La perfection dans l'Agenda 1968-1972 (7)
Agenda du 1er janvier 1968
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Agenda du 3 février 1968
C'est le jour de Mahâsaraswati...5
5. Mahâsaraswati, la Mère universelle sous son aspect de connaissance et de perfection dans le travail.
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Agenda du 16 mars 1968
Mère tend une fleur au disciple
Ça, c'est happy heart [cœur content].
Je suis en train de trouver le secret de ça.
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(long silence)
On a l’impression d'être tout le temps – tout le temps – en route vers une grande découverte, et puis on la fait, la découverte, et puis on s'aperçoit qu'elle a toujours été faite!... C'est seulement (riant) qu'on la regarde d'une autre manière.
Ce matin, une expérience, qui paraissait une révélation extraordinaire, et... c'est une chose qui était toujours sue. Alors on la mentalise – du moment où on la mentalise, ça devient clair, mais ce n'est plus ça ! N'est-ce pas, on peut dire que cette création-ci est la «création de l’équilibre»,2 et que c'est justement l’erreur mentale de vouloir choisir une chose et d'en rejeter une autre – que toutes les choses doivent être ensemble : ce qu'on appelle bien, ce qu'on appelle mal, ce que l’on appelle bon et ce que l’on appelle mauvais, ce qui vous semble plaisant et ce qui vous semble déplaisant, tout cela doit être ensemble.
2. Rappelons Agenda IV du 13 novembre 1963 :
«Les traditions disent qu'un univers est créé, puis qu'il est retiré dans le pralaya, puis un nouveau vient et ainsi de suite ; et d'après eux, nous serions le septième univers, et étant le septième univers, nous sommes celui qui ne retournera pas dans le pralaya mais qui progressera constamment, sans recul.»
Voir également Agenda VII du 4 mars 1966.
Et ce matin, c'était la découverte que par la Séparation – cette séparation qui a été décrite de toutes sortes de façons différentes, quelquefois d'une façon épisodique, quelquefois simplement abstraite, quelquefois philosophique, quelquefois... tout cela, ce sont seulement des explications, mais il y a quelque chose, qui probablement est simplement l’Objectivation (Mère fait le geste de pousser en avant l’univers hors du Non-manifesté)... Mais c'est encore une façon d'expliquer.
Cette soi-disant Séparation, qu'est-ce que c'est exactement ?
On ne sait pas (ou peut-être qu'on le sait, je ne sais pas). Ça a justement créé (mettons-le en couleur) le noir et le blanc, la nuit et le jour (ça, c'est déjà plus mélangé – mais le noir et le blanc aussi sont mélangés), mais c'est la tendance à faire deux pôles : la chose agréable, la chose bonne ; la chose désagréable, la chose mauvaise.
Et dès que l’on veut retourner à l’Origine, les deux ont tendance à se refondre. Et c'est dans l’équilibre parfait, c'est-à-dire où il n'y a plus de division possible et où l’un n'a pas d'influence sur l’autre – où les deux ne font plus qu'un –, qu'est cette fameuse Perfection que l’on essaye de reconquérir.
Le rejet de l’un et l’acceptation de l’autre, c'est un enfantillage. C'est une ignorance. Et toutes les traductions mentales, comme celle d'un Mal éternellement mal qui donne naissance à l’idée de l’enfer ; d'un Bien éternellement bien... tout cela, c'est tout-tout des enfantillages.
(silence)
Il se peut (il se peut, parce que dès que l’on veut formuler, on mentalise, et dès qu'on mentalise, c'est réduit, diminué, limité, ça perd la puissance de la vérité, mais enfin...) que dans cet univers tel qu'il est constitué, la perfection soit... (Mère reste longtemps absorbée). Ça échappe aux mots...
On pourrait dire comme cela (c'est sec et sans vie) : c'est la perception (est-ce que c'est seulement perception ? ce n'est pas seulement perception ; ce n'est ni perception, ni connaissance, ni conscience...) c'est la conscience de l’unité du tout perçue dans l’individu – perçue, vécue, réalisée. Mais ce n'est rien, ce ne sont rien que des mots... l’univers semble avoir été créé pour réaliser ce paradoxe de la conscience du tout, vivante (pas seulement perçue, mais vécue) dans chacune des parties, chaque élément constitutif du tout.
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Agenda du 18 mai 1968
«La mort est le phénomène de décentralisation et de dispersion des cellules qui constituent le corps physique.
«La conscience est, de par sa nature même, immortelle et, pour se manifester dans le monde physique, se revêt de formes matérielles plus ou moins durables.
«La substance matérielle est en voie de transformation pour devenir un mode d'expression multiforme de plus en plus perfectionné et durable pour cette conscience.»
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Agenda du 26 octobre 1968
On conçoit facilement une amélioration considérable avec un établissement de la Conscience vraie, parce que, comme je l’ai dit, il y a des expériences (tout à fait passagères, mais enfin) qui sont très concrètes, d'une harmonisation même matérielle qui a toute l’apparence d'un miracle de cette façon-là ; mais on conçoit qu'en rétablissant la Vraie Conscience et avec elle, l’Harmonie qu'elle apporte, cela ferait une différence considérable... Probablement une différence suffisante pour que puisse se réaliser un état harmonieux et progressif : dans l’harmonie, pas dans la misère.
