Overblog Tous les blogs Top blogs Beauté, Santé & Remise en forme Tous les blogs Beauté, Santé & Remise en forme
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Ce n'est pas par les livres qu'il faudrait étudier Sri Aurobindo 
mais par les sujets – ce qu'il a dit sur le Divin,  sur l'Unité, 
sur la religion, sur l'évolution, sur l'éducation, 
sur la perfection de soi, sur le supramental, etc. etc.
La Mère – Éducation

🔥

Ainsi, c'est davantage par thème que nous devons étudier les choses. Chercher une vue générale de notre sujet permet est très utile, cela permet de prendre du recul, de la hauteur, d'élargir notre conscience et d'approcher l'unité. Mais si nous trouvons l'approche par l'infiniment grand trop difficile, nous pouvons regarder la question par l'autre bout : voici ce que j'ai pu trouver dans La Genèse du Surhomme sur l'infinitésimal

Notre marcheur du nouveau monde est avant tout un observateur : rien ne lui échappe, pas un détail, pas une infime rencontre, une imperceptible conjonction, une correspondance presque insaisissable – la merveille naît par gouttelettes, comme si le secret était dans l’infinitésimal. C’est un observateur microscopique. Et peut-être n’y a-t-il pas de « grandes » choses, ni de petites, mais une même coulée suprême dont chaque point est aussi suprêmement plein de conscience et de sens que la totalité des univers, comme si, en vérité, la totalité du but était à chaque instant.

Chapitre 5

🔥

C’est une nouvelle conscience – nouvelle, entièrement nouvelle comme une jeune pousse sur l’arbre du monde –, un pouvoir direct de matière à matière, sans intervention d’en haut, sans circuit descendant, sans intermédiaire déformant, sans trajet diluant. La vérité ici répond à la vérité là, instantanément et automatiquement. C’est une conscience globale, innombrablement et infinitésimalement consciente de la vérité de chaque point, chaque chose, chaque être, chaque moment. Nous pourrions dire que c’est une conscience divine de la matière, celle-là même qui un jour a jeté cette graine dans notre bonne terre, et ces million de graines folles, et ces millions d’étoiles, connaissant parfaitement et à chaque moment tous les degrés de son déroulement, jusqu’à la plus minuscule foliole – tout s’accorde lorsqu’on s’accorde à la Loi. Parce qu’il n’y a qu’une Loi, en vérité, une Loi de vérité. La Vérité est la suprême efficacité.

Chapitre 6

🔥

Et une fois de plus, un même phénomène nous arrête. Ce que nous découvrons, ce ne sont pas des vérités éternelles et sublimes, pas des triomphes du mental géométrique qui enferme le monde dans une équation, pas des semences de dogmes ni des révélations sur les Sinaï du monde, mais des petites vérités minuscules, vivantes, légères, des sourires de vérité au bord du chemin et dans les banalités qui passent – une minuscule vérité contagieuse qui semble s’allumer de proche en proche et faire briller même les cailloux : une vérité de la terre, une vérité de la matière. Et quand nous avons pris au piège un seul de ces petits sourires fantasques, nous sommes plus comblés que par toutes les illuminations des sages réunis, parce que nous avons touché la vérité les yeux grands ouverts et avec notre corps – peut-être parce que la vérité suprême est là aussi, dans un infinitésimal fétu de paille autant que dans la totalité des êtres.

Chapitre 8

🔥

Mais qu’est-ce qui éclipse notre vision ? Autant demander : qu’est-ce qui éclipse la vision linéaire du mille-pattes ? Ou qu’est-ce qui éclipse le lotus dans la semence ? L’univers est peu à peu pour nos yeux, mais nos yeux sont vraiment le Regard suprême qui se cache à lui-même pour regarder dans l’éternité des âges et par nos millions d’yeux, et sous nos millions de couleurs et de visages, l’unique perfection qu’il a vue en une éternelle seconde blanche.

Le monde est un, c’est une globalité unique, même les savants nous le disent, et ils essayent bien de trouver cette équation-là, et pour retrouver cette unité, ils ont subdivisé et resubdivisé à l’infini, ou presque, ils ont touché un infinitésimal et un plus petit infinitésimal, une vastitude et une vastitude encore plus grande.

Mais cette unité n’est pas une somme ni une réduction au microscopique, pas plus que l’éternité n’est un nombre d’années à l’infini ni l’immensité un nombre de kilomètres plus un.

Cette unité, elle est là, totalement, en chaque point de l’espace et chaque fraction du temps, autant que dans les infinitudes réunies et les vastitudes additionnées. Chaque point contient le tout, chaque seconde est une éternité qui se regarde.

Et nous qui sommes à ce point-là et à cette seconde- là, nous sommes éternels et complets, et toutes les terres et toutes les galaxies passent par notre point essentiel, un lotus éternel brille dans notre cœur – seulement nous ne le savons pas, nous le savons peu à peu. Et il ne suffit pas de le savoir dans notre tête et dans nos cœurs, il faut le savoir dans notre corps. Alors, la merveille sera vraiment complète et l’éternel lotus sur les sommets de l’esprit brillera à jamais dans notre matière et dans chaque seconde du temps.

Cette perfection, cette unité de substance et de conscience et d’être, est comme la mémoire d’or du monde, c’est l’obscure image que chacun et chaque chose s’efforce de tailler et de saisir, c’est l’aiguillon de la grande Soif du monde, le moteur de son immense Besoin d’être et d’embrasser et de grandir ; c’est comme un souvenir tenace qui jette les êtres et les choses, et même les galaxies, dans une étreinte mortelle qui voudrait être une étreinte d’amour, qui voudrait tout comprendre, tout tenir et posséder et engloutir dans sa circonférence.

Chaque chose à tâtons s’y efforce : l’actinie dans ses filets, l’atome dans sa gravitation, et l’homme dans son intelligence ou dans son cœur. Mais notre soif ne pourra être satisfaite qu’elle n’ait tout saisi, tout englouti dans son être et qu’il ne reste plus une parcelle d’univers qui ne soit devenue notre substance, parce que, en vérité, tout était toujours notre substance et notre être et notre propre visage sous des millions de sourires, ou de peines qui cherchent leur sourire – mais qui ne peuvent pas vraiment sourire tant qu’elles n’ont pas trouvé ce qu’elles étaient depuis toujours.

