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Agenda du 7 octobre 1964

Plus de liens – libre-libre-libre-libre ! Toujours prêt à tout changer, excepté UNE chose : aspirer. Cette soif.

Je comprends bien : il y a des gens qui n'aiment pas l’idée d'un «Divin» parce que, immédiatement, ça se mélange à toutes les conceptions européennes ou occidentales (qui sont effroyables), et alors ça complique un petit peu leur existence – mais on n'a pas besoin de ça ! Le «quelque chose» dont on a besoin, la Perfection dont on a besoin, la Lumière dont on a besoin, l’Amour dont on a besoin, la Vérité dont on a besoin, la suprême Perfection dont on a besoin – et c'est tout. Les formules... moins il y a de formules, mieux c'est.

Un besoin, un besoin, un besoin... que seulement LA Chose peut satisfaire, rien d'autre, pas de demi-mesure.

Seulement ça. Et puis, allez ! – allez ! Votre chemin sera votre chemin, ça n'a pas d'importance; n'importe quel chemin, n'importe lequel, même les extravagances de la jeunesse américaine actuelle peuvent être un chemin, ça n'a pas d'importance.

La soif d'apprendre

La soif de comprendre

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Agenda du 12 novembre 1964

J'ai aussi noté quelque chose, une expérience de ce matin. Ça a duré une demi-heure, et pendant cette demi-heure... (Mère cherche ses notes parmi une série de petits bouts de papier)... Tu sais que les gens qui ont une révélation, tout d'un coup leur état de conscience change, et à ce moment-là, ils ont l’impression que tout est changé ; puis, le moment d'après, ou plus ou moins longtemps après, ils s'aperçoivent que tout le travail... (comment dire ?) d'élaboration est à faire ; que c'était seulement comme un éclair de plus ou moins longue durée et qu'il faut le work it out, il faut que ça s'élabore par un processus de transformation. C'est l’idée habituelle.

Et tout d'un coup, j'ai vu : ce n'est pas cela du tout !

Quand ils ont l’expérience, au moment de l’expérience, c'est la chose ELLE-MÊME, la perfection ELLE-MÊME qui est atteinte, et ils sont dans un état de perfection, et c'est parce qu'ils en SORTENT qu'ils ont l’impression qu'il faut lentement se préparer pour arriver au résultat...

Je ne sais pas si je m'exprime bien, mais ma notation était ainsi : la perfection est là, toujours, coexistante avec l’imperfection – perfection et imperfection sont coexistantes, toujours, et non seulement simultanées mais au MÊME ENDROIT (Mère colle ses deux mains l’une contre l’autre), je ne sais pas comment dire – coexistantes.

Ce qui veut dire qu'à n'importe quelle seconde et dans n'importe quelles conditions, vous pouvez atteindre à la perfection : ce n'est pas quelque chose qu'il faut acquérir petit à petit par des progrès successifs ; la perfection est LÀ, et c'est vous qui changez d'état, de l’état d'imperfection à l’état de perfection ; et c'est la capacité de rester dans cet état de perfection qui croît pour une raison quelconque et qui vous donne l’impression que vous devez vous «préparer» ou vous «transformer».

C'était très réel et très concret.

(Mère donne le texte de sa note :)

«La perfection est là, coexistante avec l’imperfection, 
et peut être atteinte à tout moment.

Oui, ce n'est pas quelque chose qui devient : la perfection est un état absolu que l’on peut atteindre à n'importe quel moment. En anglais, j'ai mis comme cela : The perfection is there coexistent with the imperfection and attainable at each and any moment. Et alors, la conclusion est très intéressante

(Mère cherche un autre petit bout de papier)...

N'est-ce pas, je t'ai dit que pour la conscience du corps, le problème qui reste difficile à résoudre, c'est cette notion (pour moi, c'est devenu seulement une notion, ce n'est pas une vérité) de la préexistence de toute chose : de l’état dans lequel tout EST, même dans son déroulement...

Tu comprends, ce serait comme si tous les POINTS du déroulement étaient préexistants.

