Substance de silence – Assis au-dessus de la tête – 3 points bleus – Trombiniscope
Et soudain, tout est devenu très silencieux. Il n'y avait plus de prières, plus de mots, plus de sentiments. Un silence que je ne connaissais pas. Et ce n'était pas une absence de bruit, ni même le retombement d'une prière épuisée ni l'apaisement du cœur, c'était, étrangement, une substance faite de silence, comme une coulée de silence solide — un gel de silence qui tombait sur moi.
Quelque chose qui saisissait tout : les pensées, le cœur, les bruissements du corps et les enveloppait ou les feutrait d'une invisible neige, très douce. C'était dense, et c'était clair en même temps, cristallin, comme une aube givrée où monte le chant d'un coq. J'étais pris, là, figé dans cette densité fraîche, et je ne savais plus très bien qui était pris : c'était pris. On aurait dit une irruption neigeuse qui entrait par tous les pores de la peau, s'infusait lentement, doucement, comme si elle mettait des millions de petites bulles d'air dans toutes les cellules du corps : ça s'aérait subtilement, se dilatait, se gonflait presque ; le corps devenait poreux ; et toute cette compacité retenue commençait à s'échapper par mille petits trous infimes dans une sorte de gonflement d'aise. C'était comme d'innombrables petites respirations qui fusaient dans tous les sens en faisant une fraîcheur de mousse.
Et en même temps, moi, ou ce qui était moi, s'épanchait horizontalement. Ça se déplissait, se répandait, s'allongeait indéfiniment dans toutes les directions, et moi... je ne sais pas, c'était fondu, parti. C'était l'écran qui avait bouché l'espace. C'était parti et tout rentrait ; une subite respiration qui n'en finissait pas de s'emplir ; qui coulait, coulait partout comme la fraîcheur limpide des grandes plaines bleutées de la nuit. Il n'y avait plus de parois, plus rien qui arrête : j'avais passé par tous les pores de ma peau, je m'étais perdu dans les eaux douces de la nuit.
Il y roulait un train, il y passait des villes, des villages, des gares, des voix qui hèlent à travers les champs immobiles ; et les bruits ne venaient plus cogner contre moi — ils montaient d'une grande nuit claire, ils allaient se perdre au loin dans les hautes herbes de mon silence. Et tout était parfaitement immobile. Si immobile qu'il n'y avait plus un souffle de moi ni de poids, il n'y avait plus le moindre caillou de je nulle part : ça passait au travers. J'étais loin et j'étais là, et j'étais à des milliers de points, et je ne savais plus où je commençais ni où ça finissait — des grillons sifflaient en moi comme dans une grande rizière d'Asie, le train roulait au-dedans sans le moindre déplacement. Tout était tranquille comme pour des millénaires. Le monde se meut dans une parfaite immobilité.
Mais ce n'était pas une dissolution ni un anéantissement ni un sommeil : c'était une immobilité vivante, éveillée, fourmillante, comme si d'innombrables yeux s'étaient ouverts au bout d'un million d'antennes — ouverts et immobiles. Un immobile regard innombrable, sans commentaires, sans sentiments, sans interprétation : simplement ça regardait — quoi ? Je ne sais pas. C'était la nuit immense. Un regard qui contenait tout, portait tout, suffisant à soi-même, plein de soi-même ; une béatitude sans objet, contente d'être soi pour toujours. Et parfois, cet œil parfait semblait revenir à « moi »; alors, il y avait une toute petite contraction sur un point, un minuscule malaise, mais c'était si tranquille vraiment que c'était comme une inexistence, ou peut-être comme une existence sans borne ; comme un plissement d'être imperceptible, une image mince, qui s'enfonçait peut-être à des milliers de pieds, ou comme une profondeur bleutée qui portait ce reflet de moi.
Satprem – Par le corps de la terre ou le Sannyasin
Chapitre 4 – Page 35
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Si l'on m'avait donné le texte du Sannyasin sans me donner le titre et l'auteur, je n'aurais pas mis longtemps à devenir qu'il s'agissait de Satprem : certaines phrases rappellent trop ce qu'il a pu dire dans les interviews que nous avons de lui et même certains passages de l'Agenda. Je ne l'avais jamais lu et certains passages sont vraiment poignants, d'autres magnifiques et des trouvailles d'expression qui sont la marque des grands écrivain.
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La condition idéale du progrès. Riche, profond, multiple.
Substance de silence
Dans ce paragraphe cette substance faite de silence m'a rappelé une expérience personnelle, à l'époque de ma rencontre avec Sandrine à Aix en Provence. J'en étais donc à mes tous débuts et les premiers pas de cette période était marqués par une pratique assez intensive du japa des prières de la conscience des cellules que je faisais quelques heures par jour.
