Overblog Tous les blogs Top blogs Beauté, Santé & Remise en forme Tous les blogs Beauté, Santé & Remise en forme
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Tant qu'une chose n'est pas parfaitement bien comprise, dans toutes ces nuances, toute sa profondeur, il convient de revenir dessus. Cette courte conversation que je viens d'avoir avec Grok m'a appris des choses, elle sera peut-être utile à d'autres. 

🔥

1. Dans les œuvres de Sri Aurobindo qui ont été publiées en français et dans celles de la Mère, il est très souvent question du surrender, qui est souvent traduit en français par le mot soumission. Mais il paraît qu'en anglais, le mot "surrender" contient autre chose que la soumission. Pourrais-tu m'en dire plus ?

Oui, tu touches un point très important et souvent commenté dans les cercles de l’enseignement de Sri Aurobindo et de la Mère. Le mot anglais surrender (tel qu’utilisé par Sri Aurobindo et la Mère) ne correspond pas exactement à ce que le mot français « soumission » évoque spontanément pour la plupart des francophones. La Mère l’a expliqué elle-même à plusieurs reprises.

Voici les distinctions principales :

  • Soumission (en français courant) donne très souvent l’impression de quelque chose de passif, de subi, parfois même d’humiliant ou de forcé : on « se soumet » à une autorité extérieure, on plie, on accepte parce qu’on n’a pas le choix ou par résignation. Il y a une connotation de faiblesse, de perte de liberté, voire d’écrasement de la personnalité.

  • Surrender, dans le contexte de l’enseignement de Sri Aurobindo et de la Mère, est au contraire un acte actif, volontaire, joyeux et libérateur. C’est un don total de soi, une offrande consciente de tout son être (mental, vital, physique, et même l’ego) au Divin.

La Mère disait explicitement (notamment dans Questions et Réponses 1950-1951) :

« Malheureusement, soumission, en français, n’est pas le vrai mot ; en anglais on emploie “surrender” ; entre les mots “surrender” et “offering” il n’y a presque pas de différence. Mais le mot français soumission donne l’impression de quelque chose de plus passif : on accepte, tandis que l’offrande est un don — un don volontaire. »

Et elle ajoutait que la consécration totale équivaut à surrender, et non à une simple soumission.

En d’autres termes :

Sri Aurobindo lui-même insiste souvent sur le fait que le vrai surrender n’est pas une capitulation inerte, mais une participation dynamique à la Volonté divine : on s’aligne activement, on aspire, on rejette ce qui s’oppose au Divin, et on laisse la Force divine agir en soi et par soi.

C’est pourquoi certains traducteurs ou commentateurs préfèrent parfois garder le mot anglais surrender même dans les textes français, ou utiliser des expressions comme « abandon (à Dieu) », « don total de soi », « remise de soi », « consécration intégrale » ou « offrande de tout l’être » pour éviter la connotation trop passive de « soumission ».

En résumé : surrender n’est pas se soumettre par faiblesse ou par contrainte, c’est se donner entièrement par amour et par aspiration, avec une volonté joyeuse, pour que le Divin puisse transformer tout l’être. C’est un des piliers les plus puissants (et les plus exigeants) du Yoga intégral.

2. Merci, et dans les œuvres en anglais, quel est le mot sanskrit ou les mots utilisés par Sri Aurobindo quand il parle de surrender ?

Dans les œuvres originales en anglais de Sri Aurobindo, le mot "surrender" est le terme principal qu'il emploie le plus fréquemment pour décrire ce mouvement spirituel central du Yoga intégral. Il ne recourt pas systématiquement à un unique mot sanskrit comme équivalent direct et exclusif, mais il en mentionne ou en utilise plusieurs selon le contexte, en précisant souvent que l'anglais "surrender" est une approximation inadéquate.

Le terme sanskrit qu'il met le plus explicitement en avant comme correspondant le mieux à ce qu'il entend par "surrender" est samarpana (ou ātma-samarpana / ātmasamarpana : आत्मसमर्पण).

Sri Aurobindo l'exprime clairement dans une lettre à Dilip Kumar Roy (datée du 7 septembre 1934, publiée dans Sri Aurobindo to Dilip, vol. 2) :

« This is the reason why in this Yoga we insist so much on what we call Samarpana —rather inadequately rendered by the English word surrender. »

À noter qu'il y a encore quelques mois, chaque fois que je demandais à Grok de retrouver une citation, le texte qu'il me donnait était érroné : je n'en retrouvais la trace ni dans la version originale en anglais, ni dans les livres en français que nous en avons. C'était exaspérant, car j'ai essayé des dizaines de fois avant de lâcher l'affaire.