J'ai été sur le seuil d'une compréhension (d'une «compréhension» : je ne parle pas d'une compréhension mentale, je parle de l’expérience du fait), l’expérience du fait, c'est l’expérience de la coexistence de l’état statique et de l’état de développement – de l’état statique éternel et de l’état de déroulement éternel (indéfini plutôt, pour ne pas employer le même mot). Et alors, à ce moment-là, il y a eu la vision

(Mère tend une note) :

«Quand la vérité se manifeste, la vibration mensongère disparaît…

Disparaît, elle est ANNULÉE (c'est «annulé», le mot).

«... comme si elle n'avait jamais existé, 
devant la vibration de vérité qui la remplace. 
C'est la base réelle de la théorie de l’Illusion.»

Oui, j'ai tout d'un coup compris ce qu'ils voulaient vraiment dire quand ils ont dit que le monde physique tel qu'il est, est illusoire.

On ne peut dire que c'est illusoire que si ça n'a pas d'existence durable, n'est-ce pas. Et cette expérience-là – que j'ai vue, sentie, vécue –, c'est que la vibration de vérité littéralement ANNULE la vibration de mensonge, qui n'existe pas – elle n'existait qu'illusoirement pour la conscience mensongère que nous avons. Je ne sais pas si je me fais comprendre, mais c'est très intéressant.

Je ne vois pas. Tu veux dire que c'est à ce stade-là, à ce niveau- là que…

Oui, c'est à ce niveau-là qu'il faut que ça change.

Au niveau mental ou même vital, c'est une question psychologique et ce n'est rien, ce n'est pas vraiment LA CHOSE (c'est la chose traduite dans une conscience HUMAINE).

Parce que l’autre jour... l’autre jour, tout d'un coup, je suis sortie de l’humanité. Ma conscience est tout à fait sortie de la conscience humaine. Et alors je me suis dit : «Mais... tout ce que l’on dit, tout ce que l’on sait, tout ce que l’on a essayé, toute cette soi-disant connaissance qui s'est accumulée sur la terre, ce n'est rien ! c'est quelque chose qui appartient seulement à l’HOMME – vous supprimez l’homme... et puis tout existe ! Et toutes les explications que l’homme en a donné, c'est comme zéro.» C'est cela : ça existe.

J'ai eu l’expérience de l’univers en dehors de la perception humaine de cette expérience ; et alors la vanité de cette expérience humaine était tellement évidente, n'est-ce pas ! que c'est là qu'une porte a commencé à s'ouvrir sur quelque chose d'autre.

Tout cela, c'est peut-être le Seigneur qui prend possession du cerveau ?

C'est difficile à expliquer, mais c'était extraordinaire comme expérience. N'est-ce pas, on existe DANS une formation1, qui était la formation humaine – humaine –, tout le savoir humain...

1. «Formation» au sens de «bocal», c'est-à-dire «milieu» dans lequel on vit.

Parce que je commençais à chercher ce que nous savons de la vie humaine et de la vie terrestre : c'est pour ainsi dire rien du tout, c'est une toute petite chose (Sri Aurobindo a écrit quelque part qu'il y avait des milliards d'années AVANT).2

2. Peut-être s'agit-il du passage suivant de The Hour of God [«L'Heure de Dieu»] :

«L'expérience de la vie humaine sur une terre ne se joue pas pour la première fois maintenant. Elle a eu lieu des millions de fois avant, et le long drame se répétera des millions de fois encore. Dans tout ce que nous faisons maintenant, tous nos rêves, toutes nos découvertes, nos accomplissements rapides ou difficiles, nous profitons subconsciemment de l'expérience d'innombrables précurseurs, et notre labeur fécondera des planètes inconnues de nous et des mondes pas encore nés...» (p. 105)

Donc, ce que nous savons est pratiquement zéro. Bon. Alors sortir de ça ; et cela m'a amenée tout naturellement à sortir de l’humanité : sortir de la terre, de l’univers ; de la terre qui a été le produit de tout ce que nous savons (en tout cas nous l’expliquons, ce qui s'est passé, ce qui était là). Et alors tout d'un coup, oui, la futilité, la vanité de cette connaissance est apparue très clairement, et il y a eu comme un éclair de quelque chose d’autre.

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Agenda du 15 mai 1965

Par moments, il y a une sorte d'harmonie dans le fonctionnement qui est ahurissante de perfection, et puis le moment d'après, il semble que tout se désorganise. Alors je ne sais pas si c'est pour nous assouplir. Ce doit être pour nous rendre plastiques.

