Entrainement et amélioration des sens (03)
5. L'entraînement des sens (page 397)
Il existe six sens qui servent la connaissance : la vue, l'ouïe, l'odorat, le toucher, le goût et l'esprit, et tous, à l'exception du dernier, se tournent vers l'extérieur et recueillent le matériau de la pensée depuis l'extérieur à travers les nerfs physiques et leurs organes terminaux, l'œil, l'oreille, le nez, la peau, le palais. La perfection des sens en tant que serviteurs de la pensée doit être l'une des premières préoccupations de l'enseignant. Les deux qualités requises des sens sont l'exactitude et la sensibilité. Nous devons d'abord comprendre quels sont les obstacles à l'exactitude et à la sensibilité des sens, afin de prendre les meilleures mesures pour les surmonter. La cause de l'imperfection doit être comprise par ceux qui souhaitent atteindre la perfection.
Les sens dépendent, pour leur exactitude et leur sensibilité, de l'activité non entravée des nerfs, qui sont les canaux de leur information, et de l'acceptation passive de l'esprit, qui est le récepteur. En eux-mêmes, les organes accomplissent leur travail parfaitement. L'œil donne la forme correcte, l'oreille le son exact, le palais le goût juste, la peau le toucher approprié, le nez l'odeur correcte. Cela peut être facilement compris si nous étudions l'action de l'œil comme un exemple déterminant. Une image correcte est reproduite automatiquement sur la rétine ; s'il y a une erreur dans son appréciation, ce n'est pas la faute de l'organe, mais de quelque chose d'autre.
L'erreur peut provenir des courants nerveux. Les nerfs ne sont rien d'autre que des canaux ; ils n'ont en eux-mêmes aucun pouvoir de modifier l'information fournie par les organes. Cependant, un canal peut être obstrué, et cette obstruction peut interférer soit avec la complétude, soit avec l'exactitude de l'information, non pas au moment où elle atteint l'organe, où elle est nécessairement et automatiquement parfaite, mais lorsqu'elle parvient à l'esprit. La seule exception concerne un défaut physique dans l'organe en tant qu'instrument. Cela ne relève pas du domaine de l'éducateur, mais de celui du médecin.
Si l'obstruction est telle qu'elle empêche l'information d'atteindre l'esprit, le résultat est une sensibilité insuffisante des sens. Les défauts de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, du toucher, du goût, l'anesthésie à divers degrés, sont curables lorsqu'ils ne sont pas le résultat d'une blessure ou d'un défaut physique de l'organe lui-même. Les obstructions peuvent être éliminées et la sensibilité rétablie par la purification du système nerveux. Le remède est simple et devient de plus en plus populaire en Europe pour différentes raisons et objectifs : la régulation de la respiration. Ce processus restaure inévitablement l'activité parfaite et non entravée des canaux et, s'il est bien et complètement effectué, conduit à une activité accrue des sens. Ce processus est appelé dans la discipline yogique nadi-shuddhi ou purification des nadis (canaux nerveux).
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(Il existe sur internet de nombreuses vidéos de présentation de cette respiration alternée.)
L'obstruction dans le canal peut être telle qu'elle ne bloque pas totalement, même à un faible degré, mais déforme l'information. Un exemple courant de ceci est l'effet de la peur ou de l'alarme sur l'action des sens. Le cheval effrayé prend un sac sur la route pour un être vivant dangereux, l'homme apeuré prend une corde pour un serpent, un rideau qui ondule pour une forme fantomatique. Toutes les distorsions dues aux actions dans le système nerveux peuvent être attribuées à une sorte de perturbation émotionnelle agissant dans les canaux nerveux. Le seul remède pour celles-ci est l'habitude du calme, la stabilité habituelle des nerfs. Cela peut également être obtenu par le nadi-shuddhi ou purification des nadis (canaux nerveux), qui apaise le système, confère un calme délibéré à tous les processus internes et prépare la purification de l'esprit.
Si les canaux nerveux sont calmes et clairs, la seule perturbation possible de l'information provient de ou à travers l'esprit. Or, le manas ou sixième sens est en lui-même un canal, comme les nerfs, un canal pour la communication avec la buddhi ou la force cérébrale. La perturbation peut survenir soit d'en haut, soit d'en bas. L'information venant de l'extérieur est d'abord photographiée sur l'organe terminal, puis reproduite à l'autre extrémité du système nerveux dans le citta ou mémoire passive. Toutes les images de la vue, du son, de l'odorat, du toucher et du goût y sont déposées, et le manas les transmet au buddhi. Le manas est à la fois un organe sensoriel et un canal. En tant qu'organe sensoriel, il est aussi automatiquement parfait que les autres ; en tant que canal, il est sujet à des perturbations entraînant soit une obstruction, soit une distorsion.
