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Si la plupart des êtres humains cherchent la paix – je ne parlerai pas des tempéraments particuliers qui se nourrissent des conflits – les chemins pour y accéder peuvent s'avérer sensiblement différents selon l'organisation de notre nature.

Parfois, les conditions professionnelles, sociales, familiales sont telles que le chemin vers la paix peut se trouver, au moins jusqu'à un certain point, par des changements extérieurs – de même, si nous menons une vie débridée ou si nous sommes beaucoup focalisé sur l'actualité, alors quelques changements dans notre mode de vie devraient s'avérer nécessaires. Cependant, je focaliserai ma réflexion sur le travail intérieur et la recherche d'une paix indépendante des circonstances extérieures.  

Et enfin, plutôt que de chercher à présenter un article parfaitement structuré, j'ai choisi d'aborder autant d'aspects possibles au fur et à mesure qu'ils se présentaient : ainsi, chacun pourra y prendre ce qui lui parle, et laisser le reste. 

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Pour commencer, peut-être faudrait-il vérifier quelle partie en nous veux la paix. 

Si c'est le mental, le vital, si c'est seulement un désir... il est peu probable que nous y parvenions. Par contre, s'il s'agit d'une aspiration de l'âme, de la profondeur de notre être, il y a toute les chances qu'elle finissent par se réaliser.

Et puis, il est possible aussi, par exemple, que ce soit seulement une partie de notre mental, alors que notre partie vitale au contraire trouve davantage de plaisir dans l'excitation et les sensations. Notre difficulté à nous poser nous donne une indication sûre de ce que nous avons a conquérir. Si d'emblée notre nature est divisée sur nos objectifs, il est normal que cela soit compliqué de les réaliser. Dans ce premier cas, la solution serait de commencer par unifier notre être autour de l'objectif d'atteindre la paix par une conversion des parties récalcitrantes. 

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Peut-être faudrait-il vérifier aussi ce que nous entendons par la paix. Si pour nous cela revient à "fiche-moi la paix"... il est probable que notre recherche de paix ne soit pas très juste et cache, par exemple, une... sensibilité trop réactive aux différents chocs de l'existence, extérieurs et intérieurs. En ce cas, le chemin vers la paix passerait davantage par l'apprentissage et la réalisation de samata, l'équanimité, l'égalité. Je publierai à la fin de cet article la tétrade de la paix du yoga intégral de Sri Aurobindo. 

Pour le dire autrement, notre difficulté à atteindre la paix vient peut-être d'un manque d'acceptation de la réalité telle qu'elle se manifeste, dans son infinie diversité. À chaque instant, toutes sortes d'événements se produisent, extérieurs et intérieurs... et souvent, nous ne sommes pas satisfaits, nous voudrions que cela soit autrement, et nous perdons la paix. Nous devons trouver comment être en paix, même avec ce qui contredit la paix.

En avril 1954, la Mère nous donne une indication importante :

On peut dire, avec la même exactitude, que tout est Divin et que rien n'est Divin. Tout dépend de l'angle sous lequel on regarde le problème.

On peut dire, de même, que le Divin est en perpétuel devenir et, aussi, qu'il est immuable de toute éternité.

Nier et affirmer l'existence de Dieu sont également vrais, mais chacun ne l'est que partiellement, et c'est en montant à la fois au-dessus de l'affirmation et de la négation que l'on peut approcher de la vérité.

On peut dire que tout ce qui arrive dans le monde est le résultat de la Volonté Divine, et aussi que cette volonté doit être exprimée et manifestée dans un monde qui la contredit ou la déforme ; ce sont deux attitudes ayant respectivement la conséquence pratique de se soumettre avec paix et joie à tout ce qui arrive, ou au contraire de lutter sans répit pour faire triompher ce qui doit être. Il faut savoir s'élever au-dessus des deux attitudes et les combiner pour vivre la vérité.

Quelques années plus tard, dans un Agenda sans date de juin 1958, la Mère reprendra la même idée :

Il y avait un temps, pas si lointain, où l'aspiration spirituelle de l'homme était tournée vers une paix silencieuse, inactive, détachée de toutes les choses de ce monde, une fuite hors de la vie, justement pour éviter le combat, pour monter au-dessus de la lutte, pour se libérer de l'effort ; c'était une paix spirituelle où, avec la cessation de la tension, de la lutte, de l'effort, cessait aussi la souffrance sous toutes ses formes, et c'était considéré comme la vraie, l'unique expression de la vie spirituelle et divine. C'était cela que l'on considérait comme la grâce divine, l'aide divine, l'intervention divine. Et encore maintenant, à cette époque d'angoisse, de tension, de surtension, cette paix souveraine est de toutes les aides la mieux reçue, la bienvenue, le soulagement que l'on demande et que l'on espère. Encore, pour beaucoup, c'est le vrai signe de l'intervention divine, de la grâce divine.

En fait, quoi que l'on veuille réaliser, il faut commencer par établir cette paix, parfaite et immuable, c'est la base sur laquelle on doit travailler ; mais à moins que l'on ne songe à une libération exclusive, personnelle et égoïste, on ne peut pas s'en tenir là. Il y a un autre aspect de la grâce divine, l'aspect de progrès qui remportera la victoire sur tous les obstacles, l'aspect qui projettera l'humanité dans une réalisation nouvelle, qui ouvrira les portes d'un monde nouveau, qui fera que non seulement quelques élus pourront bénéficier de la réalisation divine, mais que leur influence, leur exemple, leur pouvoir, apportera au reste de l'humanité une condition nouvelle et meilleure.

Nous voulons la paix... oui mais pourquoi ? Avons-nous vérifié que cette paix que nous cherchons n'est pas cette fuite de la vie évoquée par Mère, ce refus du combat, cette lassitude par rapport aux incessantes vicissitudes de la vie. Nous en avons assez de toute cette souffrance, de toutes ces misères, de toute cette insatisfaction, cette incomplétude, de ne pas réussir à saisir quelque chose qui vaille vraiment la peine de toute cette peine. 

Le 25 septembre 1965, la Mère nous donne une autre indication importante qui peut s'appliquer à notre sujet. 

