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Après avoir partagé quelques lettres de Sri Aurobindo à Dilip sur la purification du cœur, la bhakti, en voici une première en son intégralité sur la méditation. 

17 mai 1936

(Tiens, ce jour-là, c'est la saint Pascal ! 😊)

Dilip :

Hier matin, je lisais l’article de Krishnaprem sur le septième chapitre de la Gita dans l’Aryan Path, où il dit (je vous donne les grandes lignes) que pour la plupart des gens, la méditation ne peut pas être fructueuse, parce qu’ils n’ont pas atteint un haut degré de développement et de purification intérieurs, l’une des raisons étant que la plupart des humains ne sont pas des yogis, « que les contradictions qui tourmentent les autres gens n’auront pas le pouvoir de troubler », etc. Il énonce une foule d’autres conditions nécessaires à une méditation réussie qui me conduisent presque au désespoir. Ce n’est pas une plaisanterie, semble-t-il. Il faut d’abord devenir parfait avant de pouvoir espérer le moindre résultat dans la méditation. Pas étonnant que mes tentatives aient été vaines.

Hier soir, en flânant seul sur la jetée, je me sentais triste : quel est donc ce chemin sur lequel je me suis engagé et où il faut être un Hercule pour pouvoir réaliser quoi que ce soit – même s’essayer à la méditation ?

Mon idée préconçue favorite, à savoir que la prière, la méditation, etc., purifient, en a pris un sacré coup ! Alors, comment diable y arriver ? En écrivant de la musique, des chants et des poèmes ? Je me demande si qui que ce soit a jamais réalisé le Divin par un tel moyen ! J’étais vraiment très démoralisé. Vous nous encouragez, sans aucun doute – mais Krishnaprem a lâché enfin la vérité qui dérange. Regardez-moi : je travaille assez dur, en toute conscience – mais sans remarquer le moindre sentiment d’illumination à l’intérieur. Qu’est-ce qu’un tel travail peut faire !

Mais encore une fois, d’après Krishnaprem, la méditation est inutile à moins qu’on ne soit entièrement purifié et établi dans le parfait équilibre yoguique. Aujourd’hui, j’ai lutté contre ce découragement : pour nous, il est peut-être impossible d’arriver, quel que soit le chemin. Alors pourquoi faire le yoga ? Pourquoi travailler ? Juste pour conjurer la dépression qui naît de l’inactivité ?

Sri Aurobindo :

Je ne sais pas ce que Krishnaprem a dit ou dans quel article, je ne l’ai pas avec moi. Mais si le postulat est que personne ne peut avoir une méditation réussie ou réaliser quoi que ce soit avant d’être pur et parfait, je ne peux pas le suivre, il contredit ma propre expérience. J’ai toujours obtenu la réalisation par la méditation d’abord, et la purification a débuté ensuite en tant que résultat.

J’ai vu beaucoup de gens dont on ne peut pas dire qu’ils aient eu un grand développement intérieur obtenir par la méditation des réalisations importantes et même fondamentales. Tous les yogis qui ont médité avec succès et obtenu de grandes réalisations dans leur conscience sont-ils parfaits dans leur nature ? Cela ne me semble pas être le cas. Je suis incapable de croire aux généralisations absolues dans ce domaine, car le développement de la conscience spirituelle est une affaire extrêmement vaste et complexe, dans laquelle toutes sortes de choses peuvent se produire, et on pourrait presque dire que cela diffère pour chaque personne selon sa nature et que la seule chose essentielle, c’est l’aspiration et l’appel intérieurs et la persévérance à toujours les suivre, sans se soucier du temps que cela prend, des difficultés ou des obstacles, car rien d’autre ne satisfera l’âme en nous.

Il est très vrai qu’une certaine somme de purification est indispensable pour aller de l’avant, que plus la purification est complète mieux c’est, car alors, quand commencent les réalisations, on peut avancer sans grosses difficultés ou rechutes et sans la moindre possibilité de chute ou d’échec.

Il est vrai aussi que chez beaucoup de gens, la purification est le premier besoin – certaines choses doivent être ôtées du chemin avant qu’on ne puisse démarrer la moindre expérience intérieure consécutive.

Mais ce qui est essentiel, c’est une certaine préparation de la conscience, afin qu’elle puisse répondre de plus en plus librement à la Force supérieure.

Dans cette préparation, beaucoup de choses sont utiles – la poésie et la musique que vous pratiquez peuvent aider, car elles agissent comme une sorte de śravaṇa [écoute] et de manana [réflexion], même si le sentiment suscité est intense, une sorte de nididhyāsana49 naturelle.