C'est peut-être cela, le suprême miracle que le Divin essaye de réaliser : la séparation – un fait existant – et l’état de conscience de l’Unité.
(silence)
Ça, maintenant en tout cas, je sais... Le travail dans les autres états (même, même dans un physique subtil), c'est relativement un jeu d'enfant. La difficulté est ici.
(silence)
Alors on peut concevoir une amélioration, même une amélioration considérable, un état beaucoup plus harmonieux que celui qui existe. Celui qui existe... vraiment c'est un enfer ; il n'y a que cette Possibilité qui fait que ce n'est pas un enfer. C'est parce que, derrière cet enfer, il y a cette Possibilité – qui est vivante, réelle, existante, que l’on peut toucher, dans laquelle on peut vivre –, autrement, c'est infernal...
N'est-ce pas, on a l’impression que tous les états d'être ont été comme battus ensemble (tu sais, comme quand on fait une mayonnaise !), tous les états d'être comme cela, bien mélangés dans une grande confusion, alors naturellement l’«horrible chose» est supportable... à cause de tout le reste qui est là-dedans. Mais si on sépare... oh ! (geste d'horreur) Qu'est-ce que tu as à dire, toi ?
Eh bien, cela veut dire qu'il faut que la conscience DU TOUT change. C'est toujours le même problème : quand TOUT l’ensemble aura progressé, changé de conscience, le «fait» matériel devrait devenir différent.
Cela paraît comme cela.
C'est cela.
Il n'y a pas moyen d'échapper, de diviser ça.
Il faut que TOUT change.
L’individualité est seulement un moyen d'action pour la transformation du tout. Je comprends qu'ils aient dit qu'il fallait s'évader ! Ça exige une telle transformation... c'est presque une éternité de temps. Une fois qu'on est sorti, on est sorti, mais tout le temps que l’on a mis à...
On ne peut pas transformer «un» sans transformer tout !
Oui, c'est cela. C'est cela.
C'est-à-dire que «un» accélère la transformation du tout.
Oui. Alors ça, c'est le grand surrender : «C'est comme ça, c'est comme ça»...
C'est effrayant. Et c'est pour cela qu'il y a des gens qui s'échappent (même si c'est inutile, parce qu'ils auront à revenir). C'est pour se reposer ! (Mère rit) Il est de toute évidence que si ce n'était pas insupportable, ça ne changerait jamais. Et si c'est insupportable, eh bien... vraiment ça vous donne envie de vous sauver – c'est impossible, n'est-ce pas, c'est leur sottise de croire que l’on peut sortir de ça : ce n'est pas possible. Seulement, pour un temps... on se repose. C'est abandonner le travail. Ça retarde le résultat.
Et pourtant... pourtant on a l’impression que si, par quelque miracle, UN individu arrivait à physiquement se supramentaliser, ce serait un tel exemple pour le reste du monde que... Je ne sais pas, ça le bouleverserait.
Mais cela, ce serait tout de même partiel.
Oui, mais ça saisirait tellement les consciences…
Ce ne serait pas général, ce ne pourrait être que partiel. Mais ce SERA. Ça fait partie du Plan. Mais la perfection D'UNE réalisation dépend d'une réalisation totale. Il peut y avoir une certaine «quantité» de réalisation, c'est incontestable – justement, c'est ce que réalisera la race supramentale, c'est évident. C'est évident.
Mais je veux dire que si, maintenant, par quelque miracle, UN devenait lumineusement vrai, ce serait un tel saisissement pour le reste de l’humanité que cela la retournerait sur le chemin de la Vérité – UN exemple.
Mais oui. Mais ça...
(silence)
Espérons-le !
(silence)
Ça, c'est la vraie soumission... oh !...
(longue contemplation)
Peut-être le miracle de la vraie soumission ?... («soumission», ce n'est pas cela ; ce n'est même pas surrender : c'est quelque chose comme une acceptation, qui est en même temps l’annulation de toute séparation). Ça, parfait... peut-être. C'est à voir. Voilà.
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Agenda du 27 novembre 1968
Tu n'as pas répondu à ma question sur cette vision de toi, à plat par terre...
(Mère rit) Je crois que c'est le symbole de la soumission parfaite. J'étais sur mon dos, n'est-ce pas ?
Sur ton dos, par terre.
Sur le dos, oui. Ce doit être l’expression imagée de l’attitude du corps. C'est l’attitude de la parfaite réceptivité dans l’abandon total. Parce que c'est vrai. Vraiment, je ne sais pas s'il y a des «morceaux», des organes qui ont encore ce qu'on pourrait appeler leur «esprit d'indépendance», mais vraiment le corps a fait sa soumission, c'est-à-dire qu'il n'a pas de volonté propre ; il n'a aucun désir, aucune volonté propre, et il est tout le temps comme «à l’écoute» – tout le temps – pour percevoir l’Indication.
Il commence à savoir exactement l’endroit ou la fonction qui n'est pas… je ne peux pas parler de «transformée» parce que c'est un bien grand mot, mais qui n'est pas en harmonie avec les autres et crée un désordre.
Cela devient une perception de chaque moment.
