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Ce sujet me trotte dans la tête depuis quelque temps, sans oser l'aborder, et puis je viens de découvrir qu'aujourd'hui est la Saint Lazare... 😊 le sujet devient donc de circonstance.  

Évangile de Jean chapitre 11 : versets 1–44

  • Jn 11,1–16 : Maladie et mort de Lazare, Jésus annonce qu'il va en Judée

  • Jn 11,17–27 : Dialogue avec Marthe (« Moi, je suis la résurrection et la vie » – Jn 11,25)

  • Jn 11,28–37 : Rencontre avec Marie, Jésus pleure (le verset le plus court de la Bible : « Jésus pleura » – Jn 11,35)

  • Jn 11,38–44 : Devant le tombeau, Jésus crie « Lazare, sors ! » et le mort sort, encore enveloppé de bandelettes

Juan de Flandre (1460-1519) – La Résurrection de Lazare 

🔥

1. Quelques éléments de contextes en introduction

Quand nous avons compris que ce que nous appelons "la mort" n'est qu'un passage d'un état d'être à un autre, d'un lieu de vie à un autre lieu de vie, que nous ne faisons qu'abandonner notre corps pour en reprendre un autre un peu plus tard, comme on change de vêtement, nous ne devrions sans doute plus parler de "mort". Et plus profondément encore lorsque nous suivons Satprem lorsqu'il nous partage sa découverte que cette vie que nous croyons mener, n'est pas la vraie vie, mais que c'est la mort qui vit. 

Ces précautions de langage étant posées, même si la question nous répugne ou nous paraît très prématurée, il est hautement probable que la totalité d'entre nous n'accède pas dès cette vie à l'immortalité physique, ni même à la capacité de prolonger sa vie à volonté, et il nous faudra donc bien, à un moment donné, faire le passage de cette vie à notre prochaine vie.

Dans le chapitre 22 du livre de La Vie Divine intitulé La renaissance et les autres mondes ; le karma, l'âme et l'immortalité Sri Aurobindo nous donne toutes les informations dont nous avons besoin pour nous préparer au mieux à ce passage et savoir ce qui se passe ce mystérieux passage entre deux incarnations. 

Mais ce sont des questions beaucoup plus prosaïques qui se posent à nous.

1. Enterré ou incinérer ?

Voyons ce que Mère a pu en dire :

Agenda du 28 mai 1960

Alors cette habitude qu’on a de brûler les gens, je n’aime pas beaucoup ça.

Ils le font, je crois (à part les précautions tout à fait sanitaires quand les gens sont morts de vilaines maladies), ils le font surtout (ici, dans l’Inde) parce qu’ils ont très peur de toutes ces petites entités qui proviennent des désirs, des impulsions – des choses qui sont dans l’air, qui se dispersent et qui font des «fantômes» ou toutes sortes de petites entités. Tous les désirs, tous les attachements, tout cela fait des morceaux qui se désagrègent (n’est-ce pas, chacun va de son côté), puis ces morceaux reprennent des forces dans l’atmosphère ambiante: quand ils peuvent s’accrocher à quelqu’un, ils le vampirisent. Alors ils continuent à essayer de satisfaire leurs désirs.

Le monde, l’atmosphère terrestre est pleine de saletés.

Et les gens ici sont beaucoup plus sensibles qu’en Europe parce qu’ils sont beaucoup plus intériorisés, alors ils sont conscients de toutes ces petites entités; et naturellement ils en ont peur. Et plus ils ont peur, plus ils sont vampirisés!

Je crois que beaucoup de ces petites entités sont dispersées par le feu – ça fait des ravages.

🔥

Agenda du 4 juillet 1962

N'est-ce pas, il y a N.S qui est parti. C'est le résultat d'un accident (son cœur était en mauvais état et ça le préoccupait), enfin il est tombé ; probablement il s'est évanoui et, tombé évanoui, il s'est cassé la tête. Et il a eu une hémorragie cérébrale qui l'a rendu «inconscient» (tout cela, c'est la science moderne qui parle !). Au moment de l'accident, il est venu me trouver (pas dans une forme précise, mais un état de conscience que j'ai reconnu immédiatement). Et il est resté là, dans une confiance totale et une paix béatifique, SANS BOUGER – sans bouger dans aucun état d'être, n'est-ce pas, comme cela, absolument... (geste d'abandon), une confiance totale-totale : ce qui arrivera, arrivera, ce qui est, est ; sans discussion, sans même besoin de savoir. Et puis, une paix confortable, a great ease [une grande aise].

