La Bhagavad-Gîtâ est appelée à libérer l’humanité
En revanche, ce que nous pouvons faire avec profit, c’est de rechercher dans la Gîtâ ce qu’elle contient de vérités vraiment vivantes, en dehors de leur forme métaphysique ; c’est d’extraire de ce livre ce qui peut nous aider, nous ou le monde en général, et de le traduire dans la forme et l’expression les plus naturelles et les plus vivantes, qui soient adaptées à l’état d’esprit de l’humanité moderne et appropriées à ses besoins spirituels.
(…)
Donc notre objet, en étudiant la Gîtâ, ne sera pas un examen scolastique ou académique de sa pensée, ni une recherche de la place qu’occupe sa philosophie dans l’histoire de la spéculation métaphysique, pas plus que nous n’en traiterons à la manière d’un dialecticien analytique. Nous l’approchons pour y trouver aide et lumière, et notre but est d’en extraire le message essentiel et vivant, ce que l’humanité doit en saisir pour son perfectionnement et sa plus haute prospérité spirituelle.
Sri Aurobindo – Essai sur la Guîtâ
Chapitre 1 – Ce que la Guîtâ peut nous donner
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Sri Aurobindo – Pensées et Aphorismes
Aphorisme 40
Il y a quatre très grands événements dans l’histoire : le siège de Troie, la vie et la crucifixion du Christ, l’exil de Krishna1 à Brindâban et le colloque avec Arjuna sur le champ de bataille de Kurukshetra. Le siège de Troie a donné naissance à l’Hellade, l’exil à Brindâban a créé la religion dévotionnelle (car auparavant on ne connaissait que la méditation et le culte), du haut de sa croix le Christ a humanisé l’Europe, le colloque de Kurukshetra est appelé à libérer l’humanité. Et pourtant, il est dit qu’aucun de ces quatre événements n’a jamais eu lieu.
1. Krishna enfant dut se réfugier à Brindâban pour échapper à son oncle Kansa, le roi tyran de Mathurâ. Dans le village de Brindâban où il grandit avec les gardiens de troupeaux, son amour pour Râdhâ et ses compagnes, symbole de l’amour divin, ou de l’amour humain changé en amour divin, est à l’origine de la religion vishnouïte (vaïshnava) ou culte de Krishna qui est une incarnation de Vishnu. Il est aussi le Suprême, et le divin Instructeur de la Bhagavad-Gîtâ.
Questions posés à la Mère :
1) Les méditations et les cultes d’autrefois étaient-ils les mêmes que ceux d’aujourd’hui ?
2) Que veut dire : « le colloque de Kurukshetra est appelé à libérer l’humanité » ?
Réponses de la Mère :
1) Dans l’ancien temps, comme de nos jours, chaque religion avait son genre particulier de méditation et de culte. Cependant, partout et toujours, la méditation est un mode spécial d’activité et de concentration mentales ; les détails de la pratique seuls diffèrent ; et le culte est un ensemble de cérémonies et de rites qui sont scrupuleusement et exactement accomplis en l’honneur d’une Divinité. Ici, Sri Aurobindo fait mention du culte et de la méditation de l’Inde ancienne, aux temps védiques et védântiques.
2) Le colloque de Kurukshetra, c’est la Bhagavad-Gîtâ. Sri Aurobindo considère que le message de la Bhagavad-Gîtâ est à la base du grand mouvement spirituel qui a mené et mènera de plus en plus l’humanité à sa libération, c’est-à-dire à son évasion hors du mensonge et de l’ignorance, vers la vérité.
Depuis l’époque de son apparition, la Bhagavad-Gîtâ a eu une immense action spirituelle ; mais avec l’interprétation nouvelle que Sri Aurobindo en a donnée, son influence a considérablement grandi et elle est devenue décisive.
29 juin 1960
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Pour le reste, je n'ai jamais vu qu'une seule de mes volontés concernant un seul événement majeur dans la conduite des affaires du monde ait échoué à la fin, même si les forces universelles peuvent mettre un long moment à les réaliser.
Le 2 novembre 1932
Sri Aurobindo – Lettres à Dilip
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Comment la Guîtâ peut-elle libérer l'humanité ?
Je n'en sais rien et ne peux que partager deux impressions personnelles.
1. Libération extérieure...
Dans le dialogue entre Krishna et Arjuna – Krishna représente la Présence divine en l'homme, l'Instructeur divin, le Guide intérieur, et Arjuna représente l'âme humaine, l'être humain. Or, Arjuna est un Kshatriya, la caste des guerriers.
Il me semble que, d'un point de vue tout à fait extérieur, nous avons beaucoup vanté en occident les qualités de douceur, de gentillesse, d'écoute, d'empathie, de bienveillance, de bonté, compassion, d'amour... mais que dans l'Épreuve collective que nous traversons, il nous faudrait retrouver les qualités combatives de courage, de force, de volonté...
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Hardi, il fait face à tous les dangers.
