Éducation psychique et spirituelle – Immobilité psychique – Vidéo d'Emmanuel
La Mère – Éducation – Bulletin février 1952
page 16 à 22 : Éducation physique
page 23 à 28 : Éducation vitale
page 29 à 35 : Éducation mentale
page 36 à 45 : Éducation psychique et spirituelle
Jusqu’à présent il n’a été question que de l’éducation qui peut être donnée à tout enfant naissant sur terre, et qui ne s’occupe que des facultés purement humaines. Mais il n’est pas inévitable de s’en tenir là. Tout être humain porte, cachée au-dedans de lui, la possibilité d’une conscience supérieure qui dépasse les cadres de sa vie actuelle et le fait participer à une vie plus haute et plus vaste.
En fait, chez tout être d’élite, c’est cette conscience qui gouverne sa vie et organise à la fois les circonstances de son existence et sa réaction individuelle à ces circonstances. Ce que la conscience mentale de l’homme ne sait pas et ne peut pas, cette conscience-là le sait et le fait.
Elle est comme une lumière qui brille au centre de l’être et rayonne à travers les couches épaisses de la conscience extérieure.
Certains ont une vague prescience de sa présence ; un grand nombre d’enfants sont soumis à son influence qui parfois se fait sentir très distinctement dans leurs actions spontanées et même dans leurs paroles. Malheureusement, comme le plus souvent les parents ne savent pas ce que c’est et ne comprennent pas ce qui se passe dans leur enfant, leur réaction à l’égard de ces phénomènes n’est pas bonne, et toute leur éducation consiste à rendre l’enfant aussi inconscient que possible dans ce domaine pour concentrer toute son attention sur les choses extérieures, lui donnant ainsi l’habitude de les considérer comme les seules importantes.
Il est vrai que cette concentration sur les choses extérieures est très utile, pourvu qu’elle soit faite de la bonne manière. Les trois éducations, physique, vitale et mentale s’occupent de cela, et on pourrait les définir comme le moyen de construire la personnalité, de faire surgir l’individu de la masse amorphe et subconsciente pour en faire une entité bien définie et consciente d’elle-même.
Avec l’éducation psychique, nous abordons le problème du vrai mobile de l’existence, de la raison d’être de la vie sur terre, de la découverte à laquelle cette vie doit mener et du résultat de cette découverte : la consécration de l’individu à son principe éternel.
D’une façon assez générale on associe cette découverte à un sentiment mystique et à une vie religieuse, parce que ce sont surtout les religions qui se sont occupées de cet aspect de la vie. Mais il n’en est pas nécessairement ainsi ; et si l’on remplace la notion mystique de Dieu par la notion plus philosophique de Vérité, la découverte restera essentiellement la même, mais la route pour y arriver pourra être parcourue par le positiviste le plus intransigeant.
Car, pour se préparer à une vie psychique, les notions et idées mentales n’ont qu’une importance très secondaire. La chose importante, c’est l’expérience vécue ; elle porte sa réalité et sa force en elle-même, indépendante de toute théorie qui peut la précéder, l’accompagner ou la suivre. Car le plus souvent les théories ne sont que des explications que l’on se donne à soi-même pour avoir plus ou moins l’illusion de la connaissance. Suivant le milieu dans lequel il est né et l’éducation qu’il a reçue, l’homme revêt de noms différents l’idéal ou l’absolu qu’il s’efforce d’atteindre. L’expérience, si elle est sincère, est essentiellement la même ; ce sont seulement les mots et les phrases dans lesquels elle se formule qui diffèrent suivant la conviction et l’éducation mentale de celui qui a l’expérience. Toute formulation n’est donc qu’une approximation qui doit progresser et se préciser à mesure que l’expérience devient de plus en plus précise et coordonnée.
Cependant, pour tracer les grandes lignes de l’éducation psychique, il faut donner une idée, si relative soit-elle, de ce que l’on veut dire par être psychique. On pourrait dire, par exemple, que la création d’un être individuel provient de la projection, dans l’espace et le temps, d’un des innombrables possibles latents dans l’origine suprême de toute manifestation qui, par l’intermédiaire de la conscience unique et universelle, se concrétise en la loi ou la vérité d’un individu et devient ainsi, par un développement progressif, son âme ou être psychique.
J’insiste sur le fait que ce qui est dit ici brièvement n’a pas la prétention d’être un exposé complet de la réalité et n’épuise pas le sujet, il s’en faut même de beaucoup. C’est seulement une explication très succincte donnée dans un but pratique, afin qu’elle serve de base à l’éducation dont nous voulons nous occuper.
C’est par l’intermédiaire de cette présence psychique que la vérité d’un être individuel entre en contact avec lui et les circonstances de son existence.
Dans la plupart des cas, cette présence agit de derrière un voile, pour ainsi dire, méconnue et ignorée ; mais pour certains elle est perceptible et son action est reconnaissable ; chez quelques-uns même, un très petit nombre, la présence devient tangible et son action tout à fait effective. Ceux-là avancent dans la vie avec une assurance et une certitude particulières, ils sont les maîtres de leur destinée. C’est dans le but d’obtenir cette maîtrise et de devenir conscient de la présence psychique que l’éducation psychique doit être pratiquée.
Mais pour cela un facteur spécial est requis, c’est la volonté personnelle. Car, jusqu’à présent, la découverte de l’être psychique et l’identification avec lui ne font pas partie des sujets d’éducation reconnus, et quoique dans des ouvrages spéciaux on puisse trouver des indications utiles pour la pratique et que dans des cas exceptionnels on puisse avoir la bonne fortune de rencontrer quelqu’un qui est capable de montrer le chemin et d’aider à le parcourir, le plus souvent la tentative est laissée à l’initiative privée ; la découverte est une affaire personnelle et une grande détermination, une forte volonté et une persévérance inlassable sont indispensables pour atteindre le but.
Chacun doit, pour ainsi dire, tracer sa propre route à travers ses propres difficultés.
