Le pouvoir du psychique (Lettres sur le Yoga)
Peut-être avons-nous encore une vision de notre âme, de notre être psychique, une vision un peu trop romantique, sentimentale... à moins que nous faisions quelque chose d'un peu planant, "spirituel". Ces quelques extraits des Lettres sur le Yoga devraient nous rappeler que le psychique est une force et un pouvoir très réel et très concret.
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Le mot "soûl" [âme], tout comme le mot "psychic" [psychique], a, dans la langue anglaise, un emploi très vague et de nombreuses significations différentes. Dans le langage ordinaire, on a trop souvent tendance à ne pas faire une claire distinction entre le mental et l'âme et il se fait souvent une confusion plus grave encore : c'est en effet de l'être vital de désir – de la fausse âme ou âme de désir – que l'on parle lorsqu'on emploie les mots "âme" et "psychique", et non de l'âme vraie, de l'être psychique.
L'être psychique est tout à fait différent du mental ou du vital ; il se tient derrière eux, là où ils se joignent dans le cœur.
C'est là qu'est sa place centrale, mais derrière le cœur plutôt qu'au-dedans de lui ; car ce que les hommes appellent d'ordinaire le cœur est le siège de l'émotion, et les émotions humaines sont des impulsions mentales-vitales qui n'ont pas, en général, un caractère psychique.
Ce pouvoir profondément secret qui se tient derrière – autre que le mental et la force de vie – est l'âme vraie, l'être psychique en nous.
Le pouvoir du psychique peut néanmoins agir sur le mental, le vital et le corps, purifiant la pensée, la perception et l'émotion (qui devient alors le sentiment psychique), la sensation, l'action et toutes choses en nous, et les préparant ainsi à devenir des mouvements divins.
L'être psychique peut être décrit, en langue indienne, comme le Pourousha dans le cœur ou Chaïtya Pourousha ; mais il faut entendre par là le cœur intérieur ou secret, hridayé gouhâyâm, non le centre extérieur vital et émotionnel.
C'est la véritable entité psychique (distincte du mental de désir du vital) – la psyché – dont il est question dans la page de l'Arya à laquelle vous vous référez.
Question posée à Grok sur le sens et l’étymologie de ces deux mots sanskrits
Voici la traduction et l'étymologie des deux mots sanskrits mentionnés dans le passage de Sri Aurobindo :
1. Hridayé (हृदये)
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Traduction littérale : « dans le cœur »
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Forme grammaticale : locatif singulier de hṛdaya (हृदय)
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Sens principal : cœur (au sens physique, mais surtout spirituel et intérieur dans les textes yogiques et upanishadiques)
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Étymologie :
Dérivé de la racine verbale √hṛ (हृ) qui signifie « prendre », « emporter », « saisir » ou « voler ». Hṛdaya exprime donc étymologiquement « ce qui est saisi/reçu à l'intérieur », « ce qui est au centre de ce qui est pris/accueilli », ou « le réceptacle intérieur ». Dans la tradition spirituelle indienne, il désigne le cœur profond, le centre spirituel de l'être (souvent opposé au cœur émotionnel/vital extérieur).
2. Gouhâyâm (गुहायाम्) ou plus précisément guhāyām (गुहायाम्)
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Traduction littérale : « dans la caverne », « dans la grotte », « dans la cachette secrète »
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Forme grammaticale : locatif singulier de guhā (गुहा)
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Sens principal : caverne cachée, grotte secrète, antre mystérieux (souvent symbolique)
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Étymologie :
Dérivé de la racine √guh (गुह्) ou apparenté à √guhā qui signifie « cacher », « dissimuler », « couvrir ». Guhā désigne donc littéralement « ce qui est caché », « le lieu secret », « la cavité cachée ». Dans les Upanishads et la tradition védique, c'est l’image classique de la cave secrète du cœur où réside l’Ātman ou le Purusha divin.
3. Ensemble : hṛdaye guhāyām (हृदये गुहायाम्)
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Traduction courante dans le contexte spirituel : « dans la caverne secrète du cœur » ou « dans le cœur-caverne secret »
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Sens le plus fréquent chez Sri Aurobindo et dans les Upanishads : « dans le cœur intérieur secret », « dans la grotte cachée du cœur » C’est une expression védique et upanishadique récurrente qui désigne le lieu le plus profond et le plus secret de l’être, où réside le Purusha (l’âme, l’être psychique, l’étincelle divine), bien au-delà des émotions superficielles et du vital extérieur.
En résumé, Sri Aurobindo utilise cette locution pour insister sur le fait que le « cœur » dont il parle n’est pas le centre émotionnel/vital habituel, mais bien ce centre mystique et caché décrit dans les textes anciens.
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Mon idée, simple supposition, est que ces deux mots pouvaient être dotés d'un pouvoir mantrique pour nous aider à nous relier à la "Lumière cachée en nous, la lumière dans la crypte secrète du sanctuaire le plus profond du cœur" (…) le sanctuaire le plus profond, [où] l’âme et Dieu sont seuls, unis l’un à l’autre." (Sri Aurobindo – La Vie Divine)
Reprenons maintenant les extraits des Lettres sur le Yoga...