Quand il se passe quelque chose qui semble anormal, il y a la compréhension, la conscience de pourquoi cela se produit et que cela doit mener à telle chose : comment un apparent désordre peut mener à une perfection plus grande. C'est cela. C'est un tout-tout petit début. Mais ça commence. Il commence à être un peu conscient.
Et non seulement pour lui tout seul, mais pour les autres aussi, ça commence : voir comment, percevoir comment la Conscience (avec un grand C) agit dans les autres ; et quelquefois justement... (les mots sont TRÈS EN RETARD sur l’expérience), il n'y a plus la perception de la division : il y a la perception de la diversité, et ça devient très intéressant... La diversité qui (s'il n'y avait pas ce que l’on pourrait appeler «accrochage» de la séparation), qui, dans la conscience vraie, serait parfaitement harmonieuse et ferait un tout qui serait la perfection même (Mère fait un geste rond).
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Agenda du 8 février 1969
Tous ceux qui veulent vivre et travailler à Auroville doivent avoir :
Une bonne volonté intégrale, une aspiration constante à connaître la Vérité et à se soumettre à elle.
Une plasticité suffisante pour faire face aux exigences du travail et une volonté incessante de progrès pour avancer toujours vers l’ultime Vérité.
Un petit conseil pour finir :
Soyez plus préoccupés de vos propres défauts que de ceux des autres.
Si chacun travaillait sérieusement à se perfectionner lui-même, la perfection de l’ensemble suivrait automatiquement.
6 février 1969
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Agenda du 3 mai 1969
Et c'est curieux, quand on voit les choses avec cette Conscience-là, c'est tellement FORMIDABLE comme PERFECTION d'arrangement qu'on est… qu'on est presque épouvanté !
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Agenda du 24 mai 1969
En tout cas (ça, c'est très clair), la Conscience qui est à l’œuvre pour l’aider dans le travail, lui a fait comprendre par-fai-te-ment que de s'en aller n'est pas une solution. Même si, avant, il y avait une curiosité de savoir ce qu'il sera, cette curiosité est partie ; alors le désir de rester, il y a fort longtemps que c'est parti ; le possible désir de s'en aller quand ça devient un peu... suffocant, c'est parti avec l’idée que ça ne changera rien du tout. Alors, il ne lui reste qu'une chose : c'est de perfectionner l’acceptation. C'est tout. Quand il n'en parle pas, c'est relativement plus facile ; quand il l’exprime, ça devient très concret.
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Agenda du 30 juillet 1969
Oui, exactement, ils vivent dans le Mensonge complètement. Mais écoute, hier, j'ai vu une douzaine de jeunes gens et jeunes filles qui venaient, je crois, d'Amérique (il y en avait de toutes nationalités), et ils avaient demandé à me voir. J'avais dit : je ne tiens pas à les voir. Mais ils avaient demandé, et L s'est laissé apitoyer et il me les a amenés.
Mon petit, si tu savais à quel point c'est CREUX !... Creux, juste des mots. Ils m'ont posé des questions !... «Qu'est-ce que c'est que la responsabilité ?»... Et il y en a une qui m'a dit: «Qu'est-ce que c'est que le Divin ?» (tout cela, ce sont des gens ultra-modernes, n'est-ce pas, qui ne sont pas assez bêtes pour croire à une divinité quelconque ! Ils sont beaucoup au-dessus de ça), elle m'a demandé avec un petit air narquois : «Qu'est-ce que c'est que le Divin ?» Alors je l’ai regardée (Mère a l’air de s'amuser beaucoup), et puis je lui ai dit (je traduis) :
«Le Divin, c'est la perfection qu'il faut que vous réalisiez.»
Ça, je me suis amusée !... Il n'y avait rien à dire ! (Mère rit)
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Agenda du 8 octobre 1969
Et quand le corps le sait, alors c'est bien... Il est loin d'avoir atteint la perfection – d'abord il est en train... je ne sais pas s'il est en train de se transformer, ce n'est pas visible, mais en tout cas, le fonctionnement dépend de la Conscience supérieure, ne dépend plus du mécanisme ordinaire (cela se fait petit à petit) ; eh bien, même là-dedans, il y a une espèce de confiance souriante qui fait que même quand on a un peu mal, que ce n'est pas trop confortable, ça ne fait rien – ça ne fait rien. On a le sens de cette Présence Divine toujours, partout, à tout moment, ça ne quitte pas.
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Agenda du 18 octobre 1969
Mais j'ai l’impression de quelque chose qui manque, d'un chaînon, quelque chose...
Pas un «chaînon»...
Ce serait plutôt une passivité qui manque. Tout est trop actif.
Et pour que la Force puisse passer rapidement pour atteindre le corps, il faut une GRANDE passivité. Je vois cela : chaque fois qu'il y a une pression pour agir sur une partie du corps ou une autre, ça commence toujours par une absolue passivité qui est... la «perfection de l’inertie», tu comprends ? Ce que l’inertie représente comme imparfait, c'est la perfection de cela… Quelque chose qui n'a aucune activité propre – c'est justement TRÈS difficile pour ceux qui ont un grand développement mental, c'est très difficile. Parce que tout le corps a travaillé toute sa vie à être justement dans cet état de réceptivité au mental, qui faisait son obéissance, sa docilité, etc., et c'est cela qu'il faut abolir.