49. Méditation intense

La préparation psychique, l’élimination des formes plus grossières de l’ego mental et vital, l’ouverture de l’esprit et du cœur au Gourou et bien d’autres choses aident grandement – ce qui vient n’est pas la perfection ni une complète libération des dualités ou de l’ego, mais une préparation, un affinement de l’être intérieur, qui rendent possibles la réception et la réponse spirituelles.

Il n’y a donc aucune raison de prendre pour paroles d’évangile ces exigences, qui ont pu être judicieuses pour Krishnaprem sur le chemin qu’il a foulé, mais ne peuvent être imposées à tous. Il ne se trouve là aucune motif de découragement – la loi de l’esprit n’est pas aussi exigeante et inexorable.

Ne vise pas à l'effet, mais est simple et persistante.

🔥

Ainsi, cette première lettre devrait "rassurer" et encourager ceux qui s'essaient à la méditation. Voici maintenant une autre lettre qui nous rappelle, entre autre, la primauté de la vie intérieure sur la vie extérieure.

9 février 1936

(Lettre de Krishnaprem à Dilip)

« J’adhère totalement à la doctrine de l’adhikar²⁵, mais cela ne doit être confondu avec aucun système antérieur qui a eu cours dans la société ou a été inventé par le mental. C’est beaucoup plus subtil que cela. Laissez sœur Raïhana tenter de communiquer son amour pour Krishna aux autres. Dans certains cas elle réussira, dans d’autres non, et ce ne sera dû qu’en partie à ses propres limitations, car même les plus grands, Krishna, le Bouddha, le Christ, ont seulement réussi dans certains cas et dans d’autres n’ont pu produire le moindre effet. Il s’agit là d’adhikar-bheda²⁶, que ce mot vous plaise ou non, mais cela n’a rien à voir avec les castes, les races ou les croyances. À n’importe quel moment donné, certains écouteront la flûte et d’autres non – parce qu’ils ne sont pas prêts. Mais pourquoi discuter ? Elle a trouvé Krishna. Il lui enseignera dans son cœur tout ce qu’elle doit savoir.

25. Droit, autorité.
26. Accès inégal à la vérité.

Quant à votre autre ami Subhash, à quel sujet tout ce tracas ? Je ne défends certainement pas une foi aveugle. La vraie foi n’est pas aveugle, même si le mental qui interprète peut élaborer un tissu de non-vérités partielles autour de la vision, exactement comme ce même mental peut tisser un mensonge autour de la donnée brute d’une perception des sens, par exemple prendre un poteau pour un homme.

Saint Paul appelait la foi « la démonstration des choses invisibles ». La démonstration, et non la simple croyance mentale. De même qu’un homme purifie peu à peu sa nature, de même sa foi brillera avec plus de clarté, libérée des incompréhensions du mental. Un sectaire croit en toutes sortes de choses stupides. Ce n’est pas sa foi qui est en faute (attention, je parle de la vraie foi), mais son mental pauvrement développé qui interprète mal jusqu’à ce qu’il puisse saisir l’objet de notre foi sans le recouvrir de toutes sortes d’ineptes superstitions.

Mais si nous abandonnons la foi, nous serons perdus, car la foi n’est rien d’autre que la preuve d’un degré supérieur de connaissance. C’est un fil provenant de ce niveau supérieur et si nous lui tournons le dos, nous ne ferons que musarder avec satisfaction au niveau où nous nous trouvons. C’est ce que font la plupart des prétendus rationalistes. Nous devons nous servir de la foi comme du fil qu’on utilise pour sauver les gens lors d’un naufrage : on tire une fusée portant un fil léger. Une fois saisi, le fil est utilisé pour tirer même corde, cela (et un câble fin) tirant une robuste haussière pour faire traverser les hommes.

Quant aux gourous en tant que « dieux incarnés », comme les nomme Subhash pour les ridiculiser, eh bien, pourquoi pas ? D’abord, tous les hommes sont des dieux incarnés – seulement ils ne le savent pas ; ensuite, si je peux voir le dieu chez un être humain, soit parce qu’il L’a vu en lui-même, soit parce qu’à travers lui, une lumière a brillé pour moi, pourquoi quelqu’un s’en offusquerait-il ? Vraisemblablement parce que lui n’a vu Dieu nulle part, n’est-ce pas ?

« Ma » vous envoie son amour. Elle a lu le poème hindi que vous avez envoyé à Raïhana et votre traduction en bengali et a beaucoup aimé les deux. Elle dit qu’en tant que Bengalie, elle préfère la version en bengali.