Le but est en quelque sorte connu, car la plupart de ceux qui l’ont atteint, l’ont décrit plus ou moins clairement. Mais la plus grande valeur de la découverte vient de sa spontanéité, de son ingénuité et elle échappe aux lois mentales ordinaires. C’est pourquoi, le plus souvent, celui qui veut s’engager dans cette aventure va d’abord à la recherche de quelqu’un qui l’a entreprise avec succès et qui pourra le soutenir et l’éclairer sur la route. Pourtant il est des voyageurs solitaires et pour eux quelques indications générales peuvent être utiles.
Il me semble que, dans l'immense majorité des cas, les saddhaks du yoga intégral sont dans ce cas : nous n'avons pas dans notre entourage proche un gourou ayant lui-même réalisé le psychique et nous n'avons comme aide principale que les livres laissés par Sri Aurobindo, Mère et Satprem, et ce qui peut se passer dans le secret de notre être, dans la relation que nous pouvons créer avec Sri Aurobindo, Mère ou d'une façon plus générale, avec le Divin, la Conscience divine, la Volonté divine.
Le point de départ est la recherche en soi de ce qui est indépendant du corps et des circonstances de la vie, de ce qui ne provient pas de la formation mentale que l’on a reçue, de la langue que l’on parle, des habitudes et des coutumes du milieu dans lequel on vit, du pays où l’on est né ou de l’époque à laquelle on appartient.
Il faut trouver, dans les profondeurs de son être, ce qui porte en soi un sens d’universalité, d’expansion sans limites, de durée sans interruption.
Jusque là, ça va, façon de parler, c'est sur les résultats qui suivent que nous pouvons honnêtement nous demander si, vraiment, nous vivons ces choses que décrit Mère.
Alors on se décentralise, on se répand, on s’élargit, on commence à vivre en toute chose et en tous les êtres ; les barrières qui séparent les individus les uns des autres, tombent ; on pense dans leurs pensées, on vibre dans leurs sensations, on sent dans leurs sentiments, on vit dans la vie du tout ; ce qui paraissait inerte soudain s’anime, les pierres vibrent, les plantes sentent, veulent et souffrent, les animaux parlent un langage plus ou moins muet mais clair et expressif, tout s’anime d’une conscience merveilleuse qui n’a plus de temps ni de limites.
Et ceci n’est qu’un aspect de la réalisation psychique. Il y en a d’autres, beaucoup d’autres. Tous contribuent à vous faire sortir des barrières de votre égoïsme et des murs de votre personnalité extérieure, de l’impuissance de vos réactions et de l’incapacité de votre volonté.
Mais, ainsi que je l’ai déjà dit, pour en arriver là le chemin est long et difficile, semé d’embûches et de problèmes à résoudre, qui exigent une détermination à toute épreuve. Cela ressemble à la marche de l’explorateur à travers la forêt vierge, en quête d’une terre inconnue, d’une grande découverte. L’être psychique aussi est une grande découverte, demandant, pour être faite, au moins autant d’intrépidité et d’endurance que la découverte de continents nouveaux.
À noter, que jusqu'à maintenant, il n'est aucunement question de surrender, de soumission, de don de soi et l'insistance est mise presque exclusivement sur, reprenons les mots même de Mère : grande détermination, forte volonté, persévérance inlassable, détermination à toute épreuve, résolution.
C'est somme toute assez logique. Avant de s'offrir à quelqu'un, encore faut-il être un minimum en contact avec quelqu'un. Ou alors c'est un don de soi, comme ça, dans le vague, dans le flou. Et pour établir ce premier contact, un contact qui ne soit pas des mots abstraits, des concepts, il faut le vouloir, il faut la volonté d'établir un lien un minimum conscient avec "la chose" à laquelle on veut s'offrir.
Comment s'offrir à la Mère divine, si "la Mère divine"... ça ne représente rien ? Il est intéressant de noter que Mère nous dit que la recherche du concept philosophique de la Vérité du plus intransigeant positiviste aboutira à la même expérience.
Pour celui qui est résolu à l’entreprendre, un nombre de simples conseils pourront être utiles. En voici quelques-uns :
1. Le premier point, et peut-être le plus important, est que le mental est incapable de juger des choses spirituelles. Tous ceux qui ont écrit sur le sujet l’ont dit ; mais très peu nombreux sont ceux qui l’ont mis en pratique, et pourtant pour avancer sur le chemin il est absolument indispensable de s’abstenir de toute opinion et de toute réaction mentales.
2. Renonce à toute recherche personnelle de confort, de satisfaction, de jouissance ou de bonheur ; sois seulement un feu brûlant pour le progrès et prends tout ce qui vient à toi comme une aide pour progresser et accomplis immédiatement le progrès requis.
3. Tâche de prendre plaisir à tout ce que tu fais, mais le plaisir ne doit jamais être le mobile de ton action.
4. Ne deviens jamais excité, nerveux ni agité. Reste parfaitement calme en face de toutes circonstances. Et pourtant sois toujours en éveil pour trouver le progrès qu’il te reste à faire et pour le faire sans perdre de temps.
5. Ne prends jamais les événements physiques pour ce qu’ils semblent être. Ils sont toujours des essais maladroits pour exprimer quelque chose d’autre qui est la vraie chose et échappe à notre compréhension superficielle.
6. Ne te plains jamais de la conduite de quelqu’un à moins que tu n’aies le pouvoir de changer dans sa nature ce qui le fait agir ainsi ; et si tu as ce pouvoir, accomplis le changement au lieu de te plaindre.
7. Quoi que ce soit que tu fasses, n’oublie jamais le but que tu t’es proposé. Dans l’entreprise de cette grande découverte il n’y a pas de petites et de grandes choses ; toutes sont également importantes et peuvent contribuer à son succès, ou bien le retarder. Ainsi, avant de manger, concentre-toi quelques secondes dans l’aspiration que cette nourriture que tu vas absorber, apporte à ton corps la substance nécessaire pour servir de base solide à ton effort vers la grande découverte, et lui confère l’énergie de la persistance et de la persévérance dans l’effort.
