Le sens supramental – Introduction
Sri Aurobindo – Le Yoga de la Perfection de Soi
Chapitre 24* – Le sens supramental
* À noter qu'il y a une erreur dans la table des matières de la version papier du livre. Dans la table des matières, nous trouvons : "15. La Shakti divine. 249" Or, dans le fil du livre, le chapitre 15 se trouve page 235 et s'intitule "La force d'âme et la quadruple personnalité". Le chapitre "La Shakti divine" est le chapitre 16 et se trouve effectivement page 249. À partir de là, tous les numéros de chapitres sont décalés. Ainsi, le chapitre sur le sens supramental n'est pas 23 comme indiqué dans la table des matières, mais 24.
*
Dans les quatre premiers paragraphes de ce chapitre, Sri Aurobindo commence par rappeler les différents aspects de la Connaissance supramentale :
Tous les instruments, toutes les activités du mental, ont leurs pouvoirs correspondants dans les opérations de l’énergie supramentale et y sont amenés à leur plus haut degré et transfigurés ; mais leur ordre de priorité, leur importance et leur nécessité suivent un ordre inverse. De même qu’il existe une pensée supramentale ou conscience essentielle, de même existe-t-il un sens supramental. Fondamentalement, la faculté de sentir n’est pas l’opération de certains organes physiques, mais le contact de la conscience avec son objet, sanjñâna.
*
Quand la conscience de l’être se retire complètement en elle-même, elle se perçoit exclusivement ; elle n’est plus consciente que de son être, de sa conscience, de sa joie d’être, de sa force concentrée, et non plus de leurs formes mais de leur essence.
Quand elle sort de cette immersion, elle perçoit — ou elle libère, ou tire de cette immersion ses activités et ses formes d’être, de conscience, de félicité et de force.
Sur le plan supramental également, sa perception première conserve donc le caractère propre à la perception spirituelle et à la connaissance de l’un et infini : c’est une connaissance qui connaît tous ses objets, toutes ses formes et ses activités : globalement, elle en est consciente en son moi infini ; profondément, elle est leur propre conscience, car elle est leur être même ; et absolument, elle est consciente que leur moi et le sien ne font qu’un. Tous les autres savoirs sont une projection de cette connaissance par identité de la conscience, elles en sont un fragment ou un mouvement ; au plus bas niveau, leur vérité et leur lumière dépendent d’elle et sont touchées et soutenues par elle, même quand ces connaissances agissent séparément et se réfèrent à elle, ouvertement ou implicitement, comme à leur autorité et à leur origine.
(Voilà deux indications intéressantes pour notre pratique. En effet, si nous pouvions apprendre à la conscience de l’être [de se retirer] complètement en elle-même, cela serait un grand progrès et sous ferions sans doute de belles expériences. Mais peut-être que le plus difficile ne serait pas d'entrer dans cette expérience, mais de sortir de cette immersion. Peut-être s'agit-il de trouver comment sortir sans en sortir vraiment. Ou pour le dire autrement, autant que possible d'amener, de ramener dans notre conscience extérieure ce que nous avons trouvé dans notre conscience intérieure.)
*
L’activité la plus proche de cette connaissance essentielle par identité est la vaste conscience globale, vijñâna, qui caractérise tout particulièrement l’énergie supramentale : une conscience qui prend toutes les vérités, toutes les idées, tous les objets de connaissance en elle-même et les voit à la fois en leur essence, en leur totalité et en leurs composants ou leurs aspects.
C’est un mouvement de vision et de saisie totales, un embrassement, une possession dans le moi de connaissance : elle tient l’objet de la conscience comme s’il faisait partie du moi ou ne faisait qu’un avec lui. L’unité est alors spontanément et directement perçue dans l’acte même de connaissance.
Il existe une autre activité du Supramental où la connaissance par identité passe davantage à l’arrière-plan et l’objectivité de la chose connue s’accentue. Quand il descend dans le mental, son mouvement détermine la nature particulière de notre connaissance mentale : l’intelligence, prajñâna.
Dans le mental, l’intelligence implique au départ une séparation, une altérité qui dissocie le connaisseur, la connaissance et le connu, alors que dans le supramental, le mouvement de l’intelligence se déroule toujours dans l’identité infinie, ou du moins dans l’unité cosmique.
Simplement, le moi de connaissance se donne la joie de mettre l’objet de la conscience à une certaine distance ; ce n’est plus l’intimité immédiate propre à l’unité originelle et éternelle ; cependant, l’objet demeure en lui, et il peut le connaître aussi d’une autre manière afin d’établir avec lui des relations et des échanges divers qui sont autant d’accords mineurs dans l’harmonie du jeu de la conscience.
Le mouvement de cette intelligence supramentale dans le mental, prajñâna, devient une opération subordonnée, tertiaire, du supramental, et il a besoin de la pensée et de la parole pour être complet.
Le fonctionnement premier, parce qu’il est essentiellement une connaissance par identité ou une saisie globale dans la conscience, est complet en soi et n’a nul besoin de ces moyens d’expression.
L’intelligence supramentale est une vision de la vérité, une audition de la vérité, une mémoire de la vérité et, bien qu’elle puisse se suffire à elle-même d’une certaine façon, elle se sent néanmoins plus richement accomplie par la pensée et par la parole qui viennent donner corps à son expression.
*
Finalement, il existe un quatrième fonctionnement de la conscience supramentale qui complète les diverses possibilités de la connaissance supramentale. Ce fonctionnement accentue davantage encore l’objectivité de la chose connue ; il la met à une certaine distance de la position de la conscience qui fait l’expérience, puis la rapproche par un toucher qui unifie soit par une intimité directe, un contact, une union, soit, moins intimement, par le pont ou le courant de conscience connecteur dont nous avons déjà parlé.
Le sens supramental, sanjñâna, naît d’un contact avec les existences, les présences, les choses, les formes, les forces, les activités, mais un contact dans la substance de l’être supramental et de l’énergie supramentale et non dans les divisions de la matière, au moyen d’instruments physiques.
/image%2F7051723%2F20260215%2Fob_64d187_sens-purifies.jpg)
Ne peut s'obtenir que par une soumission totale à la Vérité.
Le sens supramental (page 377 à 402)