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Suite de la retranscription de Mémoires d'un Patagonien de Satprem

– Alors, fils, où est ta voile dans le vent ?

C’était la vieille Lisette mais sans sourire, toujours inquiète de son matelot de nulle part, de son vagabond sans port ni cap.

– Ta Douce est là, c’est sûr, mais on navigue à deux pour…

– Pour quoi ? C’est ça que je ne sais pas.

– Ça se sait en naviguant., un bord et encore un. Ça se sait au bout, c’est le vent qui t’appelle à son port…

Vicki a regardé ce sourire qui ne souriait plus.

– Ou bien, tu restes assis dans tes rêves de rien.

– Mes rêves brûlent, c’est tout ce que je sais. Ça fait mal, c’est ce mal de rien qui m’appelle. C’est comme si ton ventre ne m’avait pas encore mis au monde.

– Mais je t’aime, petit idiot ! ce n’est pas pour rien. Et ta Douce aussi.

– Dame oui ! Mais il y a encore quelque chose qui m’appelle, d’où, de je ne sais pas quelle côte c’est ce je-ne-sais-pas qui me tourmente comme un ressac, comme l’ektara de ma Douce qui ne sait plus son naufrage ni de quelle île. Alors je marche et j’écoute. Et c’est le silence. Et ça brûle.

La vieille Lisette est restée silencieuse. Mais son silence disait quand même l’amour.

*

Et les ans, ou les âges ont passé, et un petit de rien brûlait toujours, sorti de tous les naufrages pour écouter encore une corde d’ektara qui frémissait au fond de son cœur comme la fontaine même de ce qui faisait un être, un monde et tous les mondes à venir.

Il n’y avait plus de vie, ni de mort dans ce petit-là, ni de naufrage, il y avait un corps sorti de la même roche que toutes les roches du monde et tous les ventres qui firent et feront un petit feu de rien empli de la même soif de ce qui bruit et bat sous ce rocher. Et ce silence même creusait et creusait dans le trou de peine, ce cri sans nom qui avait fait un corps au monde.

Ça commençait là.

Après – des siècles après – d’autres Patagoniens sur d’autres avaient fait des cieux et des enfers et des affaires sordides pour gagner leur vie de riens tout pareils et leur postérité d’une antériorité également nulle sous leurs trottoirs de béton et leur science toujours recommencée pour enjoliver un vieux chagrin jamais exorcisé.

Un corps, ça commençait là, mais personne ne savait ce qui commençait là-dedans, parce que ça finissait toujours pareil, sur la même note.

Il y avait peut-être une dernière note manquante.

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