8. Avant de t’endormir, concentre-toi quelques secondes dans l’aspiration que le sommeil répare la fatigue de tes nerfs, apporte à ton cerveau le calme et la tranquillité, afin qu’après avoir dormi, tu puisses reprendre avec une ardeur renouvelée ta marche sur le chemin de la grande découverte.
9. Avant d’agir, concentre-toi dans la volonté que ton action aide et en tout cas n’entrave en rien ta marche en avant vers la grande découverte.
10. Quand tu parles, avant que les mots ne sortent de ta bouche, concentre-toi juste assez de temps pour contrôler tes paroles et ne laisser passer que celles qui sont absolument nécessaires, et seulement celles-là qui ne peuvent en rien nuire à ton progrès sur le chemin de la grande découverte.
11. En résumé, n’oublie jamais la raison et le but de ta vie.
12. Laisse la volonté de la grande découverte planer constamment au-dessus de toi, de ce que tu fais et de ce que tu es, comme un immense oiseau de lumière dominant tous les mouvements de ton être.
Ces numéros n'existent pas dans le texte original de Mère, c'est moi qui les ai ajouté par ce que je trouve que les chiffres aident à avoir une compréhension carrée, structurée.
Dans ces 12 conseils, quelque chose est très frappant : nulle part il n'est question de fermer les yeux et de se mettre en méditation, en concentration vers le cœur. Ces conseils sont pour la plupart, TRÈS pratiques, tout à fait liés à la vie ordinaire : manger, parler, agir, dormir... Pourquoi en est-il ainsi ? Sans doute pour faciliter le fait que c'est dans la vie extérieure que le psychique doit se réaliser. Car même si au départ, nous le trouvons dans notre vie intérieure, cette réalisation doit impérativement se poursuivre jusque dans notre vie la plus extérieure.
En tout cas, si nous posions la question au saddhaks du yoga intégral les points importants de l'éducation psychique, je pense que nous aurions bien peu de réponses qui incluent ces aspects ordinaires de la vie. On peut faire des pirouettes et dire que c'est pour amener l'extraordinaire dans l'ordinaire, mais cela n'explique rien.
12 petits passages à mémoriser et mettre en pratique. Du premier sur le mental au dernier, le plus magnifique, sur les ailes de la Volonté divine. Ces 12 conseils seraient-ils comme un voyage ?
Il me semble que notre réflexion sur le sujet n'est pas encore aboutie et qu'avec ces 12 conseils nous ne sommes pas au bout de nos découvertes.
Devant l’inlassable persistance de ton effort, une porte intérieure s’ouvrira soudain et tu surgiras dans une splendeur éblouissante qui t’apportera la certitude de l’immortalité, l’expérience concrète que tu as toujours vécu et que tu vivras toujours, que les formes extérieures seules sont périssables et que, par rapport à ce que tu es en réalité, ces formes sont semblables à des habits que l’on rejette quand ils sont usés. Alors tu te dresseras libre de toutes chaînes, et au lieu d’avancer péniblement sous le poids des circonstances que la nature t’imposait et que tu devais subir et porter si tu ne voulais pas être écrasé par elles, tu pourras marcher droit et ferme, conscient de ton destin, maître de ta vie.
Là encore, il peut être intéressant de comparer ce que dit Mère avec nos propres conceptions : est-ce nous avons vraiment les sensations de surgir dans une splendeur éblouissante, la certitude de l'immortalité, de nous dresser libres de toutes chaînes, de marcher droit et ferme conscient de notre destin et maître de notre vie ?
Et pourtant ce détachement de tout esclavage à la chair, cette libération de tout attachement personnel, n’est pas l’accomplissement suprême. Il est d’autres pas à franchir avant d’atteindre au sommet ; et ces pas eux-mêmes pourront et devront être suivis d’autres qui ouvriront les portes de l’avenir. Ce sont ces prochains pas qui vont faire l’objet de ce que j’appelle l’éducation spirituelle.
Mais avant d’aborder cette nouvelle étape et de traiter la question en détails, une explication devient nécessaire. Pourquoi une distinction est-elle faite entre l’éducation psychique, dont nous venons de parler, et l’éducation spirituelle dont nous allons nous occuper maintenant ? Car les deux sont généralement confondues sous le terme global de discipline yoguique, quoique les buts auxquels elles tendent soient très différents, l’un étant une réalisation supérieure sur la terre, l’autre une fuite hors de toute manifestation terrestre et même hors de l’univers tout entier, un retour à ce qui n’est pas manifesté.
On peut donc dire que la vie psychique, c’est la vie immortelle, le temps sans fin, l’espace sans limite, le changement perpétuellement progressif, la continuité ininterrompue dans l’univers en formes. Tandis que la conscience spirituelle, c’est vivre l’infini et l’éternité, c’est être projeté hors de toute création, hors du temps et de l’espace. Pour devenir conscient de son être psychique et vivre une vie psychique, il faut abolir en soi tout égoïsme. Mais pour vivre vraiment la vie spirituelle, on ne doit plus avoir d’ego.
Voilà une distinction très précise et très intéressante.
La suite concerne l'éducation spirituelle et dépasse notre sujet, mais comme Sri Aurobindo a expliqué, la relation entre le psychique et le spirituel est étroite : le psychique peut aider à l'ascension spirituel et le spirituel peut descendre et libérer le psychique. Aussi, continuons cet article jusqu'au bout.
Ici encore, dans l’éducation spirituelle, le but que l’on se propose sera, dans la formulation mentale, revêtu de noms divers, suivant le milieu dans lequel on a été formé, le chemin que l’on a parcouru et les affinités de son tempérament. Ceux qui ont une tendance religieuse l’appelleront Dieu et leur effort spirituel consistera à vouloir s’identifier au Dieu transcendant, au-dessus de toute forme, par opposition au Dieu immanent qui habite en chaque forme. D’autres l’appelleront l’Absolu ou l’origine suprême, d’autres le Nirvâna, d’autres la seule Réalité, considérant le monde comme une illusion irréelle ; d’autres l’unique Vérité, traitant toute manifestation de mensonge.
