Le sens supramental – fin du chapitre
Les six derniers paragraphes du chapitre aborde principalement la supramentalisation des sens et de la conscience psychiques et des autres sens.
Le sens supramental – Livre 4. Chapitre 24. Page 377 à 402
La conscience et le sens psychiques peuvent se prêter, de même que la conscience physique et vitale, à cette transformation supramentale qui leur apportera la plénitude et révélera leur signification intégrale. Le supramental se saisit de l’être psychique, y descend, le modèle à son image et le soulève pour l’intégrer à l’action supramentale et à l’état supramental, à l’être supra-psychique du Vijñâna Purusha.
Le premier effet de ce changement est de donner un vrai fondement à tous les phénomènes de la conscience psychique en y infusant le sens permanent, la réalisation complète, la solide possession de l’unité de notre mental et de notre âme avec le mental et avec l’âme d’autrui ainsi qu’avec le mental et l’âme de la Nature universelle, car la croissance supramentale a toujours pour effet d’universaliser la conscience individuelle.
De même qu’elle nous fait vivre la vie universelle jusque dans notre mouvement vital individuel et dans ses relations avec tout ce qui nous entoure, de même elle nous fait penser, éprouver, sentir avec le mental universel et avec l’être psychique universel, même si c’est à travers un centre ou un instrument individuel.
De cela découlent deux conséquences d’une importance considérable.
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Premièrement, les phénomènes qui sont liés au sens et au mental psychiques perdent ce caractère fragmentaire, incohérent, mal réglé et cet ordre souvent tout à fait artificiel qui les affligent plus encore que nos activités mentales normales superficielles, et ils deviennent le jeu harmonieux de l’âme et du mental intérieurs universels en nous ; ils trouvent leur loi véritable, leurs formes et leurs rapports justes et révèlent leur sens exact. Même sur le plan mental, il est possible de parvenir à une certaine réalisation de l’unité de l’âme par une spiritualisation du mental, mais elle n’est jamais vraiment complète, du moins dans ses applications pratiques, et elle ne trouve pas cette loi vraie, cette forme complète, ces rapports complets, cette vérité intégrale et infaillible ni l’exactitude de son sens.
Deuxièmement, la conscience psychique n’a plus du tout le caractère anormal d’une activité supranormale, exceptionnelle, irrégulière, voire périlleuse, qui entraîne souvent une perte de prise sur la vie et des dérangements ou des lésions dans les autres parties de l’être. Elle trouve non seulement son ordre juste dans sa sphère propre, mais aussi ses rapports justes avec la vie physique d’une part, et, d’autre part, avec la vérité spirituelle de l’être ; ainsi la totalité devient une manifestation harmonieuse de l’esprit incarné. Toujours, c’est le supramental, à l’origine de tout, qui contient la valeur vraie, le sens vrai, les rapports vrais des autres parties de notre être, et sa révélation est la condition d’une possession intégrale de notre moi et de notre nature.
Ainsi, non seulement le psychique a lui aussi un sens et un mental, mais les phénomènes qui y sont liés peuvent être fragmentaires, incohérents, mal réglés... voir périlleux. En clair, même ce qui vient du psychique peut poser quelques difficultés. Je n'avais jamais vu les choses sous cet angle.
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La transformation complète se traduit en nous par un certain changement, non seulement dans la position ou le niveau de notre moi conscient qui regarde, et même dans sa loi, dans son caractère, mais aussi dans la substance tout entière de notre être conscient.
Tant que ce changement n’a pas eu lieu, la conscience supramentale se manifeste au-dessus de l’atmosphère mentale et psychique de l’être — dans cette atmosphère, le physique est déjà devenu un moyen d’expression secondaire, et largement accessoire, de notre moi —, et elle y fait descendre son pouvoir, sa lumière, son influence afin de l’illuminer et de la transfigurer.
Mais c’est seulement quand la substance de la conscience inférieure est changée, puissamment remplie, merveilleusement transformée, absorbée pour ainsi dire par l’énergie supérieure et par le sens supérieur de l’être, mahân, brihat, dont elle est un dérivé et une projection, qu’est atteinte la conscience supramentale parfaite, complète, permanente.
