La perfection dans les Aperçus et aphorismes + compilation générale (10)
« Ce n'est pas par les livres qu'il faudrait étudier Sri Aurobindo mais par les sujets – ce qu'il a dit sur le Divin, sur l'Unité, sur la religion, sur l'évolution, sur l'éducation, sur la perfection de soi, sur le supramental, etc. etc. » (La Mère – Éducation)
Parmi toutes les compilations des œuvres de Sri Aurobindo-Mère, nous en avons sur l'être psychique, sur la voie ensoleillée, sur la santé, le sommeil, l'harmonie intérieure, etc... mais à ma connaissance, pas encore sur la perfection.
Dans les Entretiens, dans La vie divine, La Synthèse des Yogas, l'Essai sur la Guîtâ, Savitri, dans les œuvres de Satprem... il y aurait encore beaucoup d'extraits à partager sur le sujet de la perfection, mais nous en sommes déjà au 10e article, et 10 est un bon chiffre pour terminer ce cycle.
Je partage à la fin de cet article la compilation de tout ce que j'ai publié et libre à chacun de la modifier, de la compléter, de la consulter à sa guise,
Que retenir ?
C'est à chacun de répondre, de prendre ce qui lui convient, de rejeter le reste, je ne peux que rappeler à mon sens les deux idées les plus fortes.
1. L'idée générale habituelle la plus répandue est que la perfection n'est pas de ce monde. Or, ces textes au contraire nous rappellent avec force que non seulement qu'une Perfection habite en nous, mais que la possibilité même d'une perfection est toujours présente, coexistante avec l'imperfection.
2. Les autres mondes, mêmes s'ils ont atteint un niveau de conscience plus élevés, ne sont pas des mondes évolutifs. C'est sur notre terre, si laborieuse, si douloureuse, par la grâce même de notre insondable imperfection, que la suprême perfection est possible.
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La perfection dans Aperçus et Pensées...
Méfie-toi d’un succès apparemment parfait ; mais quand, après avoir réussi, tu trouves encore beaucoup à faire, réjouis-toi et va de l’avant car le labeur est long jusqu’à la réelle perfection.
(…)
Dieu a tout le temps devant lui et n’a point besoin de toujours se presser. Il est certain de son but et du succès, et n’hésite pas à briser cent fois son œuvre pour l’amener plus près de la perfection. La patience est la première grande leçon nécessaire, mais non la lourde lenteur à se mouvoir du timide, du sceptique, du fatigué, de l’indolent, du faible ou de l’homme sans ambition ; la patience pleine d’une force calme et concentrée qui veille et se prépare pour l’heure des grands coups rapides, peu nombreux mais qui suffisent à changer la destinée.
Pourquoi Dieu martèle-t-il son monde avec tant d’acharnement, pourquoi le piétiner et le pétrir comme de la pâte, pourquoi le jeter si souvent dans un bain de sang et dans l’embrasement infernal de la fournaise ? Parce que l’humanité dans son ensemble est encore un vil minerai grossier et dur qui autrement ne se laisserait jamais fondre ni modeler. Tels les matériaux, telles les méthodes. Que le minerai se laisse transmuer en un métal plus noble et plus pur, et les procédés de Dieu envers lui seront plus doux et plus bénins, et les usages qu’il en fera, plus raffinés et plus beaux.
Pourquoi Dieu a-t-il choisi ou fabriqué de tels matériaux quand il pouvait choisir dans l’infini des possibilités ? Parce que son Idée divine avait en vue non seulement la beauté, la douceur et la pureté, mais aussi la force, la volonté et la grandeur. Ne méprise pas la force et ne la hais point à cause de la laideur de certaines de ses faces, et ne pense pas non plus que Dieu soit seulement amour. Toute perfection parfaite doit receler en elle quelque chose du héros et même du titan. Mais la plus grande force naît de la plus grande difficulté.
Tout changerait si seulement l’homme consentait à être spiritualisé. Mais sa nature mentale, vitale et physique se révolte contre la loi supérieure. Il aime son imperfection.
L’Esprit est la vérité de notre être. Dans leur imperfection, le mental, la vie et le corps sont ses masques ; mais dans leur perfection, ils seraient ses formes. Être spirituel ne suffit pas ; cela prépare un certain nombre d’âmes au ciel, mais laisse la terre exactement où elle est. Un compromis n’est pas non plus le chemin du salut.
Le monde connaît trois sortes de révolutions. Les révolutions matérielles ont de puissants résultats ; les révolutions morales et intellectuelles sont infiniment plus vastes dans leur horizon et plus riches dans leurs fruits ; mais les révolutions spirituelles sont les grandes semailles.
Si ces trois changements pouvaient coïncider en un parfait accord, une œuvre sans défaut serait accomplie. Mais le mental et le corps de l’homme ne peuvent pas contenir parfaitement la puissance du flot spirituel ; la plus grande partie en est gaspillée et beaucoup du reste, perverti. Dans notre sol, de nombreux labours intellectuels et physiques sont nécessaires pour obtenir une maigre récolte à partir de vastes semailles spirituelles.
Chaque religion a aidé l’humanité. Le paganisme a augmenté dans l’homme la lumière de la beauté, la largeur et la grandeur de la vie, la tendance à une perfection multiforme. Le christianisme lui a donné quelque vision de charité et d’amour divins. Le bouddhisme lui a montré un noble moyen d’être plus sage, plus doux, plus pur ; le judaïsme et l’islamisme, comment être religieusement fidèle en action et zélé dans sa dévotion pour Dieu. L’hindouisme lui a ouvert les plus vastes et les plus profondes possibilités spirituelles. Ce serait une grande chose si toutes ces vues de Dieu pouvaient s’embrasser et se fondre l’une en l’autre ; mais les dogmes intellectuels et l’égoïsme des cultes barrent le chemin.
