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M. Berton peut penser que Krishna est un faux dieu –  qu'il aille le dire à un milliard d'indiens – nous pouvons aussi trouver, par exemple, que la vision que Mère présente à la fin de ce passage de l'Agenda du 13 septembre 1967 est plus satisfaisante.

Pour situer le contexte de cette conversation entre Satprem et Mère, il est question de Madame Z, une fervente catholique de passage à l'Ashram, enfermée dans sa religion. Qu'une personne reste "enfermée" dans sa religion dans le cadre de sa paroisse, dans son univers habituel, c'est une chose, c'est son affaire et ce n'est pas un problème en soi. Il se trouve que cette dame tournait autour de l'Ashram de Sri Aurobindo : que se passait-il en elle ? Peut-être avait-elle senti qu'il y avait là, quelque chose qu'elle ne trouvait pas dans sa religion. Et à ce moment-là, il convient de faire un choix ! Sans doute que certaines choses sont conciliables, mais d'autres ne le sont pas. 

Le plus terrible, c'est qu'elle se croit libre !

Mais oui !

Elle se croit lumineuse, ou illuminée. Mais je lui ai dit : «Mais oui ! si vous êtes dans une botte et quand il y a la lumière dans une boîte, vous avez la plénitude de la lumière dans une boîte!»

(Mère rit) Ah ! ça, c'est bien !

J'ai tout dit, il en est venu comme cela. Elle était glacée à la fin. C'était vraiment une bataille.

Tu as fait du bon travail.

Mais tu comprends, l'idée c'est : «Le Christ, c'est le Supramental... Le Christ est déjà ressuscité, il a déjà un corps glorieux, il est déjà transformé...»

(Après un silence) Non, il est reparti, il n'est pas resté. Il n'a pas un corps glorieux, il est parti. Il est reparti dans les régions supérieures, il n'a pas un corps glorieux... Il est peut-être glorieux là-haut, ça, c'est son affaire (riant), mais ici... Il est reparti. N'est-ce pas, Sri Aurobindo lui-même a dit que c'était un Avatar. Un Avatar de la même lignée que Krishna, la lignée qui représentait... oui, bonté, charité, amour, harmonie. Il est dans cette lignée-là.

La Mère – Agenda du 13 septembre 1967

Ainsi, Sri Aurobindo et Mère ne remettent pas du en cause le fait que le Christ fut une incarnation divine. Mais avant lui, il y en eut d'autres, notamment, Bouddha et Krishna.

Une puissance de progrès qui se voile derrière les apparences.

Krishna est le Divin immanent, la Présence Divine en chacun et en toute chose. Il est aussi, souverainement, l'aspect de joie et d'amour du Suprême ; il est la tendresse souriante et la gaieté qui joue ; il est à la fois le joueur, le jeu et tous ceux avec qui il joue. Et comme le jeu, ainsi que ses résultats, est entièrement connu, conçu, voulu, organisé et, totalement, joué consciemment, il ne peut y avoir de place pour rien d'autre que la joie du jeu. Ainsi "voir Krishna", c'est trouver le Dieu intérieur, et "jouer avec Krishna", c'est s'identifier au Dieu intérieur et participer à Sa conscience.

La Mère – Pensées et Aphorismes

🌸

Cette idée – c'est plus qu'une idée – de prendre la relation avec le Divin, la recherche du Divin comme un jeu, amène évidemment beaucoup de légèreté...

Voyons maintenant un merveilleux paragraphe d'Essai sur la Guîtâ qui rappelle si magnifiquement l'amour infini du Divin, sa Miséricorde infinie, que l'on imagine que le Christ aurait aussi pu dire de telles choses.