II y a des millions de manières de s'enfuir; il n'y en a qu'une de rester, c'est vraiment d'avoir du courage et de l'endurance, d'accepter toutes les apparences de l'infirmité, les apparences de l'impuissance, les apparences de l'incompréhension, l'apparence, oui, d'une négation de la Vérité. Mais si l'on n'accepte pas, ce ne sera jamais changé ! Ceux qui veulent rester grands, lumineux, forts, puissants, et patati-patata, eh bien, qu'ils restent là-bas, ils ne peuvent rien faire pour la terre.

Si nous voulons la paix, c'est sans doute que toutes sortes d'éléments en nous sont en conflits. Dans un autre Agenda du 10 mai 1958, la Mère disait que la substance européenne [était] pétrie de révolte. Nous en revenons à la nécessité première de l'acceptation, à commencer par l'acception de ce que nous sommes, de tout ce que nous sommes. Le 12 septembre 1960, la Mère est on ne peut plus claire : si on commence à penser : «Oh ! je voudrais être comme cela, oh ! il faudrait être comme cela», on perd son temps. La première étape c'est l'acceptation, et cette acceptation sans condition, la Mère est très claire, est censée nous apporter la paix.

Tant que nous aurons des idées préconçues sur ce que les choses doivent être, tant que nous serons prisonniers de nos attentes, cela sera difficile pour nous d'enter dans cette acceptation et plus encore d'approcher cette attitude qui consiste à tout prendre du bon côté, avec le sourire. 

Jean-Dominique Michel a raconté une histoire vraiment réjouissante sur une communauté vivant dans les environs de Bombay dont les membres ont une bien curieuse habitude. Chaque fois que quelqu'un rate son bus, se cogne le petit orteil contre un pied de table, qu'un objet lui échappe des mains... et avec n'importe quel petit accident de la vie, la première réaction, au lieu de pester, de se mettre en colère, est d'éclater de rire. C'est en rencontrant cette communauté que le yoga du rire fut mis au point. Prisonniers de nos mauvaises habitudes et de nos conditionnements sociaux, comme il serait difficile pour nous de mettre en pratique cette nouvelle façon de vivre.  

À la suite de Sri Aurobindo, la Mère a insisté sur le fait qu'il était impossible de changer et transformer quoique ce soit, sans au préalable cette acceptation. C'est un aspect d'une importance tout à fait considérable que j'ai évoqué dans un article précédent. 

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Notre difficulté à atteindre la paix vient peut-être du fait que nous ne respectons pas notre propre rythme. Souvent, nous allons trop vite, nous sommes trop pressés : c'est vrai pour les choses de la vie ordinaire et ça l'est encore davantage avec le travail intérieur où nous voulons brûler les étapes. Par exemple sur notre sujet, Sri Aurobindo explique que la paix est un calme qui s'est approfondi et qui déjà contient l'ananda, la joie. Avant la paix, veillons déjà à établir une profonde détente, une tranquillité dans toutes les parties de notre être, un calme stable et solide... alors la paix sera toute proche.  

Est-ce que chacun de nos gestes de la vie quotidienne est effectué dans le calme, la tranquillité ? Chaque fois que nous nous cognons, que nous faisons tomber quelque chose, c'est le signe que nous ne sommes plus alignés, en communion, avec la paix. 

 

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Ou bien, autre piste, notre difficulté vient d'un manque de volonté et d'un manque de concentration, car quoique nous voulions entreprendre dans la vie, la première chose est de le vouloir, et ensuite, la concentration est un tel pouvoir, qu'il nous permet d'obtenir tout ce que nous souhaitons avec sincérité. C'est l'occasion de renvoyer à un article précédent contenant deux extraits très courts de la Mère sur l'importance décisive de la concentration.

Il est cependant aisé de reconnaître que lorsqu'une partie en nous veut quelque chose, d'autres partie sont complètement indifférentes, ou veulent autre chose ou s'opposent frontalement à ce que nous voulons. La concentration est une façon d'unifier notre être autour de nos aspirations les plus importantes et les plus profondes.  

Et puis, nous sommes peut-être trop superficiels, pas assez exigeants :  la paix que nous trouvons dans une partie de notre être devrait s'étendre à toutes les autres parties. Elle devrait aussi s'approfondir à toutes les couches de conscience. Il ne suffit pas de toucher la paix, comme ça, en gros, dans sa psychologie, dans sa pensée, dans sa conscience, il faut aspirer à la paix dans toute la partie affective et émotive, dans toutes les énergies, et même dans toute la substance de notre cerveau et de tout notre corps, que la paix descende jusque dans nos racines les plus profondes, dans notre subconscient et notre inconscient. 

En effet, les mondes du mental et les mondes énergétiques sont d'une totale fluidité et la Mère a bien expliqué que ce n'était qu'avec le plan physique que la chose pouvait être établie d'une façon stable. Si c'est la paix que nous voulons, il nous faut trouver le moyen de la faire descendre jusque dans notre substance, jusque dans nos cellules. 

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Dans notre chemin vers la paix, une autre difficulté peut se présenter. Nous pouvons être envahis et harcelés par ce que que Mère appelait les censeurs, qui ne cessent de nous susurrer à l'oreille des paroles désagréables sur le fait que l'on est nul, que l'on n'arrive à rien, que l'on n'y arrivera jamais et qui pointent en nous la moindre défaillance.

Extrait de l'Agenda sans date de février 1958

Mais ce qui donne une coloration adverse à ces êtres, c’est qu’ils sont d’abord et avant tout des défaitistes. Ils vous présentent toujours le tableau sous son jour le plus noir, au besoin ils défigurent vos propres intentions. Ce sont vraiment des instruments de sincérité. Mais ils oublient toujours une chose, volontairement, quelque chose qu’ils rejettent loin derrière comme si cela n’existait pas : c’est la Grâce divine. Ils oublient la prière, cette prière spontanée qui jaillit tout d’un coup du fond de l’être comme un appel intense et qui fait descendre la Grâce, et qui change le cours des choses.

Et chaque fois que vous avez accompli un progrès, que vous êtes passé à un niveau supérieur, ils vous remettent en présence de tous les actes de votre vie passée, et en quelques mois, quelques jours ou quelques minutes, ils vous font repasser tous vos examens, à un niveau supérieur. Et il ne suffit pas d’écarter la pensée, de dire : «Oh ! je sais», et de jeter un petit manteau pour ne pas voir. Il faut faire face et vaincre, garder sa conscience pleine de lumière, sans le moindre tremblement, sans rien dire, sans la moindre vibration dans les cellules du corps, et alors l’attaque se dissout.

