Abdandonner tous les dharmas et prendre refuge
Il y a quelques jours, une vision intérieure m'a montré des pensées qui arrivaient autour de la tête et dans la tête, et qu'elles "se bousculaient au portillon" pour être exprimées. Maintenant, je sens que ce mouvement doit se calmer et que je dois rentrer davantage en moi-même. Mais, avant cela, je sens de partager quelques interrogations sur deux aspects de la suprême parole de la Guîtâ qui nous invite à abandonner tous les dharmas, sarva-dharmân, et à prendre refuge dans le Divin seul.
"Deviens celui qui pense à Moi, deviens Mon amant et Mon adorateur, Mon sacrificateur, incline-toi devant Moi, tu viendras à Moi, Je m'y engage et te le promets, car tu M'es cher. Abandonne tous les dharmas et prends refuge en Moi seul. Je te délivrerai de tout péché et de tout mal, ne t'afflige point."
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En introduction de cet article, j'ai relu ces passages de il m'est venu de relire ces passages de l'Entretien du 13 juin 1956 que j'ai récemment partagé dans l'article vers la fin des livres.
Le mental, si on ne le tient pas, est quelque chose de flottant, d’imprécis. Si on n’a pas l’habitude de le concentrer sur quelque chose, il est tout le temps à flotter. Il va, il ne s’arrête nulle part, et il flotte dans un monde d’imprécision. Et alors, quand on veut fixer son attention, ça fait mal ! Il y a un petit effort, là, comme ça : «Oh ! c’est fatigant, ça fait mal !» Alors on ne le fait pas. Et on vit dans une sorte de nuage. Et vous avez la tête comme un nuage ; c’est comme cela, la plupart des cerveaux sont comme des nuages : ça n’a pas de précision, ça n’a pas d’exactitude, ça n’a pas de clarté, c’est fumeux — vague et fumeux. Vous avez plus des impressions qu’une connaissance des choses. Vous vivez dans une approximation, et vous pouvez garder au-dedans de vous toutes sortes d’idées contradictoires qui sont faites surtout d’impressions, de sensations, de sentiments, d’émotions — toutes sortes de choses comme cela, qui ont très peu à faire avec la pensée et... qui sont des «vagueries».
Mais si vous voulez arriver à avoir une pensée précise, concrète, claire, déterminée sur un point, il vous faut faire un effort, vous rassembler, vous fixer, vous concentrer. Et la première fois que vous le faites, littéralement cela fait mal, c’est fatigant ! Mais si vous n’en prenez pas l’habitude, alors vous resterez toute votre vie à vivre dans un flottement. Et quand il s’agira de choses pratiques, quand vous serez en présence... parce que, malgré tout, on est toujours en présence d’un nombre plus ou moins grand de problèmes à résoudre, d’un ordre tout à fait pratique... eh bien, au lieu de pouvoir prendre les éléments du problème, les mettre tous l’un en face de l’autre, regarder la question de tous les côtés, s’élever au-dessus et puis voir la solution, au lieu de cela, vous serez ballottés dans des volutes de quelque chose de gris et d’incertain, et ce sera comme autant d’araignées qui courront dans votre tête — mais vous n’arriverez pas à saisir la chose.
Je parle du problème le plus simple, n’est-ce pas ; je ne parle pas de décider du sort du monde ou de l’humanité, ou même d’un pays — rien de tout cela. Je parle du problème de votre vie quotidienne, de chaque jour. Cela devient quelque chose de tout à fait cotonneux.
Eh bien, c’est pour éviter cela que l’on vous dit, quand votre cerveau est en train de se former : au lieu de le laisser se former avec ces habitudes et ces qualités-là, tâchez de lui donner un peu d’exactitude, de précision, de capacité de se concentrer, de choisir, de décider, de mettre les choses l’une en face de l’autre, tâchez d’utiliser la raison.
Parce qu’il est bien entendu que la raison n’est pas la capacité suprême de l’homme et qu’elle doit être dépassée ; mais il est de toute évidence que, si vous n’en avez pas, vous vivrez une vie tout à fait incohérente, vous ne saurez même pas vous conduire d’une façon rationnelle. La moindre chose vous bouleversera totalement et vous ne saurez même pas pourquoi, et encore moins comment y remédier. Tandis que celui qui a établi en soi un état de raison active, claire, il peut faire face à des assauts de tous genres, des assauts émotifs ou des assauts d’épreuves quelconques ; parce que la vie est entièrement faite de ces choses-là — des désagréments, des tracasseries — qui sont petites, mais qui sont à la mesure de celui qui les sent, et qui naturellement les sent très grandes parce qu’elles sont à sa mesure. Eh bien, la raison peut se tenir un peu en arrière, regarder cela, sourire et dire : «Oh! non, il ne faut pas faire d’embarras pour une toute petite chose.»