Ils ont essayé, lutté, fait des opérations, etc. – pas bougé, rien ne bougeait. Et puis, un jour, ils ont déclaré qu'il était mort (entre parenthèse, il paraît que, médicalement, quand le corps est mort, pendant quelques secondes le cœur continue des petites pulsations, et puis ça s'arrête et c'est fini).

Pour lui, ces petites pulsations (qui ne suffisent pas à envoyer le sang) ont continué pendant une demi-heure. C'est-à-dire que c'est le genre de pulsations que l'on a quand on est en état de transe (ils semblent être d'une ignorance crasse, tous ! mais enfin, ça ne fait rien) et ils ont dit oooh ! même les docteurs ont dit «Ooh ! c'est un grand yogi parce que c'est seulement aux yogis que ça arrive.»... Qu'est-ce qu'ils veulent dire ? je n'en sais rien ; moi, je sais que ces pulsations-là, qui ne suffisent pas à envoyer le sang dans le corps (ce qui fait que le corps est en état cataleptique) suffisent à garder la vie, et que c'est comme cela que tous les yogis peuvent rester des mois en transe. Mais enfin, je ne sais pas quel genre de docteurs c'est (probablement très modernes), mais c'est quelque chose qu'ils ne connaissent pas.

Enfin, pour lui, ça a duré une demi-heure à leur connaissance (généralement c'est l'affaire de quelques secondes). Bon. Et alors leurs remarques. Pendant tout ce temps-là, il était là, immuable. Tout d'un coup, j'ai senti une sorte de tremblement, j'ai regardé – il n'était plus là. J'étais occupée, je n'ai pas regardé l'heure, mais c'était dans l'après-midi, c'est tout ce que je sais. Puis on est venu me dire qu'on avait décidé de le brûler – et qu'on l'avait brûlé à ce moment-là.

Cet homme avait été extériorisé violemment par la brutalité de l'accident ; il devait être à ce moment-là en train de penser à moi, avec cet état de confiance. Il est venu, il n'a pas bougé – il n'a jamais su ce qui arrivait à son corps ! Il n'a pas su qu'il était mort ! et si...

Tout d'un coup, je me suis dit : «Cette habitude de brûler les gens est une chose d'une brutalité effroyable !» (on leur met le feu dans la bouche pour commencer). Il ne savait pas qu'il était mort et c'est comme cela qu'il a appris qu'il était mort ! par la réaction de la vie de la forme dans le corps.

Parce que la vie de la forme dans le corps, même quand le corps est tout à fait en mauvais état, ça prend au moins sept jours pour sortir – la vie de la forme prend sept jours. Et pour quelqu'un qui a fait des exercices yoguiques, cette vie est consciente.

Alors vous brûlez les gens quelques heures après que les docteurs ont déclaré qu'ils sont morts, et la vie de la forme est tout à fait vivante et, chez les gens qui ont fait du yoga, consciente. Voilà. Ça m'a un petit peu...

Tandis que dans l'état où il était, ça ne faisait aucune différence pour lui, être mort ou vivant – c'est ça qui était intéressant ! Il était dans un même état, béatifique, confiant, paisible, et tout doucement je l'aurais probablement mené au monde psychique, ou ailleurs, suivant l'indication reçue de ce qu'il devait faire. Il n'aurait jamais su qu'il était mort.1

1. Plus tard, Mère a ajouté ce commentaire : «C'est une expérience intéressante. Il aurait pu être psychiquement (psychiquement, n'est-ce pas, on est immortel), il aurait pu être sans savoir qu'il était mort... si on ne l'avait pas brûlé.»

Ça m'a ouvert une porte.2

2. Rappelons la conversation du 12 juin : «Je ne sais pas si je vis ou si je suis morte... Un genre de vibration de vie qui est tout à fait indépendant... Je ne peux pas dire «je vis», c'est tout autre chose.»

Et c'est parce qu'on l'a brûlé que, tout d'un coup (Mère a comme un violent tremblement), il a été mis violemment en contact avec la destruction de la forme du corps.3 Ce doit être la vie de la forme qui se précipitait : projetée hors du corps de la façon la plus violente, elle a dû se précipiter sur lui ! Et alors naturellement…

3. «Je veux parler d'une forme subtile, a précisé Mère, c'est la forme subtile du corps.»

(silence)

Tout d'un coup, je me suis dit : «Mais il continuait à être, à vivre, à avoir l'expérience, absolument indépendant de son corps, n'ayant aucun besoin du corps pour avoir son expérience.» Et avec ma protection et ma connaissance, j'aurais pu, ou le mettre dans un lieu de repos, ou alors le mettre en rapport avec un autre corps si c'était nécessaire, et puis c'était fini. Maintenant, naturellement, ça a fait un désordre et il faut attendre que tout ça soit calmé.4

4. Une semaine plus tard, Mère a ajouté : «Ça s'est arrangé : il est allé pour un temps (je pense que c'est seulement pour un temps) au domaine psychique pour se concentrer.»

