L'éveil psychique et sa venue en avant
"Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.
Boileau, L'Art poétique (1669-1674)
Il semble que cet adage ne s'applique pas seulement à l'art poétique, car après avoir lu et relu tant de paroles de Sri Aurobindo-Mère sur l'être psychique, il y a encore le besoin d'y revenir. En voici quelques-unes.
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Quelques réponses de la Mère – Volume 1
Douce Mère, Qu’est‑ce que l’âme ou l’être psychique exactement ? Et que veut dire l’évolution de l’être psychique ? Quelle est sa relation avec le Suprême ?
L’âme et l’être psychique ne sont pas exactement la même chose, quoique leur essence soit la même.
L’âme est cette étincelle divine qui se trouve au centre de tout être, elle est identique à son Origine Divine ; c’est le divin dans l’humain.
L’être psychique se forme progressivement autour de ce centre divin, l’âme, au cours de ses innombrables existences dans l’évolution terrestre ; jusqu’au moment où l’être psychique pleinement formé et totalement éveillé, devient le revêtement conscient de l’âme autour de laquelle il s’est formé.
Et identifié ainsi au Divin, il devient son instrument parfait dans le monde.
Le 16 juillet 1960
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Douce Mère, Tu as dit qu’une fois qu’on a trouvé son être psychique on ne peut jamais le perdre, n’est‑ce pas ? Mais on peut établir un contact avec lui quand on est réceptif, de temps en temps ?
Quand on a établi le contact avec son être psychique, c’est, en effet, définitif.
Mais avant que ce contact soit établi, on peut, dans certaines circonstances, recevoir consciemment l’influence psychique ; ce qui crée toujours une illumination dans l’être et a des effets plus ou moins durables.
Le 16 juillet 1960
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Lumineux et calme, il est fait pour gouverner l'être humain.
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Sri Aurobindo – Lettres sur le Yoga
Ce que je veux dire quand je parle du psychique qui vient en avant est simplement ceci. D'ordinaire le psychique est profondément enfoui à l'intérieur. Très peu de gens sont conscients de leur âme : quand ils en parlent, ils entendent en général l'être vital + l'être mental ou encore la (fausse) âme de désir. Le psychique reste en arrière et agit seulement par l'intermédiaire du mental, du vital et du physique chaque fois qu'il le peut. Pour cette raison, l'être psychique – à moins qu'il ne soit très développé – n'a sur la vie de la plupart des hommes qu'une influence faible et partielle, dissimulée, mélangée ou diluée.
Par "venir en avant", j'entends qu'il sort de derrière le voile, que sa présence est déjà ressentie dans la conscience quotidienne de veille, que son influence emplit, domine, transforme le mental et le vital ainsi que leurs mouvements, et même le physique. On est conscient de son âme, on ressent le psychique comme son être vrai, le mental et le reste commencent à n'être que des instruments de ce qui est au plus profond de soi.
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L'être psychique est toujours là, mais on ne le sent pas parce qu'il est masqué par le mental et le vital ; lorsqu'il se découvre, on dit qu'il est éveillé. Une fois éveillé, il commence à prendre possession du reste de l'être, à l'influencer et à le transformer afin que tout puisse devenir l'expression vraie de l'âme intérieure. C'est cette transformation que l'on nomme conversion intérieure. Elle ne peut se produire sans cet éveil de l'être psychique.
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...si le psychique est éveillé et au premier plan, on n'a pas de mal à rester conscient des éléments qu'il faut changer dans la nature extérieure, et il est aussi relativement facile de les changer. Mais si le psychique se voile et se retire à l'arrière-plan, la nature extérieure, abandonnée à elle-même, a du mal à rester consciente de ses mouvements faux et ne réussit pas, même au prix d'un grand effort, à s'en débarrasser.
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Lorsque l'être psychique s'éveille, vous devenez conscient de votre âme, vous connaissez votre moi. Et vous ne commettez plus l'erreur de vous identifier à l'être mental ou à l'être vital. Vous ne les confondez pas avec l'âme.
Deuxièmement, lorsque l'être psychique s'est éveillé, il donne la vraie bhakti pour Dieu ou pour le Gourou. Cette bhakti est toute différente de la bhakti mentale ou vitale. [...]