(…)
D'avoir l’aspiration active ? Oui, mais alors ce n'est plus cette immobilité.
Il y est arrivé, il a compris le moyen, comment faire.
Les deux ensemble, l’union des deux ?
Oui, ils sont ensemble. C'est cela qu'il est arrivé à avoir : une immobilité complète et une INTENSE aspiration.
Et c'est quand l’immobilité reste sans l’aspiration, qu'il tombe dans une angoisse épouvantable qui le réveille immédiatement.
C'est cela, n'est-ce pas : une INTENSE aspiration. Et il est absolument immobile, immobile dedans, c'est comme si toutes les cellules devenaient immobiles...
Ce doit être cela ; ce que nous appelons l’intense aspiration, ce doit être la vibration supramentale. Ce doit être la Vibration divine, la vraie vibration divine. Ça, je me le suis dit souvent.
Mais si, même pendant cinq minutes, le corps tombe dans l’état d'inertie – d'immobilité sans aspiration –, il est éveillé par une angoisse comme s'il allait mourir ! Tu comprends, c'est à ce point-là. Et pour lui, l’immobilité, c'est...
Oui, il a l’impression que la vibration la plus haute, la vibration de la vraie Conscience, est TELLEMENT INTENSE qu'elle est... elle est l’équivalent de l’inertie de l’immobilité – d'une intensité qui n'est pas perceptible (pour nous). Cette intensité est tellement grande que, pour nous, c'est l’équivalent de l’inertie.
C'est cela qui est en train de s'établir.
C'est cela qui lui a fait comprendre (parce que maintenant le corps comprend), qui lui a fait comprendre le processus de la création... On pourrait presque dire que ça a commencé par un état de perfection, mais inconsciente, et qu'elle doit passer de cet état de perfection inconsciente à un état de perfection consciente, et entre les deux c'est l’imperfection. Les mots sont idiots, mais tu comprends.
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Agenda du 29 octobre 1969
Oui. On ne sait pas. Le corps ici commence à comprendre tout à fait qu'il faut être comme cela (geste vers le haut). La seule chose tout à fait importante, c'est d'avoir TOUJOURS la conscience tournée vers... n'est-ce pas, vers la Perfection qu'il faut manifester. C'est tout. Avec l’entendement que l’on a, il est IMPOSSIBLE de savoir. On voit trop petit.
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Agenda du 10 décembre 1969
Certainement, un grand pas sera fait quand il sera naturel pour l’homme de chercher à se perfectionner lui-même au lieu de s'attendre à trouver la perfection dans les autres...
Ça, ce renversement, est à la base de tout vrai progrès.
Le premier instinct humain : «C'est la faute des circonstances, la faute des gens, la faute... Celui-ci est comme ceci, celui-là est comme cela, celui-là...» Et ça dure indéfiniment.
Le PREMIER PAS, le premier pas est de dire : si j'étais comme je dois être, ou si ce corps était comme il doit être, tout serait pour lui parfaitement bien. Et si, pour faire un progrès, vous attendez que les autres le fassent, vous pouvez attendre indéfiniment. Ça, c'est la première chose qu'il faudrait répandre partout. Ne jamais mettre la faute sur les autres et sur les circonstances parce que, quelles que soient les circonstances, même celles qui sont en apparence les pires, si vous êtes dans la vraie attitude et que vous ayez la vraie conscience, cela n'a aucune importance pour votre progrès intérieur, aucune importance – je dis cela : y compris la mort. Vraiment, ça paraît être la première leçon à apprendre.
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Agenda du 17 janvier 1970
Je comprends très bien – très bien – pourquoi Sri Aurobindo n'a pas dit «surhomme», pourquoi il a dit supramental. Il n'a pas dit surhomme parce qu'il ne voulait pas que ce soit «un homme qui se perfectionne», ce n'est pas cela. Il a dit supramental parce que... Il a dit : laissez tout ça. Supramental – SUPRA, tu comprends ?
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(Le disciple commence par lire à Mère sa préface à la deuxième
édition de «l’Aventure de la Conscience». Nous la publions ici
pour donner la température de l’époque.)
(...)
«...Il s'agit de savoir que nous pouvons mieux que nos machines, et que cette énorme Mécanique qui nous étouffe peut s'écrouler aussi vite qu'elle est née, si seulement nous voulons toucher le levier du vrai pouvoir et descendre dans notre propre cœur comme des explorateurs méthodiques, rigoureux et lucides.
«Alors, nous découvrirons peut-être que notre splendide XXe siècle était encore à l’âge de pierre de la psychologie, et qu'avec toute notre science, nous n'étions pas encore entrés dans la vraie science de vivre ni dans la maîtrise du monde et de nous-mêmes, et que devant nous, s'ouvrent des horizons de perfection et d'harmonie et de beauté auprès desquels nos découvertes superbes sont comme de grossières ébauches d'apprentis.»
C'est très bien, très bien... c'est magnifique. Ça, ça a une force dynamique.
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Agenda du 4 avril 1970
Tu continues de recevoir les Aphorismes ?... Je ne me souviens pas d'avoir lu ces choses... N'est-ce pas, il voulait à toute force briser les règles, les conventions1.