Mais on peut mourir sans savoir qu'on est mort.

Et garder sa pleine conscience – il était tout à fait conscient, béatifique.

Je trouve ça important, une expérience importante.

Je n'ai dit à personne ce qui est arrivé au moment où on l'a brûlé, parce que ces gens seraient tout à fait misérables et malheureux. J'ai dit seulement qu'il était venu à moi. Alors ne raconte cela à personne. Il ne faut pas qu'on le sache. Non pas que ce soit irrémédiable, mais enfin c'est une expérience qui n'est pas agréable.

Mais c'est venu à moi comme pour me mettre en contact avec cette possibilité.

[...]

Quel genre de conclusions peut-on tirer de l'expérience de N.S ? Pratiquement, ça ouvre la porte à quoi ?

Ça dépend des cas.

Là, je les ai laissés décider parce que je ne m'occupe pas de ces affaires, mais j'avais suggéré qu'on le garde jusqu'au lendemain, et pendant la nuit j'aurais fait quelque chose. Ils étaient pressés – ils sont toujours pressés...

Je ne dis même pas de ne pas brûler, parce qu'il y a AU MOINS quatre-vingt-dix-neuf cas sur cent où c'est la meilleure chose à faire.

Il n'y a qu'une chose, c'est que les hommes deviennent sages, et ils ne sont pas sages. Ils acceptent une loi, un principe, et puis il faut qu'ils le suivent aveuglément, parce qu'ils n'ont pas de sagesse.

Mais si j'avais pris la responsabilité (je n'ai pas pris la responsabilité volontairement, pour d'autres raisons), j'aurais dit : «Gardez-le jusqu'à demain matin», et dans la nuit, j'aurais fait quelque chose. Mais ça, c'est un cas sur des millions, n'est-ce pas. On ne peut pas ériger ça en principe.

Non, je voulais dire : quelles conclusions pour toi, pour ton expérience, peut-on tirer de cette histoire ?

Ah ! moi, mon expérience ! Mais c'est qu'on peut mourir sans savoir qu'on est mort ! On peut mourir (ce que les hommes appellent «mourir») sans savoir qu'on est mort, par conséquent ça n'a pas une importance capitale.

Les hommes disent : «Il est inconscient»; ils considèrent qu'il est devenu inconscient parce que rien ne se manifestait dans le corps, et le corps était réduit à un minimum de conscience (il y en avait une puisque ça a réagi !), mais tout à fait un minimum, quelque chose sans grand pouvoir de réaction parce que ce n'était pas un yogi parfait, c'était seulement un apprenti yogi.

Par exemple, un homme qui aurait fait un hatha-yoga, ç'aurait été tout à fait différent pour lui, ç'aurait été beaucoup plus sérieux. Mais je veux dire que N.S était là, à côté de moi, tout à fait conscient, qui pouvait passer à un autre mode de manifestation sans même passer par les affres de la mort – ce n'est pas du tout indispensable ! C'est ça mon expérience, que je trouve très importante, très importante.

C'est la première fois que ça arrive d'ailleurs, parce que tous les gens (comme I, par exemple), qui ont été projetés hors de leur corps violemment, par un accident, au bout d'un certain temps ils redeviennent conscients : ça se rassemble. Tandis que là, sa conscience n'a jamais été dispersée, il n'a jamais perdu conscience.

Son heure était venue – ça, je l'ai su au moment de l'accident, j'ai su que c'était son heure, c'est-à-dire qu'il devait quitter son corps. Son heure était venue mais on a arrangé les circonstances («on», tu sais, je dis «on» simplement pour ne pas dire...), «on» a arrangé les circonstances pour que ça puisse apporter son maximum d'utilité. Ça m'a fait comprendre beaucoup de choses... Pratiquement, n'est-ce pas, il faut avoir beaucoup d'expériences pour apprendre.

🔥

Agenda du 12 octobre 1962

Qu'est-ce que nous faisons ? Tu as un autre Aphorisme ?

79 – Dieu est Possibilité infinie. C'est pourquoi la Vérité n'est jamais en repos ; c'est pourquoi aussi l'Erreur est justifiée de ses enfants.

80 – À en croire certaines personnes dévotes, on pourrait imaginer que Dieu ne rit jamais ; Heine était plus près de la vérité quand il découvrit en Lui le divin Aristophane.

Oui, ce qu'il veut dire, c'est que ce qui est vrai à un moment ne l'est plus à un autre. Et c'est cela qui justifie les enfants de l'Erreur.