Avec ces censeurs, nous pouvons être victimes de la funeste propagande peace and love, non-violente... et avoir quelques scrupules à tout simplement leur donner une bonne taloche. Mère a conseillé aussi de leur rire aux nez. En tout cas, nous ne devons pas les écouter et rejeter leur sinistre influence. 

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Ces censeurs nous amènent à la lisière d'un autre problème à prendre en compte : la contagion. Le mot est prononcé 41 fois dans l'Agenda et si nous lisons tous ces passages, nous nous apercevons que la question est assez complexe. En résumé, il y a trois aspects à prendre en compte.

1. Tout d'abord, en négatif, toutes les vibrations sont contagieuses, et cela complique singulièrement le travail de transformation... et accessoirement pour notre sujet, notre chemin vers la paix :

Les vibrations spirituelles sont contagieuses, c’est tout à fait évident. Les vibrations mentales sont contagieuses. Même, dans une certaine mesure, les vibrations vitales aussi sont contagieuses (pas sous leur plus joli effet, mais enfin c’est évident: la colère d’un homme, par exemple, se répand très facilement). Eh bien, la qualité de vibration des cellules doit être contagieuse. (Agenda du 25 avril 1961)

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C'est cette CONTAGION du mauvais fonctionnement cellulaire et cette sorte de désorganisation intérieure des choses qui ne restent pas à la place qu'il faut: chaque absorption du dehors crée instantanément un désordre, déplace tout et fait des rapports faux, disloque l’organisation, et il faut quelquefois DES HEURES pour remettre ça en place. (Agenda du 12 janvier 1962)

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...c'est la santé qui est le plus directement en rapport avec la transformation intérieure, mais pas complètement parce qu'elle dépend constamment de ce qui vient du dehors: les influences, les vibrations – les contagions du dehors. On est obligé de manger: tout ce que l’on reçoit avec la nourriture, c'est fantastique! Il y en a tellement que manger représente un travail considérable – la digestion physique n'est rien, mais le travail d'assimilation et d'adaptation de tout le reste est considérable. (Agenda du 19 octobre 1963)

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Il y a deux choses... l’une, par exemple, que j'ai souvent observée : une maladie se déclenche, ou un désordre se déclenche, et il y a comme une... ce n'est pas une contagion (comment expliquer ça ?), ce serait presque comme une «imitation», mais ce n'est pas tout à fait cela. Disons qu'un ensemble de cellules flanche; pour une raison quelconque (il y a d'innombrables raisons), elles subissent le désordre – obéissent au désordre – et il y a un point qui devient «malade» selon la vision ordinaire des maladies; mais cette intrusion du Désordre se fait sentir partout, elle a des répercussions partout : partout où il y a un point plus faible ou moins résistant à l’attaque, ça se manifeste. (Agenda du 26 septembre 1964)

2. Mais il y a un autre aspect de la contagion, positif celui-là. D'abord, sur le plan de la compréhension, cela explique l'unité. Ensuite, si les vibrations de désordre, de maladies, etc. se répandent, les vibrations spirituelles, supramentales et divines aussi sont contagieuses. Et ce principe de contagion est l'une des clefs majeures de tout le processus de transformation en cours sur terre. Ainsi, le phénomène de contagion n'est pas seulement négatif. 

Tout se ramène presque à une capacité de répandre l’expérience, ou d'INCLURE au-dedans de l’expérience (c'est la même chose). Il faut oublier, n'est-ce pas, qu'il y a une personne, une autre personne, une chose, une autre chose – imagine, si tu ne peux pas le réaliser concrètement, imagine qu'il n'y a qu'UNE Chose, excessivement complexe, et une expérience qui se produit sur un point, ou qui fait tache d'huile, ou qui se répand, ou qui englobe le tout, suivant le cas. C'est très approximatif, mais c'est seulement comme cela qu'on comprend. Et c'est la seule explication de la «contagion» : c'est l’Unité. (Agenda du 9 juin 1962)

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Au point de vue humain, dans une foule, c'est extraordinairement précis : la contagion d'une vibration – surtout les vibrations de désordre (mais les autres aussi). Et c'est une démonstration tout à fait concrète de l’Unité. C'est très intéressant. (Agenda du 26 septembre 1964)

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J'ai même vu que ces cellules qui ont été particulièrement développées et qui sont devenues conscientes de la Présence divine au-dedans d'elles, quand la concentration qui forme le corps est arrêtée et que le corps se dissout (petit à petit, il se dissout), toutes ces cellules qui sont conscientes se répandent et entrent dans d'autres combinaisons où elles éveillent par contagion la conscience de la Présence que chacune a eue. Et ainsi, c'est par ce phénomène de concentration, de développement et de dispersion, que toute la Matière évolue, pour ainsi dire, et apprend par contagion, se développe par contagion, a l’expérience par contagion. (Agenda du 3 juin 1968)

3. Mais pour terminer, ce que nous voudrions surtout savoir, c'est s'il existe des façons de nous protéger de ces phénomènes de contagion si problématiques. Mère évoque plusieurs possibilités. 

Le physique subtil déborde de beaucoup le corps. Puis vient ce que Théon appelait «le sous-degré nerveux», c’est-à-dire l’intermédiaire entre ce physique subtil et le vital. Et cet intermédiaire agit comme une protection : s’il est en équilibre et harmonieux, fort, il vous protège – il vous protège même physiquement –, par exemple, de la contagion des maladies, même des accidents. (Agenda du 5 août 1961)

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Il ne reste que le phénomène de contagion (contagion de virus ou microbienne), mais là, l’expérience montre que les phénomènes de désordre psychologique – tous les désordres psychologiques – semblent, selon l’expérience, de même nature que la contagion d'une maladie contagieuse et de tous les virus, tous les microbes (comme la peste, le choléra, etc.). Il y a des contagions psychologiques, d'états psychologiques : les états de révolte ou de violence, de colère ET DE DÉPRESSION sont contagieux de la même façon; c'est un phénomène analogue. 

