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Dans une profonde intériorisation, il m'est venu l'indication d'offrir ma fragilité... 

C'est drôle, il me semble connaître assez bien les difficultés, imperfections, impuretés de ma nature mentale, vitale et physique et depuis un certain nombre d'années, et de mois, faire un effort assez persévérant pour les offrir, mais je n'y avais jamais pensé sous cette forme, avec ces mots-là.

Maintenant, plusieurs jours se sont écoulés, cela ne plus rien dire, les mots sont creux, mais sur le moment, c'était vibrant et riche de sens... 

Nous sommes tous, plus ou moins, à des degrés divers, un peu cabossés de la vie – c'est le lot commun de toute vie de faire l'expérience de la souffrance. 

Or, pendant l'expérience, il me venait une compréhension très profonde, si évidente, et maintenant, c'est difficile à dire, et un peu confus, il ne reste que des flashs.

Par exemple, il me revenait une scène de Matrix dans laquelle Smith, le visage ensanglanté par un combat avec Néo s'est mis à dire : "regardez-moi cette pitoyable fragilité, rien d'aussi faible ne mérite de vivre."

Le propos est monstrueux, diabolique, et sans aller jusqu'à cette extrême, je n'avais jamais vraiment regardé et accepté cette fragilité. J'ai fait avec, comme j'ai pu, et s'il était impossible de la refouler pleinement, l'attitude était plutôt de... penser à autre chose, ne pas trop s'en occuper. Quelque chose qui ressemble au rejet de soi, au déni de soi, en tout cas, de cette partie la plus fragile. 

Ainsi, pendant un quart d'heure environ, ce fut assez intense mais pas très long, toute l'attention était focalisée autour de cette idée d'offrir ma fragilité. Je me suis alors demandé comment faire, et la seule façon, c'est de commencer par la reconnaître. 

Quelques jours se sont écoulés, et deuxième étonnement, c'est comme si elle avait disparu 😊... cela peut paraître bizarre mais pendant cette opération, un poids intérieur m'a été enlevé... 

Au lieu de nous battre avec notre fragilité, a essayer de la cacher, aux autres et à nous-mêmes, de la je ne sais quoi... toutes ces stratégies que nous mettons en place. Si nous l'acceptions vraiment, nous pourrions découvrir qu'au cœur même de notre fragilité il y a quelque chose, quelque chose de beau...

Troisième surprise : j'ignore le pourquoi et le comment, mais j'ai le sentiment que cette grâce n'est pas tout à fait étrangère au fait d'avoir regarder deux fois l'entretien d'Emmanuel avec Claire... même s'il y a pu avoir d'autres facteurs. 

Il y a toujours une hésitation à partager des choses intimes... mais la leçon de chose est bonne, elle sera peut-être utile à d'autres. 

🔥

Depuis plusieurs mois sans doute je me fais le raisonnement suivant. Si nous devions sortir dans la rue en guenilles, avec des vêtements sales, déchirés, des chaussures trouées, sans lacets, le visage et les mains maculées de boue et de cambouis... nous serions sans doute assez mal à l'aise. 

Et pourtant, nous sortons dans la rue et nous pouvons même parfois afficher le plus aimable des sourires alors qu'au-dedans, nous avons un monceaux d'impuretés bien plus problématiques que pourraient l'être une tenue de clochard et des cheveux hirsutes.

La pensée n’est pas essentielle à l’existence et n’en est pas la cause, 
mais c’est un instrument pour devenir : 
je deviens ce que je vois en moi-même
Tout ce que la pensée me suggère, je puis le faire ; 
tout ce que la pensée révèle en moi, je puis le devenir. 
Telle devrait être l’inébranlable foi de l’homme en lui-même, 
car Dieu habite en lui.

Sri Aurobindo – Aperçus et Pensées

C'est magnifiquement dit, très puissant... mais que ce passe-t-il quand, tout ce que l'on voit en soi, c'est moche. La première chose qui frappe, quand on passe la porte de l'intériorisation, c'est le chaos intérieur des pensées, le trouble des émotions, les désirs sordides du vital inférieur, les rigidités, les crispations, les tensions et les douleurs du corps, etc.