Il veut peut-être dire qu'il n'y a pas d'erreur !

Oui, c'est la même chose, une autre façon de dire la même chose. C'est-à-dire que ce que nous appelons erreur a été vérité à un moment donné.

L'erreur est une notion dans le temps.

Il y a des choses qui peuvent apparaître véritablement comme des erreurs.

Momentanément.

C'est justement cela, l'impression : tous nos jugements sont momentanés. Ils sont : à ce moment-ci, c'est comme ça ; le moment suivant, ce n'est plus comme ça. Et pour nous, ce sont des erreurs parce que nous voyons les choses l'une après l'autre ; mais pour le Divin, ça ne peut pas lui apparaître ainsi puisque tout est en Lui.

Au fond (riant), essaye de t'imaginer que tu es le Divin pendant un moment ! Tout est en toi ; simplement tu t'amuses à le faire sortir dans un certain ordre ; mais pour toi, dans ta conscience, tout est là en même temps : il n'y a ni temps, ni passé ni futur ni présent – tout est ensemble. Et toutes les combinaisons possibles. Il s'amuse à sortir une chose et puis l'autre, là, comme ça ; alors les pauvres bougres qui sont en bas et qui ne voient qu'un petit morceau (ils en voient grand comme ça), ils disent : «Oh ! ça, c'est une erreur.» Comment est-ce une erreur ? Simplement parce qu'ils ne voient qu'un petit morceau.

C'est clair, n'est-ce pas, c'est facile à comprendre. Cette notion d'erreur est une notion qui appartient au temps et à l'espace.

C'est comme l'impression qu'une chose ne peut pas être et ne pas être en même temps. Et pourtant c'est vrai, elle est et elle n'est pas. C'est la notion de temps qui amène la notion d'erreur – de temps et d'espace.

Qu'est-ce que tu veux dire? Qu'une chose est et qu'elle n'est pas en même temps, comment?

Elle est, et en même temps il y a son contraire. Alors pour nous, ça ne peut pas être à la fois oui et non. Pour le Seigneur, c'est tout le temps oui et non en même temps !

C'est comme notre notion d'espace ; nous disons : «Je suis là, par conséquent tu n'es pas là.» Et moi, je suis là et tu es là et tout est là! (Mère rit) Seulement, il faut être capable de sortir de la notion d'espace et de temps pour comprendre.

C'est une chose que l'on peut sentir très concrètement, mais pas avec notre façon de voir.

Certainement, beaucoup de ces aphorismes sont écrits à un moment où le mental supérieur, tout d'un coup, débouche dans le Supramental. Il n'a pas encore oublié comment c'est pour lui de la façon ordinaire, mais il voit comment c'est pour la façon supramentale ; et alors ça donne ce genre de choses, c'est cela qui donne cette forme paradoxale. Parce que l'un n'est pas oublié et l'autre est déjà perçu.

(long silence)

Au fond, si on regarde attentivement, on est obligé de penser que le Seigneur se joue une formidable comédie à Lui-même ! que la Manifestation, c'est une comédie qu'il se joue à Lui-même avec Lui-même.

Il a pris la position du spectateur et puis Il se regarde. Et alors, pour se regarder, il faut qu'il accepte la notion de temps et d'espace, autrement Il ne peut pas se regarder ! Et immédiatement toute la comédie commence. Mais c'est une comédie, ce n'est rien de plus !

Nous, nous prenons ça sérieusement, parce que nous sommes les marionnettes, hein ?! Mais dès que nous cessons d'être des marionnettes, nous voyons bien que c'est une comédie.

C'est aussi une tragédie réelle, pour certains.

Oui, c'est nous qui la rendons tragique. Ça, C'EST NOUS qui la rendons tragique.

Dernièrement j'ai regardé avec attention. J'ai regardé la différence entre des événements similaires arrivant aux hommes et arrivant aux animaux, et en s'identifiant aux animaux, on voit bien qu'ils ne prennent pas ça tragiquement du tout – excepté ceux qui sont entrés en rapport avec l'homme (mais là, ce n'est pas leur état naturel, c'est un état de transition : ils deviennent des êtres de transition entre l'animal et l'homme). Et la première chose qu'ils prennent naturellement de l'homme, ce sont ses défauts, c'est toujours ce qu'il y a de plus facile à prendre ! Et alors ils se rendent malheureux – pour rien.

Tant de choses... Tant de choses...

L'homme a fait de la mort une tragédie épouvantable. Et je voyais, à cause de toutes les dernières expériences, je voyais combien et combien de pauvres êtres humains ont été détruits par les gens qu'ils aimaient le plus ! sous prétexte qu'ils étaient morts.

On leur a donné un très mauvais temps.

Ont été détruits ?