Le but du yoga est d'ouvrir la conscience au Divin et de vivre de plus en plus dans la conscience intérieure, tout en agissant sur la vie extérieure à partir de cette conscience ; d'amener l'être psychique profond au premier plan et, par le pouvoir du psychique, de purifier et de changer l'être afin qu'il soit prêt pour la transformation et uni à la Connaissance divine, à la Volonté divine et à l'Amour divin.
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On sent le bien-être et la paix très profondément et très loin au-dedans parce qu'ils sont dans le psychique et que le psychique est très profond en nous, recouvert par le mental et le vital.
Quand vous méditez, vous vous ouvrez au psychique, vous commencez à percevoir votre conscience psychique profondément au-dedans et vous sentez ce bien-être, cette paix, ce bonheur.
Pour qu'ils deviennent forts et stables et que vous les ressentiez dans l'être tout entier jusque dans le corps, vous devez entrer encore plus profondément au-dedans et faire pénétrer la pleine force du psychique dans le physique.
La manière la plus facile d'y parvenir est de se concentrer et de méditer régulièrement en aspirant à cette conscience vraie.
On peut y arriver aussi par le travail, par l'offrande, en accomplissant le travail pour le Divin seul sans penser à soi, en gardant toujours dans le cœur l'idée de la consécration à la Mère. Mais il n'est pas facile de le faire parfaitement.
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Votre première expérience était l'ouverture du psychique ; vous avez commencé à percevoir d'une part l'être psychique, ses aspirations, ses expériences, et d'autre part l'être extérieur en façade, comme deux parties séparées de votre conscience. Vous n'avez pas pu prolonger cette expérience parce que le vital n'était pas purifié et vous tirait à l'extérieur, dans la conscience extérieure ordinaire. Ensuite vous êtes retourné dans le psychique et vous avez été capable à la fois de voir votre nature vitale ordinaire, de prendre conscience de ses défauts, et de travailler, par le pouvoir du psychique, à sa purification.
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Le pouvoir psychique organise les activités de la nature pour les faire progresser.
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L'action du psychique, lorsqu'il devient le principal pouvoir de l'être, s'exerce par un certain sentiment et par un sens psychique intrinsèque qui repousse le mensonge. Les domaines du mental situés au-dessus de l'intellect n'agissent pas de cette manière : là, ce sont le discernement et la volonté qui s'exercent, et leur action est plus vaste, mais moins sûre et pour ainsi dire moins automatique.
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Le psychique, lorsqu'il est suffisamment développé, peut être assez fort pour effectuer le déblayage préliminaire.
Seul le supramental peut transformer l'être matériel, mais le mental physique et le vital physique peuvent être transformés dans une considérable mesure par l'action du psychique et du surmental.
La transformation complète ne s'effectue cependant que lorsque l'influence supramentale se fait sentir. Mais pour le moment, on peut faire confiance à la force psychique pour qu'elle effectue la purification préliminaire de la nature inférieure.
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À quoi bon la gaîté, dites-vous ? Elle vous met dans un état favorable à l'action du psychique et sans le savoir, vous avez de plus en plus les perceptions justes et les sentiments justes propres à vous faire acquérir l'attitude spirituelle.
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Mais quel est cet ego dont vous parlez ? Tout le monde a un ego, et il est impossible de s'en débarrasser complètement, sauf par deux moyens : l'ouverture du psychique au-dedans, et la descente d'une conscience vaste et sans ego venant d'en haut.
L'ouverture de l'être psychique ne fait pas aussitôt disparaître l'ego, mais elle le purifie et l'offre au Divin avec tous ses mouvements, de sorte que l'on se débarrasse de l'égoïsme par le don de soi et la soumission.
En même temps la nature s'ouvre au-dessus, et la conscience vaste et sans ego descend : l'ego disparaît et par le pouvoir du psychique, vous connaissez votre être véritable qui est une parcelle de la Mère.
C'est ce qui doit arriver, mais ce n'est pas possible en si peu de temps. Ne pensez pas sans cesse au mouvement vital et à l'ego : vous les avez vus, vous savez ce qu'ils sont cela suffit. Concentrez-vous plutôt dans le cœur sur l'ouverture qui doit s'y produire ; concentrez-vous avec persévérance, aspirez avec persévérance, et ne vous inquiétez pas si cela prend du temps. Appelez de toutes les manières, même si votre appel ne peut pas encore venir des profondeurs ; ensuite l'appel profond viendra.
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L'amour et la bhakti intenses ne viennent pas dès le début. Ils viennent à mesure que le pouvoir du psychique augmente dans l'être. Mais il est juste d'y aspirer et l'aspiration sincère se réalisera à coup sûr. Cherchez sans cesse à progresser en tranquillité, en bonheur et en confiance, c'est l'attitude la plus efficace. N'écoutez pas les suggestions contraires qui vous viennent du dehors.
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Indépendamment de la force du psychique, de son pouvoir, ces extraits évoquent aussi sa profondeur : cela implique d'avoir un certain goût pour les plongées dans les eaux profondes de notre être...