P.L. L'homme de la curie romaine (1970-1972)
Pour résumer, rappelons quelques idées que nous avons pu trouver dans les articles précédents sur la religion :
Pour résumer, rappelons quelques-unes des idées que nous avons pu trouver dans les articles précédents sur la religion :
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Les critiques de la religion sont abondantes, parfois très dures, allant jusqu’à mettre en lumière leur lien avec les forces adverses,
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Cependant, les religions peuvent s’avérer encore nécessaires à certaines personnes,
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Et puis, malgré les faussetés des religions, il reste déconseillé de déranger la foi de quelqu’un ; ce qui n'est pas si simple à mettre en pratique de façon correcte,
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Et enfin, malgré le fait que Mère elle-même admet ne jamais avoir été en très bons termes avec les religions, elle s’est BEAUCOUP concentrée sur l’Église catholique et annoncé qu’un changement très important avait commencé et que cela concernait toute la terre...
Voyons maintenant le troisième et dernier volet des relations de P.L. avec Mère.
Agenda du 13 juin 1970
Douce Mère, j'aurais un problème important à régler avec toi, si tu as le temps... C'est au sujet de mon livre, «Le Sannyasin». Il s'est produit quelque chose et je ne sais pas si c'est un signe de la Grâce, ou un signe de l'opposition !
(Mère rit)
Tu sais qu'on avait donné ce livre à P.L. [le disciple du Vatican] pour qu'il le remette à un éditeur qu'il connaissait à Paris, Robert Laffont, parce que, moi, je ne tenais pas beaucoup à ce que cela aille entre les mains de mon éditeur habituel avec qui j'ai eu pas mal d'ennuis... Alors il se trouve qu'avant d'aller voir Robert Laffont, P.L. a dû aller voir mon éditeur habituel pour signer le contrat de la traduction espagnole de «L'Aventure de la Conscience».
Et voilà ce qui s'est passé... P.L. m'écrit :
«Il commence par me faire de grandes difficultés. Je lui dis que je ne veux aucune faveur, je suis prêt à lui verser de suite les droits et à signer le contrat. À un moment, il me demande : "Mais pourquoi vous intéressez-vous aux problèmes et doctrines de l'Inde ?"
Je lui réponds : "Les Églises sont en crise ; et quand le bateau coule, inutile de discuter s'il faut sauter à gauche ou à droite !" D'un coup, l'étincelle de l'amitié jaillit ; il me dit qu'il est protestant, que son beau-père est un pasteur très important de Paris, qui a été invité au Vatican pour faire une réunion des catholiques et des protestants. Là-dessus, nous signons le contrat. Je lui dis que j'attache une grande importance à ce livre dans toute l'Amérique latine. Il me dit qu'en France aussi, "Sri Aurobindo" de Satprem se vend très bien, mais qu'il y a un certain malentendu avec vous.
Puis je lui dis qu'en sortant de chez lui, je me propose d'aller voir Laffont, un autre éditeur, car j'ai avec moi votre dernier ouvrage : "Le Sannyasin". Et je le lui montre. À peine l'a-t-il vu qu'il me supplie de ne pas le priver de le publier, de ne pas aller chez Laffont et de lui laisser le livre, car il désire le lire immédiatement ! Je lui ai dit que j'allais réfléchir...»
C'est oui.
C'est oui ? [le disciple fait la grimace.]
Il est converti ! Ça c'est intéressant. C'est intéressant, oh !... c'est quelque chose.1
1. Finalement, cet éditeur refusera Le Sannyasin en disant que ce n'était «pas commercial». Mais il sera tout de même «converti», car, deux ans plus tard, ce même éditeur décidera de publier toutes les œuvres de Sri Aurobindo d'une façon tout à fait «inattendue», alors qu'il avait refusé depuis des années. Mère avait donc vu ce revirement deux ans avant.
P.L. est très bon conducteur de la Force, oh !... Ça, je le savais.
J'ai eu déjà cette sensation pour lui deux ou trois fois (ce n'est pas la première fois : deux ou trois fois)... Comment expliquer cela ?...
La Puissance qui est à l'œuvre est répandue partout comme cela (geste universel), et deux ou trois fois déjà (peut-être même davantage), j'ai vu P.L. comme... je le sens comme un instrument qui rassemble les Rayons – les rayons de la Force – et qui les dirige avec une puissance extraordinaire pour obtenir le résultat. Il est comme une... je ne sais pas, j'ai l'impression d'une mitrailleuse ! J'ai tout à fait l'impression d'une mitrailleuse qui rassemble la Force (geste montrant le «canon» de la mitrailleuse) et vrrm ! la précipite.
