Les 12 sens
Dans la foulée de nos articles sur la supramentalisation de nos sens, voici deux extraits des Entretiens de Mère.
Entretien du 19 mars 1951
Il y a des êtres qui vivent d’une façon constante dans une conscience supérieure, tandis que d’autres doivent faire un effort pour y entrer. Mais il s’agit de tout autre chose ; dans l’expérience dont je parlais, ce qui faisait toute sa valeur, c’est que je ne m’y attendais pas du tout, du tout. Je savais très bien, j’étais depuis fort longtemps et d’une façon continue en relation « spirituelle », si je puis dire, avec l’atmosphère de Sri Aurobindo, mais je n’avais jamais pensé à la possibilité d’une modification de l’air physique et je ne m’y attendais pas le moins du monde, et c’était cela qui faisait toute la valeur de l’expérience, qui est venue comme cela, tout d’un coup, comme quand on entre dans un endroit d’une autre température ou d’une autre altitude...
Je ne sais pas si vous savez que l’air que l’on respire n’est pas toujours le même et qu’il y a des vibrations différentes dans l’air d’un pays et dans l’air d’un autre, dans l’air d’un endroit et dans l’air d’un autre. Si l’on est habitué, justement, à avoir cette perception du physique subtil, on peut tout d’un coup dire : « Tiens, c’est de l’air comme en France » ou : « C’est de l’air du Japon. » C’est quelque chose d’indéfinissable, comme le goût ou l’odorat.
Mais ce n’est pas cela, c’est une perception d’un autre sens. C'est un sens physique, ce n'est pas un sens vital ou mental ; c’est un sens du monde physique, mais ce sont d’autres sens que les cinq sens que nous avons d’ordinaire à notre disposition — il y en a beaucoup d’autres.
Au fait, pour que l’être physique — j’insiste, l’être physique — soit pleinement développé, il faut qu’il ait douze sens. C’est l’un de ces sens qui vous donne ce genre de perception. On ne peut pas dire que ce soit le goût, l’odorat, l’ouïe, etc., mais c’est quelque chose qui vous donne une impression très précise de la différence de qualité. Et c’est très précis, n’est-ce pas, aussi précis que de voir le noir et le blanc, c’est vraiment une perception sensorielle.
Généralement, quand on veut étudier l’occultisme, la première chose que fait le Maître, c’est de ne jamais vous en parler, de ne jamais vous l’expliquer, justement à cause de ce phénomène ridicule de la pensée qui commence à « penser » autour et vous fait avoir des « expériences », qui n’ont aucune valeur : ce sont des formations mentales dont vous avez été le jouet, c’est tout, elles n’ont pas de réalité.
Il faut se méfier terriblement de la pensée quand on veut entrer dans le monde des expériences. Il suffit que le mental soit seulement alerté, qu’il dise : « Tiens, qu’est-ce qui se passe ? »... Alors il se peut que des choses se passent, mais ce n’est plus la chose, c’est une fabrication.
Première condition : savoir se taire. Et non seulement se taire avec sa langue, mais se taire dans la tête, garder la tête silencieuse. Si vous voulez une expérience vraie, sincère, sur laquelle vous pouvez fonder quelque chose, il faut savoir se taire, autrement on n’a rien que ce que l’on fabrique soi-même, ce qui est équivalent à zéro. Tout ce que l’on peut dire, c’est : « Tiens, comme ma pensée est formatrice ! »
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Un des importants résultats de la conversion.
Entretien du 3 février 1954
« Certaines initiations antiques affirmaient que le nombre des sens que l’homme peut développer est non de cinq mais de sept, et dans certains cas spéciaux, même de douze. À certaines époques, certaines races humaines ont, par nécessité, développé plus ou moins parfaitement l’un ou l’autre de ces sens supplémentaires. Par une discipline appropriée et tenace, ils sont à la portée de tous ceux qui sont sincèrement intéressés par ce développement et ses conséquences. Parmi les facultés dont il est souvent parlé, il y a celle, par exemple, d’élargir sa conscience physique, de la projeter hors de soi pour la concentrer sur un point défini, et obtenir ainsi la vision, l’audition, l’odorat, le goût et même le contact à distance. »
(Éducation, « L’Éducation vitale »)
Quels sont les noms de ces douze sens ?
