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Suite de la retranscription de Mémoires d'un Patagonien de Satprem

 

Mémoires d’un Patagonien

 

Je me suis réveillé avec émerveillement.

J’ai soixante-dix-sept ans, paraît-il, et j’ouvrais les yeux pour la première fois au monde, âgé de sept mille sept cens ans – je naissais 7700 ans après ma naissance, et c’était comme pour la première fois au monde, c’était tout neuf, étonnant, merveilleux et sublime comme si l’on voulait adorer tout. Un monde adorable. Comme un sauvage qui se prosterne devant premier lever de Soleil sur la terre. Ou comme un amant sauvage qui regarde pour la première fois sa vieille Bien-Aimée comme s’il ne l’avait jamais vue. Avec les mots de maintenant d’un homme qui a appris à « penser », je dirais un monde sacré, divin, tout neuvement Divin.

*

Alors je me suis réveillé sidéré, avec un pied dans la préhistoire et un pied dans… quoi ? un présent fuligineux. Un Temps complètement troué comme s’il s’en allait de tous les côtés à la fois sans mur présent.

J’ai peut-être connu d’autres Égyptes et d’autres Indes sur d’autres planètes avant d’atterrir à Paris (XIVe arrondissement !)

Il faut avoir une tête très solide pour supporter ça.

Et les gens vont pas à pas sur leur boulevard comme si de rien n’était, ou si peu de chose… et puis ça bée de tous les côtés avec un petit Patagonien de 7700 ans sous les pieds et une immense histoire qui s’en va loin-loin derrière, et puis, devant, ça file dans un immense mystère qui est pourtant déjà là et qui nous appelle à sa découverte, mais dans un interminable pas à pas, comme sur une crête entre deux mondes, avec un microscopique présent bourré de petites histoires et de petits riens qui se croient M. ou Mme Untel dotés de soixante-dix ou quatre-vingt ans et quelque chose à faire pour gagner sa vie et quelque gentille épouse provisoire, ou plusieurs selon les goûts – une Prison présente solidement murée et enregistrée avec un certificat de naissance et d’inévitables décès lorsque l’on en a aura assez de cette routine, et c’est peut-être tant mieux parce que cela pourrait continuer indéfiniment dans mille riens qui font semblant d’être quelque chose et qui courent et courent après leur Mystère jamais trouvé, jamais troué dans leur inexorable Prison.

Est-ce vraiment inexorable ?

N’y a-t-il pas vraiment une autre Porte de sortie que nos morts sans fin pour recommencer la même chose avec quelques améliorations culinaires ou aéronautiques qui survoleront brièvement notre interminable faim d’Autre Chose et nos espaces de plus en plus peuplés et de moins en moins verdoyants ?

Où est le Mystère ? et s’il n’y a pas de mystère, qu’est-ce que cette absurdité sur laquelle on peut coller toutes les philosophies que l’on veut, selon les goûts, et quelques cinémas pour se distraire.

Mais l’Inconnu vrai ? où peut-il être si ce n’est pas le prolongement (en mieux ou en pis) de ce que nous connaissons déjà, quelque affabulation d’une grande Fable énigmatique qui ne part jamais d’un vrai zéro mais d’un Mystère insondable, ou pas encore sondé ?

Mon petit Patagonien d’il y a 7700 ans court avec moi et il va, ou veut aller au-delà de cette Prison humaine dûment certifiée et de ces inexorables décès pour mettre fin à cette routine idiote.

Et alors, je me souviens, un jour sur le Boul’Mich’, quand j’étais étudiant, j’avais dis-sept ans peut-être, c’était il y a des siècles peut-être, d’avoir vu, collé au mur d’une affiche de quelque grande banque, qui faisait une réclame pour l’épargne et le taux d’intérêt, et puis ce formidable Fauteuil, ce scandale tout vivant, tout là sous mes yeux :

L’AVENIR DANS UN FAUTEUIL

L’avenir de qui et de quoi ?

Ce présent insensé sur boulevard du Ve arrondissement, ça allait où ?

Je n’en suis jamais revenu… c’était révoltant et inacceptable, tout mon être historique imbécile criait NON, ce n’est pas possible, pas possible. Et TOUT était révoltant.

Je n’ai jamais cessé d’être révolté depuis… ans avant ma naissance dûment certifiée à la mairie du XIVe arrondissement ?

Alors je me demande, ce matin émerveillé, si je ne suis pas dingue, ou autre chose que ce qu’en pensent tous les hommes d’après les Sauvages de Patagonie et autres lieu depuis quelques centaines de millénaires d’humanoïdes pensants ?

Et qu’est-ce qu’il y a dans cette caboche humaine ou qui se dit telle ?

On s’est peut-être trompé de caboche, ou on s’est mis en tête de clown savant ou pontifical à la place de ce qu’il y a là-dedans – là-dedans, quoi ?

Je n’ai pas cessé de m’étonner et de me révolter depuis tant d’Égyptes et d’Indes sur d’autres planètes disparues – quoi ?

Je suis peut-être l’Ange Rebelle de l’univers !

Ou sa prochaine caboche inconnue dans les entrailles archéologiques de cette terre sous ses boulevards bien asphaltés ?

Tout, mais pas « l’avenir dans un fauteuil ». Même pas l’avenir dans un cercueil bien capitonné, même pas dans un sage sarcophage de vénérables momies à Thèbes.

Il y en a assez de tout ça !

J’aimerais bien renaître dans la peau d’un sauvage de Patagonie il y a 7700 ans, et voir si l’on peut faire mieux – pas plus « sage » ni plus « savant » ni génétiquement amélioré, mais Autre Chose que ces honorables molécules qui feront d’autres petites molécules qui feront d’autres petites bêtes avec un gros taux d’intérêt annuel – quel intérêt tout ça ! Même ces ans-là, on en a assez ! et ses calendriers et ses petites ou grandes Histoires.

Si l’on changeait d’histoire pour une fois ?

*

Mais tout de même, il y a
Tant de millénaire après,
Sept mille sept cents ans après
Une vieille Bien-Aimée qui reste.
Et un vieil amant sauvage oublieux
qui reste à la regarder
Et qui court les mers
pour la retrouver encore.
J’aimerais caresser ses cheveux encore
et encore.

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