"Le vrai courage, dans son sens le plus profond, c'est de pouvoir faire face à tout, tout dans la vie, depuis les plus petites jusqu'aux plus grandes choses, depuis les choses matérielles jusqu'aux choses de l'esprit, sans un tressaillement, sans physiquement... sans que le cœur se mette à battre plus vite, sans un tremblement dans les nerfs, et sans la moindre émotion dans aucune partie de son être. Faire face avec une conscience constante de la Présence divine, avec un don total de soi au Divin, et tout l'être unifié dans cette volonté, alors on peut avancer dans la vie, faire face à n'importe quoi." (Entretien de Mère du 26 janvier 1955)
"La peur est une impureté, l'une des plus grandes impuretés, l'une de celles qui proviennent le plus directement des forces antidivines qui veulent détruire l'action divine sur la terre ; et le premier devoir de ceux qui veulent vraiment faire le yoga, c'est d'éliminer de leur conscience, avec toute la puissance, toute la sincérité, toute l'endurance dont ils sont capables, même l'ombre d'une peur." (Entretien de Mère du 15 août 1956)
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Or la Guîtâ nous met en garde contre les dangers d'un retrait pacifique, de la passivité, du découragement... et tout au contraire, nous exhorte à combattre. En outre, la Guîtâ ne se contente pas de prêcher l'action pour l'action, l'activisme ignorant tout aussi impuissant que l'inaction, mais enseigne l'action juste, vraie, inspirée et puissante, car guidée par la Connaissance divine.
Il me semble – je me trompe peut-être bien sûr, ce n'est qu'un avis personnel – que dans les Temps difficiles que nous traversons, nous avons fichtrement besoin de force, et cette force, la Guîtâ peut nous l'insuffler.
2. Libération intérieure et spirituelle
Et pour aller plus loin encore, il me semble évident que si nous mettons en pratique ce que Sri Aurobindo nous dit dans Essai sur la Guîtâ, que nous cheminerons alors vers notre complète libération. Pour moi, c'est vraiment une évidence, et je pense qu'il faudrait être de mauvaise foi pour le nier... à une nuance près.
Nous pouvons lire cet Essai sur la Guîtâ et ne pas être libéré, ne pas bien comprendre comment la mettre en pratique, ne pas avoir réussi à intégrer ce quelle nous dit... c'est une chose tout à fait possible, et même probable. S'il suffisait de lire un livre pour être libéré, réalisé, cela se saurait...
Mais il me semble tout aussi impossible de lire Essai sur la Guîtâ et puis de nier qu'il y a là un chemin de libération – tout comme il me paraît tout aussi inconcevable de lire sans qu'il ne se passe rien, sans que nous ne fassions le moindre progrès. Si nous savons nous laisser imprégner par sa puissante sagesse, inévitablement nous ferons des progrès. Lisez par vous-même cette œuvre incomparable et faites votre propre expérience.
Si vraiment, avec toute la sincérité dont nous sommes capables, nous voulons évoluer, comprendre, avoir les clefs de notre libération, nous avons là un ouvrage majeur, et peut-être décisif, qui peut nous accompagner pour les longues années qui nous reste à vivre.
J'ajoute un dernier élément d'une grande importance. Essai sur la Guîtâ de Sri Aurobindo, ce n'est pas la Bhagavad-Gîtâ, ce sont les explications de Sri Aurobindo qui nous permettent de bien la comprendre. Nous pouvons en effet lire telle ou telle version, mais si l'auteur n'a pas perçu les clefs que nous donne Sri Aurobindo, alors nous passerons à côté de l'essentiel ; ou bien, nous la lirons de façon superficielle, sans avoir vu ce qui est vraiment important et ce sur quoi Sri Aurobindo attire si puissamment notre attention.
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Je ne sais plus à qui je disais aujourd'hui (je crois que c'était à un « Birthday1 »?)... Non, je ne sais pas. C'est quelqu'un qui m'a dit qu'il avait dix-huit ans. J'ai dit que, entre dix-huit et vingt ans, j'avais obtenu l'union consciente et constante avec la Présence Divine, et que je l'avais fait toute seule, sans avoir absolument personne pour m'aider, même pas des livres. Quand j'ai eu entre les mains (un petit peu plus tard) le Râdja-Yoga de Vivékananda, cela m'a paru être une chose tellement merveilleuse, n'est-ce pas, que quelqu'un pouvait m'expliquer quelque chose !... Cela m'a fait gagner en quelque mois ce que j'aurais peut-être mis des années à faire.
1. Mère recevait chaque disciple en particulier le jour de son anniversaire (birthday).
J'ai rencontré un homme (j'avais peut-être vingt-et-un ans, je crois, ou vingt ans) un homme qui était un Indien, qui venait d'ici et qui m'a parlé de la Gîta. Il y avait une traduction (qui était d'ailleurs assez mauvaise) et il m'a conseillé de la lire, et il m'a donné la clé — sa clé, c'était sa clé. Il m'a dit : «Lisez la Gîta» (cette traduction de la Gîta, qui ne vaut pas grand-chose, mais enfin c'était la seule en français ; de ce temps-là je n'aurais rien pu comprendre en d'autres langues ; d'ailleurs les traductions anglaises sont aussi mauvaises et je n'avais pas... Sri Aurobindo n'avait pas encore écrit la sienne !).
Il a dit : «Lisez la Gîta et prenez Krishna pour le symbole du Dieu immanent, du Dieu intérieur.» C'était tout ce qu'il m'a dit. Il m'a dit : «Lisez-la avec cette connaissance-là, que Krishna représente, dans la Gîta, le Dieu immanent, le Dieu qui est au-dedans de vous.» Mais en un mois, tout le travail était fait !
La Mère – Agenda du 25 août 1954