1. Aphorisme 447 – «Erreurs, mensonges, faux pas !», s'écrient-ils. Que Tes erreurs sont brillantes et belles, ô Seigneur ! Tes mensonges sauvent la vie à la Vérité ; par Tes faux pas, le monde se perfectionne.
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Agenda du 18 avril 1970
C'est la première fois. Toutes les nuits, c'est comme cela, mais c'est fugitif, ça vient pour un détail, un moment ; le reste du temps, je suis dans une Paix parfaite. C'est la première fois que j'ai une action comme cela. Et j'étais tellement malade (!) que je me suis demandé (pendant que ça durait), je me suis demandé s'il n'allait pas m'en rester quelque chose physiquement. Et c'est pour cela, quand j'ai senti qu'il fallait me lever, j'ai pensé que c'était voulu aussi ; je me suis levée et je me suis aperçue : rien !
Mais ça donne des indications (c'est de plus en plus, c'est jour après jour, expérience après expérience), des indications à quel point l’intervention de cette Volonté (que nous appelons la Volonté divine) à travers le psychique (ou même directe, ça dépend des cas), à quel point c'est... c'est tout-puissant.
Et ça dépend exclusivement... Cette Volonté est toujours active pour l’Harmonie parfaite – oui, l’Harmonie parfaite telle que nous pouvons la concevoir ; il y a aussi là, dans la conception, la connaissance que ça aussi, ça progressera, qu'une fois que cette harmonie-là sera manifestée, alors commencera le travail pour une autre perfection, qui pour le moment nous échappe. Ça aussi, ça sait.
Et de plus en plus, c'est comme une sorte de... ce n'est pas positivement une fusion (entre le physique subtil et le physique matériel), mais… (comment dire ?...) Pour que tout se tienne ensemble, il y a cette manière d'être de la conscience matérielle qui continue (la conscience physique matérielle), mais là-dedans, se produit une perméation (c'est vraiment une perméation) qui ne chasse pas l’autre, mais... il est probable qu'à l’usage, ça transformera l’autre. Ça ne la chasse pas (la conscience matérielle), mais c'est là et ça domine – des fois, ça ne domine pas, c'est l’autre qui domine ; et alors, suivant le cas... ça change les circonstances extérieures (c'est difficile à expliquer).
Ça change les circonstances extérieures?
Extérieures.
Aah !...
Extérieures.
Cette pénétration a certainement l’intention (mais c'est probablement très loin) d'un remplacement, tu comprends ? Ce physique subtil est en train de... (Mère fait un geste comme pour user une paroi), de travailler pour prendre la place de l’autre, mais pas par élimination : par transformation. Mais on voit (comme on perçoit les deux en même temps, on voit très bien) : c'est un travail formidable.
Et ça enlève de la fixité (ce n'est pas seulement fixe : c'est friable) ; notre physique est friable, et ça enlève cette friabilité : là où ça casse, ça plie, tu comprends ? Là où ça s'émiette, c'est fluide, ça devient (Mère fait un geste arrondi)... C'est très curieux. C'est difficile à expliquer.
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Agenda du 7 novembre 1970
(Mère répond à une question posée par une jeune disciple.)
«J'ai beaucoup lu et entendu parler des vies passées et futures, mais je sens très fort que c'est dans cette vie même que nous devons réaliser nos plus hautes aspirations, comme si c'était la dernière chance qui nous était donnée. Les allusions aux autres vies sont pour moi intangibles et académiques plutôt qu'une aide et un espoir. Ce n'est pas que je ne croie pas à la réincarnation, mais cette pensée-là me revient à l’esprit très souvent. Mère, est-ce une étroitesse de vision de ma part ou quoi ?»
La connaissance des vies passées est intéressante pour la connaissance de sa nature et la maîtrise de ses imperfections.
Mais à vrai dire, elle n'a pas une importance capitale et il est beaucoup plus important de se concentrer sur l’avenir, la conscience à acquérir et le développement de la nature qui est presque illimité pour ceux qui savent le faire.
Nous sommes à un moment spécialement favorable de l’existence universelle où, sur la terre, tout se prépare pour une nouvelle création ou plutôt pour une nouvelle manifestation dans la création éternelle.
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Agenda sans date – 1971
(Aux environs du mois d’août, le message qui suit a circulé dans l’Ashram et dans Auroville. Il est intéressant de noter que ce texte est le remaniement d’un manuscrit beaucoup plus ancien que Mère nous avait donné. Nous publions à la suite le texte original.)
«La tâche de donner une forme concrète à la vision de Sri Aurobindo a été confiée à la Mère. La création d’un monde nouveau, d’une humanité nouvelle, d’une société nouvelle exprimant et incorporant la conscience nouvelle est l’œuvre qu’elle a entreprise. De par la nature même des choses, c’est un idéal collectif, réclamant un effort collectif pour se réaliser dans les termes d’une perfection humaine intégrale.
«L’Ashram, fondé et construit par la Mère, a été le premier pas vers l’accomplissement de ce but. Le projet d’Auroville est le pas suivant, plus extérieur, cherchant à élargir la base de cet essai d’établir l’harmonie entre l’âme et le corps, l’esprit et la nature, les cieux et la terre, dans la vie collective de l’humanité.»