Mais c'est MATÉRIEL. Il a un pouvoir extraordinaire !... Oui, ça fait comme un coup de canon, je ne sais pas, quelque chose qui domine les résistances d'une façon extraordinaire. Et ils doivent le sentir là-bas (au Vatican), ils sont très sensitifs, ces gens. Ils doivent avoir trouvé qu'il a un pouvoir d'action extraordinaire – ils ne veulent pas le perdre, c'est pour cela qu'ils ne lui répondent pas.2
2. Devant les intrigues du Vatican, P.L. avait finalement écrit au pape pour démissionner du Vatican. On ne lui a jamais répondu.
C'est comme la capacité d'une direction (geste de concentration de la Force à travers un canal), et quelque chose qui a la puissance de balayer les résistances.
Et c'est pour cela qu'on ne l'a pas laissé aller avec le pape,3 parce qu'ils auraient fait quelque chose ensemble.
3. En 1969, à Genève, pour la «réunion» avec les Églises protestantes. Puis des intrigues ont empêché P.L. d'accompagner le pape.
Dans le temps, quand un homme était comme cela, on l'appelait «l'instrument de Dieu». Il me fait absolument cet effet : l'instrument de Dieu. Un pouvoir qui rassemble la Force, la concentre, et ça devient formidable.
Je suis contente, très contente, tu le lui diras !
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Agenda du 29 juillet 1970
J'ai une lettre de Monseigneur R [l'ami de P.L.]. Est-ce que cela t'intéresse ?... Tu sais qu'il devait venir à la fin de l'année dernière, je crois, et, «comme par hasard», il en a été empêché.
Cela ne m'étonne pas.
Puis, tout récemment, il a eu une grave opération. Alors il t'avait écrit une lettre au mois de février, qu'il n'a jamais envoyée, et il Va donnée à Z1.
1 Une personne qui habitait à l'Ashram et qui vient de faire un séjour en Europe.
Tiens !… Il est encore malade ?
Non, il est en guérison. Et puis, il est dans une affaire... Je t'ai dit que cet homme avait des centaines et des centaines de millions, une fortune considérable, qu'il ramassait toujours avec des femmes – il a un pouvoir sur les femmes.
Il en a encore reçu ?
Oui, il a encore reçu cent millions de francs suisses de la veuve d'un banquier.
Il est vieux, cet homme, non ?
J'ai sa photo là.
Oh ! montre.
Il est justement avec la femme qui vient de lui donner cent millions.
Ça, c'est amusant !... (Mère regarde la photo) Oh ! ils ne sont plus en costume, ils sont en civil ?...
Ça dépend des occasions !
(Mère regarde) Oh ! c'est ça... Tiens-tiens-tiens !... C'est un homme d'une cinquantaine d'années ?
Un peu plus, je crois.
(après un silence)
C'est intéressant. Et alors, qu'est-ce qu'il écrit ?
Mère,
Plus l'attente se prolonge et plus vif est mon désir de vous voir. C'est sans doute parce que notre rencontre doit avoir sur ma vie une influence considérable que les obstacles se multiplient sous mes pas. Je suis navré de voir ce départ pour Pondichéry sans cesse retardé et remis à plus tard.
Demain, en votre anniversaire, je serai par la pensée et par la prière au milieu de tous vos enfants si heureux de vous offrir leurs vœux les plus chaleureux et les plus affectueux.
Que Dieu vous garde encore de longues années à l'affection de vos innombrables amis – qui ont tous besoin de vos conseils et de votre présence pour purifier leur être et le grandir jusqu'à la taille surhumaine voulue du Créateur.
Je tiens, Mère, à vous redire mon admiration, mon attachement, et mon immense désir d'aller près de vous au plus tôt.
P.L. travaille toujours pour lui ?
Oui, depuis cette grave maladie, R lui a passé tous les pouvoirs pour gérer cette immense affaire – des milliards.
Tout, des cadeaux ?
Tous, des cadeaux. Et tout tombe sur les épaules de P.L.
(après un long silence)
Z t'a dit qu'elle voulait s'en aller ?2
2. Notons que Z est en relation avec Mgr R et avec P.L.
Oui.
Qu'est-ce qui l'a fait décider cela ?
Douce Mère, j'ai eu une étrange impression avec elle... Deux ou trois fois, j'ai été amené à lui dire : «Que la Grâce soit avec vous», parce que j'ai l'impression qu'il n'y a que la Grâce qui peut la sauver.
Quelque chose est arrivé.
Oui, douce Mère. Il est arrivé qu'avant son départ pour l'Europe, elle a eu l'écroulement complet de toutes les constructions mentales...