Oui, on les a brûlés. Ou bien on les a enfermés dans une boîte, sans air, sans lumière – TOUT À FAIT CONSCIENTS. Et parce qu'ils ne pouvaient plus s'exprimer, on dit : «Ils sont morts.» – On a vite fait de dire «ils sont morts»! Mais ils sont conscients. Ils sont conscients. Imagine quelqu'un qui ne peut plus ni parler ni bouger – il est «mort» selon les lois humaines. Il est mort mais il est conscient. Il est conscient, alors il voit les gens : il y en a qui pleurent, il y en a... s'il est un peu voyant, il voit aussi ceux qui se réjouissent ; mais il se voit aussi mis dans une boîte et puis cloué, là, comme ça, et enfermé : «Ah ! maintenant, c'est fini, on va mettre de la terre dessus.» Ou alors amené là-bas [au terrain de crémation] et puis le feu dans la bouche – TOUT À FAIT conscient.

J'ai vécu ça, ces jours derniers. J'ai vu. Parce que la nuit dernière ou la nuit d'avant, j'ai passé au moins deux heures dans un monde qui est le physique subtil où les vivants et les morts se côtoient sans sentir la différence – ça ne fait aucune différence. Là, il n'y a aucune différence. Tiens, quand Mridou1 était dans son corps, je la voyais peut-être une fois par an la nuit (peut-être, et ce n'est même pas sûr).

1. L'ancienne cuisinière de Sri Aurobindo, ronde comme un tonneau.

Pendant des années, elle était tout à fait inexistante dans ma conscience – depuis qu'elle est partie, je la vois presque toutes les nuits ! Et elle est là, comme elle était, n'est-ce pas (geste rebondi), mais pas tourmentée, c'est tout. Pas tourmentée. Et il y avait des vivants, il y avait des – ce que nous appelons «vivants» et ce que nous appelons «morts» –, ils étaient là ensemble, et ils mangeaient ensemble, ils bougeaient ensemble, ils s'amusaient ensemble; et tout ça, c'était une jolie lumière, tranquille, enfin très agréable, c'était très agréable.

Je me suis dit: «Voilà! les hommes ont fait une coupure comme ça, et puis ils ont dit : «Maintenant, mort.» Et mort ! le beau de l'affaire c'est qu'on agit avec le corps comme si l'on agissait avec une chose inconsciente, et ce corps est encore conscient.

On agit comme avec quelque chose : «Ah! maintenant, nous allons nous débarrasser de ça aussi vite que nous pouvons : c'est encombrant, c'est ennuyeux.» Et même ceux qui ont le plus de chagrin, n'est-ce pas, ils ne veulent pas le voir, parce que c'est pénible.

(silence)

Où, où est l'Erreur ? Où est l'Erreur ?

C'est-à-dire qu'il n'y a pas d'erreur. Il y a seulement l'apparence de choses qui sont impossibles, parce que nous ne savons pas que le Seigneur est toute possibilité et qu'il peut faire tout ce qu'il veut, comme Il veut. Ça, ça ne peut pas entrer dans notre tête, nous disons toujours : «Oui, ceci se peut et puis cela ne se peut pas.» Mais ce n'est pas vrai ! C'est pour notre imbécillité que «ça ne se peut pas», mais tout est possible.

Difficile de dire quelque chose de raisonnable pour le Bulletin.

[...]

🔥

Agenda du 16 octobre 1962

La dernière fois, tu disais : «On les a brûlés, ou bien on les a enfermés dans une boîte, sans air, sans lumière – tout à fait conscients... »

Et c'est effroyablement vrai.

Mais qu'est-ce qu'il faudrait faire ? Il faudrait attendre, ou quoi faire ?

J'ai beaucoup regardé mais... au point de vue social c'est impossible, on ne peut pas faire autrement. N'est-ce pas, les vivants se placent au point de vue des vivants. Alors la seule chose que j'ai vue, c'est qu'il doit y avoir une grâce d'état, comme toujours, et que probablement ils ne voient QUE ce qu'ils peuvent voir sans être troublés.

Je sais cela parce que quand le corps était devenu comme ça – il était plus qu'aux trois quarts mort [en avril dernier] –, et que les gens me soignaient (ils me soignaient, ils faisaient tout pour moi), j'étais tout à fait consciente, TOUT À FAIT CONSCIENTE, mais je ne pouvais pas... J'étais comme une morte.

Et ce n'est pas que je ne pouvais pas bouger, mais je ne pouvais pas manifester – je ne voulais pas ! J'étais dans un état tout à fait béatifique et je me moquais absolument de ce qui pouvait arriver. Eh bien, c'est ça. Je pense que c'est ça qui doit arriver pour ceux qui sont... ceux qui sont morts en état de grâce – c'est vrai, cette chose, qu'il y a des gens qui meurent bien et d'autres qui ne meurent pas bien. Et que tout dépend de l'état de conscience dans lequel on est.