Il n’est pas d’autre souffrance au monde, pas d’autre hiatus, pas d’autre manque, et tant que ce besoin-là ne sera pas comblé, nous irons et nous irons, et les atomes continueront de tourbillonner pour faire des matières de plus en plus pures et légères, les actinies de saisir sans trêve et les hommes d’additionner leurs trésors, de brigander ou d’aimer – mais une seule chose est aimable, et tant qu’ils n’aimeront pas tout, ils n’aimeront rien vraiment et ne posséderont que leur ombre.

(...)

Mais le chercheur du nouveau monde n’est pas parti en ligne droite dans sa quête, il n’a pas fermé ses portes, pas rejeté la matière, capitonné son âme : il a promené sa quête partout avec lui, sue les boulevards et dans les escaliers, dans la foule et l’obscurité vide des millions de gestes pour rien.

Il a mis de l’être dans tous les terrains vagues, fait brûler son feu dans toutes les vanités, et attisé son besoin à l’inanité même qui l’étouffait. Il n’était pas une petite concentration pointue qui s’en allait tout droit vers les hauteurs, puis s’endormait dans la paix blanche de l’Esprit ; il était ce chaos et cette cohue et cette errance à droite, à gauche, dans rien, et il tirait tout dans son filet – les montées et les descentes, les noirs et les moins noirs et les soi-disant blancs, les chutes et les rechutes –, il tenait tout dans sa petite circonférence, avec un feu au centre, un besoin de vrai dans tout ce chaos, un cri d’appel dans le rien.

Il était un circuit enchevêtré, un interminable méandre dont il ne savait rien, sauf qu’il promenait son feu là et là aussi – son feu pour rien, pour tout. Et il n’attendait même plus rien de rien, il était seulement comme une douceur de brûler, comme si ce feu était le but en soi, l’être dans tout ce vide, la seule présence dans cette immense absence.

Ça finissait même par devenir comme un amour tranquille, de rien, de tout, ici et là. Et, peu à peu, ce rien s’allumait, ce vide prenait feu à son regard, cette futilité s’animait d’une petite chaleur semblable. Et tout commençait à répondre ; le monde commençait à vivre partout, à luire partout, dans le noir, dans le blanc, dans le haut, dans le bas. C’était comme une naissance partout, mais infinitésimale, microscopique : un poudroiement de petites vérités qui dansaient ici et là, dans les faits, les gestes, les choses et les rencontres, on aurait même dit qu’elles venaient à sa rencontre. C’était une étrange multiplication, une sorte de contagion dorée.

Chapitre 9

🔥

L’être nouveau ne tombera pas du ciel tout fait : il faut le faire ! Il faut trouver dans notre substance la clef de sa propre transmutation, il faut trouver le Secret de tous les secrets, dans l’infinitésimal, dans la toute petite cellule. C’est dans notre corps que doit s’opérer la transition, le difficile passage.

Chapitre 13

Agenda sans date de 1957

On n’a pas un destin, mais plusieurs destins.

Chacun a le droit de rejoindre son Origine suprême, quelle que soit sa place dans l’ordre du monde – cela, c’est le don que le Divin a fait à la matière, et c’est votre vrai destin.

Et c’est un don spécial fait à la terre, il n’existe pas dans les autres mondes.

En même temps, chacun a un rôle particulier dans la manifestation, qui lui est fixé par le Suprême, mais ce même rôle peut se situer à des niveaux différents selon le degré d’évolution de «cela» qui est en vous. Si cela en vous est encore très jeune, votre réalisation pourra être absolue et vous pourrez effectivement rejoindre le Suprême, mais le champ de la réalisation dans le monde sera limité, tout petit.

Sur le plan vertical, vous pourrez toucher directement au Suprême, malgré votre petitesse, mais sur un plan horizontal, l’étendue de votre réalisation sera infinitésimale.

🔥

Agenda du 25 octobre 1960

Il y a aussi cette vieille idée des religions d’origine chaldéenne et chrétienne, de ce Dieu-là devant lequel on est quelque chose qui ne peut pas avoir de vrai contact – un abîme entre les deux. Ça, c’est terrible.

Ça, il faut absolument que ça cesse.

Parce que jamais la terre et les hommes ne pourront changer avec cette idée-là. C’est pour cela que j’ai dit bien souvent que cette idée-là était l’œuvre des Asouras ; c’est avec ça qu’ils ont dominé la Terre.

Tandis que quel que soit l’effort, quelle que soit la difficulté, quel que soit le temps qu’il faille y passer, quel que soit le nombre de vies, il faut savoir que tout cela n’a aucune importance : on sait qu’on est le Maître, et que le Maître et soi-même c’est la même chose. Tout ce qu’il faut, c’est... le savoir intégralement, que rien ne le démente. Ça, c’est la sortie.

C’est pour cela que je dis aux gens : «C’est de votre vie intérieure (intérieure intermédiaire, n’est-ce pas, parce que ce n’est pas le plus profond) que dépend votre santé.»

Depuis deux ans, j’accumule les expériences dans les détails les plus minimes, les choses qui peuvent paraître les plus futiles : il faut consentir à cela, ne pas avoir la manie des grandeurs ; savoir que c’est dans le tout petit effort pour créer dans quelques cellules une attitude vraie qu’on peut trouver la clef.

Seulement, quand on rentre dans la conscience ordinaire, ces choses sont tellement subtiles, elles demandent une observation tellement scrupuleuse que c’est cela qui légitime les gens (qui paraît légitimer les gens) dans leur attitude: «Oh! c’est la Nature, c’est la Fatalité, c’est la Volonté divine.» Mais avec cette conviction-là, le «Yoga de la Perfection» est impossible, ça paraît une utopie fantastique – mais c’est FAUX. La vérité est tout autre.