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Agenda du 10 juillet 1971
(À propos de quelques paroles de Mère notées de mémoire par une disciple.)
«Quand la vie est harmonieuse, ce n’est pas une récompense donnée par le Divin. Si la vie était normalement ce qu’elle doit être, tout serait toujours harmonieux...
Oui, quand c’est harmonieux, on croit : «Le Divin est content de moi» ! Les gens croient comme cela, mais ce n’est pas vrai : c’est l’état NORMAL.
«...C’est à cause de nos imperfections qu’elle ne l’est pas, et quand les imperfections disparaissent, les difficultés disparaissent en même temps.»
L’expérience dans le corps est très intéressante. Toutes les soi-disant souffrances morales, intellectuelles, psychologiques, c’est-à-dire de la conscience qui n’est pas purement matérielle, ça lui paraît des enfantillages. Hier, il a eu... (comment dire ? je ne sais pas comment expliquer). Il ne sent pas les choses par rapport à lui-même, il sent les choses...(silence) DANS les autres, mais avec une conscience générale, pas une conscience personnelle ; et la souffrance physique, c’est-à-dire les maladies, les accidents, il a une telle horreur de cela qu’il s’est demandé pourquoi-pourquoi le monde existe comme cela ?2
2. Notons que ce jour-là, Mère était en contact indirect (par la famille) avec un disciple atteint d’un cancer.
Et alors, il a compris pourquoi les gens ne veulent plus avoir de corps (ça lui paraissait toujours ridicule avant), il a compris pourquoi. C’était une expérience tellement intense ! il a eu une aspiration, quelque chose comme une prière (mais ce n’est pas une prière) : «Que le monde change ! que le monde change, il FAUT qu’il change – ou qu’il disparaisse.»
Mais l’idée de disparaître ne lui était pas venue, ça lui paraissait... il lui semblait que le monde tendait vers une perfection harmonieuse ; mais, n’est-ce pas, ça dure – cette durée du temps est terrible ! Il y avait une aspiration d’une intensité incroyable pour la transformation. Tout paraît si épouvantable parce que... parce qu’il FAUT, il faut la transformation. Et que l’on puisse être satisfait d’un monde comme cela, c’est impossible – c’est impossible à une conscience physique qui est consciente du Divin. C’est impossible, il faut que ça change absolument. Et ça, c’était tellement aigu... ça m’a tenue toute la nuit, toute la journée comme cela pendant que je vois les gens, une intensité : il faut que ça change, il faut que ça change...
L’être, la conscience intérieure peut dire, peut être consciente que cette souffrance-là est irréelle, mais la conscience physique ne peut pas – elle ne peut pas, il FAUT que ça change. Il ne s’agit pas d’entrer dans une conscience où on laisse cette conscience physique disparaître : il faut qu’elle change, il faut qu’elle change... Je ne sais pas m’exprimer, je ne peux pas dire.
Si, si, je comprends.
Il est tellement conscient que dans tous les mondes, même le monde vital, tout dépend de l’attitude, et si vous êtes en union avec le Divin, tout peut aller, ça n’a pas d’importance, mais ça (Mère touche son corps), cette souffrance physique – le cancer, toutes ces choses –, c’est tellement concret : il FAUT que ça change, il faut que ça change.
Ça ne peut pas être considéré comme une chose que l’on doit «voir autrement». Il faut réellement qu’elle change.
Tu comprends ce que je veux dire?
Oui, douce Mère.
Dans tous les autres domaines, ça dépend de l’attitude ; ici, ça ne dépend pas de l’attitude – on peut souffrir plus, souffrir moins, mais... N’est-ce pas, il faut que le FAIT change. Mais ça, le monde, le monde matériel vu tel qu’il est, est une chose EFFROYABLE.
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Agenda du 17 juillet 1971
Et c’est spontané, c’est l’idée d’abolir – abolir le Mensonge. Mais si une seule seconde, le Seigneur Suprême avait eu ce mouvement-là, il n’y aurait plus de monde !... Et alors, je crois que le corps a compris. Je crois qu’il a compris, c’était extraordinaire... Qu’est-ce que nous sommes ! Qu’est-ce que les hommes sont ! Ils se croient, mon Dieu (Mère fait le geste de se gonfler), ils se croient… oh !... S’ils ont une petite volonté ou s’ils ont une petite compréhension, ou s’ils font un petit effort de perfection, oh ! (même geste) ils se croient, ils se croient extraordinaires ! (Mère prend sa tête entre ses mains et rit)
Quelque part, Sri Aurobindo a dit que quand on touchait à la Conscience Divine, tout d’un coup cela vous donnait le sens... à quel point le monde est risible dans sa fatuité – la fatuité des hommes. Mais même (j’ai eu des contacts avec les animaux), même déjà chez les animaux, ça commence. Vanité-vanité-vanité-vanité...
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Agenda du 4 septembre 1971
Les gens ne sont pas prêts, mon petit ! Tous les jours, je découvre... Ceux qui sont laissés libres, sont au-dessous de tout. Ils ont une vulgarité de conscience, effroyable – il n’y a pas d’aspiration, il n’y a pas de besoin de perfection, il n’y a rien du tout.