.../…

J'ai eu l’expérience tout à fait concrète pas plus tard qu'avant-hier, d'une vague extrêmement intense de Compassion divine (devant l’une de ces «contagions psychologiques»)et j'ai eu la possibilité d'observer comment, si on laisse cette Compassion se manifester sur un certain plan, cela devient une émotion qui peut déranger, troubler le calme imperturbable; mais si ça se manifeste (ce ne sont même pas des «plans» : ce sont des nuances imperceptibles), si ça se manifeste dans sa vérité essentielle, cela garde tout son pouvoir d'action, d'aide efficace, et cela ne change rien au calme imperturbable de la vision éternelle. (Agenda du 3 août 1966)

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C'est parmi les choses que j'ai apprises par expérience ces derniers temps : l'universalisation, le contact avec tout (geste horizontal), et alors cela a été montré au corps d'une façon si précise, dans le détail de la vibration...

Dans l'état de réceptivité (geste vertical vers le Haut), de passivité réceptive (c'est-à-dire le contraire de l'action), il faut que ce soit exclusivement vers le Suprême (même geste vertical); et cela a été enseigné au corps, aux cellules, qui ont compris – qui ont compris et qui ont maintenant l'habitude.

Dans l'état d'action (geste horizontal), quand on est un avec (mettons, réduisons le problème à la terre) avec toute la terre, ce doit être une vibration active de rayonnement de la Force suprême. Réceptivité comme cela (geste vertical qui reçoit la Force) et activité comme cela (geste horizontal qui répand la Force). Et elles ont senti, elles ont compris, elles peuvent le faire. Et alors, c'est si merveilleux, dans le moindre détail, le rapport avec tout ce qui vous entoure, avec un rayonnement qui s'élargit de plus en plus.

Quand on réalise ces deux attitudes simultanément, ça abolit la contagion : la contagion mentale (justement celle dont Sri Aurobindo parle là, que l'on a quand on «admire» quelque chose), la contagion mentale, la contagion vitale et même la contagion physique – quand les cellules réalisent cela, on n'attrape plus les maladies.

Parce que, avant (pendant longtemps), chaque fois que dans le champ du rayonnement d'action il se produisait quelque chose, il y avait une répercussion (en Mère). Pendant très longtemps, c'était dangereux. Puis c'était limité à un malaise qui devenait conscient, et conscient du pourquoi – du pourquoi et du comment. C'était réduit à l'état de malaise, mais c'était encore... ennuyeux. Et maintenant, c'est une sorte de... je ne peux pas dire «connaissance» parce que ce n'est pas mental, mais c'est une awareness (il n'y a pas de mots en français), c'est une perception – et c'est tout, et ça n'a pas d'action (c'est-à-dire pas de répercussions sur le corps de Mère). Et alors, tout le problème est là :

Il y a ceux qui ont trouvé cela, la verticale justement qui s'en va jusqu'aux hauteurs, et qui se sont isolés du monde (ils ne pouvaient pas le faire complètement parce qu'ils n'avaient pas la connaissance, mais ils ont essayé). Et alors ce n'est pas ça. Il y a ceux qui veulent aider, les généreux, qui sont comme cela (geste d'expansion horizontale), et puis qui attrapent tout, même les maladies mentales de tous les gens qui les entourent. Et alors, la vérité, ce sont les deux ensemble : ça, l'état passif, réceptif (geste vertical), et ça, l'état actif, de l'action et du rayonnement (geste horizontal). Et le corps est devenu tout à fait conscient du double mouvement et il travaille à le réaliser dans le détail.

C'est un grand problème résolu. (Agenda du 6 décembre 1967)

C'est un Agenda formidable par ce que c'est quelque chose d'une très grande importance et c'est expliqué si simplement que l'on comprend et que l'on peut commencer à étudier comment le mettre en pratique. Avant d'envisager de travailler à le réaliser dans le détail, nous pouvons commencer par nous souvenir aussi souvent et constamment que possible de la réceptivité passive verticale à la Force d'en haut et de l'activité de rayonnement horizontale de la Force : seulement y penser, se concentrer sur l'idée, avec une observation aussi neutre et impartiale que possible des progrès et des effets. Ça, c'est tout à fait à notre portée. 

Cet Agenda est aussi très émouvant. 1967, Mère a 89 ans, elle fut l'incarnation de la Conscience divine, et pourtant, elle continuait de chercher et de trouver des choses... que bien des enseignements n'avaient pas résolus. Et Mère partage généreusement tout ce qu'elle découvre et qui est susceptible d'aider l'humanité à évoluer. C'est là peut-être que l'on sent le mieux qu'elle est notre Mère car il n'est sans doute rien qui ne réjouisse davantage le cœur d'une Mère que de voir ses enfants grandir et évoluer. 

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J'évoquais plus haut notre nature divisée, cet extrait du deuxième chapitre du Yoga des Œuvres divines de Sri Aurobindo l'explicite on ne peut plus clairement :

La découverte la plus déconcertante que l’on puisse faire est de voir que chaque partie de nous-mêmes — l’intellect, la volonté, le mental sensoriel, l’être de désir ou être nerveux, le cœur, le corps — a, pour ainsi dire, sa propre individualité complexe et une formation naturelle indépendante du reste ; aucune des parties de notre être n’est d’accord avec elle-même, ni avec les autres ni avec l’ego représentatif qui est l’ombre projetée sur notre ignorance superficielle par le moi central et centralisateur.

Nous découvrons que nous sommes composés, non d’une mais de multiples personnalités, et que chacune a ses propres exigences, sa propre nature distincte. Notre être est un chaos grossièrement constitué dans lequel il nous faut introduire le principe d’un ordre divin.

Nous découvrons, en outre, qu’au-dedans comme au-dehors, nous ne sommes pas seuls dans le monde ; le séparatisme aigu de notre ego n’est qu’une puissante supercherie et une illusion.

Nous n’existons pas par nous-mêmes, isolés dans une retraite intérieure ou solitaires. Notre mental est une machine à recevoir, développer, modifier, à travers laquelle un flot d’éléments étrangers passe constamment, sans interruption. C’est toute une masse de matériaux disparates qui se déversent d’en haut, d’en bas, du dehors. Beaucoup plus de la moitié de nos pensées et de nos sentiments ne sont pas nôtres, car ils prennent forme en dehors de nous ; en fait, il y a fort peu de choses qui aient vraiment leur origine dans notre nature.