🔥

Agenda du 25 avril 1961

C’est curieux. Le sens de connexion est parti, le sens de cause à effet est parti : tout cela appartient au monde de l’espace et du temps.

Chaque... chaque quoi ? Qu’est-ce que c’est que «ça» ? On ne peut pas dire un «mouvement», on ne peut pas dire un «état de conscience», on ne peut pas dire une «vibration» (tout cela appartient encore à notre mode de perception), alors on dit «chose» (chose ne signifie rien). Chaque «chose» en elle-même porte sa loi absolue.

Oh ! comme c’est maladroit !

Mais ce qui est tout à fait, tout à fait clair, c’est l’absence totale de cause à effet et de but, d’intention : purpose. Il n’y a pas – ce genre de connexion comme ça (Mère fait un geste horizontal) n’existe pas : c’est comme ça (Mère fait un geste vertical qui domine et embrasse tout à la fois).

Et alors, ça peut se traduire dans une conscience par un point infinitésimal, qui est un corps physique et tout ce qui en dépend, mais c’est exactement la même chose que le Point Suprême et tout ce qui en dépend. C’est la même chose. C’est seulement comme le déplacement d’un regard (si on peut appeler cela un «regard») qui serait comme une aiguille, qui n’occuperait pas d’espace13.

13. Mère dit tout ceci dans une transe profonde. Il nous a semblé que l’on pourrait rapprocher son expérience de celle des Rishis, lorsqu’il est dit : like an eye extended in heaven (comme un œil étendu dans le ciel).

Mais c’est la même conscience – «conscience», est-ce que c’est «conscience»?... quelque chose comme cela. Ce n’est pas «conscience» comme nous le comprenons, ce n’est pas perception non plus : c’est une sorte de volonté de voir (mon Dieu, quels mots !) et alors avec une liberté et une toute-puissance absolues : ça peut être ça, ou ça peut être ça, et c’est exactement la même chose.

N’essaye pas de comprendre !

C’est évidemment intraduisible.

Mais ce qui peut se traduire, c’est cette espèce de sensation que tout l’enchaînement des causes et des effets et du purpose, du but, tout cela, ça paraît tout en bas, très loin, très loin, très... humain – c’est peut-être divin aussi (au point de vue des dieux, c’est peut-être comme cela aussi, je ne sais pas), parce que dans la conscience de la Mère universelle, c’est encore là, il y a encore cette ardeur d’amour à servir: «Faire ce que Tu veux». C’est encore là, alors c’est dans les dieux aussi.

🔥

Agenda du 30 mars 1963

Nous sommes vraiment dans une période d'un terne! Dull-dull.

Il y a comme une révision, un passage en revue de tous les éléments de la conscience corporelle, avec un échantillon des circonstances de leurs diverses manifestations ou expressions. Tout ça est passé en revue comme pour me montrer tout ce qui, dans les cellules du corps, était contraire ou pas prêt à la réception des Forces divines. Et tout ça se présente sous forme de souvenirs vécus – souvenirs de choses que j'avais plus que totalement oubliées (j'aurais pu jurer qu'elles n'existaient pas) et qui reviennent. C'est in-cro-yable. Et ce n'est pas le souvenir d'un ego, d'une personne : c'est le souvenir d'une force en mouvement dans les vibrations générales. Et alors je vois des choses... fantastiques !

Mais tout de suite, c'est effacé ; dès que je me réveille, la première chose que je fais (geste d'offrande), c'est de présenter tout ça au Seigneur : la cause, l'effet, l'image, la sensation – tout. Tout comme ça, et puis je Lui dis : «Maintenant, c'est à Toi.» Et alors j'oublie – heureusement, Dieu merci !

Mais c'est toutes les nuits. Alors ça se traduit par toutes sortes de scènes, toutes sortes de symboles, toutes sortes de souvenirs, depuis des paroles jusqu'à des images. Et c'est par groupes et catégories de tendances : ça représente les différentes tendances humaines, dans les détails – c'est infinitésimal. C'est seulement parce que ça se multiplie à des millions d'exemplaires que ça peut avoir une importance – mais ce n'est rien ! C'est des riens. Et c'est tout ça qui barre le chemin.

Que ce passerait-il pour nous si nous prenions l'habitude de ce geste d'offrande au réveil ?

🔥

Agenda du 25 mars 1964

Je ne sais pas si je peux arriver à me faire comprendre, mais c'est une chose que j'ai sentie d'une façon très-très claire, et que l'on ne peut pas sentir tant que l'ego physique est là parce que l'ego physique a le sens de son importance, et ça disparaît tout à fait avec l'ego physique ; quand il disparaît, on a la perception exacte que l'intervention ou la manifestation de la Vibration vraie ne dépend pas des ego ni des individualités (individualités humaines ou individualités nationales, ou même individualités de la Nature: animaux, plantes, etc.), ça dépend d'un certain jeu des cellules et de la Matière où il y a des agglomérations qui sont particulièrement favorables pour produire la transformation – pas «transformation»: la substitution, pour être exact, la substitution de la Vibration de Vérité à la vibration de Mensonge.

Et le phénomène peut être très indépendant des groupements et des individualisations (ce peut être un morceau ici, un morceau là, une chose là, une chose là) ; et ça correspond toujours à une certaine qualité de vibration qui produit comme un gonflement – un gonflement réceptif –, alors là, la chose peut se produire.

Malheureusement, je le disais au début, tous les mots appartiennent au monde de l'apparence.

Et c'est mon expérience de tous ces temps-ci, avec une vision et une conviction, la conviction d'une expérience : les deux vibrations sont comme cela (geste concomitant indiquant une superposition et une infiltration), tout le temps – tout le temps, tout le temps.