Si vous n’avez pas de raison, vous serez comme un bouchon sur une mer démontée. Je ne sais pas si le bouchon souffre de sa condition, mais elle ne me paraît pas très avantageuse.
Voilà.
Maintenant, après avoir dit tout cela — et je ne vous l’ai pas dit une fois, je vous l’ai dit plusieurs fois je pense, et je suis prête à vous le redire autant de fois que vous voudrez —, après avoir dit cela, je tiens à vous laisser entièrement libres de choisir si vous voulez être le bouchon sur la mer démontée, ou si vous voulez avoir une perception claire, précise, et une connaissance suffisante des choses pour pouvoir marcher... eh bien, simplement là où vous voulez aller.
Parce qu’il y a une clarté indispensable pour pouvoir même suivre le chemin que l’on a choisi.
Je ne tiens pas du tout à ce que vous deveniez des érudits, il s’en faut de beaucoup ! parce que, alors, on tombe dans l’autre extrême : on se remplit la tête de tant de choses qu’il n’y a plus de place pour la lumière supérieure ; mais il y a un minimum indispensable pour ne pas... eh bien, pour ne pas être le bouchon.
(.../…)
À certains moments, je vous dis : «Ne questionnez pas, tâchez de trouver par vous-mêmes certaines choses intérieures», c’est entendu ; mais quand je suis ici et que je vous dis : «N’avez-vous pas de questions à poser ?»... silence ! Alors cela prouve que vous n’avez pas de curiosité d’esprit. Et je ne vous demande pas nécessairement de me poser des questions sur ce que je viens de lire ; je suis toujours prête à répondre à n’importe quelle question posée par n’importe qui. Eh bien, je dois constater que nous ne sommes pas très riches en questions. Je n’ai pas souvent l’occasion de vous dire quelque chose.
Je m’empresse de vous dire que, si vous me posez des questions techniques sur les sciences, la physique ou que sais-je, je pourrai très bien vous répondre : «Je n’en sais rien, étudiez vos livres ou demandez à votre professeur», mais si vous me posez des questions dans mon domaine, je vous répondrai toujours.
Alors, une dernière tentative : est-ce que quelqu’un ici a une question à me poser ? (silence) C’est admirable ! (Mère rit)
Mère. Entretiens (1955-58): Tape recordings
Mère Entretiens Le 13 juin 1956 "Déjà, au cours du processus de spiritualisation, le mental spiritualisé aura commencé à sortir de la brillante pauvreté de l'intellect humain; il s'élèvera...
https://aurobindoru.auromaa.org/workings/ma/playground_audio/56-06-13.htm
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Qu'il se tourne vers la lumière et la lumière seule.
Tout cela est vraiment très intéressant. Pourtant, il y a une chose de très curieuse : j'ai relu cet entretien la semaine dernière et en le relisant à l'instant, je ne me souvenais pas de ce passage, c'est comme si je ne l'avais jamais lu. Je me souvenais juste de la fin, sur l'absence de question des disciples. Et je voulais, en introduction de cet article, en quelque sorte légitimer le fait de partager mes questions.
En résumé de ce passage, je vois trois choses importantes à retenir :
➡ cultiver la concentration, l'exactitude d'une pensée claire, précise, la capacité de regarder une chose sous tous ses aspects...
➡ avant de prétendre dépasser la raison, peut-être faut-il savoir l'utiliser...
➡ s'il est un état supérieur où cette les questions, en attendant, elles sont les bienvenues...
Donc, ceci étant dit... plusieurs questions se présentent avec une certaine insistance sur ce que peut représenter le fait de prendre refuge et abandonner tout dharma.
Dans les deux, ce sont les mêmes questions. Qu'est-ce que cela signifie ? Comment fait-on ? Par quoi cela se caractérise ? Comment reconnaître que cet état est réalisé en nous ? Que nous avons effectivement pris refuge et abandonné tout dharma ? Y a-t-il des méthodes, des étapes ?