En chacune de ces expressions, il y a un élément correct, mais toutes sont incomplètes, n’exprimant qu’un aspect de ce qui est. Pourtant là aussi, la formulation mentale n’a pas beaucoup d’importance, et une fois les étapes intermédiaires franchies, l’expérience est identique.
Dans tous les cas, le don total de soi est le point de départ le plus efficace, la méthode la plus prompte.
Ainsi, c’est seulement maintenant, avec l’éducation spirituelle, qu’apparaît le don de soi. Comme si les qualités nécessaires pour la découverte psychique et l'expérience spirituelle étaient différentes. C'est intéressant.
D’ailleurs il n’est pas de joie plus parfaite que celle du don total de soi à ce qui est au sommet de sa conception : pour certains ce sera la notion de Dieu, pour d’autres celle de la Perfection. Si ce don est fait avec persistance et ardeur, un moment vient où l’on dépasse le concept pour aboutir à une expérience qui échappe à toute description mais qui, presque toujours, est identique dans ses effets.
À mesure aussi que le don de soi sera plus parfait et plus intégral, il s’accompagnera de l’aspiration à une identification, une fusion totale avec Ce à quoi on s’est donné, et peu à peu cette aspiration aura raison de toutes les différences, de toutes les résistances, surtout si à l’aspiration vient s’ajouter un amour intense et spontané, car alors rien ne peut plus s’opposer à son élan victorieux.
Cette aspiration à l'identification est là, de plus en plus insistante...
Il y a une différence essentielle entre cette identification et celle avec l’être psychique. Cette dernière peut être rendue de plus en plus durable et dans certains cas elle devient permanente et ne quitte plus jamais celui qui l’a réalisée, quelles que soient ses activités extérieures. C’est-à-dire qu’elle n’est plus seulement obtenue en méditation et en concentration, mais que ses effets se font sentir à tous les moments de l’existence, pendant le sommeil aussi bien que pendant la veille.
Tout au contraire, la libération de toute forme et l’identification avec ce qui est au-delà de la forme, ne peut pas durer d’une façon absolue, car elle amènerait automatiquement la dissolution de la forme matérielle. Certaines traditions disent que cette dissolution se produit inévitablement dans les vingt jours qui suivent l’identification totale. Pourtant il n’en est pas nécessairement ainsi, et même quand l’expérience n’est que momentanée, elle produit dans la conscience des résultats qui ne s’effacent point et ont des répercussions sur tous les états intérieurs et extérieurs de l’être. De plus, une fois que l’identification a été obtenue, elle est renouvelable à volonté, pourvu qu’on sache se remettre dans des conditions identiques.
Cette immersion dans le sans-forme est la suprême libération recherchée par ceux qui veulent échapper à une existence qui n’a plus d’attrait pour eux. Qu’ils ne soient pas satisfaits du monde dans sa forme actuelle n’a rien de surprenant. Mais une libération qui laisse le monde tel qu’il est et qui n’affecte en rien les conditions de la vie dont souffrent les autres, ne peut contenter ceux qui se refusent à jouir d’un bienfait dont ils sont les seuls détenteurs, ou presque, et qui rêvent d’un monde plus digne des splendeurs qui se cachent derrière son apparent désordre et ses misères généralisées. Ils rêvent de faire profiter les autres des merveilles qu’ils ont découvertes dans leur exploration intérieure. Et le moyen de le faire est à leur portée maintenant qu’ils ont atteint le sommet de l’ascension.
Alors, Mère en vient à parler de ce qu'elle appelle l'éducation supramentale. C'est intéressant à titre indicatif mais nous avons déjà tellement à faire avec le psychique et le spirituel qu'il est sans doute préférable de laisser ce sujet de côté.
De par-delà les frontières de la forme, une force nouvelle peut être évoquée, une puissance de conscience qui ne s’est pas encore exprimée et qui, par son apparition, pourra changer le cours des choses et faire naître un monde nouveau.
Car la vraie solution au problème de la souffrance, de l’ignorance et de la mort, n’est pas une fuite individuelle hors des misères terrestres par l’annihilation dans le non-manifesté, ni une problématique fuite collective hors de la souffrance universelle, par un retour intégral et définitif de la création à son créateur, guérissant ainsi l’univers par son abolition, mais une transformation, une transfiguration totale de la matière, amenée par la continuation logique de la marche ascendante de la nature dans son progrès vers la perfection, la création d’un type nouveau qui sera à l’homme ce que l’homme est à l’animal et qui manifestera sur terre une force nouvelle, une conscience nouvelle, un pouvoir nouveau.
Alors commencera ainsi une nouvelle éducation qui peut être appelée l’éducation supramentale et qui, par son action toute-puissante, agira non seulement sur la conscience des êtres individuels, mais sur la substance dont ils sont façonnés et sur le milieu dans lequel ils vivent.
À l’encontre des éducations dont nous avons parlé précédemment, qui progressent de bas en haut par un mouvement ascendant des diverses parties de l’être, l’éducation supramentale progressera de haut en bas dans une influence se propageant d’états d’être en états d’être pour atteindre finalement le physique.
La transformation de ce dernier ne prendra place de façon visible que lorsque les états d’être intérieurs seront déjà considérablement transformés. Il est donc tout à fait déraisonnable de vouloir se rendre compte de la présence supramentale par les apparences physiques. Car celles-ci seront les dernières à être changées et la force supramentale peut être à l’œuvre dans un individu longtemps avant que quelque chose ne devienne perceptible dans sa vie corporelle.
Pour résumer, on peut dire que l’éducation supramentale aura pour effet, non plus une formation progressive de la nature humaine et un croissant développement de ses facultés latentes, mais une transformation de la nature elle-même, une transfiguration de l’être dans sa totalité, une ascension nouvelle de l’espèce au-delà et au-dessus de l’homme vers le surhomme, pour aboutir à l’apparition d’une race divine sur la terre.
Je recommande la dernière vidéo d'Emmanuel ; elle est bien construite, les citations bien choisies et le sujet d'une toute première importance.