Toutes les religions ont sauvé un certain nombre d’âmes, mais aucune n’a encore été capable de spiritualiser l’humanité. Pour cela, ce ne sont pas les cultes ni les credo qui sont nécessaires, mais un effort soutenu d’évolution spirituelle individuelle qui englobe tout.
Les changements que nous voyons dans le monde aujourd’hui sont intellectuels, moraux, physiques dans leur idéal et leur intention. La révolution spirituelle attend son heure et, pendant ce temps, fait surgir ses vagues ici et là. Jusqu’à ce qu’elle vienne, le sens des autres changements ne peut pas être compris ; et jusqu’à ce moment-là, toutes les interprétations des événements présents et toutes les prévisions de l’avenir humain sont choses vaines. Car la nature de cette révolution, sa puissance et son issue sont ce qui déterminera le prochain cycle de notre humanité.
Dans les aphorismes sur la connaissance...
20 — Dieu m’a ouvert les yeux : car j’ai vu la noblesse dans le vulgaire, le charme dans le répugnant, la perfection du contrefait et la beauté du hideux.
45 — La logique est le pire ennemi de la Vérité, de même que le pharisaïsme est le pire ennemi de la Vertu ; car l’une est incapable de voir ses propres erreurs et l’autre ses propres imperfections.
47 — Du jour où j’ai pu lire un livre ennuyeux d’un bout à l’autre et avec plaisir, tout en percevant la perfection de son ennui, j’ai su que j’avais conquis mon mental.
68 — Le sens du péché était nécessaire pour que l’homme puisse se dégoûter de ses propres imperfections. C’est le correctif que Dieu apportait à l’égoïsme. Mais l’égoïsme de l’homme déjoue les stratagèmes de Dieu, parce que l’homme s’intéresse médiocrement à ses propres péchés, tandis qu’il observe avec zèle les péchés des autres.
69 — Le péché et la vertu sont un jeu de résistance que nous jouons avec Dieu tandis qu’Il fait effort pour nous tirer vers la perfection. Le sens de la vertu nous aide à chérir en secret nos péchés.
Dans les aphorismes sur le karma...
234 — Que tes vertus ne soient pas du genre que les hommes louent ni récompensent, mais de celles qui contribuent à ta perfection et que Dieu dans ta nature exige de toi.
296 — N’aie point de répulsion pour les perversions du monde ; le monde est un serpent blessé et venimeux qui se tortille vers sa mue et vers un destin de perfection. Attends, car c’est une gageure divine, et de cette bassesse, Dieu émergera radieux et triomphant.
330 — Des capacités imparfaites et un résultat imparfait dans le travail qui t’est destiné valent mieux qu’une compétence artificielle et une perfection d’emprunt.
335 — La famille, la nation, l’humanité sont les trois enjambées de Vishnu pour passer de l’unité isolée à l’unité collective. La première est faite ; nous nous efforçons encore à la perfection de la seconde ; nous tendons les mains vers la troisième, mais le travail de pionnier a déjà commencé.
340 — Les forces de réaction perfectionnent et hâtent le progrès en augmentant et purifiant la force même du progrès. C’est ce que ne savent pas voir la multitude des faibles qui désespèrent d’arriver au port quand le navire fuit impuissant devant le vent d’orage ; mais il fuit vers le havre prévu par Dieu, encore caché par la pluie et le creux de l’océan.
344 — Cette espèce humaine égarée rêve toujours d’atteindre à la perfection de son milieu par le mécanisme d’un gouvernement ou d’une société ; mais c’est seulement par la perfection de l’âme au-dedans que le milieu extérieur peut atteindre à la perfection. Ce que tu es au-dedans de toi, cela tu en jouiras dehors — nul mécanisme ne peut te délivrer de la loi de ton être.
Dans les aphorismes sur la bhakti...
417 — L’amour, quand il est parfait, rejette la peur ; mais toi, garde cependant une ombre et un souvenir tendres de l’exil, cela rendra la perfection plus parfaite.
447 — « Erreurs, mensonges, faux pas ! » s’écrient-ils. Que Tes erreurs sont brillantes et belles, ô Seigneur ! Tes mensonges sauvent la vie à la Vérité ; par Tes faux pas le monde se perfectionne.
486 — Celui qui condamne l’échec et l’imperfection condamne Dieu ; il limite sa propre âme et dupe sa propre vision. Ne condamne point mais observe la Nature, aide et guéris tes frères, fortifie leurs capacités et leur courage par ta sympathie.
540 — Les négations de Dieu sont aussi utiles pour nous que Ses affirmations. C’est Lui qui, en tant qu’athée, nie Sa propre existence pour perfectionner la connaissance humaine. Il ne suffit pas de voir Dieu dans le Christ et dans Râmakrishna ni d’entendre Ses paroles ; nous devons aussi Le voir et L’entendre dans Huxley et dans Haeckel.
Dans les 7 aphorismes supplémentaires...
4 — Pour Dieu, notre mal n'est pas un mal, mais une ignorance et une imperfection, notre bien est une imperfection moindre.
Saisir l’absolu dans les formes qui passent
Capter le toucher de l’éternel dans les œuvres du Temps,
Telle est la loi de toute perfection ici.
Sri Aurobindo – Savitri
Livre 2 – Chant 2