Je remarque aussi que cette invitation tout à la fin de la Guîtâ. Est-ce à dire que nous ne pourrons réaliser cette sublime parole avant d'avoir réalisé tout ce qui est écrit avant ?
Et puis comment concilier cet abandon de tous les dharmas avec le fait que nous avons tous un dharma particulier ?
C’est ça : cette capacité d’être la passivité plastique absolue – comme ça – dans le silence et l’abandon total, et en même temps, ici, là, la volonté IRREDUCTIBLE, TOUTE-PUISSANTE, avec le pouvoir d’effectuation total, comme ça, qui brise toutes les résistances. Les deux simultanés sans qu’ils se gênent l’un l’autre, dans une même joie – ça, c’est le grand secret ! L’harmonisation des contraires, dans la joie et la plénitude, toujours, toujours, tous les problèmes : c’est le grand secret.
Agenda du 5 juillet 1958
C'est peut-être le grand secret... mais ce n'est pas facile. Chaque fois que je suis en face de ces contradictions apparentes, de ces nuances très subtiles... c'est comme être face à un abîme, au bord d'un précipice.
Lorsque Mère dit qu'en chaque chose, en chaque atome est la Présence Divine et que l'homme à pour mission de la manifester, c'est un dharma général. Le Divin se manifeste différemment en chacun...
Je suis en train de relire La Genèse du Surhomme, et dans le chapitre 7 sur Le feu du nouveau monde, il est question du Moi de Feu...
Et Satprem de rappeler le Rig-Véda (1. 70. 2) :
Il est le fils des eaux, le fils des forêts, le fils des choses stables et le fils des choses qui se meuvent. Même dans la pierre il est là pour l'homme, il est là au milieu de sa maison...
Ainsi, c'est le même feu en chose et en chaque être, mais Satprem précise aussi que
...c'est un même feu, mais chaque feu a une intensité particulière, une fréquence spéciale, une vibration qui domine et comme une musique toute différente. Chaque être a sa musique, chaque chose a son rythme, chaque moment sa couleur, chaque événement sa cadence et tout commence à se relier.
C'est cela qu'on voudrait connaître, son dharma particulier, la vibration particulière et unique de notre être...
Abandonner tous les dharmas renvoie sans doute à tous les dharmas culturels et sociaux que l'on nous jette dessus depuis l'enfance : tu dois faire ceci, être comme cela, pratiquer ceci, te comporter comme cela, les rôles de père, de mère, de fils... etc. Mais si on fait ça sur notre plan individuel – à supposé qu'on y arrive réellement, ce n'est pas si sûr – si on abandonne les règles que l'on nous a imposé, on est complètement déréglé, on ne comprends plus rien, et la vie en société devient compliquée. Et au niveau collectif, tout ce qui faisait la cohésion de la société se disloque. C'est ce que l'on est en train de voir tout partout.
Si nous abandonnons une règle, un dharma, encore faut-il savoir comment le faire, en douceur, sans nous violenter, sans perdre notre équilibre, et trouver par quoi le remplacer, une règle plus haute et plus profonde.
Autre exemple avec cette parole de Sri Aurobindo cité par Satprem dans l'Agenda du 18 janvier 1957, mais elle est tellement extraordinaire...
«Everyone has in him something divine, something his own, a chance of perfection and strength in however small a sphere which God offers him to take or refuse.»
Chacun a en soi quelque chose de divin, quelque chose qui est à lui, une chance de perfection et de pouvoir dans un domaine, si petit soit-il, que Dieu lui donne à prendre ou à refuser.
C'est cette chose, que nous aimerions connaître et découvrir... parce que, à moins d'être tout à fait irrationnel – et Mère nous a invité a utiliser notre raison – nous ne pouvons accepter ou refuser une chose, avant de savoir... ce qu'elle est.
Confidence de Chine
Il y a des gens qui, apparemment, savent ce qu'ils ont à faire, et ils le font plus ou moins bien, mais ils le font apparemment sans trop se poser de questions.
Lorsque je suis allé en Chine de novembre 2009 à fin février 2010, ce fut l'occasion de rendre visite à un ami qui avait décidé d'apprendre le chinois pour suivre des cours de médecine chinoise, en chinois, à la chinoise. Il avait passé par ailleurs plusieurs fois au monastère de Shaolin et il connaissait bien le zhi neng qi gong car le directeur de son école de médecine avait été l'un des professeurs formé par Dr. Pang, le créateur de ce merveilleux qi gong.