Oui, ça, je sais.
Alors tout s'est élargi et elle s'est ouverte au niveau vital (du vital supérieur), et elle dit : «Le Divin est partout», c'est «L'immense Amour», et «Tout coule à travers moi sans résistance»... Et en effet, quand on est près d'elle, on sent une force vitale considérable, qui la dépasse de beaucoup, et, pour elle, c'est le Divin qui s'exprime par là, à ce niveau-là [plexus solaire].
(D'un ton attristé) Ah !...
Tout est «l'immense Amour» et c'est «la même chose partout»... Alors je lui ai dit : «Mais par exemple, est-ce que Sri Aurobindo représente quelque chose pour vous ?» – «Oh ! m'a-t-elle dit, plus de formes, plus de formes ! C'est la même Chose partout, il n'y a pas de formes, je vois le visage de Mère partout – tout est la même Chose. C'est une illusion de dire qu'à Pondichéry, il y a plus qu'ailleurs...» Parce qu'elle veut mettre ses enfants en Suisse [qui étaient à l'École de l'Ashram].
Oui, je sais.
Alors, je lui ai dit : «Mais ils sont contents, les enfants ?» – «Oh ! m'a-t-elle dit, là-bas c'est tout les idées de Mère, c'est tout la même chose.» Et elle m'a dit : «Vous croyez qu'il y a une différence entre le Divin ici et là ?...» Alors elle est ouverte complètement au niveau des forces vitales. Quand on est près d'elle, on reçoit une espèce de déferlement vital – pas laid, pas bas, mais... Avec un grand désir d'«aider les autres», d'«agir», d'«être l'instrument», etc.
Oh !...
Elle dit : «Ça coule à travers moi sans résistance.»
(après un long silence)
Ça lui est arrivé avant de partir [pour l'Europe]. J'avais eu l'impression (pas des pensées : quelque chose comme une supersensation) que, peut-être, elle avait «tiré», parce que la force qui passait à travers elle était trop grande pour elle. Ça, je l'avais vu avant – j'avais vu ça, senti avant qu'elle ne s'en aille. Mais je l'ai vue quand elle est revenue et... c'était comme si elle était sortie de l'atmosphère.
Oui, douce Mère, elle est sortie.
J'ai eu l'impression qu'il y avait quelque chose qui bouillonnait.
Oui, très fort.
Très fort, mais... Pour moi, c'est là (geste tout en bas), ce n'est rien (geste qui s'effrite entre les doigts).
Mais ça fait de l'effet.
Oh ! moi...
C'est ici [au plexus solaire] son «immense amour» ; elle dit que ça palpite constamment ici, tu comprends.
Oui, c'est vital... Parce que, ce que j'ai perçu, c'était comme un grouillement terrestre.
Oui, c'est tout à fait cela... Alors, quand j'étais près d'elle, je suis resté très tranquille pour savoir ce que je devais lui dire. Et c'est comme si l'on me disait : «Ne dis rien.»
Oui.
«Ne dis rien.» La seule chose que j'ai perçue, c'est qu'elle était sur une voie dangereuse et je lui ai dit deux fois : «Que la Grâce soit avec vous.» Parce que j'avais l'impression qu'il n'y avait que la Grâce qui pouvait la sauver.
Moi, dès qu'elle m'a dit qu'elle voulait mettre les enfants à l'école suisse et que cette école enseignait tout à fait ce que je disais...
Oui, c'est «la même chose».
Je connais tout ce fourbi d'enseignement : ça se passe là, par terre. Mais je n'ai rien dit, rien-rien, parce que... parce qu'il n'y avait rien à dire.
Moi, non plus, je n'ai rien dit du tout... Alors, en Europe, elle est entrée dans un milieu défini qui est fait de gens super-riches : des «super-artistes», des «super-banquiers», tout un monde très frelaté et très désabusé pour qui le «spirituel» est encore une autre façon de théâtre, tu comprends : tout d'un coup, on se découvre une «âme spirituelle». Alors elle agit dans ce milieu-là, elle fait de l'effet, beaucoup, dans ce milieu-là, et elle veut rentrer, j'imagine, pour travailler dans ce milieu-là.
Moi, je ne me suis préoccupée que d'une chose : est-ce que cela a de l'effet sur P.L.? Parce que P.L. est tout à fait...
Oui, mais, douce Mère, P.L. a quelque chose qui ne peut pas finalement se laisser tromper.
Espérons-le.
Il est bien au-dessus.