En tant qu'organe sensoriel, l'esprit reçoit des impressions de pensée directes de l'extérieur et de l'intérieur. Ces impressions sont en elles-mêmes parfaitement correctes, mais dans leur transmission à l'intellect, elles peuvent soit ne pas atteindre l'intellect du tout, soit y parvenir de manière si déformée qu'elles produisent une impression fausse ou partiellement fausse. La perturbation peut affecter l'impression qui accompagne l'information de l'œil, de l'oreille, du nez, de la peau ou du palais, mais son influence ici est très faible. En revanche, son effet sur les impressions directes de l'esprit est extrêmement puissant et constitue la principale source d'erreur. L'esprit reçoit principalement des impressions directes de pensée, mais aussi de forme, de son, et en réalité de toutes les choses pour lesquelles il préfère habituellement s'appuyer sur les organes sensoriels. Le plein développement de cette sensibilité de l'esprit est appelé, dans notre discipline yogique, sūkṣmadṛṣṭi ou réception subtile des images. La télépathie, la clairvoyance, la claire audience, les pressentiments, la lecture de pensée, la lecture de caractère et de nombreuses autres découvertes modernes sont des pouvoirs très anciens de l'esprit qui ont été laissés non développés, et ils appartiennent tous au manas. Le développement du sixième sens n'a jamais fait partie de l'entraînement humain. Dans un âge futur, il occupera sans doute une place dans l'entraînement préalable nécessaire de l'instrument humain. En attendant, il n'y a aucune raison pour que l'esprit ne soit pas entraîné à fournir un rapport correct à l'intellect, afin que notre pensée parte d'impressions absolument correctes, sinon complètes.
Le premier obstacle, l'émotion nerveuse, peut être supposé éliminé par la purification du système nerveux. Le deuxième obstacle est celui des émotions elles-mêmes qui déforment l'impression au moment où elle arrive. L'amour peut le faire, la haine peut le faire, toute émotion ou désir, selon son pouvoir et son intensité, peut déformer l'impression pendant son trajet. Cette difficulté ne peut être surmontée que par la discipline des émotions, la purification des habitudes morales. Cela fait partie de l'entraînement moral, et sa considération peut être reportée pour le moment. La difficulté suivante est l'interférence des associations antérieures formées ou enracinées dans le citta ou mémoire passive. Nous avons une manière habituelle de voir les choses, et l'inertie conservatrice de notre nature nous dispose à donner à chaque nouvelle expérience la forme et l'apparence de celles auxquelles nous sommes habitués. Seuls les esprits plus développés peuvent recevoir les premières impressions sans un biais inconscient contre la nouveauté d'une expérience nouvelle. Par exemple, si nous recevons une impression vraie de ce qui se passe — et nous agissons habituellement sur de telles impressions, vraies ou fausses — si elle diffère de ce à quoi nous sommes habitués à attendre, l'ancienne association la rencontre dans le citta et envoie un rapport modifié à l'intellect, dans lequel la nouvelle impression est soit recouverte et dissimulée par l'ancienne, soit mélangée à elle. Approfondir davantage ce sujet nous entraînerait trop loin dans les détails de la psychologie. Cet exemple typique suffira. Se débarrasser de cet obstacle est impossible sans cittaśuddhi ou purification des habitudes mentales et morales formées dans le citta. C'est un processus préalable du yoga et était réalisé dans notre ancien système par divers moyens, mais serait considéré comme hors de propos dans un système éducatif moderne.
Il est donc clair que, à moins de revenir à certains principes de notre ancien système indien, nous devons nous contenter de laisser cette source de perturbation subsister. Un système éducatif véritablement national ne se laisserait pas contrôler par des idées européennes dans cette question d'une importance capitale. Et il existe un processus si simple et si significatif qu'il peut facilement être intégré à notre système.
