La perfection intérieure dans les oeuvres de Mère (2)
Notre être a soif de perfection. Non pas cette perfection humaine qui est une perfection de l’ego et barre le chemin à la perfection divine. Mais une perfection qui puisse manifester sur terre la Vérité Éternelle.
Message de Mère pour 1962
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Entretien de Mère du 15 juillet 1953
Et alors, si l’on objective un peu, si, pour une raison quelconque, on a été mis en présence de beaucoup de misères dans le monde, si on a des amis qui sont malheureux ou des parents qui souffrent, ou des difficultés, n’importe quoi, alors on demande que toute la conscience puisse s’élever ensemble vers cette perfection qui doit se manifester, et que toute cette ignorance qui a rendu le monde si malheureux puisse se changer en une connaissance éclairée, et que toute cette mauvaise volonté puisse s’illuminer et se transformer en bienveillance.
Et alors, dans la mesure de ce que l’on peut, de ce que l’on comprend, on souhaite de tout son cœur ; et ma foi, cela peut prendre la forme d’une prière, on peut demander — demander à quoi ? — demander à ce qui sait, demander à ce qui peut, demander à tout ce qui est meilleur et plus puissant que soi, d’aider à ce que ce soit comme cela. Et comme ces prières-là seraient jolies !
Le lendemain de cette publication, en poursuivant ma recherche de textes sur la perfection, je découvre que dans l'Agenda du 11 décembre 1968, Mère est revenue sur cet Entretien :
"Je me souviens que ces jours de «leçon», certains jours je savais que c'était le psychique qui parlait, et d'autres jours, c'était seulement le mental. Et je me souviens que ce jour-là, la présence psychique était très forte. C'est intéressant."
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Entretien de Mère du 28 décembre 1955
Ce n’est que l’être physique qui croît et qui se décompose. Mais cela provient de son manque de plasticité et de réceptivité, et par sa nature même ce n’est pas inévitable. Par conséquent, il y a tout lieu de croire qu’à un moment donné, à mesure que la conscience physique elle-même progressera consciemment et volontairement, eh bien, dans une certaine mesure et de plus en plus, le corps lui-même pourra d’abord résister à la déchéance — qui doit évidemment être le premier mouvement — et puis, peu à peu, commencer à croître en perfection intérieure, jusqu’à ce qu’il surmonte les forces de décomposition. Mais à vrai dire, c’est la seule chose qui, pour le moment, ne progresse pas. Tout le reste est en progrès.
Mais cette substance elle-même — c’est-à-dire cette substance physique matérielle qui se forme, constitue un organisme qui vit pendant un certain temps sous une forme donnée, et puis cette forme décroît et se dissout — la substance elle-même qui constitue ces formes successives, à travers toutes ces formes, elle progresse. C’est-à-dire que la substance moléculaire, cellulaire — peut-être même cellulaire, moléculaire et atomique — est en progrès dans sa capacité d’expression de la Force et de la Conscience divines. À travers tous ces organismes, cette substance devient de plus en plus consciente, de plus en plus lumineuse, de plus en plus réceptive, jusqu’au moment où elle aura atteint une perfection suffisante pour devenir un véhicule possible pour la Force divine elle-même, qui pourra se servir d’elle comme elle se sert des éléments des autres parties de la Création, comme le mental ou le vital.
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Entretien de Mère du 4 janvier 1956
Maintenant, si l’on redescend de cette conscience vers une conscience plus extérieure, naturellement on commence à sentir d’une façon très précise les choses qui vous aident à atteindre à la vraie conscience et celles qui barrent le chemin, ou qui tirent en arrière, ou qui même luttent contre l’avance. Et alors le point de vue change et on est obligé de dire : ceci est divin, ou ceci aide vers le Divin ; et cela est contre le Divin, c’est l’ennemi du Divin.
Mais c’est un point de vue pragmatique, pour l’action, pour le mouvement dans la vie matérielle — parce que l’on n’a pas encore atteint à la conscience qui dépasse tout cela ; parce qu’on n’est pas arrivé à cette perfection intérieure qui fait que l’on n’a plus à lutter parce qu’on a dépassé la zone de la lutte, ou le temps de la lutte, ou l’utilité de la lutte.