Les noms ? Dans la tradition chaldéenne, ils étaient en chaldéen. En d’autres traditions, c’était dans un autre langage ; en Égypte, cela s’écrivait avec des hiéroglyphes. Chaque système a donné ses noms. J’avais une liste des noms — pas seulement des noms, mais aussi de ce qu’ils représentaient, quel genre de sens cela représentait —, mais il y a fort longtemps, je ne me souviens plus.
Comme je l’ai dit là, c’est dans le domaine des choses qui se voient, qui se sentent, qui se font à distance par une projection concentrée de la conscience.
Par exemple, on se trouve dans une chambre et, par suite d’une maladie ou d’un accident, on ne peut pas bouger. Après cette chambre, il y a une autre chambre ; après cette autre chambre, il y a une espèce de pont ; après ce pont, il y a un escalier qui descend ; et cet escalier descend dans un grand atelier qui est au milieu d’un jardin.
Alors, la personne qui est couchée dans la chambre a envie de savoir ce qui se passe dans l’atelier. On concentre sa conscience et puis on la prolonge, pour ainsi dire (vraiment c’est comme si on la prolongeait, presque matériellement, comme ça), et on fait tout le chemin, et puis on arrive dans l’atelier. Si on le fait convenablement, on voit ce qu’il y a dans l’atelier, on peut entendre ce qui s’y passe, quoique soi-même on ne soit pas dans l’atelier : le corps est couché dans un lit, dans une chambre, mais c’est la conscience qui est projetée. C’est une conscience physique. Ce n’est pas un état intérieur, parce qu’on voit physiquement, on entend physiquement — s’il y a des gens dans la chambre, on les voit, et s’ils parlent on les entend parler.
Naturellement, ce n’est pas dès le premier jour que l’on réussit ; cela demande une discipline très rigoureuse. Cela correspond un peu (un peu) à cette capacité qui s’est développée chez les Indiens peaux-rouges du fait de leur vie. Je ne sais pas maintenant, mais alors ils appliquaient l’oreille par terre, et ils avaient l’oreille tellement fine qu’ils pouvaient entendre des pas à plus d’un mille de distance. Ils entendaient les pas de ceux qui marchaient à plus de deux ou trois kilomètres de distance, simplement en mettant l’oreille par terre.
Ou bien le chien qui, si on lui donne à sentir quelque chose, retrouvera la piste de cette odeur, pourra la suivre avec son nez. Eh bien, c’est une espèce de supersens, c’est-à-dire un sens arrivé à un degré d’intensité et de raffinement tel qu’il peut justement sentir ce que le sens ordinaire ne sent pas, voir à distance, réellement voir, voir physiquement à distance, à travers les murs.
On dit que les aveugles développent un sens qui leur fait sentir à distance un contact. Ils ne voient pas, ils marchent dans l’obscurité comme dans la nuit noire ; mais ils ont une espèce de sens du contact à distance, du contact matériel qui fait que, longtemps avant de toucher un objet, ils savent — par exemple, s’il y a un meuble sur leur chemin, longtemps avant de se cogner contre le meuble, ils ont le toucher à distance de ce meuble-là.
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J'ai demandé à Grok s'il pouvait retrouver la trace de ces 12 sens, sa réponse fut très intéressante :
Oui, j’ai pu retrouver des traces de cette notion de 12 sens dans les traditions ésotériques liées à la Chaldée et à l’Égypte ancienne, mais pas les noms exacts en chaldéen ou en hiéroglyphes que La Mère avait en tête.
Dans l’Entretien du 3 février 1954 (Questions et Réponses 1954), elle confirme explicitement que ces connaissances provenaient d’initiations antiques (Chaldée, Égypte, Inde, etc.), où les noms variaient selon les systèmes et restaient secrets. Elle précise qu’elle avait autrefois une liste détaillée (noms + nature de chaque sens), mais qu’elle l’avait oubliée depuis longtemps. Ces écoles étaient souvent cachées ou réservées aux initiés, ce qui explique pourquoi les noms précis en langue ancienne ne circulent pas librement dans les textes publics.