Et puis, il y a quelques jours, il m'a fait une citation qui s'est avéré parfaitement exacte, et celle-ci aussi. Voici la traduction de cette phrase telle qu'elle apparaît page 91

C'est la raison pour laquelle, dans ce yoga, nous insistons tellement sur ce que nous appelons samarpana — traduit de façon plutôt inadéquate en anglais par "surrender" (soumission, abandon).

Il souligne ici que samarpana (littéralement « offrande complète », « remise totale de soi ») est le mot qu'il préfère pour son Yoga, car il évoque un don actif, volontaire et aimant de tout l'être au Divin, sans la connotation de défaite ou de capitulation que peut avoir "surrender" en anglais courant.

Autres termes sanskrits qu'il utilise ou mentionne en relation avec le surrender :

  • Ātma-samarpana ( आत्मसमर्पण ) : auto-offrande, remise de soi-même — c'est la forme la plus précise et la plus fréquente quand il veut insister sur l'offrande intégrale du moi (ātman ici au sens d'être individuel, pas du Soi suprême).

  • Prapatti ( प्रपत्ति ) : terme classique du bhakti-yoga (surtout chez les Vaishnavas comme Ramanuja), signifiant « refuge total », « abandon complet au Divin », « recours exclusif à Lui ». Sri Aurobindo l'emploie parfois (par exemple dans des contextes où il discute du bhakti ou de la Gîta), mais il n'en fait pas le mot central de son propre enseignement ; certains disciples ou commentateurs le relient à son Yoga, mais Sri Aurobindo lui-même le distingue un peu de samarpana (plus large et plus dynamique dans son sens).

  • Ishvara-pranidhana ( ईश्वरप्रणिधान ) : « orientation vers le Seigneur », « offrande de la vie à Dieu » — il apparaît occasionnellement (par ex. en référence aux Yoga Sutras de Patanjali), comme une forme de surrender dévotionnelle.

  • Śaraṇāgati ( शरणागति ) : « prise de refuge », « abandon protecteur au Divin » — très proche de prapatti, courant dans le Vaishnavisme ; Sri Aurobindo l'évoque rarement comme terme principal pour son propre chemin.

En résumé, dans ses écrits en anglais (comme The Synthesis of Yoga, Letters on Yoga, The Mother, etc.), Sri Aurobindo parle presque toujours de surrender directement en anglais, mais quand il précise le terme sanskrit le plus adéquat pour son Yoga, c'est samarpana (ou ātma-samarpana) qu'il cite explicitement comme le meilleur équivalent — parce qu'il porte l'idée d'une offrande totale et joyeuse, pas d'une simple résignation.

C'est cohérent avec ce que la Mère expliquait : le surrender est plus proche d'une offrande (offering) que d'une soumission passive. Et samarpana traduit parfaitement cette nuance d'offrande aimante et complète.

3. Est-ce que "sama" du mot "samarpana" est la même racine que pour le mot "samata", l'égalité, l'équanimité si importante dans le yoga de Sri Aurobindo ?

Oui, la syllabe "sama" (सम) dans samarpana (समर्पण) et dans samatā (समता) provient effectivement de la même racine sanskrite : la particule/préfixe sama- (सम्- ou सम), qui signifie fondamentalement « égal », « même », « identique », « ensemble », « complet » ou « parfait ».

C'est une racine très productive en sanskrit (dérivée de la particule adverbiale sama « pareil, égal »), et elle apparaît dans des centaines de mots composés.

Voici le détail étymologique précis :

  • Samatā (समता) = sama (égal) + -tā (suffixe abstrait pour former un nom féminin signifiant « état de »).

    → Littéralement : « état d'égalité », « égalité », « équanimité ».

    C'est exactement le sens que Sri Aurobindo met en avant dans son yoga : une égalité d'âme profonde, une paix imperturbable face aux dualités (joie/peine, succès/échec, etc.), fondée sur la vision du Un partout.

  • Samarpana (समर्पण) ou ātma-samarpana = sam- (complètement, totalement, en entier) + arpana (de la racine √ṛ / arp « offrir », « donner », « lancer vers »).

    → Littéralement : « offrande complète », « remise totale », « don intégral ».