Mais avant cela, avant d’arriver à cet état-là dans sa conscience et dans son action, il y a nécessairement lutte ; et s’il y a lutte, il y a choix ; et pour le choix, il faut le discernement.
Et le plus sûr moyen d’avoir le discernement, c’est une soumission consciente, volontaire et aussi totale que possible à la Volonté et à la Direction divines. Alors, on ne risque pas de se tromper... et de prendre des fausses lumières pour des vraies.
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Entretien de Mère du 14 novembre 1956
Et j’ajoute, puisque j’en ai l’occasion : nous demandons ici à beaucoup d’élèves, quand ils deviennent grands et qu’ils savent quelque chose, d’enseigner aux autres. Il y en a, je pense, qui comprennent pourquoi ; mais il y en a aussi qui pensent que c’est parce qu’il est bon de servir d’une façon quelconque, et qu’au fond on a besoin de professeurs et qu’on est content d’en avoir.
Mais moi, je vous dis (parce que c’est un fait) que je n’ai jamais demandé à aucun de ceux qui ont été éduqués ici de donner des leçons sans voir que ce sera pour lui la meilleure façon de se discipliner lui-même, d’apprendre mieux ce qu’il doit enseigner et d’arriver à une perfection intérieure qu’il n’aurait jamais eue s’il n’était pas professeur et qu’il n’avait pas eu cette occasion de se discipliner, qui est exceptionnellement sévère.
Ceux qui réussissent comme professeurs ici — je ne veux pas dire d’une réussite extérieure, artificielle et superficielle, mais qui deviennent vraiment de bons professeurs —, cela veut dire qu’ils sont capables de faire un progrès intérieur d’impersonnalisation, de suppression de l’égoïsme, de maîtrise de leurs mouvements, et capables d’une clairvoyance, d’une compréhension des autres et d’une patience à toute épreuve.
Si vous passez par cette discipline-là et que vous réussissiez, eh bien, vous n’aurez pas perdu votre temps ici.
Et je demande à tous ceux qui acceptent de donner des leçons d’accepter dans cet esprit-là.
C’est très bien d’être gentil et de rendre service et d’être utile ; c’est bon naturellement, c’est une très bonne chose ; mais c’est seulement un côté et peut-être le moindre côté de la question. Le plus grand côté, c’est que c’est une grâce qui vous est donnée pour pouvoir arriver à une maîtrise de soi, une compréhension du sujet et des autres que vous n’auriez jamais sans cette occasion.
Et si vous n’en avez pas profité pendant toutes les années que vous avez enseigné aux autres, cela veut dire que vous avez tout au moins à moitié perdu votre temps.
Nous avons tous plus ou moins ironisé sur ceux qui après un stage ou deux se hâtent d'enseigner le peu qu'ils ont appris superficiellement, et nous avons sans doute nous-mêmes été dans ce cas-là à un moment donné.
Mère a expliqué quelque part que la seule façon de vraiment aider quelqu'un d'autre, c'était d'être en contact avec son âme, car si nous avons la vision du projet de vie de l'âme, de ce qu'elle cherche à réaliser, de sa destination en quelque sorte, il est plus évidemment plus facile de lui donner les indications nécessaires. Du jour où j'ai lu cela, j'ai commencé à être vacciné de cette idée de guider les autres : chacun doit trouver son chemin – et d'ailleurs Sri Aurobindo-Mère l'ont plusieurs fois répété.
Je me suis souvent dit qu'avant la réalisation psychique et/ou la réalisation spirituelle, il était vain d'enseigner quelque chose... c'était sans doute très exagéré :
"nous demandons ici à beaucoup d’élèves, quand ils deviennent grands et qu’ils savent quelque chose, d’enseigner aux autres."
Ainsi, dès que l'on sait quelque chose, si je comprends correctement, Mère semble conseiller de l'enseigner aux autres. Encore faut-il que cette chose soit connue correctement, non seulement en elle-même, mais dans sa relation d'autres éléments. Et puis qu'elle soit connue sur différents plans : spirituels, intellectuels, psychologiques, émotionnels, énergétiques, physiques, voir même ses ramifications dans le subconscient et l'inconscient. En quelque sorte une compréhension sur le plan vertical et horizontal.