Peut-être que l'émerveillement vient quand la quantité infiltrée est suffisamment grande pour être perceptible. Mais j'ai l'impression – et une impression très aiguë – que c'est un phénomène qui se produit tout le temps, tout le temps, partout, d'une façon minuscule (geste d'infiltration en pointillement), infinitésimale ; et que dans certaines circonstances, conditions, qui sont visibles – visibles pour cette vision-là (c'est une sorte de gonflement lumineux, je ne peux pas expliquer) –, là, la masse de l'infiltration est suffisante pour donner l'impression du miracle ; mais autrement, c'est quelque chose qui se produit tout le temps, tout le temps, tout le temps, sans arrêt, dans le monde (même geste de pointillement), comme une quantité infinitésimale de Mensonge remplacée par la Lumière... Mensonge remplacé par la Lumière... constamment.

Je ne sais pas si notre attitude peut y changer quoi que ce soit – ce n'est pas sûr du tout – mais nous pourrions tout de même être plus attentif, nous imprégner de cette idée d'une infiltration constante, constante... y joindre notre aspiration, notre volonté, notre adhésion, notre consentement. Et qui sait, si nous restons suffisamment concentré sur l'idée, elle rejoindra peut-être l'Idée-Force qui est contenue en elle.

🔥

Agenda du 12 novembre 1964

C'est la perception du monde qui est illusoire – la perception du monde, la perception que nous en avons qui est illusoire. Le monde a une existence concrète, réelle, dans ce que l'on peut appeler la Conscience de l'Éternel. Mais nous, la conscience humaine a une perception illusoire de ce monde.

Et au moment où la Vibration de Vérité triomphe, on voit, on a le sens de la réalité vraie du monde ; et justement, immédiatement cette perception illusoire disparaît : elle est annulée.

Ce qui fait que leur façon de dire ou de penser ou de comprendre que «tout ce qui est existe de toute éternité» n'est pas... ce n'est pas «tout ce qui est» tel qu'ils le voient et le conçoivent, ce n'est même pas le principe de tout ce qui est, c'est... c'est la Vérité UNE qui est éternelle, et le déroulement...

C'est difficile à dire...

Le déroulement suit une loi et un processus qui sont tout différents de ce que nous concevons ou de ce que nous percevons.

C'est encore la même chose : la Vérité est là, le Mensonge est là (Mère colle ses deux mains l'une contre l'autre) ; la perfection est là, l'imperfection est là (même geste) ; c'est tout à fait coexistant, au même endroit – de la minute où vous percevez la perfection, l'imperfection disparaît, l'Illusion disparaît.

Seulement, je ne parle pas ici d'une conception mentale de quelque chose qui est un état vague et général : il s'agit de cet état de vibration infinitésimale (qu'ils ont découvert quand ils ont cherché la constitution de la Matière : c'est à cela qu'ils essayent de réduire la Matière), c'est cet état de vibration, c'est LÀ, c'est dans cet état de vibration que, pour le monde concret, l'imperfection doit être remplacée par la perfection. Tu comprends ce que je dis ? Ou ça n'a pas de sens ?

Dans un article récent, je parlais de "voir Dieu". Depuis, je m'aperçois que le sujet de "voir" reviens souvent dans les textes de Sri Aurobindo-Mère-Satprem, même s'il ne s'agit pas toujours de voir ceci ou cela que de voir correctement, de changer notre regard. En tout cas, nous pouvons aspirer à la perception vraie, au regard juste sur les êtres, les choses, les événements.

🔥

Agenda du 24 mars 1965

C'est un développement assez curieux. Depuis quelque temps, mais d'une façon de plus en plus précise, quand j'entends quelque chose, qu'on me lit quelque chose ou quand j'écoute de la musique ou que quelqu'un me raconte un fait, ça vibre tout de suite : l'origine de l'activité ou le plan sur lequel elle se passe ou l'origine de l'inspiration se traduit automatiquement par une vibration dans l'un des centres.

Et alors, suivant la qualité de la vibration, c'est une chose constructive ou négative ; et quand ça touche si peu que ce soit, à un moment donné, à un domaine de Vérité, il y a... (comment dire ?) comme l'étincelle d'une vibration d'Ananda.

Et la pensée est absolument silencieuse, immobile, rien – rien (Mère ouvre les mains vers le Haut dans un geste d'offrande totale). Mais cette perception devient de plus en plus précise. Et je sais comme cela : je sais d'où vient l'inspiration, où se situe l'action et la qualité de la chose.

C'est d'une précision ! oh ! infinitésimale, de détail.

🔥

Agenda du 25 septembre 1965

C'est un cercle vicieux. On a l'impression que la transformation ne peut pas se produire sans un développement ou une réceptivité générale sur la terre, une préparation plus grande sur la terre, et en même temps, cette préparation plus grande sur la terre n'est pas possible sans une accélération de ta force transformatrice.

Oui, mais elle agit, seulement c'est une action infinitésimale. C'est pour cela que les millions d'années, ce n'est rien. C'est pour notre conscience qu'il y a cette stagnation, par exemple ; c'est parce que la conscience humaine mesure tout à sa dimension, malgré tout. L'histoire de la terre est pour elle un infini – ce ne l'est pas dans l'histoire universelle, mais pour l'être humain, il a l'impression d'un infini (il sait bien que ce n'est pas comme cela, mais c'est de la connaissance théorique), et alors, à cette échelle-là, rien ne bouge – mais ce n'est pas vrai.

🔥

Agenda du 3 août 1966

Et alors, on fait des découvertes ! On fait des découvertes extraordinaires : comme il y a toujours un envers et un endroit à toute expérience.

Par exemple, le calme d'une vision assez vaste pour ne pas être dérangée par des petits points infinitésimaux et qui est (j'allais dire «qui paraît», mais cela ne paraît pas : c'est) le résultat d'une croissance de la conscience et d'une identification avec les régions supérieures, et en même temps cette apparente insensibilité qui semble être la négation de la compassion divine ; il y a un moment où l'on voit les deux choses devenues vraies et pouvant exister, non pas simultanément mais en UNE chose.