Toujours prête pour le progrès nécessaire.

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Agenda du 19 mai 1965

J'ai envie de te poser une question très simple. Tu dis : «Si l’on avait toujours le sentiment que c'est le meilleur qui arrive en toutes circonstances, on n'aurait pas peur...» Est-ce que vraiment c'est le meilleur qui arrive en toutes circonstances ?

C'est le meilleur étant donné l’état du monde – ce n'est pas un meilleur absolu. Il y a deux choses : d'une façon totale et absolue, à chaque instant, c'est le meilleur possible pour le But divin du tout ; et pour celui qui s'est consciemment branché sur la Volonté divine, c'est le plus favorable à sa propre réalisation divine.

Je crois que c'est l’explication correcte. Pour le tout, c'est toujours, à chaque instant, ce qui est le plus favorable à l’évolution divine. Et pour les éléments consciemment branchés sur le Divin, c'est le meilleur pour la perfection de leur union.

Seulement, il ne faut pas oublier que c'est constamment en changement, que ce n'est pas un meilleur statique ; c'est un meilleur qui, s'il était conservé, ne serait pas le meilleur le moment d'après. Et c'est parce que la conscience humaine a toujours tendance à vouloir conserver statiquement ce qu'elle trouve bon ou considère comme bon qu'elle s'aperçoit que c'est insaisissable. C'est cet effort pour conserver qui fausse les choses.

(silence)

J'ai regardé cela quand j'ai voulu comprendre la position du Bouddha qui reprochait à la Manifestation son impermanence ; pour lui, la perfection et la permanence étaient une même chose. Dans son contact avec l’univers manifesté, il avait constaté un changement perpétuel, par conséquent il avait conclu que le monde manifesté était imparfait et devait disparaître. Et le changement (l’impermanence) n'existe pas dans le Non-manifesté, par conséquent le Non-manifesté est le vrai Divin. C'est en regardant, en me concentrant sur ce point qu'en effet j'ai vu que sa constatation était correcte : la Manifestation est absolument impermanente, c'est une perpétuelle transformation.

Mais dans la Manifestation, la perfection est d'avoir un mouvement de transformation ou de déroulement identique au Mouvement divin, au Mouvement essentiel. Tandis que tout ce qui appartient à la création inconsciente ou tamasique essaye de conserver identique son existence, au lieu de durer par la transformation constante.

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Agenda du 18 décembre 1965

Tiens, j'ai dit l’autre jour que la perfection est éternelle et que c'est à cause de la résistance de la Matière que, sur la terre, elle est progressive.

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Agenda du 8 janvier 1966

(Mère lit une lettre de Sri Aurobindo qu'elle a l’intention de
publier dans le «Bulletin» du mois de février :)

(traduction)

«La seule création qui ait une place ici est la création supramentale, la descente de la Vérité divine sur la terre, non seulement dans le mental et dans le vital mais dans le corps et dans la Matière.

Notre but n'est pas de supprimer toutes les «limites» à l’expansion de l’ego ni de donner libre cours à l’accomplissement des idées du mental humain et de laisser un champ illimité aux désirs de la force vitale égocentrique. Aucun de nous n'est ici pour faire «à sa guise» ou pour créer un monde où nous pourrons enfin faire selon notre bon plaisir ; nous sommes ici pour faire ce que veut le Divin et pour créer un monde où la Volonté divine pourra enfin manifester sa vérité sans que celle-ci soit déformée par l’ignorance humaine ou pervertie et dénaturée par le désir vital.

Le travail que le sâdhak du yoga supramental doit accomplir n'est pas un travail personnel auquel il puisse fixer ses propres conditions, mais l’œuvre divine qu'il doit accomplir suivant les conditions fixées par le Divin.

Ce n'est pas pour nous que nous faisons le yoga, mais pour le Divin.

Ce n'est pas notre manifestation personnelle que nous devons rechercher, la manifestation d'un ego individuel libéré de toute limite et de tout lien, mais la manifestation du Divin.

De cette manifestation, notre propre libération, notre propre perfection et notre plénitude spirituelles seront un résultat et feront partie, mais non dans un sens égoïste ni dans un but égocentrique et de gain personnel.