Moi, je... ce corps fait ce qu’il peut. Il ne peut pas grand-chose. Il essaye... il essaye de ne pas faire de résistance. De temps en temps – de temps en temps –, il y a comme cela, quelque chose, un émerveillement, qui dure quelques secondes. Mais c’est... (Mère hoche la tête). Il faut, ou que nous nous arrangions pour que ce corps soit plus plastique et puis qu’il puisse se transformer, ou bien alors, ce sera pour une autre vie.
Mais j’avoue que... Sri Aurobindo, lui, m’a dit : «Ah ! recommencer tout ça, toute l’enfance et toute cette inconscience – non.» Avant de s’en aller, il avait dit non. «Non, je reviendrai quand ça pourra être dans un corps supramental.»
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Agenda du 11 décembre 1971
SRI AUROBINDO ET L’AVENIR DE LA TERRE
(…)
Car le problème est fondamental. Il ne s’agit pas d’apporter une philosophie nouvelle au monde ni de nouvelles idées ni des illuminations soi-disant. Il ne s’agit pas de rendre la Prison plus habitable ni de doter l’homme de pouvoirs toujours plus fantastiques – armé de ses microscopes et télescopes, le gnome humain reste gnome, douloureux et impuissant ; nous envoyons des fusées sur la lune, mais nous ne connaissons pas notre propre cœur. Il s’agit, dit Sri Aurobindo, de «créer une nouvelle nature physique qui sera l’habitation d’un être supramental au sein d’une nouvelle évolution.»3 Car, en vérité, dit-il, «l’imperfection de l’homme n’est pas le dernier mot de la Nature, mais sa perfection non plus n’est pas le dernier pic de l’Esprit.»4
Par-delà l’homme mental que nous sommes, s’ouvre la possibilité d’un autre être qui prendra la tête de l’évolution, comme un jour l’homme a pris la tête de l’évolution parmi les singes. «Si l’animal, dit Sri Aurobindo, est un laboratoire vivant au sein duquel la Nature a, dit-on, façonné l’homme, l’homme lui-même est peut-être bien aussi un laboratoire vivant et pensant au sein duquel, et avec la coopération consciente duquel, la Nature façonnera le surhomme, le dieu.»5
3. On Himself, XXVI. 112.
4. The Life Divine, XIX.763.
5. The Life Divine, XVIII.3.
(…)
Et Sri Aurobindo nous donne la clef. Il est possible que le sens de notre propre révolution nous échappe parce que nous voulons prolonger l’existant – le raffiner, l’améliorer, le sublimer. Mais le singe, lorsqu’il était en pleine révolution simiesque pour produire un homme, aurait peut-être commis la même erreur ; il aurait peut-être voulu faire un super-singe, capable de mieux grimper aux arbres, mieux chasser, mieux courir, doté de plus d’agilité et plus de malice.
Nous aussi, avec Nietzsche, nous avons voulu faire un «surhomme», qui n’était qu’un super-homme ; ou avec les spiritualistes faire un super-saint, mieux doté de vertu et de sagesse. Mais nous n’avons que faire de la sagesse et de la vertu humaines ! Même poussées à leur paroxysme, c’est encore la vieille pauvreté dorée, l’envers glorieux de notre tenace misère : «La surhumanité, dit Sri Aurobindo, n’est pas l’homme grimpé à son zénith naturel, pas un degré supérieur de la grandeur humaine, de la connaissance, du pouvoir, de l’intelligence, de la volonté... du génie... de la sainteté, de l’amour, la pureté ou la perfection humaines.»7 C’est AUTRE CHOSE, une autre vibration d’être, une autre conscience.
7. The Hour of God, XVII.7.
Mais si cette conscience ne se situe pas sur les sommets de l’humain, où donc la trouverons-nous ?... Peut-être, tout simplement, dans ce que nous avons le plus négligé depuis que nous sommes entrés dans le cycle mental – le corps. C’est notre base, notre fondement évolutif, la vieille souche à laquelle nous revenons toujours, et qui se rappelle douloureusement à nous en nous faisant souffrir, vieillir, mourir. «Cette imperfection même, assure Sri Aurobindo, recèle l’élan vers une perfection plus haute et plus complète. Elle contient l’ultime fini, qui pourtant aspire au Suprême Infini. Dieu est enfermé dans la boue... mais le fait même de cet emprisonnement impose la nécessité de faire un trou dans la prison.»8
C’est là, le vieux Mal jamais guéri, la racine jamais changée, l’obscure matrice de notre misère, à peine différente de ce qu’elle était du temps des lémuriens. C’est cette substance physique qu’il faut transformer, sinon elle jettera bas, l’un après l’autre, tous les artifices humains ou surhumains que nous voudrons coller dessus. Ce corps, cette substance physique, cellulaire, contient «des pouvoirs tout-puissants»9, une conscience muette qui possède toutes les lumières et toutes les infinitudes, autant que les immensités mentales et spirituelles – car, en vérité, tout est Divin, et si le Seigneur des univers n’est pas dans une seule toute petite cellule, il n’est nulle part.