J'ai eu l'expérience tout à fait concrète pas plus tard qu'avant-hier, d'une vague extrêmement intense de Compassion divine (devant l'une de ces «contagions psychologiques»), et j'ai eu la possibilité d'observer comment, si on laisse cette Compassion se manifester sur un certain plan, cela devient une émotion qui peut déranger, troubler le calme imperturbable ; mais si ça se manifeste (ce ne sont même pas des «plans»: ce sont des nuances imperceptibles), si ça se manifeste dans sa vérité essentielle, cela garde tout son pouvoir d'action, d'aide efficace, et cela ne change rien au calme imperturbable de la vision éternelle.

🔥

Agenda du 15 novembre 1967

Enfin, peut-être pas la haute dose divine, mais une petite dose divine !

(Mère rit) La petite dose, elle est toujours là, il y a toujours une petite dose ! Il y a même une assez forte dose, et si l'on regarde Ça, on est émerveillé. Mais c'est justement à cause de Ça qu'on voit encore comme... comme les choses sont.

N'est-ce pas, il n'y a pas de jour où il n'y ait la constatation que, pas une dose mais une toute petite goutte, une goutte infinitésimale de Ça, cela peut vous guérir en une minute («cela peut»: ça vous GUÉRIT, ce n'est pas «cela peut»), que l'on est tout le temps comme cela en équilibre, que la moindre défaillance, c'est le désordre et la fin, et que juste une goutte de Ça... cela devient la lumière et le progrès. Les deux extrêmes. Les deux extrêmes à côté l'un de l'autre.

C'est une constatation que l'on fait au moins plusieurs fois par jour.

🔥

Agenda du 19 novembre 1969

Dans cet Agenda, Mère emploie plusieurs fois le mot "infinitésimal", mais vu l'importance formidable du sujet abordé, je n'ai pas réussi à me résoudre à ne partager que les "petites phrases" sorties de leur contexte. J'invite donc à lire cet Agenda dans son intégralité et même à écouter ci-dessous l’enregistrement avec la voix de Mère, comme une méditation.

Ce matin vers huit heures, j'aurais pu te dire beaucoup de choses...

Parce qu'il y a eu un jour où beaucoup de problèmes se sont posés, à la suite de quelque chose qui s'est passé... puis ce matin (à la fin de la nuit), j'ai eu l'expérience qui était l'explication. Et pendant deux heures, j'ai vécu dans une perception absolument claire (pas une pensée : une perception claire) de... pourquoi et comment la création. C'était tellement lumineux ! tellement clair ! c'était irréfutable. Et ça a duré pendant au moins quatre ou cinq heures, puis ça s'est décanté ; petit à petit, l'expérience a diminué d'intensité, de clarté...

Et puis je viens de voir beaucoup de monde, alors... c'est difficile à expliquer maintenant.

Mais tout était devenu si limpide ! Toutes les théories contraires, tout cela se trouvait en bas (Mère regarde d'en haut), et toutes les explications, tout ce que Sri Aurobindo a dit, et aussi certaines choses que Théon avait dites, tout cela, comme conséquence de l'expérience : chaque chose à sa place et absolument claire. À ce moment-là, j'aurais pu te le dire, maintenant ça va être un peu difficile.

N'est-ce pas, beaucoup de choses que Sri Aurobindo avait dites restaient... malgré tout ce qu'on a lu et toutes les théories et toutes les explications, il y avait quelque chose qui restait (comment dire ?) difficile à expliquer (ce n'est pas «expliquer», ça, c'est tout petit).

Par exemple, la souffrance et la volonté de faire souffrir, ce côté-là de la Manifestation. Il y avait bien une sorte de prévision de l'identité originelle de la haine et de l'amour, parce que ça allait aux extrêmes, mais pour tout le reste, c'était difficile. Aujourd'hui, c'était si lumineusement simple, c'est cela ! si évident !... (Mère regarde une note qu'elle a écrite) Les mots, ce n'est rien. Et puis j'ai écrit avec un crayon qui écrit mal...

Je ne sais pas si tu peux voir ces mots. Ils représentaient quelque chose de très exact pour moi ; maintenant, ce ne sont rien que des mots.

(le disciple lit)

Stabilité et changement
Inertie et transformation...

Oui, c'étaient des choses évidemment identiques dans le Seigneur. Et c'était cela surtout : c'était la simplicité de cette identité. Et maintenant, ce ne sont plus que des mots.

Stabilité et changement
Inertie et transformation
Éternité et progrès
   ——————————————
Unité =...

(le disciple n'arrive pas à déchiffrer)

Ce n'est pas moi qui écris, c'est-à-dire que ce n'est pas la conscience ordinaire, et le crayon... Je ne sais plus ce que j'ai mis.

(Mère cherche à lire en vain)

C'était la vision de la création : la vision, la compréhension, le pourquoi, le comment, le où ça va, tout y était, tout ensemble, et clair-clair-clair... Je te dis, j'étais dans une gloire dorée – lumineuse, éblouissante.

N'est-ce pas, il y avait la terre comme centre représentatif de la création, et alors c'était l'identité de l'inertie de la pierre (de ce qu'il y a de plus inerte), et puis... (Mère cherche encore à lire)

Je ne sais pas si ça viendra.

Je me souviens que vers 7h30 du matin (c'est à ce moment-là que j'ai écrit), je t'ai appelé en pensée, parce que je disais : «Si tu étais là, je pourrais te le dire.» C'était la vision.

(Mère reste longtemps concentrée)

On pourrait dire comme cela (pour la facilité de l'expression, je dirai : le «Suprême» et la «création»). Dans le Suprême, c'est une unité qui contient toutes les possibilités parfaitement unies, sans différenciation. La création est pour ainsi dire la projection de tout ce qui compose cette unité, en divisant les opposés, c'est-à-dire en séparant (c'est cela qu'avait attrapé celui qui a dit que la création était la séparation), en séparant : par exemple, le jour et la nuit, le blanc et le noir, le mal et le bien, etc. (tout cela, c'est notre explication). Tout ensemble, tout cela ensemble, est une unité parfaite, immuable et... indissoluble.