Une grande partie de nos mouvements intérieurs proviennent d’autrui ou de notre entourage comme matières premières ou produits manufacturés, mais davantage encore de la Nature universelle terrestre, ou d’autres mondes, d’autres plans et de leurs êtres, de leurs pouvoirs et leurs influences, car nous sommes entourés par d’autres plans de conscience — les plans du mental, de la vie, de la matière subtile — qui nourrissent notre vie et notre action ici- bas ou au contraire s’en nourrissent, exercent une pression sur elles et les utilisent pour manifester leurs formes et leurs forces.

Cette complexité, ces innombrables ouvertures, cette sujétion au flot envahissant des énergies universelles augmentent énormément la difficulté pour ceux qui cherchent un salut individuel. Nous devons tenir compte de tous ces éléments et les gérer correctement, connaître la substance secrète de notre nature et les mouvements qui la constituent et en résultent afin d’y créer un centre divin, une harmonie véritable, un ordre lumineux.

Puisque nous sommes composés de différentes parties en conflit (ou en guerre) les unes contre les autres, notre chemin de paix sera dans l'unification de notre l'être, l'harmonisation de nos différentes forces, tendances, énergies, personnalités. Et cette organisation de l'être ne peut se faire qu'autour de notre vrai centre, le centre divin en nous, le centre psychique, tout au fond de notre cœur. 

De même, tant que nos pensées, nos paroles, nos actions, notre mode de vie ne seront pas en harmonie et alignés sur notre vérité la plus profonde et la plus haute, il est très probable que nous ressentirons un certain malaise, contraire à la paix que nous recherchons. 

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Nous pouvons aussi voir la question sous l'angle de la pureté, non au sens moral mais au sens où l'entendent Sri Aurobindo-Mère : n'accepter aucune autre influence que celle du Divin. En effet, si quelque chose en nous n'est pas en paix, pas en ordre, pas en harmonie, c'est le signe indubitable, que cet endroit-là n'est pas ouvert à l'influence du Divin, c'est aussi simple que cela. Avec beaucoup de patience et de persévérance nous devons ouvrir et convertir chaque parcelle de notre être à la divine influence.  

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Si nous cherchons la paix, c'est que nous ne l'avons pas. Ceci dit, la nature humaine étant ce qu'elle est, il est possible que si nous l'avions, nous nous en lasserions bien vite, comme d'une chose ennuyeuse, comme les disciples qui recevaient le silence mental de Sri Aurobindo, et le rejetait aussitôt. Est-ce que nous voulons vraiment la paix ? 

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Si nous cherchons la paix, commençons par nous demander si c'est seulement possible. Sraddhalu explique dans l'une de ses vidéos que les souffrances du peuple palestinien, du peuple ukrainien et des autres peuples en souffrance... ont une influence sur la conscience collective : même dans la solitude de nos appartements, nous ne sommes pas séparés du restes, et il y a une unité indéfectible entre les êtres.  Dans d'autres textes, Sri Aurobindo explique avec davantage de détails encore que notre mental individuel et relié à un mental universel, notre vital, à un vital universel et que même notre corps physique est relié à la substance universelle. 

Ainsi, il serait tentant de dire que tant le monde ne sera pas en paix, nous ne le serons pas non plus... mais cette hypothèse est évidemment exagérée et en contradiction avec le fait que des milliers de personnes ont malgré tout témoigné de l'existence d'une paix tout à fait indépendantes des circonstances. C'est elle qu'il s'agirait de trouver. 

Pourtant, dans l'Agenda du 10 mai 1958, la Mère nous fait une confidence qui semble aller dans le sens de l'impossibilité. Elle évoque une décision qu'elle a prise au moment où Sri Aurobindo a quitté son corps :

Après, quand il est parti et qu’il m’a fallu faire le yoga moi-même, pour être capable de tenir sa place physique j’aurais pu prendre l’attitude du Sage. Je l’ai fait puisque, à ce moment-là, au moment où il est parti, j’étais dans un état de sérénité sans égal. Quand il m’a dit en sortant de son corps et en entrant dans le mien : «Tu continueras, tu iras jusqu’au bout du travail», à ce moment-là j’ai imposé à ce corps une sérénité : la sérénité d’un détachement total. J’aurais pu rester comme cela.

Mais la sérénité absolue implique en quelque sorte le retrait de l’action, il fallait donc choisir l’un ou l’autre. Je me suis dit : «Je ne suis ni ceci exclusivement, ni cela exclusivement.» Et au fond, faire le travail de Sri Aurobindo, c’est réaliser le Supramental sur la terre. Alors j’ai commencé ce travail-là, et à vrai dire je n’ai demandé à mon corps que cela. Je lui ai dit : «Maintenant tu vas rectifier tout ce qui est démoli et, petit à petit, tu vas réaliser cette surhumanité intermédiaire entre l’homme et l’être supramental, c’est-à-dire ce que j’appelle le surhomme.»

Et c’est cela que j’ai fait depuis huit ans ; et encore beaucoup plus depuis deux ans, depuis 1956. Alors là, c’est le travail de chaque jour, de chaque minute.

Voilà où j’en suis. J’ai renoncé à l’autorité incontestée du Dieu, j’ai renoncé à la sérénité inébranlable du Sage... pour devenir le surhomme. J’ai tout concentré là-dessus.

J'ignore ce que les gens vivent dans leur conscience, dans leur travail intérieur... mais en ce qui me concerne, mon expérience m'invite à dire que lorsqu'on explore les mondes intérieurs, que l'on essaie d'amener de la conscience à l'intérieur du corps... c'est difficile. Il peut y avoir une certaine paix, le calme d'une observation tranquille, une attitude aussi détachée que possible... mais tout de même, il y a un combat contre des milliers de petites choses qui s'accrochent, qui se crispent, qui résistent. Dans le corps, c'est une expérience réalisée des centaines de fois. 

D'un côté, je pense avoir assez de bon sens pour ne pas comparer mes expériences et celles de Mère, et pourtant, quand dans l'Agenda du 19 mai 1959, elle dit : quand on en arrive au corps, quand on veut le faire avancer d’un pas – oh ! pas même un pas : un petit pas – , tout s’accroche : c’est comme si on mettait le pied sur une fourmilière... j'ai l'impression d'avoir souvent eu la même impression. Et dans ces moments-là, l'expérience de la paix paraît quelque chose de très-très éloigné du vécu. 