La substance d’être, l’éther conscient dans lequel la conscience et le sens du mental ou du psychique se meuvent, voient, sentent, éprouvent, est plus subtile, plus libre, plus souple que la substance du mental physique et des sens physiques.
Tant que nous sommes dominés par le mental et les sens physiques, les phénomènes psychiques peuvent nous sembler moins réels, voire hallucinatoires, mais plus nous nous acclimatons au psychique et à l’éther d’être dans lequel il demeure, plus nous commençons à voir la vérité supérieure et à sentir la substance spirituellement plus concrète de tout ce dont témoigne ce mode d’expérience plus large et plus libre.
Puissions-nous trouver comment entrer dans cet "éther conscient", découvrir ce dont il s'agit, et y vivre autant qu'il nous est possible. Faire l'expérience directe de notre être psychique est une chose, découvrir l'atmosphère, le monde dans lequel il vit en est une autre.
Le physique lui-même peut finir par se sentir irréel, comme une sorte d’hallucination, mais c’est là une exagération et une autre forme d’exclusivisme trompeur dû au déplacement du centre et au changement de fonctionnement du mental et des sens ; ou en tout cas il peut se sentir moins puissamment réel.
Cependant, quand les expériences psychiques et physiques se combinent heureusement dans un équilibre véritable, nous vivons simultanément en deux mondes complémentaires de notre être, chacun ayant sa réalité propre, mais le psychique révélant tout ce qui est derrière le physique ; la manière de voir psychique, l’expérience de l’âme, prennent la préséance et illuminent, expliquent la manière de voir et l’expérience physiques.
À son tour, la transformation supramentale change la substance tout entière de notre conscience ; elle y infuse l’éther d’un être, d’une conscience, d’une vie et d’un sens supérieurs, qui convainc le psychique lui-même de son insuffisance et montre qu’il est une réalité incomplète à lui seul et simplement une vérité partielle de tout ce que nous sommes, devenons et observons.
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En fait, toutes les expériences du psychique sont acceptées et soutenues par la conscience supramentale et son énergie, mais elles s’emplissent de la lumière d’une vérité plus grande, de la substance d’un esprit plus grand. La conscience psychique est tout d’abord soutenue et éclairée, puis remplie, occupée par la lumière et par la puissance supramentales et par l’intensité révélatrice de ses vibrations.
Toutes les exagérations, toutes les erreurs dues à l’isolement des phénomènes, à des impressions insuffisamment éclairées, des suggestions personnelles, des influences ou des intentions trompeuses, ou toute autre cause de limitation et de déformation qui se mêlent à la vérité de l’expérience et de la connaissance mentales et psychiques sont mises à nu, rectifiées, ou s’évanouissent, incapables de tenir devant la lumière de la pure vérité, satyam, ritam — vérité des choses, des personnes, des événements, des indications, des représentations —, qui est le propre de cette plus grande amplitude.
Sri Aurobindo énumère les causes principales de nos erreurs continuelles qui déforment la vérité. Nous pouvons commencer par les prendre une par une et essayer de les repérer en nous et les corriger autant que nous pouvons. Par exemple, c'est le fonctionnement même de notre mental analytique, que nous isolons les phénomènes pour les disséquer. Même dans le yoga nous avons tendance à faire cela quand nous isolons un aspect de la sadhana et exagérons son importance, alors que, dès que nous mettons un élément en avant, il y a aussi tous les autres éléments à l'arrière-plan. J'ai souvent l'impression que, le plus puissant, n'est jamais ce qui est exprimé, mis en avant, mais la Force qui est derrière, ce qui reste caché.
Toutes les communications, les transcriptions, les empreintes, les symboles, les images psychiques trouvent leur valeur vraie, leur place exacte, leurs rapports justes.
L’intelligence et les sensations psychiques sont éclairées par le sens supramental et par la connaissance supramentale ; leurs phénomènes — intermédiaires entre les mondes spirituel et matériel — commencent à révéler automatiquement leur vérité et leur signification, et en même temps les limites que celles-ci peuvent avoir.