De plus, cette libération, cette perfection, cette plénitude ne devront pas être poursuivies pour nous-mêmes, mais pour l’amour du Divin.»

Sri Aurobindo

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Agenda du 20 mars 1966

On peut empêcher le passage des mauvaises vibrations ?

Moi, je n'ai qu'un moyen (mais je conçois que c'est simplement parce que ma nature est comme cela), je n'ai qu'un moyen, c'est l’abolition de soi, l’idée que seul (pas une «idée»), seul le Suprême existe.

C'est aussi un point intéressant, parce que j'étais athée à tous crins : rien que l’idée de Dieu me rendait furieuse, jusqu'à l’âge de vingt ans. Par conséquent, j'avais la base la plus solide – pas d'imaginations, pas d'atavisme mystique ; ma mère était très-très incroyante et mon père aussi ; donc au point de vue atavisme, c'était très bien : positivisme, matérialisme. Seulement cela : une volonté de perfection dans n'importe quel domaine, depuis toute petite ; une volonté de perfection et le sens d'une conscience sans limites – pas de limites dans ses progrès ni dans son pouvoir ni dans son étendue. Cela, depuis toute petite.

Mais mentalement, un refus absolu de croire à un «Dieu» : je ne croyais que ce que je pouvais toucher et voir. Et déjà toute la faculté d'avoir les expériences était là (qui ne se manifestaient pas parce que ce n'était pas le moment). Seulement, le sentiment d'une Lumière ici (geste au-dessus de la tête), ça, tout petit, à cinq ans cela a commencé, et une volonté de perfection. Volonté de perfection : tout ce que je faisais, il fallait que ce soit, oh ! toujours aussi bien que je pouvais le faire.

Et puis une conscience sans limites. Ces deux choses.

Et mon retour au Divin s'est fait par l’enseignement de Théon quand il m'a été dit pour la première fois : «Le Divin est dedans, là» (Mère frappe sa poitrine). Alors tout d'un coup, j'ai senti : «Oui, c'est ça.» Puis j'ai fait tout le travail que l’on enseigne pour Le retrouver ; et par là (centre du cœur), je suis allée là (geste de jonction en haut avec le Suprême).

Mais extérieurement, mentalement, pas de religion – une horreur des religions.

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Agenda du 8 juin 1966

Et l’immense habitude de dépendre de la volonté des autres, de la conscience des autres, des réactions des autres (des autres et de toutes les choses), cette espèce de comédie universelle que tous jouent à tous et que tout joue à tout, doit être remplacée par une sincérité spontanée, absolue, de la consécration.

Il est évident que cette perfection de la sincérité n'est possible que dans la partie la plus matérielle de la conscience.

C'est là que l’on peut arriver à être, à exister, à faire, sans se regarder être, sans se regarder exister, sans se regarder faire, avec une sincérité absolue.

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Agenda du 3 août 1966

Tout cela, ce sont des expériences de nuances (ou des nuances d'expérience, je ne sais pas comment dire) qui ne deviennent nécessaires et concrètes que dans la conscience physique. Et alors, cela fait une perfection de réalisation – une perfection dans le détail le plus infime – qu'aucune de ces réalisations n'a dans les domaines supérieurs. Je suis en train d'apprendre ce que la réalisation physique apporte de concret, d'exact, de parfait dans la Réalisation ; et comment tout cela s'interpénétre, se combine, se complète – c'est merveilleux.

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Agenda du 7 septembre 1966

C'est amusant. Je dis «c'est amusant», mais je le sais, c'est tout le temps comme cela – tout le temps, tout le temps, pour tout. Je suis dans un état de... (comment dire ?) d'immobilité contemplative, avec cette espèce d'aspiration constante vers... vers la Perfection qu'on veut avoir : c'est Ça qu'on veut faire descendre dans ce monde. Et c'est tout.

Et alors, de tous les côtés, de partout-partout, il vient toutes sortes de choses (geste de communication) : tout d'un coup, je pense à ça, ou tout d'un coup, j'ai une réponse à ça, tout d'un coup...