Un jour, il m'emmena dans un m'emmena dans un monastère taoïste où il y avait une vieille dame, sans âge, je n'aurais su dire si elle avait 70 ou 90 ans... qui faisait apparemment des sortes de lecture de vie. À l'entrée de la pièce, il y avait des petites tablettes en bois, à peu près de la taille d'une carte à jouer, sur lesquelles il y avait des idéogrammes. On en prenait un au hasard et la vieille dame se concentrait et disait quelques mots sur la vie de la personne.
Mon ami passa en premier, et après quelques minutes de concentration lui dit quelques trucs qu'il garda pour lui.
Or, avec moi, ce fut sensiblement différent. La vieille dame se concentra cinq minutes, 10 minutes, un quart d'heure... cela en devenait un peu gênant et... finit par dire quelque chose à mon ami qui me le traduisit : "elle ne peut rien dire, ça bouge tout le temps" ... comme si, aucun dharma n'était fixé (?), comme si toutes sortes de possibilités étaient ouvertes mais aucune solidement établies (?), c'est peut-être pour cela que je n'ai jamais vraiment su ce que je devais faire, avec pour le coup, le sentiment d'avoir été un petit bouchon sur l'océan, amené à découvrir ceci, cela, plus guidé davantage par les circonstances extérieures que par un élan intérieur...
Mais peut-être qu'il n'y a rien à faire, rien à faire de particulier en tout cas, que ce que nous faisons n'a aucune importance :
On en revient toujours à cela : savoir, ça va bien ; dire, c’est bon ; faire, c’est bien ; mais être, c’est la seule chose qui ait du pouvoir.
Commentaire de Mère des aphorismes 117 à 121 le 6 juillet 1966
Finalement, si cela m'a amené à Sri Aurobindo-Mère, c'est l'essentiel mais...
Il reste un mais. Il y a cette sensation que je ne pourrais pas faire autre chose que marcher sur ce chemin, et pourtant, que tout au fond, je pourrais encore envoyer tout balader...
Il n'y a pas encore cette parfaite clarté dont parle Mère et que j'aime tant... quand tout est parfaitement clair, qu'il n'y a plus de zone d'ombres ni de doute, d'incertitude et de questions...
Peut-être, qu'il ne me suffit pas de savoir, comme ça, en gros, que je marche sur ce chemin, et que je veux comprendre comment je dois y marcher, quel est mon rôle et ma place dans cet immense yoga de la transformation et de l'évolution...
À l'Asham, il paraît que la Mère disait à chacun ce qu'il devait faire. Comme ça c'est pratique, on fait ce que la Mère nous dit et on ne se pose plus de question. J'ai entendu une histoire d'un intellectuel qui s'est retrouvé à faire la vaisselle parce que c'était le mieux pour lui...
Mais quand nous sommes livrés à nous-mêmes... c'est autrement plus difficile. C'est à nous de savoir ce que nous voulons. Et personne n'est censé décider à notre place.
Nous réclamons la liberté, mais c'est une épreuve difficile...
Peut-être que je voudrais avoir la certitude que c'est mon chemin, le chemin de mon âme, de la vérité de mon être, et je n'en suis pas si sûr...
Le mental, l'intellect... a très bien compris qu'il y avait là quelque chose de tout à fait exceptionnel... L'argumentation de Sri Aurobindo dans La vie divine est mentalement, rationnellement, IRRÉFUTABLE... il n'y a pas de failles... c'est sublime. On comprends pourquoi Mère a comparé la vision de Sri Aurobindo a une vision de cristal dans laquelle il ne manque rien. Mais c'est comme si c'était surtout le mental qui avait été touché... et quand on descend dans d'autres parties de l'être, on s'aperçoit qu'il y en a qui s'en contrefichent...
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C'est peut-être la raison pour laquelle je suis souvent ramené à la question initiale de la découverte de la vérité de son être, avec ce sentiment que toutes ces questions, toutes nos questions, ne pourront s'effacer que lorsque nous aurons découvert la Présence divine cachée dans notre cœur. C'est la seule solution.
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Elle cache à l'œil ignorant sa magnificence toujours présente
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