Concernant l'émergence du psychique, tout dépend de ce que l'on appelle émergence. Entre émergence, venue au premier plan et réalisation, il y a tout un échelon de nuances.
Je me suis demandé comment il était possible de reconnaître la présence du psychique chez quelqu'un d'autre ? Plusieurs pistes se sont présentées :
➡ seul le semblable peut reconnaître le semblable,
➡ en regardant les yeux de la personne,
➡ en ressentant où cela vibre en nous quand nous le regardons, l'écoutons,
➡ et puis... occupe toi de tes fesses ! Sous entendu, peut-être que cela ne nous regarde pas, et plutôt que de nous perdre notre temps à nous interroger sur l'état intérieur et la réalisation des autres, nous ferions mieux de nous occuper de notre propre accomplissement.
Et puis, il y a ce passage de l'Entretien du 17 août 1955 qui nous rappelle que l'expérience psychique est chose absolument rare :
Douce Mère, ici Sri Aurobindo dit que la conjonction de l’être psychique et de la conscience supérieure est le principal moyen d’obtenir la siddhi. Ordinairement, est-ce qu’il n’y a pas une conjonction entre l’être psychique et la conscience supérieure ?
Ordinairement veut dire dans la vie ordinaire ? Un rapport entre l’être psychique...
Oui.
C’est presque, presque totalement inconscient. Dans la vie ordinaire, il n’y a pas une personne sur un million qui a un rapport conscient avec son être psychique, même momentané. L’être psychique peut travailler du dedans, mais d’une façon tellement invisible et tellement inconsciente pour l’être extérieur, que c’est comme s’il n’existait pas. Et dans la plupart des cas, l’immense majorité, la presque totalité des cas, il est comme endormi, pas actif du tout, dans une sorte de torpeur. C’est seulement avec la sâdhanâ et un effort très persistant qu’on arrive à avoir un rapport conscient avec son être psychique.
Immobilité psychique
Ceci dit, la vidéo d'Emmanuel m'a fait travailler car ce matin au réveil, je me suis dit : la seule façon de répondre à toutes ces questions : qu'est-ce que le psychique, à quoi il sert, comment savoir s'il a émergé ou pas, s'il est au premier plan et patati et patata, c'était D'EN AVOIR L'EXPÉRIENCE.
Alors je suis entré en intériorisation avec l'aspiration de SAVOIR et de M'IDENTIFIER avec le psychique, de FAIRE UN, de FUSIONNER avec le psychique. Mon aspiration n'était pas très intense, mais elle était spontanée et déterminée. Et j'aurais tendance à dire que spontané rime apparemment assez souvent avec sincérité.
Alors, immédiatement une expérience s'est enclenchée, et je ne m'attendais pas à ce qu'elle prenne cette forme.
Une immobilité s'est installée dans le corps. Cela m'a évidemment rappelé un article précédent dans lequel je partage une expérience qui m'a fait toucher quelque chose qui ne vacille pas, qui ne bouge pas et qui m'a rappelé un passage ou Satpem parle d'être posé sur un "roc éternel".
Cette immobilité fut à la fois immédiate et progressive. Immédiate parce que, tout de suite, je me suis dit que cela ressemblait à ce que l'on raconte sur certaines drogues qui empêchent complètement le moindre mouvement et qui laissent la personne tout à fait consciente. Sans doute que si vraiment, j'avais voulu bouger, j'aurais pu le faire, mais au niveau du sentiment, c'était que je ne pouvais pas bouger. J'étais immobilisé.
Mais dans cette immobilité extérieure, à peu près générale, ici et là, de temps en temps, quelque chose bougeait, se révoltait, s'agitait... alors en ce sens, cette immobilité était aussi progressive, cherchant à s'élargir et s'approfondir dans tous les espaces intérieurs. Et quand un point dans le corps résistait au fait de se laisser prendre dans cette immobilisation, cela faisait mal. Ce n'était pas l'immobilisation qui était douloureuses, c'était la résistance à l'immobilisation qui entraînait la douleur. Mais généralement, cela ne durait que quelques secondes. Le processus d'immobilisation était trop fort, trop puissant, pas grand chose apparemment n'était en mesure de résister.
L'une des caractéristiques frappante de cette expérience fut sa longueur. Je n'ai même pas pensé à vérifier mais je pense que pendant plus d'une heure, j'ai été dans cette immobilisation à observer et ressentir ce qui se passait. Et par rapport à toutes les micro expériences qui me traversent pendant quelques secondes, une heure d'expérience avec cette acuité de conscience, c'est ressenti comme une expérience très longue.
J'avais l'impression d'être un gâteau mis au four, d'une douce cuisson, d'une cuisson à feu très doux, que dans cette immobilisation une homogénéisation de la substance corporelle était en train de se faire. Comme si ma substance corporelle essayait de se fondre avec la substance du psychique. C'était une expérience très charnelle et très éloignée de tous les mots psychologiques et spirituels que l'on emploie généralement pour parler du psychique. Cela m'a rappelé cette célèbre parole de Rûmî ! : J’étais cru, je fus cuit, j’ai brûlé. Je crois qu'il y a, avec ou dans cette immobilité, quelque chose en lien avec je ne sais quelque alchimie intérieure. Évidemment, le processus est loin d'être terminé.
Mon aspiration spontanée fut une volonté de savoir ce qu'est le psychique et de fusionner avec lui, et c'est cette expérience d'immobilité intérieure qui est venue.
Est-ce que l'on peut parler d'une émergence du psychique ? Honnêtement je ne sais pas. C'est tellement déconcertant. Il y a un tel décalage entre les mots qui sont utilisés dans les livres et le ressenti des expériences qui sont vécues que je ne saurais dire.
Et puis, autre fait significatif, que j'ai souvent remarqué et déjà évoqué, c'est qu'au niveau de la poitrine, de la zone du cœur, ce processus d'immobilisation faisait encore plus mal que dans les autres parties du corps. C'est-à-dire, c'est un peu curieux, mais d'après ce que j'ai crû remarquer, c'est le cœur, ou quelque chose dans le cœur, qui résiste le plus. Alors qu'a priori, c'est vers le cœur que le psychique est censé avoir la plus grande influence.