À noter que, selon Grok, les chercheurs moderne s'accordent sur le fait que la Bhagavad-Gîtâ aurait été écrite entre le 2e et 5e siècle avant J.C., mais que d'autres défendent l'idée que son origine pourrait être bien plus ancienne, sans pour autant pouvoir en apporter la preuve – notamment parce que pendant très longtemps, la transmission se faisait de manière orale. Ainsi, avant même la naissance de Jésus qui allait tant démontrer son amour du prochain, voici comment Sri Aurobindo explique certains passages de la Guîtâ. Ici, n'en déplaise à M. Berton, il n'est plus question d'hérétique, – n'en déplaise au dogme catholique, il n'est plus question de l'idée diabolique d'une damnation éternelle, ni même d'excommunication, de rejet, d'exclusion de qui que ce soit, mais d'affirmer clairement et puissamment que tous les hommes ont droit à un égal accès au Divin :

La divine Présence égale en nous tous ne pose aucune autre condition préliminaire, dès lors que cet intégral don de l’être a été fait avec foi et sincérité et dans une plénitude fondamentale. Tous ont accès à cette porte, tous peuvent pénétrer dans ce temple   : nos mondaines distinctions s’évanouissent dans la demeure du Tout-Aimant.

Là, l’homme vertueux n’est point préféré, ni le pécheur exclu de la Présence ; par cette route, le brâhmane à la vie pure et qui observe scrupuleusement la loi et le hors-caste né d’entrailles pécheresses et malheureuses et rejeté par les hommes peuvent ensemble voyager et trouver une entrée ouverte qui leur donne également accès à la suprême libération et à la plus haute demeure en l’Éternel.

L’homme et la femme ont des droits égaux devant Dieu, car l’Esprit divin ne tient nul compte des personnes ou des distinctions et des restrictions sociales   : tous peuvent aller directement à Lui sans intermédiaire ni condition aliénante.

«   Même un homme dont la conduite est très mauvaise, dit l’Instructeur divin, s’il se tourne vers Moi avec un amour unique et entier, il faut le regarder comme un saint, car sa ferme volonté dans l’effort en lui est une volonté juste et complète. Il devient rapidement une âme de rectitude et obtient la paix éternelle.   »

En d’autres termes, une volonté de complet don de soi ouvre grandes toutes les portes de l’esprit et, en réponse, amène une descente complète et un complet don de soi de la Divinité à l’être humain, ce qui, aussitôt, façonne autrement et assimile tout en nous à la loi de l’existence divine grâce à une rapide transformation de la nature inférieure en la nature spirituelle.

Par sa force, la volonté de se donner arrache le voile qu’il y a entre Dieu et l’homme ; elle annule toutes les erreurs, annihile tous les obstacles. Ceux qui, en leur puissance humaine, aspirent par l’effort de la connaissance ou l’effort de la vertu ou l’effort d’une laborieuse discipline de soi, ceux-là, au prix de beaucoup d’inquiètes difficultés, grandissent vers l’Éternel ; mais lorsque l’âme abandonne au Divin son ego et son travail, Dieu lui-même vient à nous et se charge de notre fardeau.

À l’ignorant, il apporte la lumière de la connaissance divine, au faible la puissance de la divine volonté, au pécheur la libération de la pureté divine, à celui qui souffre la joie spirituelle et l’Ânanda infinis. Leur faiblesse et les trébuchements de leur force humaine ne font point de différence.

«   Ainsi s’exprime Ma promesse, crie la voix du Divin à Arjuna, celui qui M’aime ne périra point.   »

L’effort et la préparation antérieurs, la pureté et la sainteté du brâhmane, la force illuminée du sage royal grand par les œuvres et la connaissance ont leur prix, car il est, grâce à eux, plus facile à l’humaine créature imparfaite d’accéder à cette vaste vision et a cette soumission ; mais même sans cette préparation, tous ceux qui prennent refuge en l’Amant divin de l’homme, le vaïshya jadis étroitement soucieux d’amasser des biens et de travailler pour produire, le shûdra empêché par mille dures restrictions, la femme enfermée et arrêtée dans sa croissance par le cercle étroit que la société a tracé autour de son développement, et ceux-là aussi, pâpa-yônayah, à qui leur karma passé a même imposé la pire des naissances, le hors-caste, le paria, le chândâla, voient tout de suite les portes de Dieu s’ouvrir devant eux.