Et maintenant, tu m'as lu cette lettre... Cet homme-là est très mental – très mental – mais... Et ce n'est pas «moi» qu'il veut voir: c'est une construction mentale qu'il a faite (mais cela ne fait rien, on peut travailler à travers n'importe quoi)... Mais il y avait quelque chose dans cette lettre, de plus que je ne pensais. J'ai toujours pensé que c'était un homme très mental avec une puissance vitale d'attraction – il y a peut-être quelque chose d'autre... Mais ils sont pris par les formations vitales. P.L. aussi, j'ai toujours eu l'impression qu'il fallait le protéger.
Z a dit quand elle voulait s'en aller ?
Fin août. Et elle voudrait revenir Vannée prochaine avec Monseigneur R, en février, je pense.
(long silence)
Quand elle m'a dit ses projets, je ne lui ai absolument rien dit, mais j'ai regardé, et très clairement il m'a été dit : «Il lui faut cette expérience.»
Oui.
Elle a besoin de l'expérience.
Moi aussi, j'ai senti cela. Seulement c'est une expérience dangereuse.
Ah !... ça peut rendre la réalisation à une autre vie.
(long silence)
Je crois que je t'ai dit que quand P.L. a fait ce scandale là-bas (au Vatican), il m'a été clairement dit que c'était le «commencement de la conversion du christianisme». Et naturellement, c'est cela qui m'intéresse beaucoup plus que les questions de personnes...
Mais je vois que P.L. n'est peut-être qu'un intermédiaire et R est peut-être... comment dire ?
Le canal.
Oui, là-bas, pour introduire le Courant.
(silence)
On m'avait dit déjà que le pape était l'homme le plus riche du monde.
Oui, c'est vrai.
La richesse matérielle semble être concentrée là. Et c'est à ce point de vue-là, au point de vue positif (il y a un point de vue négatif très important), mais c'est à ce point de vue positif que cette conversion est importante... Les richesses de la terre doivent être utilisées pour la transformation de la terre.3
3. Rappelons Sri Aurobindo : «Toutes les richesses appartiennent au Divin, et ceux qui les détiennent en sont les dépositaires et non les possesseurs. Elles sont avec eux aujourd'hui; demain elles peuvent être ailleurs. Tout dépend de la manière dont ils gèrent ce qui leur a été confié, dans quel esprit, avec quelle conscience ils s'en servent et à quelles fins.»
(La Mère, XXV. 12)
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Le signe certain de la conversion.
(Mère entre dans une longue concentration, ferme les yeux très fort et regarde quelque chose, puis plonge)
Z fait de la propagande pour emmener des gens d'ici.
D'ici !
Oui, une enfant qui m'a écrit. J'ai reçu un mot hier ou avant-hier, où elle me dit (c'est une fille) : «Z veut que j'aille avec ses enfants à l'école de Suisse, et tout d'un coup, m'a-t-elle dit, je ne suis pas heureuse ici.» C'était tout le contraire avant...
Douce Mère, j'ai une certaine influence sur Z parce que c'est à travers mon livre qu'elle est venue, et chaque fois, elle vient me voir comme pour avoir une approbation ou une confirmation – elle sent qu'il y a quelque chose au-dessus. Quand elle est venue me voir, je n'ai pas bougé, rien dit, malgré tout ce que je sentais de danger, de fausseté ; mais crois-tu que je doive intervenir, parce qu'elle m'écoutera si j'interviens ?
Je ne veux pas qu'elle reste.
Tu ne veux pas qu'elle reste.
Non, parce qu'elle a besoin de l'expérience... Mais quand j'ai reçu la lettre de cette enfant, le cas m'a paru plus sérieux. Si elle fait de la propagande ici pour enlever les gens...
Quand les gens s'en vont d'ici, ils s'aperçoivent tout d'un coup de ce qu'ils ont perdu. Tant qu'ils y sont, ils ne se rendent pas compte, parce que notre apparence est... Le vital ne fait pas de manières, tu sais, ne joue pas la comédie, alors ils sont facilement trompés ! Mais quand ils s'en vont, ils s'aperçoivent tout d'un coup de ce qu'ils ont perdu. Alors... Mais ce n'est pas à ce point de vue-là que je me place, c'est au point de vue de ce que je pourrais appeler la «gravité du cas» de Z. Quand j'ai vu qu'elle était capable de vouloir tirer des gens d'ici, ça... au point de vue aberration mentale, c'est sérieux.
Son aberration, c'est d'avoir la «réalisation», dit-elle, que c'est «partout la même chose», et que les formes extérieures – Mère, Sri Aurobindo –, c'est une espèce d'illusion, et qu'en réalité c'est une grande force impersonnelle, partout la même.
