Nuances subtiles
Sri Aurobindo-Mère ont clairement précisé que c'était dans la vie que la transformation devait s'accomplir, que c'était sur terre et dans la vie que la vie divine devait s'établir, et pourtant il est souvent question aussi de la distinction entre vie ordinaire et la vie spirituelle.
Il est à la fois mentionné l'importance décisive de la volonté, que sans la volonté, on ne peut rien faire, etc. et que le parfait surrender est l'abdication de sa volonté.
(Sur un plan psychologique, si nous avons une forte personnalité, il est peut-être nécessaire d'insister sur le surrender. Par contre, pour une personne timide, qui n'a pas trop confiance en elle, il est préférable de renforcer la volonté. Ceci dit, ce n'est là qu'un premier aspect, il y autre chose.)
Dans un article précédent j'ai évoqué le "dilemme" – le mot est trop fort – entre le rejet des mouvements faux et l'acceptation des mouvements faux... pour les offrir et les transformer.
Et puis, il est expliqué aussi l'importance de faire des efforts, de la concentration, de l'aspiration et il est aussi fait allusion à un moment donné où toutes les disciplines, toutes les pratiques s'avèrent inutiles et impuissantes et que seulement la joie a le pouvoir de transformer certaines vibrations.
Nous avons le conseil de ne pas nous focaliser sur le négatif, de ne pas nous occuper des forces adverses, et pourtant, la vie nous met constamment en présence de ce négatif et de l'action de ces Forces.
Il a été expliqué que le yoga intégral n'était pas un yoga ascétique – et nous l'avons déjà mentionné, que c'était dans la vie ordinaire qu'il devait se réaliser. Pourtant, pour bien des gens sur terre, une vie sans tabac, sans alcool, sans relations sexuelles, comme il était demandé à l'Ashram, c'est déjà une vie ascétique, qui sort sensiblement de l'ordinaire.
Nous pouvons même trouver – certains vont peut-être hurler au scandale – de très nombreux passages enthousiastes, magnifiques, où Mère s'émerveille de Savitri, et un autre, où elle dit que ce n'est pas ça, que c'est encore de la super intellectualité.
De même, nous pouvons aussi trouver des passages qui expliquent que toute vie est un yoga, que ce travail d'évolution, de transformation, est pour toute la terre, que tout le monde peut faire ce yoga... et trouver aussi des passages qui nuancent le propos et parlent d'une élite, de ceux qui sont vraiment prêts et décidés à entrer sur ce chemin.
Parfois il est parlé de l'aspect personnel de l'être et à d'autres endroits une grande insistance est accordée à l'impersonnel et au non-être. La relation entre l'Être et le Devenir est aussi à élucider. Nous trouvons aussi trace de cette "contradiction" en de nombreux passages où tout est une question de croissance, de progrès... et de l'autre, les propos très forts de Satprem sur le fait qu'il n'y a rien à améliorer, qu'il s'agit avant tout de trouver AUTRE CHOSE.
Ou alors, avec la lecture de leurs œuvres nous savons que la découverte du psychique, l'unification de toute notre nature autour de lui, son émergence et sa venue au premier plan est d'une toute première importance. Mais nous savons aussi que nous devons établir notre centre de conscience au-dessus de la tête, nous ouvrir au plan du mental supérieur, du mental illuminé et surtout de l'intuition. Certes, il y a l'être psychique à découvrir, mais aussi le jivatman et l'être central... qui tous les trois semblent représenter la vérité de notre être. Sans oublier de voir le Divin en tout être et en toute chose (réalisation de Vasoudéva), que les dieux (les pouvoirs divins) doivent descendre et vivre en nous, dans toute notre nature, mentale, vitale et physique, mais que ce n'est pas suffisant et que nous devons non seulement nous penser l'Un, mais réaliser l'Un, et que pour être au sommet de notre être, nous devons nous identifier à l'Origine et à la Grâce divine.
En résumé, nous pouvons focaliser notre attention, concentrer notre aspiration, notre volonté sur de très nombreux aspects, peut-être même une infinité d'aspects.
Il est d'ailleurs parlé de la multitude et il est dit aussi qu'en définitive, nous sommes seuls avec le Divin. Comme si, quelque soit le bout par lequel on voudrait saisir le schmilblick, il y avait toujours une contradiction... une douloureuse contradiction. Je ne serais même pas très surpris de l'existence de "quelque chose" qui utilise toutes les possibilités de division pour... retarder le progrès de la conscience dans son retour vers l'Unité.
En lisant les œuvres de Sri Aurobindo-Mère, puisque tout y est, nous retrouvons les mêmes paradoxes et nuances à nous qui se présentent à nous ; ces "mystères" de la vie ne sont pas si facile à comprendre et à gérer. Comment s'expliquer, par exemple, que notre suprême liberté se trouverait dans notre suprême soumission au Divin ? Si nous ne le comprenons pas nous-mêmes, comment l'expliquerons-nous à ceux qui nous posent la question de la liberté ?
J'ignore pour les autres, mais je suis souvent remis en face de ces contradictions apparentes... et potentillement paralysantes. Il convient donc de les assumer et de trouver ce que nous pouvons en faire.
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Peut-être ne faudrait-il pas aller trop vite avec cette impression d'avoir tout compris, tout replacé à sa juste place, et nous laisser le temps de bien les prendre en compte, de les méditer car ces "contradictions" sont aussi un merveilleux outil pour nous forcer à entrer dans une pensée plus profonde et plus subtile. Et au-delà de cette première considération, puisque le remède est au centre du mal, il se pourrait que nous découvrions qu'à l'intérieur même de ces "contradictions", les contraires peuvent s'articuler, s'harmoniser et se fondre... en autre chose.
Lorsque nous sommes face à ces "contradictions" et à la variété des possibilités, le mental peut se sentir perdu ou submergé.
Une chose est cependant absolument certaine : notre mental ordinaire, superficiel est strictement incapable de trouver une réponse satisfaisante à ces "contradictions." Il nous faut nous ouvrir à une conscience plus profonde et/ou plus élevée.
Une première solution est de tout laisser se décanter, et alors, quand tout se pose et se dépose, dans une sorte de calme neutre et transparent, soit la contradiction se dissout, soit la chose vraie à faire peut apparaître. La seconde est peut-être la conséquence de la première. Cette façon de faire ressemble à une calme intériorisation qui laisse émerger la solution du dedans.
Ou bien, nous pouvons nous tourner vers le haut et le plan de l'intuition, car l'intuition SAIT ce qu'il faut faire. En ce cas, ce sont les pratiques de l'ouverture réceptive à ce qui vient d'en haut, avec le silence mental, la neutralité mentale, les exercices de la surface blanche, au-dessus de la tête, du miroir qui reflète la vérité... qui sont nécessaires.
À nous de tester ces méthodes, de trouver ce qui est le plus efficace pour nous, même si au final, nous devrions nous rendre familier de toutes les méthodes.