Maladresses
J'ai rencontré Saptrem, Mère et Sri Aurobindo en 2002, il y a 33 ans et j'en ai 56.
Besoin de faire un rapide bilan. Rapide parce que l'important, ce n'est pas le passé mais l'avenir.
Les quatre premières années furent une période d'intense lecture, avec plusieurs heures de japa par jour, mais avec le recul, avec aussi beaucoup de l'exaltation du débutant.
Ensuite, pendant les trois ans qui suivirent, j'ai fait ce qu'il ne faut surtout pas faire, j'ai plus ou moins arrêté toute cette sadhana décidément impossible...
Et en gros, depuis 2009/2010, je n'ai plus jamais lâché – plus rien d'autre ne fait vraiment sens – mais si j'essaye de regarder celui que j'étais en 2002, en 2009, ou ne serait-ce qu'il y a cinq ans, j'ai une difficulté un peu bizarre à me reconnaître.
C'est sans doute le signe que j'ai beaucoup changé, et pourtant, il y a aussi cette impression que les choses "un peu sérieuses" 😊 ne font que commencer, ou un peu intéressantes.
Ou bien c'est comme si j'entrais parfois dans quelque chose de nouveau, tout en ne sachant pas encore trop bien de quoi il s'agit...
La période actuelle est marqué par un approfondissement vers le psychique et vers le haut et paradoxalement, une augmentation de "maladresses domestiques" tout à fait anodines, les objets qui me glissent des mains, ce genre de choses, des minuscules pertes d'équilibre qui font vaciller...
À vrai dire, cela fait quelques semaines que cela a commencé et ayant beaucoup pratiqué le qi gong, avec une conscience corporelle un petit peu développé, ces maladresses ont commencé par me surprendre, puis me laisser indifférent, mais comme elles continuent, j'en suis venu à me demander s'il n'y avait pas autre chose derrière. Or, certains passages de La Genèse du surhomme semblent étrangement familiers et nous invitent à mieux observer ces "maladresses" :
Et tout se met à grincer, rien ne s’accorde, rien ne se rencontre, les gestes sont à côté, le pied se tord dans l’escalier : on retombe dans une sorte d’effort lourd comme si tout le temps nous étions en train de peser contre un mur.
(...)
En fait, le premier effet de la vérité lorsqu’elle touche une nouvelle couche, est de provoquer un épouvantable désordre, à ce qu’il nous semble. (...) La Vérité est une grande perturbatrice...
(...)
Il est clair, il est bien centré dans son feu, porté par sa cadence, puis, par habitude, il rouvre la mécanique, arrête son regard ici ou là, laisse tout ce train d’ondes déclencher de vieux réflexes, ouvrir ce clapet, presser sur un bouton, et sillonner en un éclair tout un réseau qui se met à vibrer de proche en proche, soulever une réponse, là, un désir ici, une crainte un peu plus loin – le vieux circuit est rallumé, il retrouve une vieille appréhension, une angoisse, une crainte, un défaitisme sans cause. En fait, on dirait vraiment un circuit de la souffrance.
Et s’il regarde cette microscopique catastrophe – qui n’est rien, qui est un souffle qui passe –, s’il y ajoute le poids d’une réflexion (pas même d’une réflexion : d’un simple regard qui s’attarde), voici que la petite ébullition se gonfle, se cramponne, s’installe – on dirait une toute petite bulle de pouvoir vivant, peut-être pas plus grosse qu’une mouche, mais qui colle.
Et le plus remarquable, c’est qu’elle est douée d’une force de propulsion indépendante : elle va à son but obstinément, mécaniquement, automatiquement.
Et sous les yeux surpris du chercheur, qui est resté assez clair pour suivre tout le mouvement dans le détail, deux jours ou deux heures ou deux minutes après, apparaissent dans les faits, le résultat de son appréhension ou de son désir, de sa pensée futile : il se tord le pied « par hasard », il tombe sur la vieille rencontre, reçoit la mauvaise nouvelle, entre dans le chaos qu’il avait prévu, tout se ligue, concorde dans le mauvais sens, converge vers cette petite bulle noire ou grise, comme si elle attirait les circonstances et les faits exactement conformes, sympathiques pourrait-on dire, à la qualité de vibration qu’elle émane. C’est comme une opération chimique quasi instantanée : cette goutte de tournesol va tourner tout en rouge ou en bleu ou en noir.
C’est le phénomène exactement inverse de la « pensée juste » qui fait jaillir la circonstance favorable. On dirait presque une microscopique magie.
Et en effet, c’est une magie. Dix fois, cent fois, le chercheur recommence l’expérience ; alors il commence à ouvrir des yeux très intéressés, il commence, à travers une minuscule expérience, à se poser un formidable pourquoi ?...
(...)
Ce changement de programme corporel, cellulaire, comme les autres changements de programme, mental, vital et subconscient, est terriblement perturbateur du vieil équilibre, on s’en doute, car le premier travail de la Vérité est toujours de jeter le désordre, c’est-à-dire de déloger le mensonge, braquer son phare et faire surgir tous les petits rats qui se terraient dans les replis du corps, les mille et un vibrions de mort, devrions-nous dire.
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Claire dans son entretien avec Emmanuel a mentionné que plus on montait en conscience, plus cela devenait exigeant... quelque chose comme ça. Sur le moment, cela m'est passé au 36e dessus, je commence à sentir que c'est vrai.
Ou pour le dire autrement, cela me rappelle une parole de Mère qui dit qu'à la seconde où nous ne sommes plus en communion avec le Divin, il pourrait y avoir une catastrophe. Alors c'est sans doute très exagéré en ce sens que ce n'est pas encore un fait, mais c'est déjà un sentiment. Je veux dire que j'ai l'impression que toutes ces maladresses arrivent quand je ne suis pas aligné avec la Conscience divine en haut, ou pas centré dans la Présence divine au-dedans. C'est en ce sens, que cela devient exigeant.
Il nous faut trouver comment établir un contact stable, constant, continu... avec le Divin, sinon, il pourrait nous arriver des bricoles.
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Pourtant, j'ai l'impression que, jusqu'à présent, j'ai fait l'essentiel, "à la force du poignet", et que seulement maintenant, je commence parfois à sentir "une Force" qui prend le relais de mes petits efforts personnels. C'est encore très balbutiant, mais déjà c'est ressenti parfois comme une grâce merveilleuse, un immense soulagement, quelque chose de très émouvant même.
Mais c'est vraiment un peu bizarre... parce que depuis le temps, j'ai déjà dû me rendre compte de ce genre de choses, mais c'est comme si c'était nouveau, comme si c'était la première fois...
C'est toujours la première fois...
Chanson de Jean Ferrat inspirée par le poème d'Aragon "Enfin enfin je te retrouve".
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Nette et méthodique, l'ordre aux dépens de la multiplicité.
Nous avons tous beaucoup de choses à lire, de pratiques à faire, de vidéos à regarder... si bien qu'une organisation s'impose.
Et puis surtout, il y a toute l'organisation intérieure à mettre en place, l'organisation entre nos différentes tendances, entre le mental, le vital, le physique, le psychique et le spirituel...
C'est curieux : il y a 21 ans que je suis dans ce yoga et il y a des questions que je ne m'étais jamais posé, en tout cas, jamais aussi concrètement. C'est sans doute pour cela que j'ai cette impression que "les choses ne font que commencer"...