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Notre difficulté à atteindre la paix peut venir aussi d'une fausse identification. Cette paix que nous cherchons, nous ne la cherchons peut-être pas au bon endroit, dans des endroits ou des choses où elle n'existe pas de façon stable. Tant que nous sommes identifiés à notre ego mental, vital et physique, cela nous empêche d'accéder à notre Moi supérieur, à notre âme, à la vérité de notre être, à notre véritable nature ou à une autre conscience, à toutes ces choses, qui eux, possèdent la paix de plein droit puisque c'est dans leur nature même.

C'est la petite personne qui souffre d'un manque de paix et de tant d'autres afflictions; si nous abdiquons la petite personne, nous entrons dans une autre conscience, vaste, impersonnelle, stable, que rien ne peut troubler, tranquille, souriante...

Ceux qui en ont l'expérience ont dit : c'est le Brahman, c'est le Tao, c'est le Divin, c'est la Conscience universelle... toujours est-il que cette Conscience porte en elle une Paix dont nous pouvons faire l'expérience : 

Mais pour connaître le Moi, il faut que l’intellect soit assez fort pour rester dans un état de passivité complet ; il faut que nous ayons le pouvoir de chasser toute pensée, et finalement la capacité mentale de ne pas penser du tout, comme nous l’enjoint la Gîtâ. Cela est difficile pour le mental occidental qui ne voit rien de plus haut que la pensée et qui d’emblée confond le pouvoir qu’a le mental de ne pas penser, son silence complet, avec une incapacité de penser.

Mais ce faire silence est une capacité et non une incapacité, une force et non une impuissance. C’est une immobilité profonde et féconde. Quand le mental est absolument immobile comme une eau claire et lisse, sans mouvement, dans une pureté et une paix parfaites de tout l’être, quand l’âme transcende la pensée, alors le Moi, qui est la haute source de toutes les activités et de tous les devenirs, le Silence d’où naissent tous les mots, l’Absolu dont toutes les relativités sont des reflets partiels, peut se manifester dans la pure essence de notre être. Seul, dans le silence complet, le Silence est entendu ; seul, dans une paix sans mélange, l’Être se révèle. C’est pourquoi, pour nous, le nom de Cela est Silence et Paix.

Le Yoga de la Connaissance intégrale
Chapitre 3 – La compréhension purifiée

Quand nous commençons à ressentir que le Silence n'est pas une absence de parole... mais bien autre chose, une Présence, c'est le signe d'un progrès. Quoiqu'il en soit, la Paix divine est toujours là... en nous et autour de nous, c'est une certitude. Elle est simplement recouverte par le flot incessant des événements, par le vacarme de nos pensées, l'agitation de nos émotions et de nos sensations.

C'est drôle à dire, mais pour faire l'expérience de la paix, il faut déjà être un minimum en paix. Le 2 mai 1956 la Mère nous partage cette parole un peu énigmatique : Il n’y a que le semblable qui peut connaître le semblable. Et ajoute un peu plus loin que c’est un fait évident.

Si la paix est toujours présente, la question à résoudre est de savoir pourquoi nous ne la percevons pas ? Pourtant, dès que la conscience fait un mouvement de recul par rapport aux mouvements constants de la vie, et adopte la position du Témoin impassible, la paix est là. Finalement, est-ce que tout le problème ne repose pas sur un défaut de notre perception ? C'est peut-être parce que nous sommes habitués, et conditionnés, à focaliser notre attention sur les apparences extérieures, les événements, le mouvement... et non sur cette paix immuable, bien réelle mais plus discrète, à l'arrière plan de toute chose.

Et puis nous sommes terriblement encombrés par nos pensées, nos désirs, nos passions, nos convoitises, que tout cela ferme irrémédiablement la porte à la paix. Dans Essai sur la Guîtâ Sri Aurobindo nous donne ce conseil : Mais à cet effet, il est nécessaire de trancher ces vieilles racines du désir avec la robuste épée du détachement et de chercher alors [le] but suprême... Apprenons à découvrir et utiliser cette puissante épée du détachement, et la paix deviendra sans doute plus accessible. Si nous nous détachons des phénomènes extérieurs, que reste-t-il, si ce n'est ce qui est immuable ? 

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Pourquoi nous focaliser sur la paix ? Après tout, la paix n'est qu'une aspiration parmi d'autres. Il est tout aussi légitime pour le mental d'aspirer à la connaissance, à la lumière, à la sagesse ; pour le vital émotif d'aspirer à la paix, à la joie, à l'union, à l'amour; pour le vital dynamique d'aspirer à la force, à la maîtrise; que pour le corps d'aspirer à la santé, à la sécurité et au bien-être. Nous pouvons aussi avoir compris que seule la vérité et la transformation peuvent nous apporter le salut, et faire de cela le but central de notre existence et le sens de notre vie. 

Pourquoi nous focaliser sur la paix ? Après tout, la paix n'est qu'un attribut du Divin parmi tant d'autres. Dans la prière de la manifestation divine, la Mère en énumère un certain nombre : la Volonté, la Vérité, le Pureté, la Perfection, l'Unité, l'Éternité, L’Infinité, l'Immortalité, le Silence, la Paix, l'Existence, la Conscience, la Toute-puissance, la Félicité, la Connaissance, l'Omniscience, la Sagesse, l'Égalité, l'Intensité, la Lumière, l'Harmonie, la Compassion, la Beauté, l'Amour, la Victoire.

Dans d'autres prières, la Mère en évoque encore d'autres : la Bonté, la Miséricorde, la Puissance, la Réalisation, la Contemplation, la Vie, la Jeunesse, le Progrès, l'Abondance, la Plénitude, la Force, la Santé, l'Immensité, le Pouvoir, l'Invincibilité, la Splendeur, la Justice, la Béatitude, la Gloire... et nous pourrions en trouver bien d'autres encore puisque le Divin, étant infini, contient toutes les possibilités de réalisation.  

La Mère – Agenda sans date de 1957

Votre conscience individuelle est comme un filtre, un orientateur si je puis dire : elle fait un choix et fixe une possibilité dans l’infini des possibilités divines. Au fond, le Divin donne exactement à chaque individu ce qu’il attend de lui. Si vous croyez que le Divin est lointain et cruel, il sera loin et cruel, parce que, pour votre bien suprême, il sera nécessaire que vous sentiez la colère de Dieu. Il sera Kâlî1 pour les adorateurs de Kâlî, et la béatitude du bhakta2.