En étant honnête, il est assez rare de sentir de sentir spontanément une paix profonde, une harmonie... et quand l'agitation intérieure finit par se calmer et qu'émerge quelque chose de joli, un mouvement de gratitude, une belle image, une lumière, une vraie joie, une bouffée d'amour... souvent, l'incapacité de notre nature à supporter l'intensité nouvelle fait que souvent, ces instants d'ouverture sur une autre conscience ne durent parfois que quelques secondes.

Tout cela me paraît assez juste, conforme à mon expérience et à l'expérience de beaucoup et pourtant, il m'est venu ces jours-ci, qu'il ne fallait pas penser comme ça.

Ce n'est pas facile de penser contre soi-même : nous y tenons à nos pensées, nos façons de voir et de faire, nos conceptions et visions des choses. 

Pour le dire autrement, prendre conscience de toutes les impuretés de notre nature inférieur, je reconnais que parfois, c'était un peu too much, et que ces choses amènent beaucoup de trouble dans la conscience.

Alors j'ai fait une autre découverte. 

« Abandonne tous les dharmas et prends refuge en Moi seul ; 
Je te délivrerai de tout péché et de tout mal – ne t’afflige pas. »

Comment est-ce possible d'avoir au fil des années souvent lu et relu cette suprême parole de la Guîtâ, de l'aimer, de la trouver sublime, magnifique, et pourtant, au final, que cela soit comme si quelque chose à l'arrière plan disait : cause toujours tu m'intéresses !

Si nous pouvions résoudre ce mystère, ce serait un grand pas de fait... 

Tout ce qui émerge de "sombre" en nous à tendance à nous affliger, nous tourmenter... et si l'on écoute cette parole : CELA NE DEVRAIT PAS !

Il ne faut plus qu'il en soit ainsi !

Nous ne devrions pas nous laisser troubler par ce que nous voyons en nous, quoi que ce soit !

C'est une occasion de tester le rejet des mouvements faux. Dès que le trouble pointe le bout de son nez : non merci, je ne veux pas ressentir cela. 

Que plus rien ne nous trouble. Dans des intériorisations précédentes, il était descendu les mot égalisation et neutre... comme des programmes pour enclencher un processus. Dans ces moments-là certains mots semblent se charger de lumière, et quand le travail est finit, ils redeviennent des écorces vides, sans force.  

Et puis dans cette dernière intériorisation est venu une invitation à faire la paix. Non seulement avec toutes ces choses qui nous habitent et nous troublent, mais avec soi-même. Là encore, sur le moment, c'était très vivant, c'était plus que des mots.

C'est curieux, les pratiques et les aspirations à la descente de la paix n'ont pour le moment jamais été très concluante pour moi, même si je n'ai aucun doute qu'il descend parfois, quelque chose, une Force, et que cette Force travaille en moi. Mais cela ne ressemble pas à ce que l'on pourrait appeler la descente de la paix. Par contre, quand les agitations intérieures se calment, que tout se pose, c'est plutôt comme si un climat de paix et une profonde immobilité apparaissait de l'intérieur. 

Peut-être qu'aspirer à la paix et attendre passivement qu'elle descende ne me convient pas alors que ces mots de faire la paix impliquent une action, une volonté plus déterminée et que c'est pour cela qu'ils ont enclenché quelque chose d'intéressant. 

Pour en revenir à la parole suprême de la Guîtâ, nous devrions aussi apprendre à faire confiance au Divin. S'il nous dit qu'il nous délivrera, cela doit être vrai. 

Pour conclure, je sentais cet article en gestation, me demandant si j'allais partager des choses si intimes, et puis tout à l'heure ce dessin de Sujata m'a décidé. 

« Celui qui marche dans la Vérité n’est troublé par aucune erreur, 
car il sait que l’erreur est le premier effort de la vie vers le vrai ».
16 novembre 1975
Petits dessins de ma Douce

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E
C'est une grande force que de partager sa fragilité ainsi.<br /> Merci 🙏
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S
Merci cher Pascal de nous partager ce que j'appelle la vulnérabilité. Pour moi, c'est ce qui nous rapproche le plus entre humains et qui représente une voie d'accès à mon être psychique...Bisous
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Merci Sophie, oui toucher notre fragilité, notre vulnérabilité, nous rapproche aussi du cœur de notre humanité...<br /> 🙏