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Suite de la retranscription d'extraits des Lettres à Dilip.

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7 octobre 1935

(…) Mère n’a pas non plus interdit à Sahana de chanter ou d’écouter vos chants ; mais il a parfois été question qu’elle se retire des discutions ou des contacts trop extérieurs, etc. parce qu’ils troublaient son équilibre encore instable. Certaines personnes ont besoin de cela, tout comme pour d’autres cela ne fait pas de différence ; et chacun doit faire ce qui est le mieux dans son propre cas.

(…)

Toute votre lettre est par conséquent bâtie sur du vide, sauf dans la mesure où vous parlez de votre échec dans la méditation. Mais le remède à cela ne réside pas dans l’abandon, mais dans la persévérance dans le yoga.

Tout ceci est simplement une attaque, car toutes les suggestions que vous énumérez sont celles qui accompagnent en général de telles offensives. Au lieu de les nourrir, débarrassez-vous en quand elles viennent ; c’est la seule façon de vous en libérer de manière définitive.

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10 octobre 1935

Je pense que vous faites erreur en ce qui concerne le parallèle entre vous et Harin. (…) L’exigence de devenir un grand yogi et un poète spirituel et une chose – il est présent au début chez de nombreux sadhaks – le désir d’être vrai et pur dans tout l’être n’est pas si commun. Il n’y a donc pas de ressemblance avec votre cas.

L’aspiration et la volonté de changer ne sont pas très éloignées l’une de l’autre, et si quelqu’un possède les deux, c’est en général suffisant pour traverser, à condition, bien sûr, qu’elle se maintienne. L’opposition de certaines parties de l’être existe chez chaque sadhak et peut être très obstinée. La sincérité vient quand on a tout d’abord une aspiration ou une volonté centrales constantes, puis l’honnêteté de voir et de reconnaître le refus dans certaines parties de l’être, et enfin de l’intention de vaincre même là, quelle que puisse être la difficulté. Vous avez admis que certaines choses avaient changé en vous, par conséquent vous ne pouvez pas prétendre que vous n’avez fait aucun progrès.

La bizarrerie que vous relevez est assez universelle : c’est une partie de l’être qui croit et émet des choses justes et belles, et une autre qui doute et dit juste l’opposé. Je reçois par exemple des courriers de X, dans lesquels, sur plusieurs pages, il écrit des choses sages et parfaites sur la sadhana, puis brusquement, sans transition, il chute dans son mental physique, se plaint et tient avec irritation – disons des propos ignorants et tout à fait incompatibles avec toute cette sagesse. X n’est pas insincère quand il fait cela, il laisse simplement s’exprimer deux parties de sa nature. Nul ne peut se comprendre soi-même ni comprendre la nature humaine s’il ne perçoit pas la personnalité multiple de l’être humain. La difficulté, c’est d’arriver à une harmonie entre tous les éléments.

20 octobre 1935

(…) Eh bien, à quoi sert l’esprit humain si ce n’est à être désorienté jusqu’à ce qu’il ne sache plus où il en est ? Ce n’est que lorsqu’il est réduit à cet état qu’il a une chance d’attraper la queue du Supramental.

(…)

Quant à Dhurajati, bon, un jour vient où tout mental découvre que « le mental n’est pas suffisant » – et il a dû déposer le sien avec tant de profusion que cette évolution n’a rien d’étonnant. Le reste repose sur les genoux des dieux, et je suppose que ces derniers y veilleront.

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29 octobre 1935

Chaque mental peut avoir sa propre manière d’approcher la Vérité suprême, et il existe une entrée pour chacun, de même qu’il y a des milliers de chemins pour y parvenir.

Il n’est pas nécessaire de croire en la Grâce ou de reconnaître une Divinité distincte de son propre Moi le plus haut : certaines voies du yoga n’acceptent pas ces choses-là. Pour beaucoup, aucune forme de yoga n’est nécessaire : ils parviennent à une réalisation par une pression du mental, du cœur ou de la volonté, qui brise l’écran entre ceux-ci et ce qui à la fois les dépasse en en est la source. Ce qui se produit après le déchirement de l’écran dépend du jeu de la Vérité sur la conscience et la tendance de la nature.

Il n’y a par conséquent aucune raison pour que Dhurajati n’obtienne pas la réalisation de son être à sa manière, par une croissance provenant de l’intérieur, non par la Grâce divine, si son mental s’oppose à cette désignation, mais disons, par le mouvement spontané du Moi en lui.

Car cette « Grâce », nous la désignons ainsi parce que nous sentons dans l’Esprit infini ou l’Existence absolue une Présence ou un Être, une Conscience – c’est ce que nous appelons le Divin – qui détermine, non une personne séparée, mais l’Être unique dont notre être individuel est une portion ou un réceptacle. Toutefois, il n’est pas indispensable que tout le monde considère ainsi. Supposons qu’il ne soit que le Moi impersonnel de tous. L’Upanishad dit pourtant de ce Moi et de sa réalisation : « Cette compréhension ne s’acquiert pas par un raisonnement, une tapasya ou une longue étude, mais à celui que le Moi choisit, il révèle son propre corps. »

Eh bien, c’est la même chose que ce que nous appelons Grâce Divine : c’est une action issue d’en haut ou du dedans, indépendante de causes mentales, et qui décide de son propre mouvement. Nous pouvons l’appeler la Grâce Divine, ou le Moi intérieur qui choisit son heure et sa manière de se manifester à l’instrument mental de surface ; nous pouvons l’appeler épanouissement de l’être intérieur ou de la nature intérieure en une réalisation et une connaissance de soi. C’est de la façon dont quelque chose en nous s’en approche ou dont elle-même se présente à nous que le mental la voit, mais en réalité, c’est la même chose et le même procédé de l’être dans la nature.

Je pourrais illustrer de façon concrète ce que j’entends par là avec ma première expérience du Moi, longtemps avant que j’ai su ce qu’était le yoga ou même qu’une telle chose existait, à une époque où je n’avais aucun sentiment religieux, aucun désir de connaissance spirituelle, aucune aspiration au-delà du mental, mais seulement un agnosticisme satisfait et un élan vers la poésie et la politique. Mais ce serait une histoire trop longue et je ne la raconterai pas ici.

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30 octobre 1935

Mais je vous ai déjà dit plus d’une fois que je n’avais aucune objection à ce que vous cherchiez Krishna ou à ce que vous demandiez l’Ananda ou la milan [union] ou quoi que ce soit d’autre ! Je ne vous ai jamais poussé, ni vous ni d’autres, à chercher le Supramental ou à m’accepter en tant qu’Avatar.

Ces points sont apparus en réponse à des questions posées par vous ou par d’autres, et je les ai traités comme des sujets de connaissance. Mais chacun doit aller à son but selon sa voie et sa nature propres.

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31 octobre 1935

... Car personne ne peut parvenir au Supramental à moins que celui-ci ne vienne à lui, ou comme je l'ai indiqué, ne descende dans la conscience terrestre. (1)

Quant à la condition d’Avatar, nous avions convenu que nous deviez me considérer comme un gourou et qu’il n’était pas nécessaire que vous me voyiez ou m’acceptiez comme le Divin. Je vous ai aussi dit à plusieurs reprises que je n’avais pas d’objection à ce que vous cherchiez le Divin sous la forme et la personnalité de Krishna.

(1) Ce qui sera réalisé le 29 février 1956.

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