Et je me souviens très bien qu'un jour, au-dessus et tout autour de la tête je me suis tout à coup senti enveloppé d'une substance de silence. Je voyais des pensées arriver de l'extérieur et quand elle rentrait dans cette zone, elles se dissolvaient automatiquement. Ce silence était si épais que je me suis dit que j'aurais pu le couper en tranche comme on coupe une portion de gâteau. Je n'ai pas su garder l'expérience plus de quelques secondes, mais je m'en souviens parfaitement bien, comme si c'était hier.
Depuis, il m'est arrivé de toucher quelquefois le silence, mais jamais avec cette sensation si substantielle, et cette vision des pensées non plus n'est jamais revenue.
Dans cette même période, et dans cet appartement, deux autres expériences inoubliables sont venues.
Assis au-dessus de la tête
Dans l'Agenda, Mère explique qu'à un moment donné, sa conscience s'est centée au-dessus de la tête, et de même, dans les quatre pratiques pour développer l'intuition, il en est une qui consiste à déplacer le centre de conscience au-dessus de la tête. Maintenant, cela me semble encore bien difficile à réaliser, mais à l'époque, j'ignore comment cela s'est passé, mais pendant quelques secondes, tout à coup, je me suis retrouvé avec la sensation d'être assis en tailleur au-dessus de ma tête.
Aujourd'hui je dirais que l'un de mes êtres intérieurs était sorti du corps pour se poser-là, à moins qu'il ne s'agisse d'une identification involontaire avec le jivatman – je n'en sais rien. Comment est-ce venu ? Quel est le sens ? Je n'en sais rien non plus, mais la sensation était tout à fait claire.
Trois points bleus
Si nous fermons les yeux et plongeons dans nos mondes intérieurs il va de soi que toutes sortes d'images peuvent se présenter. Mais les yeux ouverts, je ne vois même pas les auras, et ce sens, je n'ai pas de vision. Et cette fois-là, tout à coup, j'ai vu trois points bleus, à peu près à la hauteur de la poitrine. Un bleu, tout à fait identique au bleu de la flamme d'un brûleur à gaz. Chaque point bleu avait peu près la forme et la taille de la pulpe du pouce et les trois points bleus formaient un triangle avec un sommet légèrement plus haut que la base. Et les trois points bleus restaient-là, comme en vol géostationnaire, immobiles, suspendus dans l'air. J'étais très intrigué et au bout d'une dizaine ou d'une vingtaine de secondes, j'ai été traversé par une onde de peur, et aussitôt les points bleus ont disparus. Quel ballot !
La encore, je n'ai aucune explication sur la cause et la signification.
Trombinoscope
En 2006, à l'occasion de mon premier séjour à Auroville, je suis allé à Kotagiri, pour aller "rôder" autour de la maison de Satprem. Je n'ai évidemment pas osé sonner au portail vert mais je voulais sentir l'atmosphère et ce fut l'occasion aussi de faire le japa tout autour. À un moment donné, un peu interloqué, j'ai vu apparaître sur mon avant bras gauche, un trombinoscope de visages humains...
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Au niveau de la ligne du poignet, 4 ou 5 visages alignés, très serrés. Et un centimètre plus haut, à nouveau, 4 ou 5 visages alignés, et ainsi de suite, jusqu'au coude. Sur des dizaines de lignes, 4 ou 5 visages par lignes, des centaines de visages sur cet avant bras...
Et je n'étais pas du tout intériorisé, en méditation, les yeux fermés. Je faisais le japa des prières de la conscience des cellules, debout, en marchant, les yeux bien ouverts... et à jeun ! Je veux dire, sans alcool ni aucune drogue.
Incarnations futures ? Incarnations passées ? Image symbolique de l'Unité... pour rappeler que tout est dans tout, que notre corps contient tous les autres corps ? Ou beaucoup d'autres corps ? Je ne sais pas, encore maintenant, je n'ai pour ainsi dire jamais l'explication des expériences.
En résumé
➡ ces expériences ne se sont jamais renouvelées,
➡ aucune explication n'a été donnée,
➡ elles n'ont duré que quelques secondes et semblent pourtant avoir laissé une trace indélébile,
➡ toutes sont survenues à une époque où je faisais le japa des prières de la conscience des cellules en marchant quelques heures par jour.
185__Prières de la conscience des cellules (1951-1959)
Prières de la conscience des cellules (1951-1959) 21 septembre 1951 O mon doux Seigneur, suprême Vérité j'aspire à ce que cette nourriture que j'absorbe, infuse dans toutes les cellules de mon...
Premier japa
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