Feu psychique – Lettre à Dilip du 30 avril 1935
Sri Aurobindo a répété à plusieurs reprises que le psychique avait le discernement naturel et spontané de la vérité. C'est un point qui m'a toujours fasciné et je me suis souvent dit que si tant de gens s'étaient laissés embobiner par la propagande pendant la crise Covid, c'était précisément un signe de la déconnexion d'avec l'âme.
Peut-être faut-il préciser, pour d'éventuel nouveaux lecteurs, que Sri Aurobindo préférait utiliser le mot "psychique" au mot "âme" ; sans doute pour éviter la confusion avec l'âme de désir, l'âme énergétique, émotionnelle...
Quant à Agni, c'est la divinité védique du feu, dont Sri Aurobindo nous dit qu'il est le symbole de l'aspiration de l'âme, de la volonté de l'âme, le guerrier, "l'Immortel dans les mortels"...
Dans cet extrait Sri Aurobindo revient avec plus de précision sur ce discernement naturel et spontané de la vérité :
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"Ces poèmes sont tout à fait nouveaux dans leur genre : simples, précis et pénétrants. Ce que vous décrivez, c’est le feu psychique, agni pâvaka, qui brûle dans les profondeurs du cœur, et de là, s’allume dans le mental, le vital et le corps physique.
Dans le mental, il devient une lumière de perception intuitive et de discernement qui distingue tout de suite la vraie vision ou l’idée vraie de la vision ou de l’idée fausse, le sentiment vrai du faux et le mouvement vrai du faux.
Dans le vital, il devient une flamme d’émotion juste et une sorte de sentiment intuitif, un genre de tact qui produit la véritable impulsion, l’action juste, le sens véritable des choses et des réactions à ces choses.
Dans le corps, il devient une réponse similaire, mais encore plus automatiquement correcte, aux éléments de la vie physique, de la sensation et de l’expérience du corps.
D’ordinaire, parmi les trois, c’est la lumière psychique dans le mental qui s’allume d’abord, mais pas toujours, car parfois c’est la flamme psychique vitale qui passe avant.
Dans la vie ordinaire aussi, il existe sans nul doute une action du psychique : sans elle, l’homme ne serait qu’un animal pensant et organisateur. Mais cette action est très voilée, elle a toujours besoin du mental et du vital pour s’exprimer, est en général mélangée et non dominante, et par conséquent n’est pas infaillible ; elle fait souvent la chose juste de la mauvaise manière, est mue par le sentiment juste, mais fait erreur sur son application, sur la personne, le lieu ou les circonstances.
Excepté chez certaines natures extraordinaires, le psychique n’a pas toutes ses chances dans la conscience ordinaire : il lui faut un yoga ou une sadhana pour se manifester de lui-même, et c’est au fur et à mesure qu’il émerge « sur le devant » qu’il se libère du mélange. C’est-à-dire que sa présence se fait mieux sentir directement, non seulement soutenant à l’arrière-plan, mais emplissant la conscience frontale, et qu’il ne dépend plus ou n’est plus dominé par ses instruments, le mental, le vital et le corps, mais les domine, les façonne dans la luminosité et leur apprend leur propre action vraie."
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Correspondance (1934-1935) - Editions Banyan - Littératures de l'Inde
Sri Aurobindo et Dilip Kumar Roy, correspondance, spiritualité, yoga, conscience, doute, ashram, fils, ami, persévérance, compassion, joie, aide, volonté
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Si nous parvenions, par notre aspiration, notre concentration dans les profondeurs du cœur, ou par tout autre moyen, la musique, le chant, le contact avec les fleurs, la culture de la vérité, de le beauté et du sacré, à établir une connexion conscience avec notre âme, beacoup de choses changeraient dans nos vies, un grand pas serait fait...