Si on meurt en s'abstrayant de la vie physique, de la conscience physique ordinaire et en s'unissant ou bien à la grande Force universelle ou à la Présence divine, alors toutes ces petites choses... Ce n'est pas que l'on n'est pas conscient – on est très conscient –, on est très conscient de ce que les autres font, très conscient de tout, mais... ça n'a pas d'importance.

Seulement ceux qui meurent en étant attachés aux gens et attachés aux choses, ce doit être un tourment infernal.

Infernal.

Mais est-ce qu'il vaut mieux se faire enterrer ou se faire brûler dans ce cas-là ?

(Comme quoi, même Satprem s'est posé la question.)

Tu m'aurais posé cette question il y a une semaine, je t'aurais dit sans hésitation : « Il faut se faire enterrer », en recommandant aux gens de ne pas le faire trop vite ! d'attendre le signe extérieur de la décomposition.

Maintenant, à cause de ça, je ne peux plus dire. Je ne peux plus dire.

Il me semble que je suis en train d'apprendre beaucoup de choses, justement sur cette transition qu'on appelle la mort. Ça commence à devenir de plus en plus mince et de plus en plus irréel. C'est très intéressant.

(silence)

On peut être dans l'état de conscience où le corps n'est plus qu'un fardeau, parce qu'il n'est pas responsif, ou qu'il est trop détérioré, qu'il n'y a plus rien à en faire, ou que l'on n'a pas été créé pour essayer de le rendre immortel (ça, c'est une chose très exceptionnelle). Dans la grande masse humaine, beaucoup de corps ne sont plus bons à rien, et dans ce cas-là, ce peut très bien être un soulagement qu'on vous sépare de lui brusquement au lieu d'avoir à attendre une lente décomposition. Alors... je me suis dit encore une fois : « Un jugement hâtif et téméraire – le jugement de l'Ignorance. »

Je ne peux pas dire. Il faut que chacun le SENTE et le dise lui-même s'il est suffisamment conscient.

Mais chaque fois que je demande à mon corps ce que lui voudrait, toutes les cellules disent : « Non-non ! nous sommes immortelles, nous voulons être immortelles. Nous ne sommes pas fatiguées, nous sommes prêtes à lutter pendant des siècles s'il le faut ; nous avons été créées pour l'immortalité et nous voulons l'immortalité. »

C'est très intéressant.

C'est très intéressant. Et justement, Pavitra m'a dit ces jours-ci qu'on est en train d'étudier très sérieusement et d'une façon très approfondie les causes du vieillissement et de la déchéance, et qu'on est en train d'arriver à des découvertes tout à fait intéressantes : c'est que la cellule est immortelle. Et que c'est seulement un concours de circonstances qui fait qu'il y a ce vieillissement ; les recherches tendent à cette conclusion que c'est seulement une mauvaise habitude – ce qui paraît être vrai. C'est-à-dire que si on vit dans la Conscience-de-Vérité, cette Matière n'est pas contraire à cette Conscience.

Et justement, je m'aperçois de cela (je ne crois pas que ce soit une chose unique, exceptionnelle), que plus on va vers la cellule même, plus la cellule dit : « Mais moi, je suis immortelle ! » Mais il faut qu'elle soit consciente. Ça se fait presque automatiquement : les cellules du cerveau sont très conscientes ; les cellules des mains, des bras du musicien sont très conscientes ; les cellules de l'athlète ou du gymnaste dans le corps tout entier sont merveilleusement conscientes. Alors ces cellules, étant conscientes, deviennent conscientes de leur principe d'immortalité et disent : « Mais pourquoi ! Non, mais je ne veux pas vieillir ! » Elles ne veulent pas vieillir. C'est très intéressant.

🔥

Agenda du 4 octobre 1964

[...] Oui, on se précipite ici pour brûler les gens, c'est terrible.

Oh !... Mais elle, on l'a enterrée. Oh ! cela, je sais. Je sais, j'ai vu deux ou trois cas ici, de gens qui étaient conscients – ça a été horrible pour eux, effroyable, effroyable.

Il y a le cas de C1.

1. Un ingénieur de l'Ashram. Mère a déjà parlé de ce cas dans l'Agenda I du 28 mai 1960.

Il avait appris à sortir de son corps, il savait sortir : il allait, il voyait ; il voyait les choses, il notait, il rentrait dans son corps. Alors, quand on l'a opéré, les docteurs n'ont pas pris les précautions nécessaires et le cœur n'a pas pu supporter le choc de l'opération : au bout de cinq jours, c'était fini. Mais lui, il avait l'habitude de sortir, alors il est sorti, n'est-ce pas, il est venu me trouver (je l'ai su avant que l'on vienne m'annoncer qu'il était «mort» parce qu'il est venu me trouver).