(Mère hoche la tête silence)
Je ne crois pas que le moment soit venu de livrer la bataille, tu comprends... C'est toute cette transformation du christianisme qui commence, c'est tout ce monde d'Occident qui... Il ne faut pas encore entrer en lutte, il faut laisser. On va voir.
Mais tu sais, chez ce Mgr R, je sens que c'est un homme qui a une ouverture là-haut et qui comprend très bien ce qu'est le surhomme – pour lui, le surhomme veut dire quelque chose. C'est par là qu'il peut être touché.
C'est possible... C'est un homme très puissant (j'ai vu, tu m'as montré la photo), très puissant.
(long silence souriant)
Pas parler... Pas parler trop tôt.
(long silence)
Est-ce que tu réponds quelque chose à cette lettre ?
(après un silence)
C'est cette phrase de Sri Aurobindo qu'il faudrait lui envoyer, tu la connais : «In the Hour of God all is possible...» Je ne me souviens plus. Hier soir encore, je l'ai traduite... «Rien n'est impossible à l'Heure de Dieu...» Une seule phrase. C'est seulement cela que je voudrais lui dire. (Le disciple cherche en vain la référence)
Douce Mère, on peut simplement lui dire la phrase comme de toi.
«Moi», ça n'a pas de valeur.
C'était court comme cela : «Rien n'est impossible quand c'est l'Heure de Dieu...» ou «à l'Heure de Dieu... »4 Ma mémoire... Je me souviens d'un tas d'impressions que j'ai, mais je ne me souviens pas de mots et de phrases.
4. La référence exacte est celle-ci : «All things shall change in God's transfiguring hour» [tout changera à l'heure transfiguratrice de Dieu], Savitri, 11I.IV.341.
Et puis, je vois trop de gens et je fais trop de choses.
C'est la seule chose que je veux lui dire... Parce que je viens d'avoir une vision fantastique... Une vision sans forme... de (comment dire ?) du berceau d'un avenir... qui n'est pas très lointain. Un avenir... je ne sais pas.
Mais ça ne veut pas être dit.
Seulement ça : c'est une masse for-mi-da-ble (geste) qui est suspendue sur la terre.
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Une promesse qui n'est pas encore réalisée.
Agenda du 27 janvier 1971
(Puis le disciple lit à Mère une lettre de l’ami du Vatican.)
...Quand le pape était en voyage [dans le Pacifique], on a essayé deux fois de l’assassiner – on n’a pas réussi. Je considère le pape comme spécialement protégé par moi, à travers moi. Deux fois, on a essayé de l’assassiner, et deux fois on n’a pas réussi.
Je ne sais pas pourquoi on veut l’assassiner... S’il y a quelqu’un de compréhensif dans tout ce fatras, c’est lui.
(silence)
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Multiple et blanche, elle aspire à la spiritualité.
Agenda du 17 juillet 1971
(puis il est question du disciple du Vatican)
Z dit que P.L. s’est très mal conduit, qu’il est pris dans un monde d’argent, de pouvoir, de femmes, de... je ne sais trop quoi – qu’il est complètement sous la coupe de Mgr R, tu sais, qui manie des milliards ?
Oui, il devait venir ici.
Oui, c’est cela. C’est P.L. qui gère ses affaires, ces énormes millions. En tout cas, Z lui reproche d’être dans ce monde-là et elle a rompu avec lui.
Mais occultement, il faut te dire que j’avais vu que beaucoup d’argent pouvait venir ici par P.L. Et alors, naturellement, j’ai augmenté son rapport [avec la Force]. Mais normalement, ça devrait venir.
Son attitude est restée profondément ce qu’elle est.
Oui, douce Mère, ça j’en suis sûr ! Et même si les apparences sont actuellement comme cela, je suis sûr qu’au fond il fait ton travail, ou il va le faire, ou le terrain se prépare.
Oui-oui, c’est ça. C’est ça. J’ai l’impression qu’il peut faire un travail considérable.
Je sens cela aussi.
Seulement pas ouvertement.
(silence)
Il y a une ruée du Mensonge. Et alors on sent que c’est seulement ce qui est vraiment vrai qui a le pouvoir de résister – un peu au-dessus du mental.
Mais ça [les paroles de Z], cela te donne un exemple de comment c’est – c’est vraiment une sorte de déraillement. Elle t’a dit vraiment : «Mère m’a demandé» ?
Oui : «Mère m’a dit de rester.»
Elle a dit «dire» ou...
Elle m’a dit «Mère m’a dit.» Mais enfin, la façon dont c’est dit, cela veut dire... Oui, Mère m’a dit de rester, comme si c’était un ordre ou un conseil que tu lui donnais.
Oui... c’est ça.
