6. Ma douce naufragée
Suite de la retranscription de Mémoires d'un Patagonien de Satprem
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Sans savoir pourquoi elle a pris sa main dans la sienne.
C’était le temps des Patagoniens, on pouvait faire n’importe quoi sans y penser pourvu que ça plaise, il fallait seulement écouter dedans ce qui fait une petite musique ou pas dans cette forêt du corps.
– J’ai tout perdu sous l’eau, alors c’est tout neuf et ça sent bon ici.
– Mais qu’est-ce que tu tiens là ? a demandé Vicki.
– C’est mon ektara, c’est tout ce qui me reste.
Elle a déballé un petit instrument ovale de bois rose, avec un long manche et une minuscule caisse de résonance, et une corde, une seule, qu’elle a pincée pour être sûre. Ça faisait un petit son grêle qui s’en allait loin-loin et semblait se répéter avec la voix douce de la naufragée et ses cheveux dans le vent.
Le petite mère arrivait, elle s’est exclamée…
– Ah ! je savais bien qu’il t’était arrivé quelque chose. Qui est-ce ?
– C’est ma Douce.
La petite mère l’a regardée avec ses yeux plissés qui regardent l’océan comme in embrasse tout d’un clin d’œil.
– Elle a coulé avec sa coque sur la plage.
– Oui, elle est trempée, il faut qu’elle se sèche. Je vais lui donner une robe… Quel âge as-tu ?
– Je ne sais pas.
– Tu as l’air plus ancienne que mon matelot…
Elle a regardé encore ces longs cheveux roux ou brun doré.
– On dirait que tu viens de loin.
– Je viens de la mer et des rochers.
– Alors c’est bon. Je te caserai dans l’atelier de mon tonnerre de mari.
Et ils allèrent.