Et immédiatement, quand le travail est fini, je vois : c'est resté (geste au front) tranquille, immobile, même pas intéressé. C'est comme un transmetteur – récepteur-transmetteur – dans un poste de téléphone. Et simplement, je transmets. Mais je n'ai même pas la curiosité de savoir pourquoi ceci ou cela est venu. C'est comme cela : ça va, ça vient ; la réponse va, la transmission, puis la réponse ; et puis tout reste tranquille (geste au front).

Alors je sais comment les choses se passent, mais comme je ne me dis pas : «Tiens, c'est à cause de ça ou ça ou ça», quand la preuve extérieure vient, c'est amusant !

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Agenda du 26 octobre 1966

Sri Aurobindo a écrit quelque part, je ne sais plus à quel propos, qu'on avait le pouvoir, dans un certain état de conscience, de CHANGER LE PASSÉ. Cela m'a beaucoup frappée.

Parce que c'est une expérience que j'ai eue plusieurs fois ; et maintenant avec tout ce travail, je comprends mieux. N'est-ce pas, ce qui semble se perpétuer ou se conserver, ce ne sont pas des individus : ce sont des états de conscience – des états de conscience –, et alors ces états de conscience se manifestent à travers beaucoup d'individus et de vies différentes, et c'est cela, ces états de conscience, qui vont progressant vers une perfection de plus en plus lumineuse.

Actuellement, maintenant, il y a toutes sortes de «catégories» d'états de conscience qui viennent les uns après les autres de façon à être mis en contact avec la Vérité, la Lumière, la Conscience parfaite, et en même temps qui ont gardé une sorte d'empreinte (qui est comme un souvenir) des moments où ils se sont manifestés.

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Agenda du 3 novembre 1966

C'est en conformité avec ce que je te disais la dernière fois : ce sont des ÉTATS DE CONSCIENCE qui se réincarnent, en évoluant, se développant, se perfectionnant. C'est plutôt cela, c'était comme cela que ce souvenir est venu. Pour beaucoup de souvenirs, c'est comme cela.

Et je sais que de dire que ce sont des «états de conscience qui se réincarnent», si l’on adaptait cela comme la «seule» explication ; ce serait faux – c'est tout à fait faux –, mais c'est une manière de voir la chose, qui est par-delà le sens de la petite personnalité; ça élargit la conscience : on a en soi des choses qui sont beaucoup plus universelles et beaucoup moins limitées que des expériences personnelles.

Comme dans la vie, il y a des gens qui ont une vie exceptionnelle ; eh bien, ils ont aussi des moments exceptionnels dans leur vie, où ils ne sont plus une seule petite personne : ils sont une force en action. C'est comme cela.

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Agenda du 7 décembre 1966

Je vois cela pour les cellules du corps : il y a des moments, pendant quelques secondes ou quelques minutes (au plus quelques heures, mais pas pour les choses physiques ; pour les choses physiques, ce sont toujours des secondes et des minutes), tout d'un coup, une sorte de perfection se manifeste – et puis ça disparaît.

Et on voit très bien que ça ne peut pas rester parce qu'il y a une invasion continue de tout ce qui est autour, qui est imparfait. Et alors, c'est englouti.

Comme le premier jour quand les forces supramentales sont descendues [en 1956]; je les voyais descendre, n'est-ce pas, et je voyais ces grandes volutes des forces de la terre : brrf! brrf ! (geste de soulèvement et d'engloutissement) et puis c'était avalé. Ça descendait en masses formidables, mais ces volutes étaient encore plus formidables, et elles venaient, brrf ! et elles avalaient et Ça disparaissait.

C'est resté encore comme cela.

C'est toujours là. C'est là et Ça travaille, mais... les vibrations opposées sont encore trop puissantes et en quantité trop considérable pour que Ça ne disparaisse pas dans la masse. Mais du dedans, Ça travaille, Ça travaille...

Et c'est comme cela pour le corps : pendant quelques secondes, au plus quelques minutes, tout d'un coup le corps se sent dans un état de puissance irrésistible, de joie indicible, de luminosité sans obscurité – c'est une merveille, n'est-ce pas. Ah ! on dit : «Ça y est !» Et puis ça disparaît. Juste le temps de s'en apercevoir. C'est-à-dire que ça vient pour vous montrer : c'est comme ça, ce sera comme ça.