Ce processus consiste à instaurer une passivité face au flot incessant de sensations de pensée qui émergent de leur propre élan de la mémoire passive, indépendamment de notre volonté et de notre contrôle. Cette passivité libère l'intellect du siège des anciennes associations et des fausses impressions. Elle lui donne le pouvoir de sélectionner uniquement ce qui est désiré dans le réservoir de la mémoire passive, établit automatiquement l'habitude de recevoir des impressions correctes et permet à l'intellect de dicter au citta quels samskaras ou associations doivent être formés ou rejetés. Tel est le véritable rôle de l'intellect : discriminer, choisir, sélectionner, organiser. Mais tant qu'il n'y a pas de cittaśuddhi, au lieu d'accomplir cette fonction parfaitement, l'intellect lui-même reste imparfait et corrompu, ajoutant à la confusion dans le canal mental par des jugements erronés, une imagination fausse, une mémoire erronée, une observation fausse, une comparaison, un contraste et une analogie erronés, ainsi que des déductions, inductions et inférences erronées. La purification du citta est essentielle pour la libération, la purification et l'action parfaite de l'intellect.
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6. Amélioration des sens par la pratique (page 400)
Une autre cause de l'inefficacité des sens en tant que collecteurs de connaissances est leur usage insuffisant. Nous n'observons pas suffisamment, ou pas avec assez d'attention et de minutie, et une vue, un son, une odeur, voire un toucher ou un goût, frappe en vain à la porte pour être admis. Cette inertie tamasique des instruments récepteurs est sans doute due à l'inattention de la buddhi, et donc sa considération pourrait sembler relever proprement de l'entraînement des fonctions de l'intellect, mais il est plus pratique, bien que moins correct psychologiquement, de l'aborder ici. L'élève devrait être habitué à saisir les vues, les sons, etc., autour de lui, à les distinguer, à noter leur nature, leurs propriétés et leurs sources, et à les fixer dans le citta afin qu'ils soient toujours prêts à répondre lorsque la mémoire les sollicite.
Il est un fait, prouvé par des expériences minutieuses, que la faculté d'observation est très imparfaitement développée chez les hommes, simplement par manque de soin dans l'utilisation des sens et de la mémoire. Donnez à douze hommes la tâche de relater de mémoire quelque chose qu'ils ont tous vu il y a deux heures, et leurs récits différeront tous les uns des autres et de l'événement réel. Éliminer cette imperfection contribuera grandement à supprimer l'erreur. Cela peut être accompli en entraînant les sens à accomplir leur travail parfaitement, ce qu'ils feront aisément s'ils savent que la buddhi l'exige d'eux, et en accordant suffisamment d'attention pour placer les faits à leur juste place et dans le bon ordre dans la mémoire.
L'attention est un facteur de la connaissance, dont l'importance a toujours été reconnue. L'attention est la première condition d'une mémoire correcte et de l'exactitude. Prêter attention à ce qu'il fait est le premier élément de discipline requis de l'élève, et, comme je l'ai suggéré, cela peut être facilement obtenu si l'objet de l'attention est rendu intéressant. Cette attention portée à une seule chose est appelée concentration. Une vérité est cependant parfois négligée : la concentration sur plusieurs choses à la fois est souvent indispensable. Quand on parle de concentration, on implique généralement de centrer l'esprit sur une seule chose à la fois ; mais il est tout à fait possible de développer la capacité de double concentration, de triple concentration, voire de concentration multiple. Lorsqu'un événement donné se produit, il peut être composé de plusieurs occurrences simultanées ou d'un ensemble de circonstances simultanées : une vue, un son, un toucher, ou plusieurs vues, sons, touchers se produisant au même moment ou dans un court laps de temps. La tendance de l'esprit est de se fixer sur l'un et de noter les autres vaguement, de ne pas en remarquer certains du tout, ou, s'il est forcé de prêter attention à tous, de se laisser distraire et de n'en observer aucun parfaitement. Pourtant, cela peut être corrigé, et l'attention peut être également répartie sur un ensemble de circonstances de manière à observer et à mémoriser chacune parfaitement. Il s'agit simplement d'une question d'abhyāsa ou de pratique naturelle et constante.
Il est également très souhaitable que la main puisse venir en aide à l'œil dans la gestion des nombreux objets de son activité afin d'assurer l'exactitude. Cette utilité est si évidente et impérativement nécessaire qu'il n'est pas besoin de s'y attarder longuement. La pratique de l'imitation par la main de ce qui est vu est utile à la fois pour détecter les écarts et les inexactitudes de l'esprit dans l'observation des objets des sens et pour enregistrer précisément ce qui a été vu. L'imitation par la main garantit l'exactitude de l'observation. Cela constitue l'une des premières utilités du dessin, et cela suffit en soi pour faire de l'enseignement de cette discipline une partie nécessaire de l'entraînement des organes.
Chapitres 5 et 6 : pages 397 à 403