Voir Dieu
Un jour, j'ai lu que Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus voulait voir Dieu et cela m'avait frappé car j'ignorais qu'une telle chose fut possible. Je me souviens aussi qu'elle Le voyait en contemplant l'océan qui lui donnait une merveilleuse impression d'Infini.
« Mourir d'Amour, voilà mon espérance
Quand je verrai se briser mes liens
Mon Dieu sera ma Grande Récompense
Je ne veux point posséder d'autres biens.
De son Amour je veux être embrasée
Je veux Le voir, m'unir à Lui toujours
Voilà mon Ciel... voilà ma destinée :
Vivre d'Amour ! ! !..... »
Poème composé en 1895
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« J’avais six ou sept ans quand Papa nous emmena à Trouville. Jamais je n’oublierai l’impression que la mer produisit sur moi ; je ne pouvais m'empêcher de regarder continuellement les flots majestueux qui venaient se briser sur la plage ; le mugissement de la mer, sa plainte profonde, comme si elle se lamentait sur la fragilité des choses mortelles, tout cela parlait à mon âme de la grandeur et de la puissance de Dieu. Je me souviens que, avant de la voir, j'entendis son mugissement ; puis, à travers la brume, j'aperçus l'océan immense qui s'étendait à perte de vue... Sa majesté, le bruit de ses vagues, tout parlait à mon âme de la grandeur et de la puissance de Dieu. C’était comme une goutte dans l'océan de l'amour infini de Dieu pour moi. »
Sainte Thérèse – Histoire d’une âme
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Or cette idée de voir Dieu est sans doute présente chez bien des mystiques. Voyons comment Sri Aurobindo en parle...
Dans Pensées et Aphorismes
Celui qui ne reconnaît pas Krishna, le Dieu dans l’homme, ne connaît pas Dieu complètement ; celui qui connaît seulement Krishna, ne connaît même pas Krishna. Pourtant, la vérité opposée est aussi pleinement vraie : si tu peux voir Dieu tout entier dans une insignifiante petite fleur pâle et sans parfum, alors tu as saisi Sa suprême réalité. (159)
Peux-tu voir Dieu comme un Infini sans corps et pourtant L’aimer comme un homme aime sa maîtresse ? Alors la suprême vérité de l’Infini t’a été révélée. Peux-tu aussi vêtir l’Infini d’un corps secret que l’on peut embrasser, et Le voir en chacun et en tous ces corps visibles et saisissables ? Alors sa vérité suprêmement vaste et profonde entre aussi en ta possession. (493)
Les négations de Dieu sont aussi utiles pour nous que Ses affirmations. C’est Lui qui, en tant qu’athée, nie Sa propre existence pour perfectionner la connaissance humaine. Il ne suffit pas de voir Dieu dans le Christ et dans Râmakrishna ni d’entendre Ses paroles ; nous devons aussi Le voir et L’entendre dans Huxley et dans Haeckel. (540)
Peux-tu voir Dieu dans celui qui te torture et te tue, à l’instant même de ta mort ou à l’heure de ta torture ? Peux-tu Le voir dans ce que tu es en train de tuer — voir et aimer même pendant que tu tues ? Tu as posé ta main sur la connaissance suprême. Comment peut-il atteindre Krishna celui qui n’a jamais adoré Kâlî ? (541)
Commentaire de Mère :
«Tout est le Divin et le Divin seul existe.»
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Dans La Vie Divine
Une nouvelle conscience commence à se former, un mental capable d’une haute et vaste connaissance intellectuelle qui se suffit à elle-même, ou ce peut être une conscience illuminée, intuitive ou surmentale, dotée de nouvelles forces de pensée ou de vision et d’un plus grand pouvoir de réalisation spirituelle directe qui dépasse la pensée et la vision, ainsi qu’un plus grand devenir dans la substance spirituelle de notre être actuel.
Le cœur et les sens deviennent subtils, intenses, assez vastes pour embrasser toute existence, pour voir Dieu, pour sentir et entendre et toucher l’Éternel, pour accomplir une unité plus profonde et plus intime entre le moi et le monde dans une réalisation transcendante.
D’autres expériences décisives, d’autres changements de conscience se précisent qui sont des corollaires et des conséquences de ce changement fondamental. À cette révolution, on ne peut fixer aucune limite ; car essentiellement, c’est une invasion de l’Infini. (Livre 2. Chapitre 25)
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Dans La Synthèse des Yogas
Non seulement nous devons voir Dieu et l’embrasser, mais nous devons devenir cette Réalité même. Non seulement nous devons devenir un avec ce Moi en sa transcendance par-delà toutes les formes et toutes les manifestations, par une dissolution de l’ego, une sublimation, une évasion de l’ego et de toutes ses possessions, et plonger en Cela d’où procèdent toutes ces choses, mais nous devons aussi devenir le Moi dans toutes ses existences manifestées et dans tous ses devenirs, être un avec lui dans son existence infinie, dans la conscience, la paix, la félicité infinies par lesquelles il se révèle en nous, un avec lui dans l’action, la formation des choses et tout ce jeu d’invention de soi sous lequel il se déguise dans le monde. (Livre 2. Chapitre 2)
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Une fois la réalisation obtenue, les mêmes caractéristiques persistent. Le yogi continue de connaître et de voir Dieu dans le fini, d’être un canal de la conscience de Dieu et de l’action de Dieu dans le monde ; par conséquent, la connaissance du monde et l’élargissement ou l’élévation de tout ce qui appartient à la vie font partie de son domaine. La différence, c’est qu’en tout il voit Dieu, il voit la réalité suprême, et son action a pour but d’aider l’humanité à trouver cette connaissance de Dieu et à se laisser embrasser par cette réalité suprême. (Livre 2. Chapitre 25)
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Dans Essai sur la Guîtâ
« Moi qui suis en toi, disait-il, moi qui suis ici dans ce corps humain, moi pour qui tout existe, agit, lutte, je suis le secret à la fois de l’esprit existant en soi et de l’action cosmique. Ce “je” est le je plus grand dont la personnalité humaine la plus ample n’est qu’une manifestation partielle et fragmentaire, et la Nature qu’une opération inférieure.