La création, c'est la séparation de tout ce qui «compose» cette unité – on pourrait appeler cela la division de la conscience –, la division de la conscience, alors qui part de l'unité consciente de son unité, pour arriver à l'unité consciente de sa multiplicité dans L'unité.

Et alors, c'est ce trajet qui, pour nous – pour les fragments –, se traduit par l'espace et le temps.

Et pour nous tels que nous sommes, chaque point de cette Conscience a la possibilité d'être conscient de lui-même et conscient de l'Unité originelle.

Et ça, c'est le travail qui est en train de s'accomplir, c'est-à-dire que chaque élément infinitésimal de cette Conscience est en train, tout en gardant cet état de conscience, de retrouver l'état de conscience originel total – et le résultat, c'est la Conscience originelle consciente de son Unité et consciente de tout le jeu : tous les innombrables éléments de cette Unité.

Alors, pour nous, cela se traduit par le sens du temps : aller depuis l'Inconscient jusqu'à cet état de conscience. Et l'Inconscient est la projection de l'Unité première (si l'on peut dire : tous ces mots sont tout à fait idiots), de l'unité essentielle qui n'est consciente que de son Unité – c'est cela, l'Inconscient. Et cet Inconscient devient de plus en plus conscient en des êtres qui sont conscients de leur infinitésimale existence et en même temps – par ce que nous appelons le progrès ou l'évolution ou la transformation –, qui arrivent à être conscients de l'Unité originelle.

Et ça, tel que c'était vu, ça expliquait tout.

Les mots ne sont rien.

Tout-tout, depuis la chose la plus matérielle jusqu'à la plus éthérée, tout entrait là-dedans, clair-clair-clair : une vision.

Et le mal, ce que nous appelons le «mal», a sa place indispensable dans le tout. Et il ne serait plus senti comme mal de la minute où l'on devient conscient de Ça – forcément. Le mal, c'est cet élément infinitésimal qui regarde sa conscience infinitésimale ; mais parce que la conscience est une essentiellement, elle reprend, elle regagne la Conscience de l'Unité – les deux ensemble.

Et c'est cela, c'est cela qui est à réaliser. C'est cette chose merveilleuse.

J'ai eu la vision : à ce moment-là il y avait la vision de ça...

Et pour les débuts (est-ce que c'est «débuts» ?), ce qu'on appelle en anglais outskirts [la périphérie], ce qui est le plus éloigné de la réalisation centrale, cela devient la multiplicité des choses, et la multiplicité aussi des sensations, des sentiments, de tout – la multiplicité de la conscience.

Et c'est cette action de séparation qui a créé, qui crée le monde constamment, et qui en même temps crée tout : la souffrance, le bonheur, tout-tout-tout ce qui est créé, par sa... ce que l'on pourrait appeler «diffusion» ; mais c'est absurde, ce n'est pas une diffusion – nous, nous vivons dans le sens de l'espace, alors nous disons diffusion et concentration, mais ce n'est rien de cela.

Et j'ai compris pourquoi Théon disait que nous étions au temps de l'«Équilibre» ; c'est-à-dire que c'est par l'équilibre de tous ces points innombrables de conscience et de tous ces opposés, que se retrouve la Conscience centrale... Et tout ce que l'on dit est idiot – en même temps que je le dis, je vois à quel point c'est idiot ; mais il n'y a pas moyen de faire autrement. C'est quelque chose... quelque chose qui est tellement concret, tellement vrai, n'est-ce pas, tellement ab-so-lu-ment... ÇA.

Pendant que je le vivais, c'était...

Mais peut-être n'aurais-je pas pu le dire à ce moment-là. Ça (Mère désigne sa note), j'ai été obligée de prendre un papier et d'écrire, et c'est au point que je ne sais plus ce que j'ai mis...

La première chose écrite était celle-ci :

Stabilité et changement

C'était l'idée de la Stabilité originelle (pourrait-on dire) qui, dans la Manifestation, se traduit par l'inertie. Et le développement se traduit par le changement. Bon. Après, est venu :

Inertie et transformation

Mais c'est parti, le sens est parti – les mots avaient un sens !

Éternité et progrès

C'étaient les opposés (ces trois choses).

Puis il y a eu un temps d'arrêt (Mère tire un trait sous la triple opposition), et de nouveau une Pression, et alors j'ai écrit cela :

Unité =...

(suivent trois mots illisibles)

Et ça, c'était l'expression beaucoup plus vraie de l'expérience, mais c'est illisible – je crois que c'était volontairement illisible. Il faudrait avoir l'expérience pour pouvoir lire.

(le disciple cherche à lire)

Il me semble qu'il y aie mot «repos» ?

Ah ! ce doit être cela. Repos et...

(Mère entre en concentration)

Ce n'est pas «puissance» ?

Ah ! oui ! «Puissance et repos combinés».

Oui, c'est cela.

Ce n'est pas moi qui ai choisi les mots, alors ils doivent avoir une force spéciale (quand je dis «moi», je veux dire la conscience qui est là : geste au-dessus) ; ce n'est pas cette conscience-là, c'était quelque chose qui faisait pression, qui m'obligeait à écrire.

(Mère recopie sa note)

 

C'est l'idée que ces deux-là, combinés, redonnaient cet état de conscience qui voulait s'exprimer.

 

C'était à la mesure de l'univers – pas à la mesure de l'individu.

Je mets un tiret entre les deux pour dire que ce n'est pas venu ensemble.

Je me souviens, j'avais écrit les deux (puissance et repos) et les deux points pour exprimer qu'ils étaient ensemble, puis le mot «combiné» est venu.

Ça, il faudrait le mettre dans l'Agenda.

Mais déjà, souvent, quand tu parles de cette expérience supramentale, tu dis que c'est un mouvement foudroyant, et en même temps, c'est comme complètement immobile. Souvent, tu as dit cela.

Mais tu sais que la plupart du temps, je ne me souviens pas après l'avoir dit.

Tu dis : une vibration si rapide qu'elle est imperceptible, qu'elle est comme coagulée et immobile.

Oui. Mais ça, c'était vraiment une Gloire dans laquelle j'ai vécu pendant des heures ce matin.