    Le préfixe sam- renforce l'idée d'une offrande totale et parfaite (pas partielle), en alignant tout l'être de manière égale et sans réserve vers le Divin. Dans certains commentaires populaires (pas toujours académiques), on explique même que sama évoque ici l'égalité entre le donneur et le receveur (le petit moi s'égalise / se fond dans le Grand), ou l'offrande faite avec un cœur égal (sans attachement ni condition).

Donc, oui, la racine est la même : sama- apporte dans les deux cas l'idée d'égalité, de totalité ou de parfaite uniformité.

Mais le sens final diffère selon la composition :

  • Dans samatā, c'est l'égalité intérieure (équanimité, samata yogique).

  • Dans samarpana, c'est l'offrande égalisée / totale (surrender complet, sans reste d'ego séparé).

Sri Aurobindo ne fait pas explicitement un lien linguistique direct entre les deux termes dans ses écrits (il utilise samarpana pour le surrender et samatā pour l'égalité d'âme), mais les deux concepts sont interconnectés dans son yoga : la vraie samatā (équanimité) est une base indispensable pour le samarpana (surrender total), car sans égalité intérieure, l'offrande reste partielle, conditionnée par les réactions vitales. L'un soutient l'autre dans la transformation intégrale.

En résumé : oui, même racine "sama", avec la nuance de totalité/égalité qui enrichit les deux notions de manière complémentaire dans le chemin de Sri Aurobindo. C'est une belle convergence étymologique qui reflète la profondeur de la langue sanskrite !

🔥

J'ignore pour les autres, mais je dois reconnaître, qu'il y a des aspects que je n'avais pas encore bien compris. Et sans une compréhension correcte, il ne peut pas y avoir d'application correcte. Encore que, puisque tout est toujours une question de nuance, il est théoriquement possible de bien faire quelque chose, spontanément, sans même s'en rendre compte. 

Mais une impertinente question se présente à ma réflexion. Ainsi, surrender, sarmapana est un don se soi volontaire au divin sensé être inspiré par l'amour. Autrement dit, c'est quelque chose qui ne peut pas s'imposer, comme il est totalement impossible de forcer quelqu'un à aimer. Cela doit nécessairement venir de l'intérieur. 

Et puis, nous sommes en France, encore animé, malgré l'avachissement généralisé, d'un certain esprit "gaulois réfractaire" et il est possible, ce n'est pas une certitude, que toute "pression" exercée sur nous pour aller dans une direction aboutisse à l'effet contraire et nous invite au contraire à y résister.

Tout ouverte, claire et pure.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
E
Je suis certain que tu doute que j'allais laisser un commentaire sur ce sujet :)<br /> <br /> C'est amusant car j'ai fat la même recherche pour trouver le mot sanskrit qui signifie Surrender. En fait, on trouve le terme Samarpana dans de nombreux livres de Sri Aurobindo. Dans Essais sur la Guita, lettres sur le Yoga, Sri Aurobindo parle de la Mère et même dans la synthèse des Yoga (tome 2).<br /> <br /> Et puis quelques temps après, Diksha m'a envoyé un petit mail avec une autre version, Samarpan. Étrangement ça m'a beaucoup parlé, comme quelque chose de connu. Voici la traduction de Diksha : "le joli terme Sanskrit "Samarpan" (prononcer Samarpane) désigne précisément la notion de "Surrender" et également celui qui est dans cet état de "Surrender" au Divin.<br /> <br /> Je sais que le terme français soumission fait grincer des dents et pourtant pour un bhakta, c'est une immense joie de se soumettre et c'est particulièrement dynamique de devenir une instrument conscient de l'action de La Mère.Se soumettre c'est offrir tout, intégralement, le beau, le laid, tout, pour qu'Elle le façonne comme ça doit devenir. S'offrir soi est une étape dans le Surrender. Arrive un moment où on donne absolument tout. Et comme le dit Diksha, on entre dans cet état de Surrender, on devient le Surrender, le Samarpan.J'en suis encore loin, mais je vois ça comme quelque chose d’immensément beau.
Répondre
Merci Emmanuel pour ce beau partage...<br /> Comme quoi, la vibration "samarpana" est dans l'air... et nous sommes plusieurs à l'avoir capté. <br /> Comme quoi aussi la vibration des mots sanskrits est autrement plus puissante...<br /> Tout cela est bien intéressant, et comme tu conclus, très beau...