Les images qui se présentent à la vision et à l’audition intérieures, les sensations de toutes sortes, s’emplissent d’une masse vibratoire plus lumineuse et plus large, d’une substance de lumière et d’une intensité plus hautes qui les saisissent et apportent le même changement que dans les phénomènes du sens physique en leur donnant une totalité, une précision plus grandes et la puissance révélatrice de la connaissance sensorielle contenue dans l’image.
Une masse vibratoire plus lumineuse, une substance de lumière... les mots choisis par Sri Aurobindo sont saisissants. À méditer...
Finalement, tout est rehaussé, absorbé dans le supramental, tout devient une partie intégrante de la conscience, de la connaissance et de l’expérience infiniment lumineuses de l’être supramental, du Vijñâna Purusha.
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Une fois cette transformation supramentale effectuée, l’état de l’être dans toutes les parties de sa conscience et de sa connaissance sera celui d’une conscience infinie et cosmique œuvrant à travers le Purusha individuel universalisé.
Son pouvoir fondamental sera la perception de l’identité, la connaissance par identité : une identité d’être, de conscience, de force d’être et de force de conscience, de félicité d’être ; une identité avec l’Infini, le Divin, et avec tout ce qui est dans l’Infini, tout ce qui est l’expression et la manifestation du Divin.
Les moyens et les instruments de cette perception et de cette connaissance par identité seront
➡ une vision spirituelle de tout ce que peut établir la connaissance par identité : une idée et une pensée réelles, supramentales — vision de pensée, d’audition de pensée, de mémoire de pensée directes, révélant, interprétant ou représentant à notre perception la vérité de toutes choses ;
➡ puis, un langage de vérité intérieur qui exprimera la vérité des choses,
➡ et enfin un sens supramental qui établira une relation, un contact dans la substance d’être avec toutes les choses, toutes les personnes, tous les pouvoirs et toutes les forces de tous les plans d’existence.
Cela fait longtemps que je suis fasciné par cette connaissance par identité, ce processus d'identification qui fait que l'on connaît parfaitement, intimement, tout ce à quoi on s'identifie. Et je m'étonnais que cela soit si difficile. Je n'avais pas capté que ce pouvoir d'identification était le pouvoir fondamental de la conscience supramental. Cela donne envie de relire le chapitre 10 du Livre 2 de La vie divine : La connaissance par identité et la connaissance séparatrice.
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Le supramental ne dépendra pas d’instruments ; par exemple, il ne dépendra pas, comme le mental physique, du témoignage de nos sens, mais il pourra s’en servir comme point de départ des formes supérieures de la connaissance, de même qu’il pourra s’appuyer directement sur ces formes et se servir des sens comme d’un simple moyen de formation et d’expression objective.
En même temps, l’être supramental transformera et intégrera le mode actuel de penser du mental, le transfigurera en une connaissance immensément plus large, par identité — une connaissance par englobement total, une connaissance par perception intime du détail et des rapports —, et tout cela d’une façon directe, immédiate, spontanée, tout étant l’expression de l’éternelle connaissance du moi déjà existante.
Alors il est évident que les conséquences pour l'humanité et la terre sont totalement... incalculables.
Il intégrera, transformera, supramentalisera le sens physique, le sixième sens du mental et ses pouvoirs, ainsi que la conscience psychique, les sens psychiques, et les utilisera comme un moyen extrême d’objectivation intérieure de l’expérience.
Rien ne lui sera vraiment extérieur, car toutes choses seront éprouvées en l’unité de la conscience cosmique qui est la conscience même, en l’unité d’être de l’infini qui est son être même.
Il sentira la matière — non seulement la matière grossière mais la matière subtile, et même la plus subtile — comme une substance et comme une forme de l’esprit ; il sentira la vie et toutes les énergies comme un dynamisme de l’esprit, le mental supramentalisé comme un moyen de transmission de la connaissance spirituelle, le supramental comme le moi de connaissance infini, le pouvoir de connaissance infini, l’Ânanda infini de la connaissance de l’esprit.
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Ainsi se termine le chapitre sur le sens supramental. Dans un article prochain, je partagerai en complément ce que nous pouvons trouver dans le Glossaire du journal du yoga sur le sanjnana.