(silence)
Oh ! si tu savais les expériences... Justement des choses comme cela [les paroles de Z], partout-partout, tout le temps, tout le monde – tout-tout comme cela (geste de torsion) oh !... Et alors, mon corps, le corps a dit : «Mais je suis comme cela aussi !» Il a vu ses... Oh ! mon Dieu... (Mère joint les mains). J’ai compris que si la Conscience Suprême avait eu une seule minute le genre de conscience qu’ont les hommes, le monde serait dissous. Tout spontanément, nous, notre réaction, notre réaction spontanée vis-à-vis des chocs, de ce qui nous paraît mauvais : dissoudre le Mensonge. Les réactions spontanées. Pas transformer : dissoudre. Tu comprends, il y a un abîme entre les deux.
Oui.
Et c’est spontané, c’est l’idée d’abolir – abolir le Mensonge. Mais si une seule seconde, le Seigneur Suprême avait eu ce mouvement-là, il n’y aurait plus de monde !...
Et alors, je crois que le corps a compris. Je crois qu’il a compris, c’était extraordinaire... Qu’est-ce que nous sommes ! Qu’est-ce que les hommes sont ! Ils se croient, mon Dieu (Mère fait le geste de se gonfler), ils se croient... oh !... S’ils ont une petite volonté ou s’ils ont une petite compréhension, ou s’ils font un petit effort de perfection, oh! (même geste) ils se croient, ils se croient extraordinaires ! (Mère prend sa tête entre ses mains et rit)
Quelque part, Sri Aurobindo a dit que quand on touchait à la Conscience Divine, tout d’un coup cela vous donnait le sens... à quel point le monde est risible dans sa fatuité – la fatuité des hommes. Mais même (j’ai eu des contacts avec les animaux), même déjà chez les animaux, ça commence. Vanité-vanité-vanité-vanité...
Oui, il n’y a pas de quoi se vanter.
Oh ! non.
C’est sûr.
Oh ! non – non, ce n’est pas tant qu’ils se vantent, mais qu’ils se croient.
(silence)
Tu sais, la tromperie et les tentatives de tromperie sont prises presque partout pour de la bonne volonté. Et ceux qui ne veulent pas tromper, mais qui se trompent eux-mêmes, ce sont déjà des êtres exceptionnels.
Ce ne sont pas des découvertes, ce sont des choses que je voyais ; mais on les voit occasionnellement, exceptionnellement, ou pour ceci ou pour cela, mais alors j’ai eu la vision du monde tout entier, de la terre tout entière, de l’effort humain tout entier, de tous les hommes, tout... nous vivons dans une tromperie. C’est effroyable !
Et encore plus, on se trompe soi-même plus que de vouloir tromper les autres.
(silence)
C’est-à-dire que nous ne voyons rien comme c’est.
Oui, oui... Oui.
(silence)
La nuit, je me promène sur des chemins de terre qui s’effondrent.
Ah !
Oui, des effondrements.
Les vieilles conceptions.
(long silence)
Il n’y a qu’un salut : s’accrocher au Divin, comme ça (geste à deux poings).
Pas s’accrocher à ce que l’on pense du Divin, même pas à ce que l’on sent du Divin... à une aspiration... une aspiration aussi sincère que possible. Et s’accrocher à ça.
(silence)
Je vais te dire une chose, parce que c’est intéressant. Il y a quelque temps, avant que Z ne revienne, tout d’un coup j’ai vu que l’activité de Z avec P.L. l’empêchait de faire ce qu’il avait à faire. Et alors j’ai vraiment aspiré à ce qu’elle n’ait plus d’influence sur lui. (J’avais oublié cela, c’était quelque temps avant qu’elle ne revienne, assez longtemps.)
Oui, je me souviens, tu me l’avais même dit.
C’est curieux.
Tu sais, une chose que je t’avais déjà dite, c’est que maintenant, le corps – la conscience du corps – sait d’avance ce qui va arriver, elle sait d’avance ce que les gens vont lui dire. Mais elle ne sait pas... (comment dire ?) exactement comme cela arrive matériellement, mais l’esprit dans lequel c’est fait... constamment. C’est tout à fait curieux. Je suis là immobile, essayant de n’appartenir qu’au Divin, et alors il vient des choses – ça vient comme cela (geste comme sur un écran devant Mère), ça passe comme cela : des choses, des faits, des gens qui parlent...
Et alors, d’abord je croyais que c’était ma conscience matérielle qui ne savait pas se taire, et puis je me suis aperçue que ça me venait du dehors et que ça se réalisait sur le plan matériel.
Ce qui fait que, maintenant, si je mentalisais ces choses, je pourrais prévoir, dire ce qui va se passer, ce qui va arriver...
