Supramentalisation du sens vital
Suite de notre étude du sens supramental avec les trois paragraphes suivants sur la supramentalisation du sens vital.
Le sens supramental – Livre 4. Chapitre 24. Page 377 à 402
Le mental incarné en nous ne perçoit généralement que par l’entremise des organes physiques, et il ne perçoit que leurs objets et les expériences subjectives qui semblent provenir de l’expérience physique, et les prend — fût-ce indirectement — pour seule base et moule formateur. Tout le reste, tout ce qui n’est pas conforme aux données physiques, qui ne fait pas partie de leur domaine ou qui n’est pas attesté par elles, lui semble une imagination plus qu’une réalité ; c’est seulement au cours d’états anormaux qu’il s’ouvre à d’autres sortes d’expériences conscientes.
Mais en fait, il existe d’immenses zones par-derrière, dont nous pourrions être conscients si nous ouvrions les portes de notre être intérieur. Ces zones sont déjà là, actives, et elles sont connues d’un moi subliminal en nous ; une grande partie de notre conscience superficielle est même leur projection directe et elles influencent considérablement notre expérience subjective des choses sans que nous le sachions.
Derrière ces domaines se trouve une zone d’expériences vitales ou prâniques, indépendantes, qui sont subliminales par rapport à la conscience physique vitalisée et d’une autre sorte que ses opérations de surface. Quand cette zone s’ouvre ou agit d’une façon quelconque, le mental de veille prend conscience des phénomènes de la conscience vitale, de l’intuition vitale, du sens vital, et ceux-ci ne dépendent pas du tout du corps ni de ses instruments, bien qu’ils puissent s’en servir comme d’un agent secondaire et d’un enregistreur.
Il est possible d’ouvrir complètement cette zone ; une fois ouverte, nous nous apercevons que ses opérations sont celles de la force vitale consciente individualisée en nous qui entre en contact avec la force vitale universelle qui agit dans les choses, les événements, les personnes.
Le mental prend conscience de la conscience vitale en toutes choses, il y répond par notre conscience vitale et d’une façon directe, immédiate, qui n’est nullement limitée par les communications ordinaires passant à travers le corps et ses organes ; il enregistre les intuitions de cette conscience vitale et devient capable d’avoir l’expérience de l’existence comme une traduction de la Vie universelle ou du Prâna universel.
La conscience vitale et le sens vital perçoivent directement, non pas le champ des formes, mais avant tout le champ des forces : c’est le monde du jeu des énergies — les formes et les événements sont perçus secondairement comme le résultat et la matérialisation des énergies.
Tant qu’il agit au moyen des sens physiques, le mental peut seulement échafauder quelque idée de la nature des forces et une connaissance de cette nature qui prend la forme d’une conception dans l’intelligence, mais il est incapable de dépasser la traduction physique des énergies et, par suite, il n’a pas l’expérience directe et réelle de la vraie nature de la vie ; pour lui, la force vitale et l’esprit de vie ne sont pas des réalités concrètes.
C’est en s’ouvrant à cet autre niveau ou à cette autre profondeur d’expérience au-dedans, et en accédant à la conscience vitale et au sens vital, que le mental peut obtenir l’expérience directe et vraie.
Voilà qui est très intéressant car je n'ai aucun souvenir d'avoir lu quelque que le mental pouvait avoir l'expérience vraie des choses en passant par le vital. Au contraire, l'idée la plus fréquente et que le vital est un domaine de fausseté et de tromperie ; et à la rigueur, que le vital vrai en nous, pour le peu que je m'en souvienne est un guerrier rempli de Force divine.)
Mais même alors, tant que l’expérience se situe sur le plan mental, elle est limitée par les conditions vitales et par leur traduction mentale, et il reste une obscurité, même dans cette connaissance et dans ce sens élargis. La transformation supramentale supravitalise le vital, elle révèle qu’il est un dynamisme de l’esprit et procède à une ouverture complète et à une révélation authentique de toute la réalité spirituelle derrière la force vitale et derrière l’esprit de vie et en eux, et de toute leur vérité et leur sens spirituels autant que de leur vérité et de leur signification mentale et purement vitale.
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Lorsqu’il descend dans l’être physique, le supramental éveille la conscience, voilée ou obscure chez la plupart d’entre nous, qui sous-tend et constitue ici l’enveloppe vitale, le prâna-kosha, si elle n’a pas déjà été éveillée par une sâdhanâ yoguique antérieure.
Une fois éveillée, nous ne vivons plus uniquement dans le corps physique mais dans un corps vital qui pénètre et enveloppe le physique et qui est sensible à une autre sorte d’impacts, au jeu des forces vitales autour de nous qui proviennent de l’univers ou de certaines personnes ou certaines communautés d’êtres, ou de choses ou de plans et de mondes vitaux derrière l’univers matériel.