Alors est venu une phrase aidante : la douleur est un passage.
Alors je me répétais cela, la douleur est un passage, la douleur est un passage, et effectivement, et effectivement, l'immobilisation dans la zone de la poitrine a pu aller plus loin que d'habitude. J'ai un en traverser plusieurs, 3, 4, 5 je ne sais plus avant que... décidément, c'est trop douloureux. Et ce n'est pas du tout une douleur psychologique du cœur, ça je connais bien, c'est une douleur tout à fait concrète, apparemment aussi physique que cela puisse être.
Il y a eu aussi deux observations assez curieuse sur le schéma corporel. Si nous fermons les yeux et ressentons notre corps, nous sentons une certaine forme, un certain volume, une hauteur, une largeur. Eh bien, au niveau de la poitrine où il y avait davantage de douleurs, de résistances, l'impression que c'était tout petit par rapport à la taille. Pour donner une image, c'est comme si ma poitrine avait la taille d'un ballon de basket et le bassin une circonférence... dix fois plus grande.
Et puis surtout, à un moment donné, j'ai ressenti le corps fin comme un papier à cigarette. Une impression très curieuse, je n'avais jamais ressenti un truc pareil. Immédiatement cela m'a rappelé cet Agenda du 13 décembre 1969 où Mère parle de se laisser aplatir jusqu'à disparition. J'avais vraiment l'impression d'être tout plat. Pour cet article, j'ai recherché la date de cette citation. La phrase suivante et tout aussi évocatrice : Au fond, c'est ça le plus difficile : apprendre à disparaître.
Du coup, je vais relire cet Agenda et par la même occasion relire les Agendas à partir de l'année 1969 afin de rassembler ce que Mère à pu dire de la Nouvelle Conscience.
Texte et enregistrement audio de cet Agenda
Avec la zone de la poitrine, la zone du cerveau fut elle aussi avec le plus de résistance à cette immobilisation.
Pour finir, parfois, quand un point résistait, j'essayais de voir ce qu'il y avait derrière, alors des images apparaissaient... mais comme cela ne faisait pas grand sens, j'étais plus kinesthésique, intéressé par la sensation. Peut-être faut-il aller plus profond encore et chercher à voir ce qu'il y a au-delà ou par derrière les images mais je n'y ai même pas pensé.
Ces vives douleurs ressenties m'invitent à aborder un autre sujet avec deux extraits des Entretiens.
Ça fait mal !
Entretien du 16 mars 1955
Douce Mère, comment faut-il rejeter quelque chose du vital pour que cela n’entre pas dans la subconscience ?
Ah ! Il y a une grande différence entre
➡ repousser une chose simplement parce qu’on n’en veut pas,
➡ et changer la condition de sa conscience qui fait que cette chose devient totalement étrangère à votre nature.
D’habitude, quand on a un mouvement dont on ne veut pas, on le chasse, on le repousse, mais on ne prend pas la précaution de trouver en soi ce qui a servi et ce qui sert encore de soutien à ce mouvement, la tendance spéciale, le pli de conscience qui fait que cette chose est capable d’entrer dans la conscience.
Si au contraire, au lieu simplement de faire un mouvement de réprobation et de rejet, on entre profondément dans sa conscience vitale et qu’on trouve le support, c’est-à-dire comme une petite vibration spéciale qui est enfouie très profondément dans un coin, souvent dans un coin si obscur qu’on a de la difficulté à la trouver là ; si on part en chasse, c’est-à-dire si on s’intériorise, si on se concentre, si on suit comme à la piste ce mouvement jusqu’à son origine, on trouve quelque chose comme un tout petit serpent lové, quelque chose, quelquefois, de tout petit, pas plus grand qu’un pois, mais qui est très noir et enfoncé très fort.
Et alors, il y a deux procédés :
➡ ou mettre une lumière tellement intense, la lumière d’une Conscience de Vérité tellement forte, que ça sera dissous ;
➡ ou bien attraper ça comme avec une pince, le tirer de l’endroit où ça se trouve et le mettre en face de sa conscience.
Le premier procédé est radical, mais on n’a pas toujours à sa disposition cette Lumière de Vérité, alors on ne peut pas toujours l’employer.
Le second procédé, on peut le prendre, mais ça fait mal, ça fait un mal aussi grand que si on vous arrache une dent ; je ne sais pas si on vous a jamais arraché une dent, mais ça fait aussi mal que ça, et ça fait mal là, comme ça (Mère indique le centre de la poitrine et fait un mouvement de torsion).
Je suis content parce que quand il est question de la poitrine, la zone du cœur, il est toujours question des sentiments, des émotions, de la proximité avec le psychique qui est une paix, une lumière, une douceur... et moi ce que je rencontre, dans cette zone, c'est qu'il y a des points qui font mal, et même super mal. La solution est de passer du super mal au super man... 😊 le psychique.
Et généralement, on n’est pas très courageux. Quand ça fait très mal, eh bien, on essaye d’effacer ça comme ça (geste), et c’est pour cela que les choses persistent. Mais si on a le courage de le prendre et de tirer jusqu’à ce que ça soit là et de le mettre en face de soi, même si ça fait très, très mal... alors le tenir comme ça (geste), jusqu’à ce qu’on puisse voir clair, et puis le dissoudre, alors c’est fini. La chose ne se cachera plus jamais dans le subconscient et ne reviendra jamais plus vous ennuyer.
Mais c’est une opération radicale. Il faut le faire comme une opération.
Il faut d’abord avoir beaucoup de persévérance dans la recherche, parce que généralement quand on se met à la recherche de ces choses, le mental vient donner cent et une explications favorables pour que vous n’ayez pas besoin de chercher. Il vous dit : « Mais non, ce n’est pas du tout votre faute ; c’est ceci, c’est cela, ce sont les circonstances, ce sont les gens, ce sont des choses reçues du dehors » — toutes sortes d’excellentes excuses, ce qui fait qu’à moins que vous ne soyez très ferme dans votre résolution, vous laissez aller et puis c’est fini ; et alors au bout de quelque temps toute l’affaire est à recommencer, l’impulsion mauvaise ou la chose dont vous ne vouliez pas, le mouvement dont vous ne vouliez pas revient, et alors il faut tout recommencer, jusqu’au jour où vous aurez décidé de faire l’opération.