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Agenda du 18 février 1967

Une fois, il y a fort longtemps, Sri Aurobindo me parlait de lui-même, c'est-à-dire de son enfance, de sa formation, alors je lui ai posé la question, je lui ai dit : «Pourquoi, comme être individuel, suis-je si médiocre ? Je peux tout faire ; tout ce que j'ai essayé de faire, je l’ai fait, mais jamais d'une façon supérieure : toujours comme cela (geste moyen)Alors il m'a répondu (je l’ai pris à ce moment-là pour une gentillesse ou de la commisération) : «C'est parce que ça donne une grande souplesse – une grande souplesse et une grande étendue ; parce que, quand on a une perfection, on est concentré et on est spécialisé

Comme je dis, je l’ai pris simplement comme on fait une caresse à un enfant pour le consoler. Mais maintenant, je m'aperçois que ce qu'il y a de plus important, c'est de n'avoir aucune fixité : que rien ne soit fixe, définitif, comme le sentiment d'une perfection dans la réalisation – ça, c'est l’arrêt complet de la marche en avant.

Le sentiment de l’incapacité (au sens que j'ai dit, de la médiocrité, de la chose qui n'a rien d'exceptionnel) vous laisse dans une sorte d'attente (geste d'aspiration vers le haut) de quelque chose de mieux. Et alors, ce qui est le plus important, c'est la souplesse – la souplesse, la souplesse. La souplesse et la largeur : ne rien rejeter comme inutile ou mauvais ou inférieur – rien ; ne rien établir comme vraiment supérieur et beau – rien. Rester toujours ouvert, toujours ouvert.

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Agenda du 5 avril 1967

Une fois, Sri Aurobindo a écrit quelque part, après une expérience comme celle-là de la Présence Divine dans l’être, il a écrit : If men knew how marvellous is the way... [si les hommes savaient comme le chemin est merveilleux] But they don't know [mais ils ne savent pas]. Il l’a écrit, je ne peux pas citer parce que je cite de travers, mais il a eu cette expérience : «Si les hommes savaient à quel point c'est merveilleux, ils n'hésiteraient pas une minute.»

Maintenant, ils font encore des différences : la «vie spirituelle», la «vie ordinaire».

Seulement, il faut avoir ce que j'ai eu quand j'étais toute jeune : le sens de la réalisation matérielle dans sa perfection la plus extrême, la volonté de perfection LÀ. Il faut avoir ça pour ne pas tout jeter en l’air et puis rester comme ça (geste béat), comme un idiot à ne rien faire. C'est cette vieille discipline qui fait que tout ce que je fais est fait automatiquement avec la volonté d'une perfection. C'est une vieille discipline. Autrement on serait là à rire à tout le monde et à toute chose : «Ayez mon expérience, vous verrez ce que ça vaut !» C'est vraiment intéressant.

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Agenda du 15 avril 1967

Et il y a une conviction croissante qu'une perfection réalisée justement dans la Matière est une perfection BEAUCOUP plus parfaite que n'importe où. Et c'est cela qui fait que ça a une stabilité que cela n'a pas ailleurs... S'il y a quelque chose quelque part (quand il y a la grande offrande et puis le don joyeux, l’abandon joyeux), s'il y a quelque chose qui entre avec un tout petit intérêt – par exemple, un petit coin qui souffre (il y a une douleur ou un désordre) et qui espère ou souhaite ou s'attend à ce que cela devienne mieux –, alors ça l’attrape comme ça (même geste de pincer et de tordre le cou) et dit : «Oh ! insincère ! Tu te donnes sans condition.» Là, c'est magnifique. C'est très intéressant.

Et cette joie, cet enthousiasme de la possibilité : qu'il soit POSSIBLE d'être tout à fait sincère ; presque, on pourrait dire (ce sont des mots), que c'est autorisé : «La vie est un tel désordre et un tel fouillis d'insincérité que, vraiment, c'est ÇA que l’on attend de nous, c'est ÇA ; c'est ÇA qui est permis, c'est ÇA qu'il faut réaliser : être absolu dans la joie du don de soi.» C'est une merveille. Une merveille !