Et alors, tout-tout, toutes nos notions, tout, même les plus intellectuelles, tout cela était devenu comme... comme des enfantillages. Et c'était tellement évident que l'on avait l'impression : il n'y a pas besoin de le dire !

Toutes les réactions humaines, même les plus hautes, les plus pures, les plus nobles, ça paraissait si enfantin !... Il y avait une phrase que Sri Aurobindo avait écrite quelque part, qui me revenait tout le temps (un jour, je ne sais plus où, il a écrit quelque chose, une assez longue phrase), et dedans, il y avait : And when I feel jealous, I know that the old man is still there [et quand je me sens jaloux, je sais que le vieil homme est encore là.1

1. Il s'agit probablement de l'Aphorisme suivant de Sri Aurobindo :

24 – « Quand je me plains d'une infortune et l'appelle un mal, ou quand je suis jaloux et déçu, je sais qu'en moi s'est encore réveillé l'éternel imbécile. »

Je l'ai lue il y a plus de trente ans peut-être – oui, à peu près trente ans –, et je me souviens que quand j'ai lu jealous, je me suis dit : «Comment est-ce que Sri Aurobindo can be jealous ! » [comment Sri Aurobindo peut-il être jaloux!] Et alors, trente ans après, j'ai compris ce qu'il voulait dire par être jealous – ce n'est pas du tout ce que les hommes appellent jaloux, c'était tout à fait un autre état de conscience, que j'ai vu clairement.

Et ce matin, c'est revenu : and when I feel jealous, I know that the old man is still there. Et ce matin, j'ai compris. Être « ealous », for him [pour lui], ce n'est pas ce que nous appelons jaloux...

C'est cette parcelle infinitésimale que nous appelons l'individu, cette parcelle de conscience infinitésimale, qui se met au centre, qui est le centre de la perception. Et alors qui perçoit quand les choses viennent comme cela (geste vers soi) ou quand elles vont comme cela (geste en dehors de soi), et tout ce qui ne vient pas vers elle, lui donne une espèce de perception que Sri Aurobindo appelait «jalousie» : la perception que les choses vont vers la diffusion au lieu de venir vers la centralisation. C'était cela qu'il appelait jaloux. Et alors, il a dit : «When I feel jealous (c'était ce qu'il voulait dire), I know that the old man is still there », c'est-à-dire que cette parcelle infinitésimale de conscience peut être ENCORE au centre d'elle-même : qu'elle est le centre de l'action, le centre de la perception, le centre de la sensation...

(silence)

Mais j'ai pu constater (c'est le moment où je fais ma toilette et où je prends mon petit déjeuner, où j'écris les «cartes de fête» et tout cela), j'ai pu constater que tout le travail pouvait être fait sans que la conscience soit altérée. Ce n'est pas cela qui a altéré ma conscience : ce qui a voilé ma conscience, c'est de voir les gens ; c'est quand j'ai commencé à être ici et à faire ce que je fais tous les jours : la projection de la Conscience divine sur les gens.

Mais c'est revenu... (comment pourrait-on appeler cela ?) en bordure, c'est-à-dire qu'au lieu d'être dedans, j'ai commencé à le percevoir, quand tu m'as demandé. Mais cette sensation n'est plus là – il n'y avait plus que ça, n'est-ce pas ! Il n'y avait plus que ça, et tout-tout avait changé – d'apparence, de sens, de...

Ce doit être la conscience supramentale, je crois que c'est cela, la conscience supramentale.

Mais on peut concevoir très bien que pour une conscience qui est assez vaste, assez rapide, si je puis dire, qui pourrait voir, pas seulement un bout de la trajectoire mais toute la trajectoire en même temps...

Oui-oui.

... tout serait une perfection en mouvement.

Oui.

Le «mal», c'est simplement si l'on arrête la vision sur un petit angle, alors on dit «c'est mal», mais si l'on voit toute la trajectoire... Dans une conscience totale, il n'y a pas de mal évidemment.

Il n'y a pas de contraires. Pas de contraires – même pas de contradictions, je dis : pas de contraires. C'est cette Unité-là, c'est de vivre dans cette Unité. Et ça ne se traduit pas par des pensées et des mots. Je te dis, c'était... une immensité sans limite et une lumière... une lumière sans mouvement, et en même temps, un bien-être... sans même appréciation de bien-être.

Maintenant, je suis convaincue que c'est cela, la conscience supramentale.

Et forcément, forcément petit à petit, ça doit changer les apparences.

(long silence)

Il n'y a pas de mot qui puisse exprimer la magnificence de la Grâce : comment tout est combiné pour que tout aille aussi vite que possible. Et les individus sont misérables dans la mesure où ils ne sont pas conscients de «ça», où ils prennent une position fausse vis-à-vis de ce qui leur arrive.

Mais ce qui est difficile à penser, c'est qu'à chaque instant, ça doit être... C'EST la perfection.

Oui, c'est cela.

À chaque instant, c'est la perfection.

À CHAQUE instant, il n'y a pas autre chose ! Quand j'étais là, il n'y avait pas autre chose.

Et pourtant, je te dis, c'est le moment où je suis matériellement très occupée : je fais ma toilette, je prends mon petit déjeuner, j'écris des cartes – tout cela était fait, ça ne dérangeait en RIEN ; au contraire, je crois que j'ai fait les choses mieux que d'habitude... Je ne sais pas comment expliquer. Et ce n'était pas comme une chose «ajoutée» : c'était tout à fait naturel.

Seulement voilà, des différences comme ceci : j'écris des cartes, et au moment où je les écris (on m'a préparé des notes avec les noms, les dates, etc.), généralement je suis obligée de demander qui est cette personne (il y en a très peu que je connaisse sur la multitude des cartes que j'écris) ; ce matin, je ne demandais rien : je savais. C'est cela, c'est cette différence-là : je n'avais pas besoin de demander, je savais ce qu'il fallait écrire et puis voilà, sans question aucune.