Quand l’opération est faite, c’est fini, on est libre.
Mais, comme je dis, il faut se méfier des explications mentales, parce que chaque fois on dit : « Oui, oui, les autres fois c’était comme ça, mais cette fois-ci vraiment, vraiment ce n’est pas ma faute, ce n’est pas ma faute. » Voilà. Alors c’est fini, c’est à recommencer. Le subconscient est là, la chose descend, reste là, très confortable, et le premier jour où vous n’êtes pas sur vos gardes, hop ! ça remonte et ça peut durer ; j’ai connu des gens pour qui ça avait duré plus de trente-cinq ans, parce qu’ils n’avaient pas résolu une seule fois de faire ce qu’il fallait. Oui, ça fait mal, ça fait un peu mal, c’est tout ; après c’est fini. Voilà.
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Entretien du 7 mars 1956
Douce Mère, je n’ai pas compris ici :
« [Les ennemis intérieurs] doivent être sacrifiés, au sens rigoureux du terme, quelle que soit la douleur qu’en s’en allant ils peuvent jeter en reflet sur la conscience du chercheur. »
(La Synthèse des Yogas, vol. I, p. 119)
Pas compris ? Cela ne t’est jamais arrivé, non ? Quand, par exemple, tu as un mouvement que tu n’aimes pas (un mouvement de colère ou de dépit, toutes sortes de choses comme cela, ou une insincérité, ou quelque chose que tu n’aimes pas), quand tu le rejettes de toi, quand tu veux faire un effort pour ne plus l’avoir, ça te fait mal, non ? Ça fait mal, c’est comme si l’on arrachait quelque chose. Eh bien, c’est de cette douleur-là qu’il parle ; il dit que c’est la chose mauvaise que tu jettes en dehors de toi qui, au moment de s’en aller, te donne un gentil petit coup comme cadeau de départ. C’est ce qu’il dit.
Parce que l’on est toujours dans l’illusion que la douleur est à soi. Ce n’est pas vrai. La douleur est une chose qui est mise sur vous. Le même événement pourrait arriver exactement semblable dans tous ses détails, sans que cela vous fasse l’ombre d’une douleur ; au contraire, quelquefois cela peut vous remplir d’une joie extatique. Et c’est exactement la même chose. Mais dans un cas, on est ouvert aux forces adverses que l’on veut rejeter de soi, et dans l’autre, on n’est pas ouvert, on est déjà suffisamment loin d’elles pour qu’elles ne puissent plus avoir d’effet ; et alors, au lieu de sentir le côté négatif qu’elles représentent, on sent seulement le côté positif que le Divin représente dans l’expérience. C’est la grâce divine qui vous fait faire le progrès, et avec la Grâce divine, on sent la Joie divine.
Mais au lieu de s’identifier à la Grâce qui fait faire le progrès, on s’identifie à la chose vilaine dont on veut se débarrasser ; et alors, naturellement, on sent comme elle et on souffre. Ça, c’est une expérience que vous pouvez faire si vous avez juste un petit peu de conscience. Il y a quelque chose en vous que vous ne voulez pas, qui est mauvais — pour une raison ou une autre vous n’en voulez pas, vous voulez l’arracher de vous —, eh bien, si vous vous identifiez si peu que ce soit à cette chose-là, vous sentez la douleur de l’arrachement ; si, au contraire, vous vous identifiez à la Force divine qui vient pour vous libérer, vous sentez la joie de la Grâce divine — et vous avez l’extase du progrès que vous avez fait.
Oh ! Je n'avais jamais pensé à procéder ainsi, cela va être intéressant à expérimenter.
Et c’est pour vous un signe certain, c’est une indication certaine de ce avec quoi vous vous identifiez. Si vous vous identifiez aux forces d’en bas, vous souffrez ; si vous vous identifiez aux forces d’en haut, vous êtes heureux. Et je ne parle pas d’avoir du plaisir ; il ne faut pas croire que, quand on saute, on danse, on crie et on joue, on est identifié aux forces divines (on peut ne pas l’être, on peut l’être aussi). Ce n’est pas de cela que je parle. Je parle de la Joie divine, la Joie intérieure qui est sans mélange.
Chaque fois qu’une ombre passe, avec ce qui peut être simplement un malaise, ou qui peut devenir une grande douleur ou une souffrance intolérable, sur toute la gamme, depuis la plus petite chose jusqu’à la plus grande, dès que cela paraît dans votre être, vous pouvez vous dire : « Tiens ! l’ennemi est là », sous une forme ou une autre.
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Pour en revenir à la vidéo d'Emmanuel, j'aimerais attirer l'attention sur un aspect qui peut nous laisser perplexe.
1. D'un côté, nous avons à 26 mn 32, cet extrait de l'Entretien du 10 novembre 1954 :
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Et cet extrait de l'Entretien du 4 juin 1958 :
En fait, tant qu’il y a hésitation ou doute, tant que l’on se pose la question de savoir si l’on a ou si l’on n’a pas réalisé cette âme éternelle en soi, cela prouve que le vrai contact n’a pas eu lieu. Parce que, quand le phénomène se produit, il apporte avec lui un « quelque chose » d’inexprimable, de tellement nouveau et de tellement définitif, que le doute et la question ne sont plus possibles. C’est vraiment, dans le sens absolu du mot, une nouvelle naissance.
On devient une nouvelle personne, et quels que puissent être le chemin ou les difficultés du chemin ensuite, ce sens-là ne vous quitte plus. Ce n’est pas quelque chose même — comme beaucoup d’autres expériences — qui se recule, qui passe à l’arrière-plan, qui vous laisse extérieurement une sorte de vague souvenir auquel on a de la difficulté à s’accrocher, dont le souvenir s’atténue, s’estompe — ce n’est pas cela. On est une nouvelle personne, et on est cela définitivement, quoi qu’il arrive.