Troisièmement, lorsque l'être psychique vient à la surface, il se sent triste si l'être mental ou vital se conduit sottement. Cette tristesse est la pureté offensée. […]
Enfin l'être psychique refuse de se laisser tromper par les apparences. Il ne se laisse pas entraîner par le mensonge. Il refuse de se laisser abattre par le mensonge, mais il ne grossit pas non plus la vérité. Par exemple, même si, autour de lui, tout dit : "Dieu n'existe pas," l'être psychique refuse de le croire. Il dit : "Je sais, et je sais parce que je sens."
Et parce qu'il sait ce qui est à l'arrière-plan, il ne se laisse pas tromper par les apparences. Il sent aussitôt la Force.
Quand l'être psychique est éveillé, il rejette aussi toutes les impuretés de l'être émotif et le libère du sentimentalisme ou du jeu inférieur des émotions. Mais il ne porte pas en lui la sécheresse du mental ou l'exagération des sentiments vitaux. Il donne la note juste à chaque émotion.
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Entretien de Mère du 22 septembre 1954
Tu avais dit qu’il faut savoir qu’on n’est rien, etc., sans la Grâce divine. Alors pourquoi faire tant d’efforts pour savoir qu’on n’est rien ?
Pourquoi faire tant d’efforts ? Dans quel sens ? Vous voulez faire les efforts pour une raison personnelle ? C’est pour votre satisfaction personnelle que vous voulez faire les efforts ? C’est comme les gens qui disent : « Mais si ce n’est pas moi qui travaille et si ce n’est pas mon travail, comment est‑ce que je peux travailler ? » C’est la même chose, et pourtant c’est comme ça. Si vous sentez comme ça, cela veut dire que vous avez encore besoin, un grand besoin, de votre ego, et que si votre ego vous était retiré tout d’un coup, vous ne pourriez plus rien faire. Si vous avez besoin d’un mobile personnel pour faire quelque chose, cela veut dire que, n’est‑ce pas, vous êtes encore entièrement dans votre ego. Tant que c’est nécessaire, on y reste. Seulement, alors, il ne faut pas s’imaginer qu’on peut aller vite. Cela prend très longtemps, quelquefois plusieurs existences, quelquefois un grand nombre d’existences. Si vous avez besoin de raisons personnelles pour faire les choses, il n’y a qu’à attendre que ça vous passe, et que vous compreniez que ce n’est pas pour une raison personnelle qu’il faut faire les choses.
Par exemple, ce n’est pas pour une raison personnelle qu’il faut vouloir la perfection, ce n’est pas pour une raison personnelle qu’il faut vouloir l’union avec le Divin, ce n’est pas pour une raison personnelle qu’il faut vouloir la transformation supramentale. Si c’est pour votre bien propre et pour une raison personnelle, eh bien, suivez votre chemin ; je vous dis, cela vous mènera là-bas, après un certain nombre de vies. N’est‑ce pas, il y a un état où on ne peut même pas comprendre que l’on puisse exister sans une raison personnelle. Tant que c’est comme ça... Si moi, n’est‑ce pas, je vous enlevais tout d’un coup votre conscience personnelle et votre raison personnelle, vous n’existeriez plus. Alors, il faut attendre tranquillement que vous puissiez réaliser en vous-même que ce n’est pas la vraie cause des choses.
Il n’y a rien à faire qu’à attendre ?
Hein ? Rien à faire qu’à attendre ? Pour moi !... C’est moi qui passe mon temps à attendre que vous soyez prêts ! (Mère rit) C’est un problème très délicat, parce que, pendant très longtemps, si l’on ne sent pas, si l’on n’a pas cette aspiration personnelle de se perfectionner, cette aspiration personnelle d’entrer en relation avec le Divin, cette aspiration personnelle de réaliser la conscience supramentale, eh bien, on dit comme vous venez de faire : « Alors à quoi ça sert de faire quoi que ce soit ? Il n’y a qu’à rester tranquille. » Eh bien, tant que c’est comme ça, et tant que vous n’avez pas développé en vous une conscience suffisante pour que ça puisse être autrement, il n’y a rien à dire, et rien à faire ; je n’ai qu’à attendre.
Attendre veut dire des existences ?
Oui. Pour quelques-uns, cela peut aller plus vite ; si tout d’un coup quelque chose se retourne au-dedans d’eux, et s’ils ont une expérience — ne serait-ce que l’expérience d’une identification avec le psychique —, alors, tout d’un coup ils comprennent.