Aussi, le contact avec tous ces êtres du Surmental, tous ces dieux, toutes ces Entités, toutes ces divinités... Il y a ici, dans les cellules, une sorte de… (comment dire ?) de rectitude et de, oui, de sincérité et d'honnêteté qui dit : «Oh ! comme ils font des embarras ! comme tout cela est (Mère se gonfle les joues) peuff ! Peuff ! c'est gonflé.» C'est tout à fait intéressant, tout à fait. La vision du monde est tout à fait différente. Elle est beaucoup plus honnête – beaucoup plus honnête –, beaucoup plus sincère, beaucoup plus droite. C'est curieux.

La conscience exprimée dans les cellules transformées est une merveille. Ça légitime tous ces âges de misère. Arriver à ça, cela valait vraiment la peine. Vraiment la peine.

C'est surtout toutes les prétentions, toutes les exagérations, toutes les vanités, oh ! tout ça, c'est regardé comme par les yeux candides d'enfant très pur (beaucoup mieux que cela ! c'est une comparaison désobligeante).

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Agenda du 4 mai 1967

Hier, quelqu'un m'a écrit pour me dire : «Après tout, qu'est-ce que le Divin ?»

J'ai répondu. Je lui ai dit que, pour l’aider, je donnais une réponse, mais qu'il pourrait y en avoir une centaine, qui seraient toutes aussi bonnes les unes que les autres:

«Le Divin se vit, mais ne peut se définir...

Et là, j'ai ajouté :

«Mais enfin, comme tu me poses la question, 
je te réponds.»

«Le Divin est un absolu de perfection, 
source éternelle de tout ce qui existe, 
dont nous devenons conscients progressivement,
tout en l’étant de toute éternité.»

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Agenda du 26 juillet 1967

Et c'est vrai, c'était la transcription enfantine du besoin de toujours plus, toujours mieux, toujours plus, toujours mieux... indéfiniment – le sens de l’avance, de l’avance vers la perfection. Et une perfection que je sentais qui échappait tout à fait à tout ce que les hommes pensaient – quelque chose… un «quelque chose»... un quelque chose qui était indéfinissable, mais que l’on cherchait à travers tout.

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Agenda du 26 août 1967

C'est une double chose qui va se complétant (même geste entremêlé) et avec une action réciproque : à mesure que la Manifestation devient plus consciente d'elle-même, son expression se perfectionne, devient aussi plus vraie. Les deux mouvements vont ensemble.

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Agenda du 6 décembre 1967

Comment peut-on dissoudre ça ? Dissoudre la torture, par exemple, ce genre de choses? les dissoudre de la conscience terrestre, que cela ne se reproduise plus, comment est-ce possible ?

Oh ! pour toutes les choses vraiment monstrueuses, il n'y a qu'une force – il n'y a qu'une force qui peut les dissoudre. Ça, je le savais en principe, mais je le sais maintenant en application : c'est la force d'Amour. Vraiment, l’Amour est tout-victorieux – mais le vrai Amour, pas ce que les hommes appellent l’«amour», ça non : le vrai, l’Amour divin.

N'est-ce pas, on voit une goutte de «Ça» dans sa perfection, et toutes les ombres disparaissent – toutes les désharmonies disparaissent. C'est seulement dans sa perfection, dans sa pureté essentielle.

C'est vraiment la toute-puissance.

Et sans... sans le sens de la victoire, c'est cela qui est tellement-tellement merveilleux ! C'est le Tout-Victorieux qui n'a pas du tout, du tout le sens d'être victorieux – pas du tout, du tout, du tout.

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Agenda du 10 novembre 1967

(Mère lit le message qu'elle a l’intention de distribuer pour le 1er janvier 1968 :)

«Remain young. Never stop striving towards perfection.»
«Reste jeune, ne cesse pas de tendre vers la perfection.»

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Agenda du 22 novembre 1967

LA PRIÈRE DES CELLULES DU CORPS

Maintenant que par l’effet de la Grâce, nous émergeons lentement de l’Inconscient et que nous nous éveillons à une vie consciente, une prière ardente s'élève en nous :

«O Seigneur suprême de l’univers, nous T'implorons, donne-nous la force et la beauté, la perfection harmonieuse, qui nous permettront de devenir Tes instruments divins sur la terre.»

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