Et même toutes les incapacités du mental, toutes les difficultés du vital, toutes les inerties du physique n’arrivent pas à changer cet état nouveau — un état nouveau qui fait une coupure décisive dans la vie de la conscience. L’être que l’on était avant et l’être que l’on est après, n’est plus le même. La position que l’on a dans l’univers, par rapport à l’univers, dans la vie et par rapport à la vie, dans la compréhension et par rapport à la compréhension, n’est plus la même : c’est un véritable renversement qui ne peut plus se défaire.
C’est pourquoi, quand les gens me disent : « Je voudrais bien savoir si je suis en contact avec mon âme ou pas », je leur dis : « Ça suffit, si vous vous posez la question, cela prouve que vous ne l’êtes pas. Vous n’avez pas besoin d’avoir une réponse, vous vous la donnez à vous-même. » Quand c’est ça, c’est ça, et puis c’est fini, ce n’est plus autre chose.
2. Et d'un autre côté, nous avons à 41 mn 28, cet extrait des Lumières sur le Yoga :
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Mère. Entretiens (1955-58): Tape recordings
Mère Entretiens Le 4 juin 1958 "Au début, la vérité de l'Esprit et de la spiritualité n'est pas évidente pour le mental. L'homme commence par percevoir mentalement son âme comme quelque chos...
https://aurobindoru.auromaa.org/workings/ma/playground_audio/58-06-04.htm
Texte et enregistrement audio
Auquel j'ajoute ce paragraphe de La vie Divine (Livre 2 – Chapitre 25. La Triple Transformation – page 957)
Mais pour que ce changement atteigne sa totalité la plus vaste et sa plénitude la plus profonde, la conscience doit déplacer son centre et sa position statique et dynamique, de la surface à l’être intérieur ; c’est là que nous devons trouver le fondement de notre pensée, de notre vie et de notre action. Car rester au-dehors, à la surface, et recevoir les indications de l’être intérieur et les suivre, n’est pas une transformation suffisante ; il faut cesser d’être la personnalité de surface et devenir la Personne intérieure, le Purusha.
Mais cela est difficile, d’abord parce que la nature extérieure s’oppose au mouvement et s’accroche à son équilibre normal, habituel, à son mode d’existence tourné vers le dehors ; et, en outre, parce que le chemin est long depuis la surface jusqu’aux profondeurs où l’entité psychique reste voilée à nos regards.
Cet espace intermédiaire est envahi par une nature subliminale et des mouvements naturels qui ne sont pas tous favorables, il s’en faut, à la plénitude de ce mouvement d’intériorisation. La nature extérieure doit encore subir un changement d’équilibre, une tranquillisation, une purification, une subtile mutation de sa substance et de son énergie, grâce auxquels les multiples obstacles qui subsistent en elle se raréfient, cèdent ou même disparaissent.
Il devient alors possible de pénétrer jusqu’aux profondeurs de notre être, et, des profondeurs ainsi atteintes, une nouvelle conscience peut se former, à la fois derrière le moi extérieur et au-dedans de lui, reliant la profondeur à la surface. Une conscience doit grandir en nous ou s’y manifester, qui s’ouvre de plus en plus à l’être supérieur et à l’être profond, et qui de plus en plus se dénude devant le Moi et le Pouvoir cosmiques et devant ce qui descend de la Transcendance, une conscience tournée vers une paix plus haute, perméable à une lumière, à une force et une extase plus grandes, une conscience qui excède la petite personnalité et dépasse la lumière et l’expérience limitées du mental de surface, la force et l’aspiration limitées de la conscience normale de la vie, la réceptivité obscure et limitée du corps.
Le paradoxe
Les deux premiers extraits tendent à montrer que l'émergence du psychique, le contact avec le psychique est une expérience si radicale, si définitive, que toutes les doutes sont balayés. Je me souviens aussi d'un autre Entretien dans lequel Mère explique que cette expérience n'est pas progressive, mais immédiate.
Et les deux extraits suivant évoquent au contraire, un long chemin de la surface au psychique et toute une série de conditions assez drastiques pour son ouverture et sa venue en avant.
L'opposition n'est évidemment qu'apparente et nous oblige à une compréhension plus profonde et plus subtile. Mon impression est qu'il peut y avoir les deux : toute une série d'expériences, de rêves, de signes qui indiquent une ouverture du psychique, et même une émergence ponctuelle, une croissance de son influence, mais quand l'expérience est passée, l'ouverture se referme et le psychique se retire, et tous les doutes du mental refont surface, et nous voilà replongé dans la conscience ordinaire et toutes les imperfections de notre nature mentale, vitale et physique.
Pour le dire autrement, c'est le côté radical, définitif, si affirmatif, de ces textes de Mère qui peuvent nous laisser perplexe. Il me semble que le psychique peut émerger, et se retirer, et émerger à nouveau, et ainsi de suite jusqu'à que notre nature soit prête à une émergence constante. Pour rappel, Mère a bien expliqué que l'identification avec le psychique pouvait être durable et constante alors que l'identification avec le non-manifesté ne pouvait être que temporaire.
Un autre aspect de la question m'a souvent traversé. Je ne me souviens que très vaguement avoir lu des choses à ce propos, alors je me trompe sans doute, mais je me suis souvent demandé dans quelle mesure il était possible d'avoir une expérience, sans se rendre compte qu'on avait une expérience. Ou bien, lorsque nous avons une expérience, de ne pas bien en mesurer la nature, l'importance, ni sans savoir en tirer toutes les conséquences.
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La porte du psychique s'ouvre de l'intérieur...
Ça, pour conclure, c'est l'une des choses qu'Emmanuel dit à plusieurs reprises dans la vidéo... et cela me paraît être une clef très importante. C'est à mon avis, la plus belle chose de la vidéo, et rien que pour ça, elle mérite d'être partagée.
🙏