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Suite de la retranscription de Mémoires d'un Patagonien de Satprem

Il a marché avec le ressac, il a marché comme après des naufrages et des naufrages disparus et toujours là. Il a écouté le vent qui lui disait le même large sans fin ni fond. Et lui ? ce point là-dedans. Les mouettes, les crabes, les marées, la petite lavande dans le vent, c’est tout fait pour eux, il n’y a qu’à se laisser faire comme ça pousse tout seul. Lui, ce fils de mille tonnerres qui tournent tout seuls avec le chaud, le froid, les brumes et le soleil qui tournent tout seuls… Lui, ce n’était pas fait tout seul, ça ne poussait pas tout seul, et le large ne disait rien sauf qu’il était large tout seul.

Alors, las de mille riens qui naviguaient tout seuls sans réponse, il s’est assis sur les dunes qui laissaient filer leurs sables et il est entré dans le silence.

Un Silence comme d’avant les mondes et les marées. Un silence nu, vide, presque terrifiant ou écrasant – mais c’était ce point de « lui » qui était écrasé. Oui, comme une roche toute nue, une première roche peut-être dans les sables du monde. Ce « lui » n’a pas bougé, il se laissait écraser et écraser par ce Silence comme une première tombe d’avant les tombes d’une géologie jamais fouillée, comme un premier ventre d’une vie jamais enfantée. Ça pressait-pressait ce bout de roc-lui comme si ce Silence même voulait quelque chose dans la Nuit muette d’une terre pas encore née. Et ça durait-durait sans temps ni fin comme si ce Roc-là ne pouvait pas s’user, comme si toute la puissance des mondes était ramassée là, coagulée dans un atome imperturbable où rien n’avait jamais respiré, comme si cet atome même, cette puissance même voulait quelque chose dans sa nuit de pierre et de silence. Et il y avait ce « lui » quand même sous cette écrasante pression, ce moi de rien qui se fichait de toutes les tombes et toutes les vies, qui s’obstinait et attendait dans le ventre d’aucune mère, ou peut-être d’une Mère inconnue qui savait l’heure et le temps. Et ça pressait-pressait.

Près de rien, il y avait cette Douce naufragée, son vieil amour, mais elle était comme inexistante, il ne voyait rien, n’entendait rien, il était sourd, même au petit ressac. Il était comme un bloc de pierre, quelque première pierre au monde qui appelait, aspirait avec une folle intensité, une écrasante intensité de silence, qui voulait faire sortir « quelque chose » de cette nudité-là. Une soif qui n’avait jamais connu aucune rivière, un cri qui n’avait jamais dit ce qui criait là-dedans, qui peut-être même avait fait jaillir tous ces sables et ces pierres pour appeler une goutte d’amour pour réveiller tout ce rien dans la nuit de la terre…

Puis des naufrages encore pour cogner sur une roche nulle et faire briller une goutte d’écume.

Et ça pressait-pressait dans cet atome de « lui », ce feu, cette soif de rien qui ferait peut-être Autre chose que tous ces naufragés des îles parues et disparues, quelque Patagonien tout neuf sur une vieille géographie engloutie avec tous ses tonnerres et ses savoirs mortels qui savaient seulement faire vivre la mort et chagriner le vieux chagrin.

Alors sa Douce voilure des vieilles navigations a touché une corde d’une seule note, partie dans le vent mais toujours là comme son seul battement au monde, comme sa seule fontaine sans fond.

Un « homme », c’était peut-être seulement cette coulée chantante sur laquelle on avait posé une pierre.

On avait posé une pierre là-dessus.

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