L’identification avec le psychique, cela veut dire une identification avec la Conscience divine. Alors, immédiatement ils comprennent ; ils comprennent et ça fait même rire. On a l’impression d’avoir été si ridicule. (Mère rit)
Ce sens de sa personne, cela devient comme une cage, comme une prison qui vous enferme, qui vous empêche d’être vrai, de savoir vraiment, de pouvoir vraiment, de comprendre vraiment. C’est quelque chose comme si on vous mettait dans une coquille bien dure, là, et que vous soyez obligé de rester là-dedans.
Ça, c’est la première sensation que l’on a. Après, on commence à taper contre la coquille pour casser ça. Quelquefois ça résiste très longtemps. Mais enfin, quand on commence à sentir ça, que ce que l’on croyait être soi-même, la personne qui fait les choses, et pour laquelle on les fait, la personne qui existe et qui fait que vous êtes vous-même, n’est‑ce pas, quand vous passez de ça à la conscience que ça, c’est une prison qui vous empêche d’être vraiment vous-même, alors vous avez fait un grand progrès, et il y a un espoir. On se sent étouffé, écrasé, tout à fait enfermé dans une prison sans air, sans lumière et sans ouverture, et alors, on commence à pousser du dedans, pousser, pousser, pousser, pour que ça se casse.
Et le jour où ça se casse, le jour où ça s’ouvre, tout d’un coup, on entre dans la conscience psychique. Et alors, on comprend. Et alors, vraiment, si on a le sens de l’humour, on rit ; on se rend compte de sa stupidité.
Mère, tu avais dit un jour qu’avant de pouvoir s’identifier avec le Divin, il faut d’abord devenir un individu.
Oui, eh bien, c’est exactement cela. Vous êtes dans la période où on devient un individu. Et tant qu’on est dans la période dans laquelle on devient un individu, eh bien, il faut attendre que cette période soit passée, c’est-à-dire, que vous soyez devenu un individu conscient. Parfaitement. C’est cela.
Mère, tu avais dit : « Il y en a très peu, un sur un million peut-être, qui soient conscients réellement. »
Oh, si tu prends l’humanité la plus large, certainement ; et la plus grande masse de l’humanité ne deviendra jamais un individu, ce sera toujours une masse amorphe qui est toute mélangée de l’un et de l’autre, là, comme ça... Devenir un individu, c’est ce que Sri Aurobindo appelle devenir vraiment un homme mental.
Eh bien, si vous avez lu Le Cycle Humain, vous verrez que ce n’est déjà pas si facile de devenir un homme vraiment mental, qui pense par lui-même, qui est libre de toutes les influences extérieures, qui est une individualité, qui existe, qui a sa réalité ; ce n’est déjà pas si facile.
Mais, par une sorte de Grâce, il se peut qu’avant d’être devenu un individu, si on a au-dedans de soi une aspiration, si on sent le besoin de s’éveiller à quelque chose qui voudrait plus, qui voudrait mieux, qui sent que c’est tout petit d’être un individu, quelque chose qui vraiment cherche au-delà des limites ordinaires, eh bien, même avant de devenir un individu, on peut tout d’un coup avoir l’expérience d’un contact avec son psychique qui vous ouvre toutes les portes. Elles se referment après, mais une fois qu’elles se sont ouvertes, on ne l’oublie jamais. Le souvenir vous reste très vivant ; et cela aide. Cela devrait vous arriver ici.
Douce Mère, l’identification avec le psychique, et le psychique qui vient en avant, c’est la même chose ?
C’est-à-dire que le premier pas c’est l’identification, et puis, une fois que l’on peut garder cette identification, alors le psychique gouverne le reste de la nature et de la vie. Il devient comme le maître de l’existence. Alors, c’est cela que l’on appelle un psychique qui vient en avant. C’est lui qui gouverne, qui dirige, qui organise même la vie, organise la conscience, organise les différentes parties de l’être. Quand c’est comme ça, le travail va très vite. Très vite, enfin... relativement très vite.
