit pas, que cela prouve son inexistence. On ne peut dire cela d'aucune force. La force du feu est de brûler, mais il y a des choses qu'il ne brûle pas ; dans certaines circonstances il ne brûle même pas l'homme qui marche pieds nus sur des charbons rougis. Cela ne prouve pas que le feu ne peut pas brûler, ou même qu'il n'existe pas de force du feu, Agni Shakti.

Je n'ai pas le temps d'écrire davantage ; ce n'est pas non plus nécessaire. Mon propos n'était pas de démontrer qu'il faut croire à la force spirituelle, mais que cette croyance n'est pas nécessairement une illusion et qu'elle peut être non seulement possible, mais aussi rationnelle.

🌹

Votre Gourou peut être inférieur en capacités spirituelles (à vous-même ou à d'autres Gourous), porter en lui de nombreuses imperfections humaines, et pourtant si vous avez la foi, la bhakti, l'étoffé spirituelle qu'il faut, vous pouvez par son intermédiaire entrer en contact avec le Divin, accéder à des expériences spirituelles, à la réalisation spirituelle, avant que le Gourou lui-même y parvienne.

(Voilà une chose assez étonnante...)

Notez bien le "si" car cette stipulation est indispensable ; n'importe quel disciple ne peut pas le faire avec n'importe quel Gourou.

D'un charlatan, vous n'obtiendrez rien que son charlatanisme.

Le Gourou doit avoir en lui quelque chose qui rend possible le contact avec le Divin, quelque chose qui agit même si dans son mental extérieur, il n'a pas tout à fait conscience de cette action. S'il n'a rien de spirituel en lui, ce n'est pas un Gourou, mais une contrefaçon.

Nul doute que la réalisation spirituelle puisse être très différente d'un Gourou à un autre ; mais elle dépend beaucoup de la relation intérieure entre Gourou et shishya [disciple].

On peut s'adresser à un très grand maître spirituel et ne rien recevoir de lui, ou n'en recevoir que peu de chose ; on peut s'adresser à un homme d'une moindre capacité spirituelle et en recevoir tout ce qu'il a à donner et plus.

(Un ami m'a dit un jour qu'à la fin de sa vie, Jiddhu Krishnamurti a dit qu'il y avait des disciples qui était avec lui depuis 20 ans, et qu'il ne se passait rien.)

Les causes de cette disparité sont diverses et subtiles ; je n'ai pas besoin de m'étendre là-dessus. C'est différent avec chacun. Je crois que le Gourou est toujours prêt à donner ce qui peut être donné, si le disciple peut recevoir ou, peut-être, quand il est prêt à recevoir. S'il refuse de recevoir ou s'il se conduit, à l'intérieur ou à l'extérieur, de telle manière qu'il soit incapable de recevoir, s'il n'est pas sincère ou prend la mauvaise attitude, alors les choses deviennent difficiles. Mais si l'on est sincère, fidèle et que l'on a l'attitude juste, et si le Gourou est un vrai Gourou, alors après un temps plus ou moins long, cela viendra.

🌹

Quelques remarques en conclusion ?

1. Ces quelques textes nous permettent de voir le sujet du charlatanisme sous des angles différents.

2. Avec Sri Aurobindo et Mère, il y a souvent la nécessité d'harmoniser les opposés. Ainsi il est aussi dangereux d'être un charlatan que de prendre les autres pour des charlatans. 

3. Par contre, utilisons les capacités que nous avons à notre disposition et que nous pouvons développer : la sincérité, la vigilance, l'humilité, le discernement, l'esprit critique et au final, ne croyons rien ni personne, sauf notre être psychique au-dedans et/ou notre Moi supérieur au-dessus : ce sont probablement nos meilleurs guides. Ou l'Intuition vraie, si nous avons accès à ce plan. 

4. Je me souviens d'un passage qui m'a beaucoup marqué, alors je l'ai retenu. Mère disait que la seule façon d'aider vraiment les autres, était de voir leur âme, car alors, connaissant le projet de l'âme, la direction dans laquelle elle souhaite aller, alors il devenait possible de la guider. Gardons-nous aussi de cette prétention grossière de pouvoir utiliser le Supramental, à notre profit, sous couvert bien entendu, des meilleures intentions du monde. Sri Aurobindo nous a mis aussi en garde contre l'orgueil de l'instrument

5. Quand nous racontons notre histoire, nous le faisons à partir de notre conscience extérieure, et celle-ci, même quand nous essayons d'être parfaitement sincère, ne connaît ni la vérité de notre être ni la vérité des choses. En quelque sorte, même sur nous-mêmes, nous nous racontons souvent un film dont nous serions le personnage principal. Mais si nous pouvions raconter nous notre histoire à partir du psychique, du jivatman, du mental supérieur, du mental illuminé, du mental intuitif, du surmental ou à partir de la Lumière de Vérité, elle serait sans doute totalement différente. 

6. Ces remarques sont loin d'être exhaustives, que chacun puise dans ces extraits les meilleurs enseignements pratiques possibles pour sa propre purification, évolution, transformation.

🌹

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article