L'intérêt d'enseigner et de soumettre le professeur a une exigeante discipline basée sur
➡ un progrès intérieur d’impersonnalisation,
➡ la suppression de l’égoïsme,
➡ maîtrise de leurs mouvements,
➡ et la capacité d’une clairvoyance, d’une compréhension des autres et d’une patience à toute épreuve.
Chacun de ces points mériterait d'être développé. Comment développer cette impersonnalisation, cette absence d'égoïsme ? Que veut-elle dire par la "maîtrise des mouvements" ? Comment acquérir ces capacités de clairvoyance et de compréhension ?
La bonne nouvelle est qu'une grâce est donnée pour aider les professeurs à y parvenir.
Je n'avais aucun souvenir de ce passage... et je pense qu'il devrait intéresser beaucoup de monde. À vrai dire, il devrait intéresser tous les sadhaks du yoga intégral, car tous, dans nos univers respectifs, nous sommes plus ou moins régulièrement amenés à expliquer un truc ou un autre.
Et la transformation terrestre continuant son inévitable petit bonhomme de chemin, il est possible, si ce n'est probable, que ce rôle d'enseigner prenne dans l'avenir une place plus importante encore.
Savoir les qualités que nous devons développer est un point important pour nous préparer.
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Entretien de Mère du 6 février 1957
Le fait est que tout est dans un développement perpétuel, progressif, c’est-à-dire que toute la création, tout l’univers s’avance vers une perfection qui semble reculer à mesure qu’on avance vers elle, parce que ce qui paraissait une perfection à un moment donné ne l’est plus après quelque temps.
Les états d’être les plus subtils dans la conscience suivent cette progression à mesure qu’elle se produit, et plus on monte l’échelle, plus le rythme de l’avance est semblable au rythme du développement universel, se rapproche du rythme du développement divin ; mais le monde matériel est de nature rigide, la transformation y est lente, très lente, presque imperceptible pour la mesure du temps telle que la conscience humaine la perçoit... et alors il y a un déséquilibre constant entre le mouvement intérieur et le mouvement extérieur, et c’est ce déséquilibre, cette incapacité des formes extérieures à suivre le mouvement du progrès intérieur, qui produit la nécessité de la décomposition et du changement des formes.
Mais si, dans cette matière, on pouvait infuser une conscience suffisante pour que le même rythme soit obtenu, si cette matière devenait suffisamment plastique pour suivre la progression intérieure, cette rupture d’équilibre ne se produirait pas, et la mort ne serait plus nécessaire.
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Entretien de Mère du 14 avril 1957
À cause des idées fausses répandues dans le monde, généralement on ne voit pas les deux choses ensemble, la maîtrise spirituelle et la maîtrise matérielle, et alors, toujours, à l’une il manque l’autre ; mais c’est justement ce que nous voulons faire et ce que Sri Aurobindo va expliquer : si l’on joint les deux, le résultat peut atteindre à une perfection qui est impensable pour la pensée humaine ordinaire et c’est cela que nous voulons essayer.
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Entretien de Mère du 18 septembre 1957
Sri Aurobindo nous a dit que dans le Supramental lui-même il y a différents plans de réalisation et que ces plans se manifesteront successivement, avec le même mouvement progressif que celui qui a toujours présidé au développement universel.
Et c’est simplement parce que, jusqu’à présent, c’est un monde qui est fermé pour la majorité de l’humanité, ou à peine entrouvert pour quelques-uns, que l’on a de la difficulté à concevoir ce progrès dans la vie supramentale, mais il existera ; et du moment où il y a progrès, il y a ascension, et il y a une perfection qui se développe selon une loi propre, qui se dévoile petit à petit à la conscience — même à une conscience pleinement illuminée — et qui fonctionne dans la vérité au lieu de fonctionner dans l’ignorance...
Ce quelque chose1 qui n’est pas là complètement, totalement d’un seul coup (on pourrait presque dire massivement) dans la Manifestation, mais qui est progressif, suivra une même loi de développement que celle du monde dans lequel nous vivons maintenant, mais au lieu de ne pas savoir où l’on va, eh bien, on connaîtra le chemin et on le suivra consciemment.