Dans la conscience humaine, toutes les choses sont très lentes. Quand on mesure le temps qu’il faut pour réaliser quelque chose au temps moyen d’une existence humaine, c’est interminable. Mais heureusement qu’il y a un moment où l’on échappe à cette notion-là, où l’on commence à ne plus sentir selon la proportion humaine. Dès que l’on est vraiment en rapport avec le psychique, on perd cette espèce d’étroitesse et d’angoisse aussi, et qui est tellement mauvaise, cette angoisse : « Il faut faire vite, il faut faire vite, on n’a pas beaucoup de temps, il faut se dépêcher, on n’a pas beaucoup de temps. »
On fait les choses très mal, ou on ne les fait plus du tout. Mais dès que l’on a un contact avec le psychique, ça, ça s’en va ; on commence à être un peu vaste, et calme, et paisible, à vivre dans une éternité.
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Quelques réponses de la Mère. Volume 2 – 20 décembre 1934
Par quels signes reconnaît-on que l’être psychique est à la surface ?
On se sent heureux et paisible, plein de confiance et de bienveillance profonde et vraie et très proche de la présence divine.
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Souriant, paisible, épanoui, sans ombre.
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L'âme, l'être psychique, est en contact direct avec la Vérité divine, mais dans l'homme, l'âme est masquée par le mental, par l'être vital et par la nature physique. On peut pratiquer le yoga et obtenir certaines illuminations dans le mental et dans la raison ; on peut conquérir le pouvoir et s'ébattre dans toutes sortes d'expériences dans le vital ; on peut même obtenir d'étonnantes siddhi physiques ; mais si le vrai pouvoir de l'âme derrière ne se manifeste pas, si la nature psychique ne passe pas au premier plan, rien d'authentique n'a été accompli.
Dans notre yoga, l'être psychique est ce qui ouvre le reste de la nature à la vraie lumière supramentale et finalement à l'Ânanda suprême.
Le mental peut s'ouvrir spontanément à ses propres régions supérieures ; il peut s'immobiliser et s'élargir en l'Impersonnel, il peut aussi se spiritualiser dans une sorte de libération statique ou Nirvana ; mais le Supramental ne trouve pas une base suffisante dans le seul mental spiritualisé.
Si l'âme profonde est éveillée, s'il y a une naissance nouvelle et que l'on passe de la simple conscience mentale, vitale et physique à la conscience psychique, alors on peut pratiquer ce yoga ; autrement (par le seul pouvoir du mental ou de n'importe quelle autre partie de l'être), c'est impossible...
Si l'on refuse la nouvelle naissance psychique, si l'on refuse de devenir l'enfant nouvellement né de la Mère par attachement à la connaissance intellectuelle ou à des idées mentales ou à quelque désir vital, la sâdhanâ aboutira à un échec.
Sri Aurobindo – Lettres sur le Yoga
Lumières sur le Yoga – Traduction de la Mère
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Mais parce qu’Elle connaît le labeur du mental et de la vie,
Comme une mère sent et partage la vie de ses enfants,
Elle émane une petite flamme d’elle-même,
Un être pas plus grand que le pouce d’un homme, (1)
Caché dans la région du cœur
Pour faire face au tourment et oublier la félicité,
Pour partager la souffrance et endurer les blessures de la terre
Et labourer parmi le labeur des étoiles.
Sri Aurobindo – Savitri – Livre7. Chant 5
Voilà sans doute pourquoi, il m'est arrivé de ressentir que "quelque chose" dans les profondeurs de la poitrine était de la même substance que la substance de la Mère divine.
1. Les Oupanishad décrivent l'être psychique comme n'étant pas plus grand que le pouce d'un homme ! C'est évidemment une image symbolique. Car habituellement quand on voit l'être psychique de quelqu'un sous une forme, il est plus grand que cela.
Quant à l'être intérieur, on sent qu'il est grand parce que l'être mental vrai ou l'être vital vrai ou même l'être physique vrai a une conscience beaucoup plus vaste que la conscience extérieure qui est limitée par le corps.
Quand les parties extérieures semblent occuper toute la conscience, c'est que l'on descend dans le physique et que l'on sent toutes les activités de la Nature agir sur elle-même les mouvements mentaux et vitaux sont alors ressentis à travers le physique et comme appartenant à un plan séparé.
Mais quand on vit dans l'être intérieur, on perçoit une conscience qui commence à s'étendre dans l'universel, et le mouvement extérieur n'est qu'un mouvement projeté à la surface par les forces universelles.
Sri Aurobindo – Lettres sur le Yoga
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Puissions-nous établir une relation vraie avec notre être psychique...
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