1. Kâlî : l’aspect guerrier (ou destructeur) du Divin.
2. Bhakta : celui qui suit la voie de l’amour.

Et il sera la Toute-Connaissance de ceux qui cherchent la Connaissance, l’Impersonnel transcendant de l’illusionniste. Il sera athée avec l’athée, et l’amour de celui qui aime. Il sera fraternel et proche, un ami toujours fidèle, toujours secourable, pour ceux qui le sentent comme le guide intérieur de chaque mouvement, de chaque minute. Et si vous croyez qu’il peut tout effacer, il effacera toutes vos fautes, toutes vos erreurs, inlassablement, et à chaque instant vous pourrez sentir sa Grâce infinie. En vérité, le Divin est ce que vous attendez de Lui dans votre aspiration profonde.

(…)

Le Divin est avec vous selon vos aspirations. Cela ne veut pas dire, naturellement, qu’il se plie aux caprices de votre nature extérieure – je parle ici de la vérité de votre être. Et encore, il se modèle parfois sur vos aspirations extérieures, et si, comme les dévots, vous vivez dans ces alternances d’éloignement et d’embrassement, d’extase et de désespoir, le Divin aussi s’éloignera de vous ou se rapprochera, selon ce que vous croirez. L’attitude est donc très importante, même l’attitude extérieure. Les gens ne savent pas à quel point la foi est importante, comme la foi est miracle, créatrice de miracles. Car si vous vous attendez à chaque instant à être soulevé et tiré vers le Divin, Il viendra vous soulever et II sera là, tout proche, de plus en plus proche.

La Paix, n'est qu'un élément parmi d'autres. pourquoi nous limiter à celui-ci ? Pourquoi nous limiter notre recherche à un attribut quand nous pouvons avoir le Divin lui-même, avec tous ses attributs ?  

Le Divin, la Mère divine, l'Un, le Tout, l'Infini... peuvent nous donner la paix que l'on recherche... et bien d'autres choses encore, pour peu que nous nous tournions vers Lui-Elle, et le demandions. Pendant longtemps, peut-être par manque de foi, par orgueil, par paresse, par timidité, par ignorance... nous ne demandons pas, nous n'invoquons pas.  

Notre apprentissage pourrait se résumer en plusieurs phases qui toutes doivent être accomplies correctement, avec la bonne attitude :

 

  • apprendre à nous tourner vers le Divin, à l'appeler, l'invoquer, à demander, 

     

  • apprendre à nous offrir et nous ouvrir à Son influence, à recevoir ce qu'il fait descendre en nous. Dans notre exemple, à laisser couler Sa paix en nous, à nous en imprégner complètement, dans notre nature tout entière, 

     

  • apprendre à laisser travailler ce qui descend en nous, à rester conscient, mais passif...,

     

  • apprendre à nous abandonner, à nous identifier, à devenir un, à fusionner avec ce que le Divin nous envoie : sa paix, son silence, sa lumière, sa force, sa joie, son amour...

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En conclusion

J'ai cherché à faire un tour aussi complet que possible de la question, mais je crains de n'avoir oublié d'autres aspects importants. Finalement, l'être humain est peut-être avant tout un être de manque. C'est peut-être cela que cherche les boulimiques et les alcooliques :  être plein ! La plénitude, quand tout est là et qu'il ne manque rien.  

J'en viens une fois de plus à me dire que sur sur ce sujet-là comme sur tous les autres, la seule solution, c'est le Divin. 

Le yoga intégral est basé sur sept tétrades, sept étapes. Chaque tétrade, comme son nom l'indique est composé de quatre éléments. La première, la tétrade de la paix est la fondation pour toutes les autres.

L'un des intérêts de cette tétrade est de découvrir qu'il est possible de se guérir du chagrin, de la douleur, de la dépression, qu'il y a un chemin, une réalisation où ces choses sortent complètement de notre nature. Savoir que cela existe est une force, cela change déjà quelque chose.

S'imprégner de ce texte est un moyen d'imprimer dans notre conscience ce que Sri Aurobindo nous dit et d'aider à ce que ça se réalise en nous. Nous pouvons aussi nous tourner vers Sri Aurobindo et solliciter son Aide. Le résultat dépendra sans doute pour beaucoup de la façon dont nous demandons, de notre sincérité, de notre disponibilité à recevoir et nous laisser travailler de l'intérieur.

SHANTI CHATUSTHAYA

TÉTRADE DE LA PAIX

 

Samata shnatih sukham hasyam :

(iti shantichatusthayam)

 

Équanimité, paix, bonheur, rire :

(tels sont les éléments de la tétrade de la paix)

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SAMATA

Samata est l'assise de la paix intérieure, la capacité de recevoir avec un esprit calme et une âme égale toutes les attaques et l'apparence des choses extérieures, qu'elles soient plaisantes ou déplaisantes, heureuses ou malheureuses, agréables ou douloureuses, qu'elles apportent l'honneur ou le déshonneur, la louange ou le blâme, l'amitié ou l'inimité, le péché ou la sainteté, ou, sur le plan physique, la chaleur ou le froid, etc.

Il existe deux formes de samata, l'une passive, l'autre active : samata face à la réception des choses du monde et samata dans la réaction à ces choses.

1) Samata passive

La samata passive comprend trois éléments : titiksha, udasinata, natih (iti samata).

Titiksha est la capacité d'endurer, avec fermeté, tout contact plaisant ou déplaisant, la capacité à ne pas être terrassé par ce qui est douloureux ni à se laisser emporter par ce qui est agréable. Recevoir calmement et fermement ces dualités, les contenir et les supporter, être plus grand et plus vaste que tout assaut du monde, tel est la position de titiksha.

Udasinata est l'indifférence aux dwandas ou dualités. Littéralement, ce terme signifie assis au-dessus, dominant tous contacts physiques et mentaux. L'homme udasinata, libre de désir, n'est touché ni par la joie ou le chagrin, ni par le plaisir ou la douleur, ni par la sympathie ou l'aversion, il peut sentir ces choses effleurer son esprit ou son corps, mais non lui-même, car il se sait différent de son esprit et de son corps. Il siège au-dessus.