Avec l’amour, toujours, de votre très affectionné
Krishnaprem

Bien entendu, le point de vue de Krishnaprem sur la canalisation du Niagara est aussi le mien. Mais pour le mental humain, il est difficile de franchir la frontière entre le mental et l’esprit sans une puissante ruée ou poussée sur une seule ligne, et cette ligne doit être celle d’une expérience pure dans laquelle, surtout si c’est celle de la bhakti, on est aisément englouti par les rapides (Chaitanya n’a-t-il pas disparu à la fin dans les eaux ?) et on ne va pas plus loin.

La première chose à faire, c’est une brèche pour émerger dans la conscience spirituelle, n’importe comment et n’importe où ; ensuite on peut explorer le pays, et à cette exploration, il ne peut guère exister de limite ; on va toujours de plus en plus haut, on devient de plus en plus vaste, mais la première plongée complète génère une certaine extase intense, qui est extraordinairement saisissante.

Ce n’est pas seulement le ravissement du bhakta, mais aussi la plongée du jnani²⁷ dans  le Brahma-Nirvana ou le Brahmananda, ou la libération dans l’immobile éternité du Moi, qui possède ce caractère saisissant et absorbant – au début, il ne semble pas qu’on puisse, qu’on souhaite ou qu’on éprouve le besoin d’aller au-delà, dans quelque chose d’autre. On ne peut rien reprocher au Sannyasin perdu dans sa laya [annulation de l’âme individuelle dans l'Infini] ni au Bhakta perdu dans son extase ; ils restent là sans doute parce qu’ils sont constitués pour cela et que c'est la limite de leur saut. Néanmoins, il m'est toujours apparu que c'était là un stade et non la fin : je souscris entièrement à la canalisation du Niagara.

Je me suis souvent demandé ce que Sri Aurobindo entendait quand il parlait de ceux qui s'endorment dans la Félicité. Je crois que nous ici la réponse. Il y a une quinzaine de jours, une drôle d'idée m'a traversé l'esprit. Je me suis dit : "Après l'épreuve du chagrin, de l'insuccès, vient l'épreuve plus difficile de la joie et de la réussite." Le chagrin, la misère, le malheur... on connaît tous, on en a tous l'expérience, et ma foi, on serre les dents et ça peut mettre longtemps, mais ça finit par passer.

Par contre, l'être humain est moins expérimenté avec la joie, c'est le moins qu'on puisse dire. Et il n'est pas si facile de supporter l'intensité de la joie, sans perdre son équilibre, son calme, sans parfois devenir hystérique. Et combien d'hommes, après une grande réussite ont eut tout à coup les chevilles qui enflent et chopé la grosse tête ?

Au fur et à mesure que les vibrations spirituelle de la terre augmente, peut-être devrions-nous, ne pas nous réjouir trop vite et prendre le temps nécessaire de consolider notre humilité.

Mais continuons cette lettre si intéressante !

L'adhikara est, bien sûr, une question de psychologie, d'âme et de nature, cela n'a rien à voir avec des normes extérieures et artificielles. 

Venons-en à l'Avatar et aux symboles. Il y a, semble-t-il, une erreur capitale dans l'insistance moderne sur les faits biographiques et historiques, c'est-à-dire extérieurs, les incidents de la vie extérieure de l'Avatar. Ce qui compte, c'est la Réalité spirituelle, le Pouvoir, l'Influence qui l'accompagnent ou qu'il a fait descendre par son action et son existence.

Pour commencer, ce qui importe dans la vie d'un homme spirituel, ce n'est pas ce qu'il a fait ou ce qu'il était extérieurement aux yeux des hommes de son temps (car c'est à quoi se ramènent l'historicité et la biographie, non ?), mais ce qu'il était et a accompli à l'intérieur ; c'est uniquement cela qui confère une valeur quelconque à sa vie extérieure.

C'est la vie intérieure qui donne à la vie extérieure toute le pouvoir qu'elle peut posséder, et la vie intérieure d'un homme spirituel est quelque chose de vaste et de plein, et, du moins chez les grandes figures, si peuplée et si foisonnante de choses significatives qu'aucun biographe ou historien ne pourra jamais espérer la saisir ou la raconter en entier.

Ce qu'il peut y avoir de significatif dans sa vie extérieure ne l'est que parce que c'est un symbole de ce qui a été réalisé en lui, et on peut aller plus loin en affirmant que la vie intérieure aussi n'a de signification qu'en tant qu'expression, représentation vivante du mouvement de la Divinité derrière elle.