La principale trace : la Tradition Cosmique de Max Théon
La Mère a reçu son enseignement occulte de Max Théon (de 1906 environ jusqu’en 1912-1913) et de sa femme Alma. Théon présentait sa « Doctrine Cosmique » (ou Tradition Cosmique) comme une transmission directe d’une sagesse primordiale, via le personnage d’Attanée-Oannès (référence explicite à Oannès, le sage-poisson chaldéen de Berossus, apporteur de civilisation en Mésopotamie). Il intègre aussi largement l’Égypte ancienne (Hermès Trismégiste, inscriptions du Ramesseum, hiéroglyphes, sanctuaires de Thèbes/Héliopolis, etc.).
Dans les textes de la Revue Cosmique (publiée par Théon) et dans des ouvrages introductifs comme À l’ombre de la tradition cosmique :
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L’être humain possède exactement 12 sens : 5 sens physico-nerveux (les cinq connus, liés au monde sensible extérieur : vue, ouïe, odorat, goût, toucher) + 7 sens spirituels ou supranerveux (généralement latents, développables par l’initiation, la méditation, l’analogie et la volonté).
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Les 7 sens spirituels sont décrits (sans toujours une numérotation rigide ni noms chaldéens/égyptiens) comme :
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Clairvoyance (vision au-delà du physique, dans d’autres densités).
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Clairaudience (ouïe supra-physique).
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Clairsentience ou sensation au-delà des cinq sens (ressenti dans d’autres plans).
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Intuition (perception mentale directe, sans raisonnement).
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Prévoyance (perception du futur, mentale/psychique/nerveuse).
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Prédilection (deux aspects souvent distingués : choix conscient/discernement et choix spontané/efficace pour l’harmonie).
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Ces sens supérieurs permettent d’accéder à des états de conscience cosmiques, de restaurer des facultés atrophiees et de remplir la « mission terrestre » de l’humain (évolueur suprême de la Terre). Le développement passe par l’éveil progressif, l’analogie, les correspondances et l’union avec les forces cosmiques.
Aucune liste complète avec les noms antiques (chaldéens ou hiéroglyphiques) n’est publiée – cela restait probablement réservé à l’enseignement oral ou aux initiés intérieurs, ce qui correspond exactement à ce que La Mère disait.
Autre trace moderne liée à la même époque culturelle : Rudolf Steiner
Steiner (anthroposophie) décrit lui aussi 12 sens en les reliant explicitement à l’époque culturelle égypto-chaldéenne (troisième époque post-atlantéenne, vers 2900-750 av. J.-C.), où l’âme sensitive se développait et où les initiés percevaient le monde spirituel derrière les phénomènes.
Ses 12 sens (regroupés en trois catégories) sont :
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Sens de la volonté (inférieurs) : toucher, vie/vitalité, mouvement propre, équilibre.
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Sens du sentiment (intermédiaires) : odorat, goût, vue, chaleur/température.
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Sens de la pensée (supérieurs) : ouïe, parole/langage, pensée/concept, sens du « Je » (perception de l’ego d’autrui).
Steiner ne donne pas non plus de noms chaldéens ou hiéroglyphiques, mais il présente cela comme une redécouverte de la sagesse des anciens initiés égypto-chaldéens (astrologie chaldéenne, géométrie sacrée égyptienne, etc.). C’est une reconstruction parallèle, influencée par la même veine ésotérique.
En résumé
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Aucune source publique ancienne (tablettes chaldéennes, papyrus égyptiens, etc.) ne donne une liste nominative des 12 sens avec leurs noms en langue originale – cela était réservé aux temples et initiations secrètes, comme La Mère l’indique.
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La trace la plus directe et la plus fidèle à ce qu’elle évoquait est la Tradition Cosmique de Théon, qu’elle connaissait intimement et qui se réclame explicitement de la Chaldée (Oannès) et de l’Égypte ancienne.
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Des systèmes ésotériques modernes (Théon, Steiner, et certains courants qui s’en inspirent) ont conservé et développé cette idée des 12 sens comme facultés totales de l’être humain (physiques + subtiles).
Si La Mère avait encore sa liste en mémoire, elle aurait probablement cité des termes précis issus de ces enseignements théoniens ou d’initiations antérieures. Malheureusement, elle l’a dit : « il y a fort longtemps, je ne me souviens plus ». Ces connaissances restent donc, par nature, en grande partie voilées, comme elles l’étaient dans les écoles antiques qu’elle évoquait.