Cette histoire de l’Amérique et de la Chine, et toutes sortes de choses comme cela sont venues de cette façon. Seulement, dans l’humanité ordinaire, c’est le mental qui en profite pour faire des prophéties – mais heureusement, le mental, il n’y en a pas, il est tranquille, il est absent. Seulement, quand on me dit les choses, qu’on me les annonce, plus rien n’étonne ce corps, il semble savoir. C’est curieux.
Une sorte d’universalisation.
Et si tu savais à quel point il sent son imbécillité – les deux en même temps !
🌸
Agenda du 20 novembre 1971
(Mère nous tend deux notes.)
Nous sommes à un moment de transition de l’histoire de la terre. Un moment seulement dans l’éternité du temps. Mais ce moment est long comparé à la vie humaine. La matière est en train de changer pour se préparer à la nouvelle manifestation; mais le corps humain n’est pas assez plastique et offre une résistance, c’est pourquoi le nombre des malaises et même des maladies incompréhensibles augmente et devient un problème pour la science médicale.
Le remède est dans l’union avec les forces divines à l’œuvre et une réceptivité confiante et paisible qui facilite le travail.
18.11.1971
Ceux qui veulent progresser ont une chance exceptionnelle; parce que la transformation commence par l’ouverture de la conscience à l’action des forces nouvelles; et ainsi les individus ont une occasion unique et merveilleuse de s’ouvrir à l’influence divine.
20.11.1971
(Puis Mère écoute la lecture d’une lettre du disciple du Vatican.)
Et ce cardinal qui devait venir ?
Pas un cardinal.
Ce n’est pas un cardinal ?
Non, mais il manie des milliards. Il est «Monseigneur».
Ça veut dire archevêque ?
Je ne sais pas, douce Mère. Je sais qu’il s’occupe d’une «œuvre» énorme qui a des milliards, et qu’il ramasse tout son argent avec des femmes – il a un pouvoir sur les femmes. Une fortune colossale. S’il la tournait du bon côté, ce serait bien.
(Mère hoche la tête)
Mais c’est un homme qui est asservi par sa nature inférieure, je crois. Il a, à la fois, une intelligence qui lui permettrait de toucher très haut, et une nature inférieure...
Très forte.
Et rien entre les deux.
Non, j’avais un peu compté sur lui pour venir ici et qu’il dise aux gens de la «Mission» de se tenir tranquilles – ils sont insupportables. Ils nous créent toutes sortes de difficultés (ce ne sont pas les seuls, mais ils contribuent). Alors, j’avais espéré qu’il viendrait ici et qu’il leur dirait de se tenir tranquilles.
Je vais le dire à P.L. Il a des moyens : il est très intime ami du cardinal de France, Tisserant. Il suffirait qu’il lui dise un mot et ça s’arrangera.
Bon.
Il y a les Sœurs, celles qui ont une espèce d’hôpital – elles sont très gentilles et elles travaillent très bien et elles soignent très bien les gens qui y vont. Mais le «Collège»... ils ont contribué beaucoup aux troubles qu’il y a eu ici.1 Ce ne sont pas les Sœurs, elles sont très gentilles : c’est le «Collège».
1. Contre «l’université de Sri Aurobindo».
Je vais le lui dire.
(silence)
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Agenda du 22 décembre 1971
C’est mon message de Noël :
Il est temps que le règne du mensonge prenne fin. Dans la vérité seule est le salut.
Alors, qu’est-ce que tu apportes ?
J’ai reçu un petit mot de P.L. Tu avais dit qu’il faudrait «tranquilliser» les gens de la Mission, ils nous embêtent beaucoup, et tu avais dit que l’on pourrait demander à P.L. de faire quelque chose. Alors il a fait quelque chose.
Ah !
Il dit ceci :
«J’ai parlé au Cardinal Tisserant1 du problème que vous m’avez exposé. Il écrit ce four-même à l’évêque de Pondichéry selon les indications que vous m’avez données – il est indigné de savoir que vous êtes l’objet de telles manifestations et de tels sentiments... si peu chrétiens. J’espère que sa lettre va “tranquilliser la Mission”.»
1. Le Cardinal de France.
Ah ! on ne bouge plus, ce doit être cela. Je n’entends plus parler d’eux. J’avais justement remarqué hier ou avant-hier qu’ils étaient devenus tout à fait tranquilles. Ce doit être cela. Alors tu peux lui dire que, pour le moment, tout le monde est tranquille, ça va bien.