Voilà pourquoi il est inutile de chercher à savoir si les histoires à propos de Krishna étaient des transcriptions, même très libres, de ses action sur la terre, ou s'il s'agit de représentations symboliques de ce qu'était et est encore Krishna pour les humains, de la Divinité s'exprimant dans le personnage de Krishna.

La renonciation du Bouddha, sa tentation par Mara, son illumination sous l'arbre Bo, sont de tels symboles, de même que la naissance immaculée, la tentation dans le désert, la crucifixion du Christ sont aussi des symboles, vrais par ce qu'ils signifient, même s'ils ne sont pas des événements historiques scrupuleusement rapportés.

Tel qu'on les relate, les faits extérieurs concernant le Bouddha ou le Christ ne sont guère plus que ce qui s'est passé dans beaucoup d'autres vies – qu'est-ce qui confère au Bouddha et au Christ leur place immense dans le monde spirituel ? C'est parce qu'à travers eux, quelque chose s'est manifesté qui était bien plus que n'importe quel événement extérieur ou enseignement.

L'historicité vérifiable nous fournit très peu à ce sujet, et pourtant c'est seulement cela qui compte. Il me semble donc que Krishnaprem a fondamentalement raison dans ce qu'il dit des symboles. Pour le mental physique, ce sont seulement les paroles, les faits et les actes d’un homme qui comptent ; pour le mental intérieur, ce sont les événements intérieurs de lui qui importent. Même les enseignements du Bouddha et du Christ sont vrais spirituellement non en tant que simples enseignements mentaux, mais comme expression d’états ou d’événements intérieurs que grâce à leur vie terrestre ils ont rendus possibles pour d’autres (ou du moins plus dynamiquement aptes à se produire).

D’autre part, il va de soi que les cloisons sectaires sont une erreur, un ajout, une limitation mentale de la Vérité, qui peuvent servir un objectif mental, mais non un but spirituel. L’Avatar ou le gourou n’ont aucun sens s’ils ne représentent pas l’Éternel ; c’est là ce qui fait d’eux ce qu’ils sont pour l’adorateur ou le disciple.

C’est aussi un fait que nul ne peut vous donner une réalisation spirituelle qui ne provienne de quelque chose qui se trouve dans votre vrai Moi ; c’est toujours le Divin qui se révèle, et le Divin est en vous ; aussi ce Lui qui se révèle doit-il être senti dans votre cœur.

Votre question, ici, suggère simplement que c’est là une vérité qui peut être mal interprétée ou mal utilisée, mais il en est de même pour toute vérité spirituelle si on la saisit de la mauvaise façon – et le mental humain a fortement tendance à prendre la Vérité par le mauvais bout pour parvenir au mensonge.

Tout ce qu’on dit de ces choses sont après tout des affirmations mentales, à la merci du mental qui les interprète. Il se trouve dans chacune de ces déclarations un accroc créé non par la Vérité qu’elle exprime, mais dans l’interprétation du mental. L’accroc ici (ce que vous appelez le glissement) ne réside pas dans l’affirmation elle-même, qui est tout à fait correcte, mais dans l’éclairage que peuvent lui donner des esprits ignorants, imbus d’eux-mêmes ou amoureux de leur ego.

Beaucoup ont mis en avant l’évangile de leur « propre moi » sans prendre la peine de voir si c’était là le vrai Moi, ont opposé l’ignorance de leur « moi » à la connaissance du Gourou, ou ont fait de cet ego ou de quelque chose qui le flattait et le nourrissait l'Isha Devata²⁸.

28. Une sorte de dieu tutélaire, de divinité personnelle.

L’écueil, dans la vénération du Gourou et de l'Avatar, c'est une tendance sectaire qui insiste sur le Représentant ou la Manifestation, mais perd de vue le Manifesté ; l’écueil inverse, c’est d’ignorer la nécessité du Représentant ou de la Manifestation, ou de minimiser leur valeur et de leur substituer comme guide et lumière non pas le vrai Moi, l’unique en tous, mais son « propre moi ». Combien ici ont fait cela et se sont égarés, sous l'impulsion de l'ego magnifié, qui est l'un des plus grands périls sur le chemin !

Cela ne diminue en rien, toutefois, la vérité des propos de Krishnaprem ; seulement, en les examinant, il faut mettre chaque chose à sa place dans l'harmonie de ce Tout qui est pour nous l'expression du Suprême. 

Elle se multipliera et affirmera son droit d'être.

🔥

Si certaines expériences sont si puissantes que les gens en viennent à croire qu'ils sont devenus des Avatars, le danger est effectivement très grand. 