C’est cette obscure Prison originelle, cellulaire, qu’il faut briser ; et tant que nous ne briserons pas celle-là, nous continuerons à tourner en vain dans les cercles d’or, ou de fer, de notre prison mentale. «Les soi-disant lois absolues de la Nature, dit Sri Aurobindo... sont simplement un équilibre établi par la Nature, un sillon dans lequel elle s’est habituée à travailler afin d’obtenir certains résultats. Mais si vous changez de conscience, le sillon changera aussi, inévitablement.»10
8. Dilip K. Roy, Sri Aurobindo Came to Me, p. 415.
9. Savitri, IV.III.370.
10. A.B. Pourani, Evening Talks, p. 92.
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Agenda du 12 janvier 1972
Quelque chose est venu (Mère montre un papier), mais les mots avaient un sens spécial. Tiens :
Le résultat de la création est une multiplication détaillée de la conscience. Quand s’uniront dans une conscience active la vision du tout et la vision de tous les détails, la création aura atteint sa perfection progressive.1
Mère a ajouté la précision suivante à cette note :
«Il n’y a pas deux consciences semblables parmi les êtres humains dans le temps et l’espace. Et la totalisation de toutes ces consciences est une manifestation partielle et amoindrie de la Conscience Divine. C’est pourquoi j’ai dit “perfection progressive”, parce que la manifestation de la conscience de détail est infinie et jamais close.»
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Agenda du 23 février 1972
Seigneur Suprême, Perfection que nous devons devenir, Perfection qu’il nous faut manifester. Ce corps ne vit que par Toi et Te répète :
«Ce que Tu voudras
Ce que Tu voudras»
jusqu’au jour où il le saura automatiquement parce que sa conscience sera totalement unie à la Tienne.
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Agenda du 4 avril 1972
D’une façon générale et absolue, les difficultés sont TOUJOURS des grâces. Et c’est... (comment dire ?) la faiblesse humaine qui fait qu’elles ne les aident pas. Les difficultés sont TOUJOURS des grâces. Il y a longtemps que je suis sur terre cette fois-ci et j’ai toujours-toujours-toujours, toujours sans exception, j’ai fini par voir que les difficultés ne sont que des grâces.
Et je ne peux ni sentir ni voir autrement parce que toute ma vie cela a été comme cela. Commencer par rouspéter et se dire «pourquoi ?... je suis plein de bonne volonté, et les choses s’accumulent et...»
Et puis après, tout simplement, j’aurais pu me donner une claque en me disant : «Imbécile, c’est pour perfectionner le caractère et le travail !» Voilà.
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Agenda du 19 juillet 1972
Moi, je l’appelle la «Conscience Suprême» parce que je ne veux pas parler de «Dieu»…
C’est plein... le mot lui-même est si plein de mensonge. Ce n’est pas ça, c’est... Nous SOMMES – nous SOMMES le Divin qui s’est oublié Lui-même. Et notre travail, le travail, c’est de rétablir la connexion – appelez-le n’importe comment, ça n’a pas d’importance. C’est la Perfection que nous devons devenir, c’est tout.
C’est la Perfection, le Pouvoir, la Connaissance que nous devons devenir, c’est tout. Appelez-le comme vous voulez, ça m’est tout à fait égal. Mais c’est l’aspiration qu’il faut avoir. Il faut sortir de ce bourbier, de cette imbécillité, de cette inconscience, de ce défaitisme dégoûtant qui nous écrase, parce que nous nous laissons écraser.
Et nous avons peur. Nous avons peur pour la vie de ça (Mère touche la peau de ses mains), de cette espèce de chose, comme si c’était... parce que nous voulons rester conscients – mais unissons-nous à la Conscience Suprême, nous serons éternellement conscients ! C’est ÇA, c’est ça.
Je dirais : nous unissons notre conscience à ce qui doit périr et nous avons peur de périr !1 Mais moi, je dis : unissons notre conscience à la Conscience éternelle et nous aurons la conscience éternelle. C’est d’une stupidité qui n’a pas de nom !
1. En fait, Mère était aux prises non seulement avec le défaitisme du subconscient, mais avec cette «formation de mort» qui était dans l’atmosphère.
(silence)
Mais tu vois, quand tu es là, je peux exprimer les choses, parce que dans ton atmosphère il y a ce qu’il faut pour pouvoir les exprimer.
Il faut... il faut mettre ça au service du Divin – toujours. Toujours. Avec une foi, une foi absolue : c’est ce que le Divin veut qui arrive. Et le Divin… moi, je dis «Divin» parce que je sais ce que je veux dire, c’est-à-dire la Connaissance suprême, la Beauté suprême, la Bonté suprême, la Volonté suprême – tout... tout ce qui doit se manifester pour arriver à exprimer... ce qui doit être exprimé.
(long silence)
Nous sommes dégoûtés du monde tel qu’il est – et nous avons le POUVOIR de le changer, et nous sommes si bêtes que nous ne savons pas abdiquer notre personnalité imbécile pour... pour que cette Merveille se réalise.
Et tout ça, c’est dans le subconscient, accumulé : tout ce que nous avons rejeté de nous et qui est là, et qui maintenant doit être mis en contact avec la Force transformatrice... pour que le temps de cette inconscience soit fini.
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