(Mère cherche un papier sur sa table)
Tu lui enverras le message de Noël. Et puis ça :
«Le lotus rouge est la fleur de Sri Aurobindo, mais spécialement pour son centenaire, nous choisirons le lotus bleu qui est de la couleur de son aura physique, pour signifier le centenaire de la manifestation du Suprême sur la terre. »
🌸
Agenda du 12 février 1972
J’ai reçu une lettre de P.L. [l’ami du Vatican]. Voici ce qu’il dit :
«...Les choses s’étaient assez calmées autour de moi grâce à la Protection de douce Mère, quand subitement de nouveau la tempête a éclaté. Maintenant, aux intrigues d’antan, s’ajoutent la calomnie et... la menace d’expulsion (en soi, j’en serais content, mais il ne faut pas qu’ils triomphent !). C’est une menace en réalité pour me déranger et me faire changer d’attitude.
Je sens le besoin de retourner et de rencontrer Mère : le plus tôt serait le mieux. Mais je suis dans l’impossibilité de le faire ; en plus ils me surveillent : j’ai peur que s’ils découvrent que je vais maintenant à Pondichéry, ils n’aillent inciter l’évêque contre l’Ashram, car s’il est calme, c’est à cause de l’intervention que vous savez et qui a été très discrète, mais efficace. Naturellement les autres ne savent rien de mon intervention auprès de T1...»
1. Le Cardinal de France, Tisserant, avait écrit à la «Mission» afin qu’elle se tienne tranquille.
Je m’en suis beaucoup occupée. Un jour, j’ai été très-très occupée par lui.
(silence)
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Agenda du 11 mars 1972
J’ai reçu une lettre de P.L. Il dit ceci :
«...Le Cardinal Tisserant est mort le 21 [février], comme peut-être vous l’avez su. Étant donné qu’il était le vrai Vice-Pape, vous pouvez imaginer la pompe et funérailles : la représentation du gouvernement français, l’Académie Française, le gouvernement italien, etc. Huit jours de cérémonies. Étant donné que j’étais son secrétaire, je me suis occupé de tout. Je suis très fatigué... Mgr R a souffert de son départ. Je crois qu’il sera chez vous dans quelques semaines ou au plus tard un mois : il est décidé à s’en sortir. Beaucoup de choses se sont passées depuis sa rencontre avec Mère1…
1. Voir conversation du 29 janvier 1972.
En classant, je trouve le document ci-joint qui peut vous intéresser : j’espère que vous avez toujours la paix du côté de l’évêché...»
Ce document est la photocopie de la lettre du Cardinal Tisserant à l’archevêque de Pondichéry :
Albano, Regina Apostolorum, 13 janvier 1972.
À Son Excellence Mons. A.R.
Archevêque de Pondichéry
Vénéré Seigneur,
Ayant dirigé, comme Votre Excellence le sait bien, la S. Congrégation pour l’Église Orientale pendant près de 25 ans, parmi mes plus précieux souvenirs je conserve celui du voyage qui m’a conduit dans votre cher pays en 1953. Mon intérêt pour cette grande nation a toujours été très vif, mais plus encore après que je l’eus connue. C’est donc avec un plaisir tout particulier que j’accompagnai Sa Sainteté le Pape Paul VI lors de sa participation au Congrès Eucharistique International à Bombay.
À cette occasion, le Saint Père a voulu contacter tes représentants des principaux mouvements religieux de votre pays, Excellence, et je sais qu’une biographie de Sri Aurobindo lui fut remise.
C’est précisément au sujet de l’Ashram Sri Aurobindo de Pondichéry que je me permets d’écrire à Votre Excellence. Vous n’ignorez pas la renommée qu’elle s’est faite au-delà des frontières de l’Inde ; depuis des années je suis son travail et ses réalisations. Récemment, j’ai été mis au courant des difficultés que ses responsables rencontrent en raison de l’éventuelle création d’une université – création demandée instamment par le Gouvernement; des étudiants catholiques, auxquels se joignent quelques prêtres, se montrent très opposés à ce projet.
Je viens donc prier Votre Excellence de vouloir bien user de son autorité pour éviter des incidents qui en tout état de cause nuiraient gravement à l’harmonie tant désirée par Sa Sainteté le Pape Paul VI conformément aux règles dictées par le Concile Œcuménique Vatican II.
Avec mes remerciements, veuillez agréer, Vénéré Seigneur, l’expression de mes sentiments respectueux et dévoués.
Signé : Eugène Card. Tisserant
C’est intéressant. Qui a pris sa place ?
Je ne sais pas, il n’est pas encore nommé.
Mais ils se sont tenus tranquilles ici depuis.
(Mère plonge – Champaklal vient brusquement tirer Mère)
J’étais en Italie. Des histoires de cardinaux...