On prend tous le train en marche
J'ai quelquefois regretté de d'avoir rencontré Mère et Sri Aurobindo si tard, à 33 ans, et je me demandais ce qu'aurait été ma vie si je les avais découvert à 18 ans, ou même, si dès l'enfance, j'avais baigné dans une atmosphère où ils auraient déjà été présents chez mes parents.
Et je me suis dit que c'était complètement idiot de penser ainsi car d'autres personnes les découvrent encore plus tard, et il m'est venu : "On prend tous le train en marche".
J'ignore pourquoi, cette expression m'a beaucoup plu, elle a amené en moi une grande paix, un soulagement, un détachement...
Certains y montent plus tôt, d'autres plus tard... mais ce qui est vraiment important, ce n'est pas quand on y monte, c'est d'y monter...
Et une fois qu'on y est monté, l'important est d'y rester, car la destination est CERTAINE !
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Et puis, découvrir ce yoga à 18, 25, 33, 49, ou 70 ans... si l'on se situe sur l'échelle de temps terrestre, cela peut faire des différences, c'est évident...
Mais si 25 ans de différences d'âge a beaucoup d'importance dans une vie humaine, du point de vue de l'âme qui a des millions d'années, 25 ans, c'est une seconde.
Ou du point de vue de la conscience éternelle en nous, c'est encore mieux, le sens du temps est complètement différent. Après tout, notre Moi supérieur, au-dessus de notre tête, le Jivatman, est non-né... il est hors du temps, il est dans l'éternité.
Et combien de fois par jour nous nous tournons vers l'Éternel ? Ou que nous pensons à la conscience d'éternité et essayons de la ressentir, de nous y relier, d'y entrer ?
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C'est le don que nous fait le Divin quand nous nous unissons à Lui.
Et pour finir, il me revient une anecdote qui m'a été raconté un jour par notre ami Diksha à propos de Jiddhu Krishnamurti. Il me disait qu'à la fin de sa vie, Krishnamurti aurait fait cette confidence qu'il y avait des gens qui était avec lui depuis 25 ans et en qui... IL NE SE PASSAIT RIEN !
Le temps que nous avons à notre disposition est peut-être important, mais plus important encore que la longueur des années qui nous restent, c'est ce que nous en faisons. Nous pouvons vivre nos vies, sans conscience, comme des somnambules, à faire tout et n'importe quoi, ou bien à rester dans nos ruminations mentales, émotionnelles, vitales, nos passions, nos distractions... etc. sans réussir vraiment à nous ouvrir à une vie plus profonde, plus haute et plus vraie.
Dans un article récent je partageais ma découverte de l'importance des micro-expériences et Saptrem a écrit de jolies pages sur ces secondes-là, où nous nous ouvrons tout surpris à une autre réalité.
Combien de fois par jour, par semaine, nous avons ce que nous appelons des "prises de conscience", mais il serait peut-être plus juste de considérer que c'est l'inverse, que c'est la Conscience qui nous prend et, pendant un instant, nous ouvre à Sa réalité ?
En tout cas, ces secondes-là...
Ce n'est pourtant pas long, une seconde, mais ces secondes-là sont peut-être plus précieuses que 10 ans de notre vie à moitié endormie...
Ces secondes-là, certains, dans toute leur vie de somnambules ne les auront jamais...
Ou plutôt, il les auront, (nous en avons tous) mais elles apparaissent si... "dérisoires", si modestes, si humbles, si discrètes, que pendant longtemps, nous ne les remarquons même pas, et nous ne comprends pas qu'elles puissent être si importantes...
Tout ça pour nous rappeler que le temps que nous avons, le temps qui nous reste... ce sont des notions très relatives, et très liées à notre état de conscience.
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311 — Ne fixe pas le temps ni la manière dont sera réalisé ton idéal. Travaille et laisse le temps et la manière à Dieu omniscient.
312 — Travaille comme si l’idéal devait s’accomplir vite et de ton vivant ; persévère comme si tu savais qu’il ne sera réalisé qu’au prix d’un millier d’années de labeur encore. Ce que tu n’oses attendre avant le cinquième millénaire peut s’épanouir avec l’aurore de demain, et ce que tu espères et convoites maintenant peut t’avoir été dévolu pour ta centième venue.
C’est exactement l’attitude que nous devons tous avoir à l’égard de la transformation : la même énergie et la même ardeur que si nous étions certains de l’obtenir dans la présente existence, la même patience et la même endurance que s’il nous fallait des siècles pour sa réalisation.
Mère – 29 janvier 1970
313 — Chacun d’entre nous a encore un million de vies à passer sur la terre. Pourquoi donc cette hâte et cette clameur et cette impatience ?
314 — Vite, avance à grands pas, car le but est loin ; ne te repose pas indûment, car ton Maître t’attend à la fin du voyage.
Comme toujours, ici aussi, Sri Aurobindo voit tous les aspects de la question et, tout en prêchant le calme et la patience aux agités, il secoue et prêche l’énergie à ceux qui sont indolents. C’est dans l’union des opposés que peut se trouver la vraie sagesse et l’efficacité totale.
Mère – 30 janvier 1970
315 — Je suis las de cette impatience enfantine qui crie et blasphème et nie l’idéal sous prétexte que les Montagnes Dorées ne peuvent s’atteindre dans notre petite journée ni en quelques siècles momentanés.
316 — Sans désir, fixe ton âme sur le but et tiens-y avec la force divine qui est en toi ; alors le but lui-même créera ses propres moyens, ou plutôt il deviendra ses propres moyens. Car le but est Brahman et déjà accompli ; vois-le toujours comme Brahman, vois-le toujours en ton âme comme déjà accompli.
Certainement, nous portons tous dans notre âme le but divin du voyage éternel, et notre incapacité personnelle est le seul empêchement à ce que nous en soyons de suite conscients. La soumission totale et inconditionnée au Seigneur Suprême (Brahman) est le seul et merveilleux moyen de guérir cette incapacité.
Mère – 1er février 1970
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Pour info dans sa dernière conférence en ligne Philippe Guillemant fait de la nécessité que nous changions notre perception du temps une condition de base nécessaire indispensable pour accéder à notre âme et à la possibilité de changer notre futur.
Au passage, il évoque les trois temps de la tradition grecque ancienne, Chronos, Kaîros et Aiôn, mais cela n'a rien à voir avec la vision védique des trois temps, passé, présent et futur.