Nati est la soumission de l'âme à la volonté de Dieu; elle accepte tous les contacts comme venant de Dieu et toutes les expériences comme son Jeu avec l'âme humaine. Nati peut être accompagnée de titiksha ; elle ressent la tristesse mais l'accepte comme la volonté de Dieu, ou elle peut être accompagnée d'udasinata, c'est-à-dire s'élever au-dessus et observer la joie et la tristesse avec équanimité comme des opérations de Dieu dans ses instruments inférieurs, ou encore être accompagnée d'ananda et recevoir toute chose comme le Jeu de Krishna, et par conséquent, béatifique en soi. Cet état est celui du Yogi accompli, car, par la pratique constante de ce namaskara1 à Dieu, plein d'une joie permanente, anandamaya, nous parvenons enfin à éliminer la douleur, le chagrin, etc.

1. Namaskara : mains jointes en salutations.

Libérés des dwandas (dualités), entièrement débarrassés de la peur et de la souffrance, nous trouvons Brahmanananda2 dans chaque détail, même les plus banals et les plus apparemment discordants de la vie et de l'expérience dans ce corps humain; Anandam Brahmano vidvan na bibheti kutaschana3. Certainement devons-nous commencer par titiksha et udasinata, mais c'est l'ananda qui couronne la siddhi (l'accomplissement) de samata.

2. Brahmananda : la félicité du Brahman, « Félicité essentielle de l'Esprit, qui ne dépend d'aucun objet ou circonstance »  ; elle « peut être décrite comme une éternité d'extase suprême ininterrompue », une félicité dont « la paix... est le noyau intime et l'essence ».
3. Celui qui possède le délice du Brahman ne craint rien de ce monde.

Le Yogi accueille la victoire et la défaite, le succès et l'échec, le plaisir et la douleur, l'honneur et la disgrâce avec un ananda égal – sama ananda –, d'abord par le buddhiyoga4 qui le sépare de ses réactions mentales et nerveuses habituelles, puis par vichara (la réflexion intellectuelle) qui l'amène à découvrir la vraie nature de l'expérience, son âme secrètement anandamaya emplit de sama ananda en toutes choses.

4. Buddhi-yoga : "le Yoga de la volonté intelligente qui se libère elle-même".

Il finit par changer toutes les valeurs ordinaires de l'expérience  ; pour lui, l'amangala (l'adversité) se révèle mangala (bénéfique), la défaite et la mauvaise fortune se révèlent comme l'accomplissement de l'objectif immédiat de Dieu, un pas vers l'ultime victoire, le chagrin et la douleur des formes déguisées et perverties du plaisir.

Il peut même atteindre un stade ou la douleur physique – état le plus difficile à supporter pour l'homme matériel – change de nature et se transforme en ananda physique ; mais cela seulement à la fin du voyage, quand l'homme, prisonnier de la matière, subjugué par son mental, émerge de sa sujétion, conquiert son mental et se délivre totalement dans son corps, réalisant son vrai moi anandamaya dans chaque partie de l’adhara5.

5. Adhara : véhicule, réceptacle, support; "cela dans lequel la conscience est actuellement contenue : mental-vie-corps".

2) Samata active

L'ananda universel ou sama ananda dans toutes les expériences constitue la samata active. Elle comprends trois parties ou stades : 

Rasah, Pritir, anandah (iti sarvanandah)

le sens subtil de la saveur de chaque chose, 
le contentement, 
la béatitude 

constituent la félicité intégrale.

Rasa est la perception appréciative du guna (trait, qualité), l'aswada1, le goût et la qualité que l'Ishwara de la lila (le Seigneur du jeu divin) perçoit en chacun des différents objets d'expérience (vishayas) créés par Lui dans sa lila2.

Pritih est le plaisir que prend le mental dans tout rasa, agréable ou désagréable, doux ou amer.

Ananda est le bhoga (délice) divin, supérieur à tout plaisir mental, avec lequel Dieu goûte le rasa ; dans l'ananda l'opposition des dualités cesse entièrement.

1. Aswada : le goût (au sens littéral et figuré) ; le sens subtil du goût (rasadrishti).
2. Lila : jeu ; le monde en tant que jeu du Seigneur ou Ishwara, « dans lequel l'Être divin joue avec les conditions de l'existence cosmique dans ce monde d'une Nature inférieure ».

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SHANTI

C'est seulement quand la samata est accomplie que shanti (la paix) peut devenir parfaite dans le système. La moindre perturbation, le moindre trouble dans le mental sont les signes certains d'une perturbation ou d'une imperfection dans la samata. Car l'esprit de l'homme est complexe, et même quand, dans la buddhi3, nous sommes entièrement établis en udasinata ou nati, la révolte, le malaise, les murmures peuvent se manifester ailleurs dans notre être. La buddhi, le manas4, le cœur, les nerfs (prana), même l'enveloppe corporelle, tous doivent se soumettre à la règle de samata.

Shanti peut-être soit un vaste calme passif fondé sur l'udasinata, soit un vaste calme joyeux fondé sur nati. Le premier est enclin à une tendance à l'inaction ; c'est donc dans le second que notre Yoga doit culminer.

3. Buddhi : intelligence ; le mental pensant
4. Manas : le mental sensoriel

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SUKHA

Sukham est la délivrance et la libération complète de duhkha (l'affliction, la tristesse) et de vishada (le découragement). 

Elle découle de l'accomplissement de samata et de shanti. Le Yogi accompli n'a jamais en lui la moindre trace de chagrin, la moindre tendance à la dépression, aucune ombre ou plainte intérieures, aucun abattement – il est toujours empli d'aise et de lumière sattwiques1.

1. Sattwique, de sattwa : l'être ; le plus élevé des trois modes (trigurna) de la prakriti inférieure, le guna de « la semence de l'intelligence », qui « maintient l'équilibre des mouvements de l'énergie ».

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HASYA

Hasyam est la face active de sukkham ; c'est un état intérieur et dynamique de contentement et de gaîté qu'aucune expérience mentale ou physique adverse ne peut troubler. 

Sa perfection est la marque et le seau de Dieu dans la siddhi de samata. Hasyam est dans notre être intérieur l'image du sourire de Sri Krishna jouant – balavat (tel un enfant), l'éternel balaka (enfant) et kumara (jeune homme) dans le jardin du monde.

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Après tout, qu’est Dieu ? Un éternel enfant jouant un jeu éternel dans un éternel jardin.

Sri Aurobindo – Aperçus et Pensées

Après la publication, il m'est venu qu'il serait utile de publier la pratique Sraddhalu sur la descente de la paix. La vidéo est en anglais mais avec la traduction automatique des sous-titres, on comprend l'essentiel. 

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