Déjà, nous pouvons éprouver ces impacts par leurs effets ou par certains contacts, certaines atteintes, mais pas du tout ou très peu à leur source et au moment de leur arrivée.
Une conscience éveillée dans le corps prânique les sent instantanément ;
➡ elle perçoit une force vitale partout répandue, autre que l’énergie physique, et peut puiser là ce dont elle a besoin pour accroître sa puissance vitale et nourrir les énergies physiques ;
➡ elle peut manipuler directement les phénomènes et les causes de la santé ou des maladies en se servant de cet influx vital ou en dirigeant des courants prâniques ;
➡ elle peut percevoir l’atmosphère vitale et vitale-émotive d’autrui et modeler les échanges, sans parler d’une masse d’autres phénomènes imperceptibles pour notre conscience extérieure ou obscurs pour elle mais qui deviennent dès lors perceptibles et sensibles.
Elle est intensément consciente de l’âme vitale et du corps vital en nous-mêmes et en autrui.
Le supramental prend en main cette conscience vitale et ce sens vital, les place sur leur base correcte et les transforme en leur faisant voir que la force vitale ici-bas est le pouvoir même de l’esprit dynamisé aux fins d’opérations immédiates et directes sur et dans la matière grossière et la matière subtile, afin de modeler l’univers matériel ou d’y agir.
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Une des conséquences de la conversion.
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Le premier effet est l’écroulement des limitations de notre être vital individuel ; nous ne vivons plus par une force vitale personnelle, pas d’une façon générale en tout cas, mais dans et par l’énergie vitale universelle.
C’est tout le Prâna universel qui, consciemment, vient couler à flots en nous et à travers nous : il entretient là une sorte de tournoiement ou de circulation constante, un centre non séparé de son pouvoir, un poste vibrant d’accumulation et de communication, et le remplit constamment de ses forces, en même temps qu’il les déverse au-dehors dans son action sur le monde.
En outre, nous sentons que cette énergie vitale n’est pas simplement un océan vital avec ses courants, mais la voie, la forme, le corps vital et la coulée vitale d’une Shakti universelle consciente, et cette Shakti consciente nous apparaît comme la Chit-Shakti du Divin, l’Énergie du Moi ou Purusha transcendant et universel dont, ou plutôt de qui notre individualité universalisée est devenue un instrument et un canal.
Par suite, nous percevons que notre vie est une avec celle de tous les autres êtres et que nous sommes un avec la vie de toute la Nature et de toutes choses dans l’univers.
Une libre communication consciente s’établit entre l’énergie vitale qui œuvre en nous et la même énergie qui œuvre chez les autres.
Nous percevons leur vie comme notre propre vie, ou du moins nous sentons le toucher, la pression et les mouvements émanés par notre être vital qui agissent sur eux, et les leurs agissant sur nous.
Le sens vital en nous devient puissant, intense, capable de supporter toutes les vibrations — petites ou grandes, minuscules ou immenses — de ce monde vital sur tous ses plans, physique et supraphysique, vital et supravital ; il vibre à tous ses mouvements, vibre à son Ânanda, il est conscient de toutes les forces, ouvert à toutes.
Le supramental prend possession de cette immense zone d’expérience et la rend intégralement lumineuse, harmonieuse : elle n’est plus perçue obscurément et fragmentairement ni soumise, dans son usage, aux limitations et aux erreurs de l’ignorance mentale ; au contraire, elle se dévoile et en même temps dévoile chacun de ses mouvements dans sa vérité et dans la totalité de son pouvoir et de sa félicité ; dès lors, le supramental peut faire rayonner les pouvoirs et les capacités immenses, et pratiquement illimitées désormais, du dynamisme vital sur toutes ses zones, suivant la volonté du Divin dans notre vie — une volonté simple et pourtant extrêmement complexe, pure et spontanée, infaillible.
Il fait du sens vital un moyen parfait de connaître les forces vitales autour de nous — de même qu’il fait du sens physique un moyen parfait de connaître les formes et les sensations de l’univers physique — et un canal parfait aussi des réactions de la force vitale active à travers nous, qui œuvre comme un instrument de la manifestation du moi.
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Ainsi se termine la deuxième partie du chapitre sur le sens supramental.
Nous pouvons être certains que Sri Aurobindo a expérimenté tout cela et qu'il s'agit d'une description exacte et précise des effets de la supramentalisation du sens vital. Puissions-nous ouvrir notre vital à la conscience psychique et spirituelle.