Mais il ne savait pas du tout qu'il était mort : il était sorti de son corps comme il avait l'habitude de le faire, il venait à moi, il était avec moi. Et alors, ça a été très bien, il est resté tranquille. Et puis, à un moment donné... (il est mort à l'hôpital, et à ce moment-là personne ne m'écoutait naturellement : on l'a brûlé beaucoup trop tôt – mais de toute façon cela aurait été trop tôt parce que, pour lui, justement comme il avait cette pratique, il aurait fallu toute une précaution qui aurait pris du temps ; mais tout a été fait comme cela, vite), et puis tout d'un coup, quand on l'a brûlé (je ne savais même pas à quel moment on le brûlait), tout d'un coup il est arrivé dans ma chambre, n'est-ce pas, épouvanté... épouvanté et pleurant et misérable : «Mais je suis mort ! Je ne savais pas que j'étais mort, mais je suis mort et ils m'ont brûlé, ils m'ont brûlé !...» oh !...

C'était horrible, horrible. Alors je l'ai calmé, je lui ai dit de rester là, de rester tranquille, d'être avec moi, et que je lui trouverai un autre corps. Et je l'ai eu consciemment près de moi pendant longtemps-longtemps. Et puis je lui apprenais à se réincarner – tout cela a été fait en détail. Alors je sais...

La même chose pour N.S. Là aussi... Il est tombé sur la tête, il s'est cassé la tête (il s'est évanoui dans la rue, c'est comme cela qu'il est mort). On l'a emmené à l'hôpital. Mais il est sorti1, il est arrivé à moi tout de suite (j'ai su : quand on m'a dit aussi que l'accident était arrivé, je savais que quelque chose était arrivé parce qu'il était venu à moi), et je le gardais là, je l'avais mis en repos et il était bien tranquille – bien tranquille.

1. Sorti de son corps. Mère a déjà raconté cette expérience dans l'Agenda III du 4 juillet 1962

On ne m'a même pas consultée pour savoir quand il fallait le brûler, ni rien (naturellement, une famille de docteurs !). Alors, tout d'un coup, brrt ! (geste d'éclatement) il est sorti de mon atmosphère subitement, comme cela. Et puis plus rien... Il m'a fallu DES JOURS pour le recontacter – et c'était le choc qu'il a eu quand on brûlait le corps. Il m'a fallu des jours pour le retrouver, le remettre en repos, le rassembler. Et il y a eu une partie qui a disparu ; toute sa conscience n'est pas venue, parce qu'il y a une partie de sa conscience la plus matérielle, du vital matériel, qui a dû être projetée par le choc.

Je le sais, parce qu'il y a le père d'Albert2 qui a été opéré (c'était plus d'une année après, peut-être deux ans), et quand il a été chloroformé, tout d'un coup il a vu N.S. en face de lui (n'est-ce pas, même une partie peut prendre l'apparence de l'être entier, Sri Aurobindo a expliqué cela, c'est comme une photographie), il l'a vu, et N.S. lui a demandé des nouvelles de sa famille, des nouvelles de sa femme, des nouvelles de ses enfants, et il lui a dit : «Je me préoccupe de ce qui leur arrive.»

2. Albert : le gentil tailleur de l'Ashram.

Ce devait être ce qui était attaché à sa famille, qui a dû se séparer du reste de son être : quand il était venu à moi, il était venu complet, mais après, je ne sais pas ce qui est arrivé, n'est-ce pas (geste d'éclatement sous le choc). Et c'était tellement concret que quand on a réveillé le père d'Albert, il a dit à haute voix : «Pourquoi finissez-vous ma conversation avec N.S.?» C'est comme cela qu'on l'a su. Il a dit : «Mais j'étais en train de parler avec N.S., pourquoi avez-vous interrompu ma conversation?» Alors on a su que c'était arrivé. Voilà.

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Si nous résumons les indications que nous avons, l'incinération est quelque chose de terrible, mais Mère évoque aussi le cas de personnes qui ont été enterrées en étant conscientes et que pour elles aussi, ça été "horrible", "effroyable". Conclusion, l'idéal serait de ne pas mourir... 😃

Ce qui est un peu étrange, c'est que malgré ces témoignages terribles sur l'incinération, Mère en arrive à dire "qu'il y a AU MOINS quatre-vingt-dix-neuf cas sur cent où c'est la meilleure chose à faire."