La vie telle qu'elle est peut être vécue dans cette conscience-là – mais on la vit bien, alors !... On n'a besoin de rien changer : ce qui est à changer se change de soi-même tout naturellement.

Je vais te donner un exemple. Depuis quelques jours, j'avais des difficultés avec Z et il y avait comme un besoin de faire pression sur lui pour qu'il rectifie quelques-uns de ses mouvements. Aujourd'hui, il avait fait au moins quatre ou cinq fautes (elles n'étaient pas perceptibles, dans le sens que je n'en avais pas la sensation : ça se passait là, comme ça : à une distance), et il en a été conscient d'une façon TOUTE DIFFÉRENTE que d'habitude et il l'a avoué (chose qu'il ne faisait jamais), et à la fin, il a dit qu'il était en train de changer (ce qui est vrai), et tout cela, non seulement sans un mot, mais sans même un mouvement de la conscience : simplement, la Pression. Voilà. Ça, c'est une preuve... Tout se fait automatiquement, comme une imposition de la Vérité, sans besoin d'intervenir : simplement, rester dans la vraie conscience, c'est tout, ça suffit.

Voilà.

Et alors, malgré tout, le corps gardait un tout petit peu conscience de ses besoins tous ces temps (quoiqu'il ne soit pas occupé de lui-même – je disais toujours : il n'est pas occupé de lui-même, il n'est pas intéressé), mais c'est ce que Sri Aurobindo disait : «Je sens que je suis encore le vieil homme», j'ai compris ça ce matin, parce que ce n'était plus là ! N'est-ce pas, cette espèce de perception très calme, mais encore de ce qui ne «va pas» (d'une douleur ici, d'une difficulté là), très calme, très indifférente, mais c'est PERÇU (sans que cela prenne de l'importance), et même ça, prrt ! parti ! complètement balayé !...

Ça, je souhaite que ça ne revienne pas. Ça, c'est vraiment... ça, je comprends, c'est une transformation ! On est conscient dans une immensité dorée (mon petit, c'est merveilleux !), lumineuse, dorée, paisible, éternelle, toute-puissante.

Et comment c'est venu ?... Vraiment, il n'y a pas de mots pour exprimer cela, cet émerveillement pour la Grâce... La Grâce, la Grâce est une chose qui dépasse toute compréhension, de clairvoyante bonté...

Naturellement, le corps avait l'expérience. Il s'est passé quelque chose que je ne dirai pas et il a eu la vraie réaction ; il n'a pas eu l'ancienne réaction, il a eu la vraie réaction : il a souri, n'est-ce pas, de ce Sourire du Seigneur suprême – il a souri. Ça, pendant un jour et demi, c'était là. Et c'est cette difficulté qui a permis au corps de faire le dernier progrès, qui lui a permis de vivre dans cette Conscience ; si tout avait été harmonieux, les choses auraient pu durer encore pendant des années – c'est merveilleux, tu sais ! c'est merveilleux !

Et à quel point les hommes sont imbéciles ! Quand la Grâce vient à eux, ils la repoussent en disant : «Oh! quelle horreur !...» Ça, je le savais depuis longtemps, mais mon expérience est... un éblouissement.

Oui, chaque chose est parfaitement, merveilleusement, ce qu'elle doit être à chaque instant.

C'est cela.

Mais c'est notre vision qui n'est pas accordée.

Oui, c'est notre conscience séparée.

Le tout est amené avec la rapidité de l'éclair vers la conscience qui sera cette Conscience du point et du tout en même temps.

(long silence Mère achève de recopier sa note)

Stabilité et changement
Inertie et transformation
Éternité et progrès
   ——————————————
Unité = puissance et repos combinés.

Voilà, alors je vais écrire la date d'aujourd'hui. Nous sommes le 19.

19 novembre 1969 : conscience supramentale.

La première descente de la Force supramentale, c'était un 29. Et ça, c'est un 19. Le 9 a quelque chose à voir là-dedans... Il y a tant de choses que nous ne savons pas !

(silence)

J'avais déjà eu l'expérience, partiellement, que lorsqu'on est dans cet état d'harmonie intérieure et que rien, aucune partie de l'attention, n'est tournée vers le corps, le corps fonctionne parfaitement bien. C'est cette... self-concentration [concentration sur soi] qui dérange tout. Et ça, je l'ai observé beaucoup de fois, beaucoup de fois...

Vraiment, on se rend malade. C'est l'étroitesse de la conscience, la division. Quand on laisse fonctionner, il y a... il y a partout une Conscience et une Grâce qui font tout ce qu'il faut pour que tout aille bien, et c'est cette imbécillité qui tout le temps dérange tout, c'est curieux ! – l'imbécillité égocentrique, c'est cela: ce que Sri Aurobindo appelait «le vieil homme».

C'est vraiment intéressant.

Agenda du 16 février 1972

Tu sais, c’est très intéressant : la majorité des hommes vivent en arrière ; il y en a un bon nombre (et ce sont les plus intéressants) qui vivent dans le moment présent ; et il y en a (peut-être un nombre infinitésimal) qui vivent en avant. Voilà.

Moi, j’ai l’impression – j’ai toujours l’impression quand je regarde les gens et les choses, de faire marche arrière! (Mère fait te geste de se retourner). Et je sais (ce n’est pas même «je sais» ni «je sens», ce n’est pas cela), je SUIS – je suis en avant. Dans ma conscience, je suis en l’an 2000. Alors je sais comment ce sera et... (Mère rit) c’est très intéressant !

(long silence)

Les trois quarts de l’humanité sont périmés.

Oui ! (rire général)

(silence)

🔥

Trois quart de l'humanité de périmé, c'est sûr, c'est super drôle ! ! ! 

😃

Espérons que depuis 1972, le pourcentage se soit réduit...

 

En conclusion ?

Faisons davantage attention aux petites choses, à ces moments de rien, presque imperceptibles... 

Mais pour que cela soit possible, on en revient toujours aux fondations de tout yoga, de toute sadhana : le calme, la tranquillité, la paix, l'équanimité, l'égalité... 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article