Maître de l’âme, maître de toutes les œuvres du cosmos, Je suis l’unique Lumière, le seul Pouvoir, l’Être unique. Ce Divin au-dedans de toi est l’Instructeur, le Soleil, celui qui élève le clair flamboiement de la connaissance où tu réalises ce qui distingue ton moi immuable de ta nature mutable.
Mais, par-delà cette lumière même, regardes-en la source ; alors tu connaîtras l’Âme suprême où est recouvrée la vérité spirituelle de la personnalité et de la Nature. Vois alors le moi unique en tous les êtres afin de pouvoir Me voir en tous les êtres ; vois tous les êtres en un unique moi spirituel, une unique réalité spirituelle, car c’est le moyen de voir tous les êtres en Moi ; connais un seul Brahman en tous, afin de pouvoir voir Dieu qui est le Brahman suprême. Connais-toi toi-même, sois toi-même, afin de pouvoir être uni à Moi dont ce moi intemporel est la claire lumière ou le voile transparent. Moi, le Divin, Je suis la plus haute vérité du moi et de l’esprit. »
Arjuna doit voir que le même Divin est aussi la vérité supérieure non seulement du moi et de l’esprit mais de la Nature, et de sa propre personnalité, le secret à la fois de l’individu et de l’univers. (Livre 2. Chapitre 4)
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Appelé à la connaissance de soi, il doit voir Dieu comme Maître de l’univers et origine des créatures et des événements du monde, tout voir comme l’expression de soi du Divin en la Nature, voir Dieu en tous, Dieu en lui-même en tant qu’il est un homme et une vibhûti, Dieu dans les bas-fonds de l’être et sur ses sommets, Dieu sur les cimes les plus hautes, et l’homme aussi sur les sommets comme vibhûti et s’élevant vers les cimes ultimes en la libération et l’union suprêmes.
En le Temps qui crée et qui détruit, il doit voir l’image du Divin avançant pas à pas — des pas qu’accomplissent les cycles du cosmos. Et sur les spires de ce mouvement du cosmos, l’esprit divin dans le corps humain s’élève vers les suprêmes transcendances en réalisant comme vibhûti l’œuvre du Divin dans le monde. Cette connaissance a été donnée ; il faut à présent que soit révélé le Divin sous l’apparence du Temps ; et des millions de bouches de cette image, viendra l’ordre pour l’action assignée à la vibhûti libérée. (Livre 2. Chapitre 9)
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Cette Nature en nous est une Mâyâ de l’ego, un écheveau de dualités, un tissu de l’ignorance et des trois gunas. Et tant que son âme vit dans le fait superficiel du mental, de la vie et du corps, et non en son moi, en son esprit, l’homme ne peut voir Dieu, ni se voir, non plus que le monde, en leur réalité, ne peut vaincre cette Mâyâ, mais doit s’arranger de ses termes et de ses images.
« En se retirant de la disposition inférieure de sa nature où l’homme vit actuellement, il est possible de se réveiller de cette lumière qui est une obscurité et de vivre dans la vérité lumineuse de l’éternelle et immuable existence en soi.
L’homme, alors, n’est plus enchaîné dans l’étroite prison de sa personnalité, ne se voit plus comme ce petit “je” qui pense, agit, sent, lutte, peine pour un maigre résultat. Il est immergé dans la vaste et libre impersonnalité de l’esprit pur ; il devient le Brahman ; il sait qu’il est un avec le moi unique en toutes choses. Il n’est plus conscient de l’ego, plus troublé par les dualités, n’éprouve plus l’angoisse du chagrin ni l’agitation de la joie, n’est plus secoué par le désir, ni troublé par le péché ou limité par la venu.
Ou si les ombres de ces choses demeurent, il voit et sait qu’elles sont seulement la Nature qui œuvre en ses modes, et il n’a pas l’impression qu’elles soient la vérité de son être où il vit. La Nature seule agit et seule élabore ses représentations mécaniques : mais l’esprit pur est silencieux, inactif et libre. Calme, intouché par les opérations de la Nature, il les considère avec une égalité parfaite et sait qu’il en diffère. Cet état spirituel entraîne une paix et une liberté tranquilles, mais non pas la divinité dynamique, non pas la perfection intégrale ; c’est une grande étape, mais ce n’est pas la connaissance intégrale de Dieu et de soi.
Le seul moyen d’atteindre à une parfaite perfection est de vivre dans le Divin suprême et entier. L’âme de l’homme est alors unie à la Divinité dont elle est une portion ; et elle est une, alors, avec tous les êtres dans le moi et l’esprit, une avec eux à la fois en Dieu et dans la Nature ; alors, elle n’est pas seulement libre mais complète, plongée dans la félicité suprême, prête pour son ultime perfection. (Lire 2. Chapitre 24)