Est-ce que nous faisons partie des 99 % ? C'est quelque chose de très intime et chacun doit ressentir ce qui est le mieux pour lui. Je reconnais ne pas être très emballé. 

2. Le temps

Mais peut-être que ce n'est pas la bonne question et que le point délicat le plus important est de laisser le temps à la conscience contenue dans le corps de sortir. 

Mère a dit que cela prenait 7 jours.

Une amie s'est renseignée auprès des Pompes Funèbres et on lui a dit qu'il était possible de retarder l'inhumation ou l'incinération d'une semaine, de deux semaines, voir davantage. Je ne me souviens plus du tarif pour la chambre mortuaire, mais ce n'est pas très cher, entre 200 et 300 € la semaine. Après deux semaines, les tarifs augmentent. 

Si toute la conscience est effectivement sortie, cela n'a sans doute plus aucune importance. 

3. Conservation par le froid

Par ailleurs, il n'est pas apparemment pas d'usage de tripatouiller le corps en lui injectant toutes sortes de produits car c'est par le froid qu'il est conservé le temps désiré. Sur ce point-là au moins, il n'y a rien à dire. 

4. Don d'organes

Et puis, il est désormais nécessaire de signaler aux Pompes Funèbres qui s'occuperont du corps que l'on refuse que nos organes soient prélevés. Il est possible aussi de le mentionner au fichier centralisé.  

À ce propos, j'ai été traversé par une curieuse impression. Pour moi, c'était tout à fait évident qu'il fallait préserver le corps au maximum et qu'il fallait refuser le prélèvement d'organe. Mais il faut se méfier de nos certitudes car elles peuvent être balayées en une seconde par une idée contraire. 

Les cellules qui peuvent vibrer au contact de la Joie divine, la recevoir et la conserver, sont des cellules régénérées en voie de devenir immortelles.

Agenda du 25 août 1954

Il y a beaucoup de cellules dans un corps humain, des milliards de cellules à transformer. Mais admettons que dans notre corps, nous ayons UNE cellule dans notre foie, UNE cellule dans notre cœur, UNE cellule dans nos reins... qui soient devenue immortelle... ce serait peut-être un peu ballot de la brûler, de la désintégrer.

Et puis, si l'un de nos organes est déjà plus ou moins en cours de purification, transformation... il pourrait peut-être servir à quelqu'un d'autre... et continuer son travail. Ce travail de transformation qui se fait dans les corps, y compris à notre insu, ce n'est pas pour nous. Qui sait si, même après notre mort, le travail de transformation commencé dans nos organes, ne pourrait pas se prolonger, dans un autre corps que le notre ?

Une minute avant d'être traversé par ces idées, je les aurais rejetées d'un revers de la main sans même y prêter attention, mais il y a la façon dont ces idées sont venues : elles étaient accompagnées d'une telle légèreté, on aurait dit une jeune fille impertinente et souriante se moquant de mes sages considérations... 

Ainsi, j'étais certain qu'il ne fallait pas se faire incinérer, que c'était vraiment trop violent, et puis Mère admet que dans 99 % des cas.... Et j'étais certain qu'il fallait refuser le prélèvement de nos organes, et je n'en suis plus aussi sûr.

5. Arbre du souvenir

Mon amie m'a confié aussi qu'à Strasbourg il y avait l'arbre du souvenir où il était possible de répandre les cendres. 

Alors je me suis dit, qu'au lieu d'un arbre du souvenir, il pourrait y avoir un mur du souvenir – ce serait mieux qu'un mur des lamentations 😊 –  un mur de chèvrefeuille...

 Quoi de mieux que de partir et de reposer avec un souvenir constant du Divin ?

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En tout cas, puisque c'est la Saint Lazare, il est peut-être temps que nous sortions de nos tombeaux et que nous entrions dans LA VIE NOUVELLE... 

La meilleure manière de recevoir quoi que ce soit, ce n’est pas de tirer, mais de donner. S’ils veulent se donner à la vie nouvelle, eh bien, la vie nouvelle entrera en eux.

Mais s’ils veulent tirer la vie nouvelle au-dedans d’eux, ils fermeront leur porte avec leur égoïsme. C’est tout.

Agenda du 2 mai 1956

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Moi, j'ai une impression... Si tu me demandes, j'ai une impression contraire : c'est que, pour le moment, je suis en train de te préparer une vie nouvelle. Voilà.

Il faut... je ne vois même pas la nécessité de te le dire, mais ce qu'il faut, c'est accrocher la conscience d'une façon imperturbable à quelque chose qui n'est justement pas personnel – à la Réalisation Nouvelle.

Agenda du 4 septembre 1963

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