1. Au moment de la première publication de cet Entretien, Mère a précisé ce « quelque chose » en disant : « Le Non-Manifesté, ce qui va se servir du monde supramental pour se manifester. »
Au lieu d’être là à s’imaginer ou à deviner ou à spéculer sur ce qui doit être, on verra où l’on va et l’on saura comment y aller. Ce sera cela, la différence essentielle. Certainement, ce ne sera pas une existence plate où tout est là indéfiniment et sans changement.
Oh ! Alors vont cesser toutes ces angoissantes questions sur les chemins de vie, le sens de la vie, sur ce qu'on doit faire, comment on doit le faire, les moyens pour le réaliser... tout cela va fondre comme neige au soleil. Ça va être génial et sans doute que pour quelques personnes sur terre, le "miracle" supramental a déjà un petit peu commencé. Si notre aspiration pouvait "tirer" un peu cela sur la terre.
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La perfection psychologique dans tous les domaines de l'être.
Commentaire des Aphorismes 81-83
La vertu a toujours passé son temps à supprimer des choses dans la vie et, si l’on avait mis ensemble toutes les vertus des différents pays du monde, il resterait fort peu de choses dans l’existence.
La vertu prétend rechercher la perfection, mais la perfection est une totalité. Alors les deux mouvements se contredisent : une vertu qui élimine, qui réduit, qui fixe des limites, et une perfection qui admet tout, qui ne rejette rien mais qui met chaque chose à sa place, ne peuvent évidemment pas s’entendre.
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La Mère – Éducation – La science de vivre
Dès que nous aurons atteint ce degré de perfection qui est notre but, nous nous apercevrons que la vérité que nous recherchons, est constituée de quatre aspects principaux : l’amour, la connaissance, le pouvoir et la beauté.
Ces quatre attributs de la vérité s’exprimeront spontanément dans notre être.
Le psychique sera le véhicule de l’amour vrai et pur, le mental celui de la connaissance infaillible, le vital manifestera le pouvoir et la puissance invincibles, et le corps sera l’expression d’une beauté et d’une harmonie parfaites.
Oh ! Ça aussi, c'est formidable non ? 😊
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COMPÉTITIONS D’ATHLÉTISME 1963
À tous ceux qui veulent préparer leur corps pour une vie divine, je dis de ne pas manquer l’excellente occasion des compétitions d’athlétisme et de ne jamais oublier que, quoi que nous fassions, nous devons aspirer à la perfection.
C’est cette recherche de la perfection qui, en dépit de toutes les difficultés, nous conduira à notre But.
Bénédictions.
21 août 1963
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La Mère – Éducation – Le grand secret
L’heure est venue où cette possibilité, prévue et promise depuis si longtemps, doit devenir une réalité vécue sur la terre, et c’est pourquoi, tous, vous n’êtes point satisfaits et vous avez l’impression que vous n’avez pu obtenir de la vie ce que vous voulez d’elle.
Rien qu’un changement radical de conscience peut sortir le monde de l’obscurité où il se trouve.
En fait, cette transformation de la conscience, cette apparition d’une conscience plus haute et plus vraie, n’est pas seulement possible, elle est certaine, le but même de notre existence, la raison d’être de la vie sur terre.
Il faut d’abord transformer la conscience, puis la vie, puis les formes ; c’est dans cet ordre que la création nouvelle se produira.
En effet, toute l’action de la Nature est un retour progressif vers la Suprême Réalité qui est à la fois l’origine et le but de l’univers dans son ensemble et dans le moindre de ses éléments.
Il nous faut devenir concrètement ce que nous sommes essentiellement ; il nous faut vivre intégralement la vérité, la beauté, la puissance et la perfection qui sont cachées dans les profondeurs de notre être ; et alors toute la vie deviendra l’expression de la joie divine, sublime et éternelle.
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En conclusion ?
Tout cela est de la très bonne nourriture, mais nous ne serons jamais rassasié avant que cela ne soit réalisé.
Au travail... 😊