Mais que faire ? La loi de la vie, la loi évolutive, c'est la croissance, et si nous aspirons à progresser toujours davantage vers la vérité de notre être, inévitablement, paraît-il, nous découvrirons que notre être est divin. Tous les hommes sont des dieux incarnés – seulement ils ne le savent pas ; nous dit Krishnaprem, et cela ne contredit pas les enseignements de Sri Aurobindo-Mère. 

Ceci dit, même lorsque nous le savons, si cela reste une connaissance purement mentale sans réalité effective, nous ne sommes pas beaucoup plus avancés. Il nous faut trouver comment réaliser le divin que nous en sommes en vérité, le devenir, et pour cela, Mère nous a dit qu'il n'y avait qu'un seul moyen : l'identification. 

Pour en venir à une anecdote fameuse : Mattéo, le frère de Mère a un jour eu la vision d’un être qui lui a demandé s’il voulait devenir un dieu, et il a décliné la proposition en disant qu’il voulait aider l’humanité et faire de la philanthropie. Mère lui a répondu qu’il était un imbécile. Si une telle possibilité se présente à nous, aussi minime soit-elle, nous n’aimerions sans doute pas que Mère nous dise la même chose. Les temps que nous vivons sur terre sont exceptionnels, ne ratons pas l’occasion qui nous est offerte d’évoluer aussi droit que possible, vers la vérité divine de notre être.

Il y a quelques jours, en relisant des textes sur l’être psychique, je réfléchissait à une méthode pour le faire venir en avant, et je me suis dit que, peut-être, le problème se résumait à... le laisser s'exprimer.

Par exemple, si lorsque nous sommes avec quelqu'un nous parlons tout le temps, l'autre n'a que de rares possibilités d'exprimer ce qu'il est. De même dans nos actions, si nous voulons décider de tout, comment l'autre pourrait-il trouver à exprimer ses talents ? Eh bien, je me suis dit que c'était la même chose avec nos êtres intérieurs. Si notre extérieur est hyper actif, qu'il cause tout le temps, qu'il veut garder le contrôle, tout diriger, notre être intérieur, psychique n'aura pas beaucoup l'occasion de s'exprimer et de se manifester. Il faut lui laisser de la place, lui laisser le temps et l'opportunité de le faire… Et ce, d'autant plus, pour le peu d'expérience que j'en ai, mon impression est que l'être psychique ne s'impose jamais de lui-même… c’est à nous de déblayer le terrain pour lui faire de la place.

Certes, ce texte parle des Avatars et nous ne sommes pas des Avatars. Mais si les Avatars ne se sont pas des sources d'inspirations pour les hommes, à quoi servent-ils ?

Reprenons deux phrases de Sri Aurobindo dans son paragraphe sur l'Avatar :

Ce qui compte, c'est la Réalité spirituelle, le Pouvoir, l'Influence qui l'accompagnent ou qu'il a fait descendre par son action et son existence.

(...)

Ce qu'il peut y avoir de significatif dans sa vie extérieure ne l'est que parce que c'est un symbole de ce qui a été réalisé en lui, et on peut aller plus loin en affirmant que la vie intérieure aussi n'a de signification qu'en tant qu'expression, représentation vivante du mouvement de la Divinité derrière elle.

Mais nous aussi, à notre niveau, ce qui devrait vraiment compter et avoir de l'importance, c'est, pour reprendre les mots-mêmes de Sri Aurobindo :

➡ notre Réalité spirituelle,

➡ le Pouvoir et l'influence que nous pouvons faire descendre dans nos vies,

➡ ce que nous avons réalisé en nous,

➡ que nous parvenons à être aussi transparent que possible à l'expression et au mouvement de la Divinité qui est derrière nous et soutient notre existence.

En tout cas... si nous voulons mener la vie d'un homme spirituel. 

Ainsi, nous pouvons nous demander : "Qu'est-ce que la Divinité cherche a exprimer en nous ?", "Qu'est-ce qu'il veut réaliser ?" Il me semble que ce sont de bonnes questions.

Le psychique obtient son pouvoir d'expression quand il gouverne tout l'être.

🔥

Comment faire ? Comment faire ? Nous sommes ainsi fait que nous voulons toujours faire quelque chose ! Qu'est-ce que tu fais dans la vie ? Ainsi marche la vie ordinaire... sur la tête.

Mais au niveau spirituel, au moins, au niveau de la compréhension, une chose est très simple : ce que le Divin veut réaliser en nous, Lui seul peut le faire. Nous ne pouvons que nous offrir de bonne grâce à son Action ; et pour commencer... 

Laissons notre être psychique s'exprimer...

Laissons le gouverner...

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