Dans la vie spirituelle, toutes les distinctions extérieures dont les hommes font si grand cas parce que, avec une force oppressive, elles séduisent le mental extérieur, cessent devant l’égalité de la Lumière divine et la vaste omnipotence d’un Pouvoir impartial1.

1. IX. 30-32.

Sri Aurobindo – Essai sur la Guîtâ

Livre 2, Chapitre 6 – Œuvres, dévotion et connaissance (page450)

C'est si beau, que je ne résiste pas au plaisir de partager le dernier paragraphe de ce chapitre qui nous aide à comprendre pourquoi Sri Aurobindo a pu dire "mon yoga commence où les autres s'arrêtent." Il reprend les anciens yoga qui nous amène à la réalisation divine, la fameuse libération, mais il ne s'arrête pas là et va plus loin en nous donnant la clef d'une merveilleuse transmutation, la possibilité d'une transformation complète de notre être qui passe d'une existence humaine à une existence divine.  Ainsi, clairement, cela va très au-delà de tout ce que peuvent dire les religions traditionnelles.

Le plus étrange, le plus surprenant, le plus stupéfiant pour notre entendement – pour reprendre ce que Sri Aurobindo explique dans une lettre sur le Yoga – c'est que ce yoga est à la fois le plus difficile de tous, car il implique la transformation complète de notre nature tout entière, mentale, vitale et physique – mais aussi le plus facile, le plus simple, le plus sûr, car en réalité, c'est le Divin, la Conscience divine, la Divine nature, la Force évolutive, la Shakti du Yoga... qui font le travail. Par contre, pour qu'il en soit ainsi, il n'y a apparemment qu'une seule condition : que notre don de soi, notre abandon entre les mains du Divin soit réel, sincère, total, complet... Et ça, ce n'est pas si facile. Mais nous avons toute notre vie pour apprendre.

Voyons maintenant ce dernier paragraphe :

Le monde terrestre, absorbé dans les dualités, enchaîné aux relations immédiates et transitoires de l’heure et du moment, est pour l’homme — tant que celui-ci y demeure, qu’il est attaché à ces choses et accepte la loi qu’elles lui imposent comme loi de sa vie — un monde de lutte, de souffrance et de chagrin.

La voie de la libération consiste à passer de l’extérieur à l’intérieur, de l’apparence créée par la vie matérielle qui impose son fardeau au mental et l’emprisonne en les ornières de la vie et du corps, à la Réalité divine qui attend de se manifester grâce à la liberté de l’esprit.

L’amour du monde, le masque, doit se muer en l’amour de Dieu, la Vérité.

Une fois connu et embrassé ce Divin secret intérieur, tout l’être et toute la vie seront souverainement exhaussés et subiront une merveilleuse transmutation. À la place de l’ignorance de la nature inférieure absorbée dans ses œuvres et ses apparences extérieures, l’œil s’ouvrira à la vision de Dieu partout, à l’unité et l’universalité de l’esprit. La peine et le chagrin du monde disparaîtront dans la béatitude du Tout-Extatique, notre faiblesse et notre erreur et notre péché seront changés en la force, la vérité et la pureté, qui embrassent et transforment tout, de l’Éternel.

Faire que le mental soit un avec la conscience divine, faire de toute notre nature émotive un seul amour de Dieu partout, faire de toutes nos œuvres un sacrifice au Seigneur des mondes, et de notre culte, de notre aspiration une seule adoration du Seigneur et une seule soumission, diriger tout le moi vers Dieu en une union entière, tel est le moyen de nous élever hors de l’existence mondaine jusqu’en une existence divine.

C’est là ce qu’enseigne la Gîtâ sur l’amour divin et la dévotion, enseignement où la connaissance, les œuvres et l’ardente soif du cœur deviennent une chose unique en une suprême unification, en une dissolution de toutes leurs divergences, en un entrelacement de tous leurs fils, en une haute fusion, en un vaste mouvement d’identification1.

1. IX. 33-34.

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