Extraits Lettres à Dilip (Mars-Avril 1935)
16 mars 1935
La difficulté est grande, et l’obscurité de la conscience matérielle est obstinée, néanmoins, si on sait persister ou même attendre, la lumière vient.
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14 avril 1935
Une seule chose est nécessaire : se tourner vers le Divin seul et s’épanouir, et je me concentrerai pour faire ce que je peux afin d’aider les gens dans ce but.
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16 avril 1935
Je vous ai toujours dit que nous ne deviez pas arrêter votre poésie et les autres activités similaires. C’est une erreur d’y renoncer par ascétisme ou dans une idée de tapasya. On peut mettre un terme à ces choses lorsqu’elles s’éliminent d’elles-mêmes, parce qu’on est en pleine expérience et si intéressé par sa vie intérieure que l’on n’a pas d’énergie à consacrer au reste. Même alors, aucune règle ne préconise de les abandonner ; car il n’y a pas de raison pour la poésie, etc. ne fasse pas partie de la sadhana.
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La méditation ? Oui, mais votre méditation s’est engagée dans un âsana177 erroné, celui d’une lutte impatiente et véhémente, suivie d’un amer désespoir. Il ne sert à rien de continuer dans cette posture ; mieux vaut l’abandonner jusqu’à ce que vous trouviez un nouvel âsana. Je fais référence aux anciens Rishis, qui instauraient un âsana, un endroit et une position fixe, ou ils s’établissaient jusqu’à ce qu’ils parviennent à la siddhi. Mais si des forces contraires (les asouras, les apsaras, etc.) réussissaient à perturber cet âsana, ils l’abandonnaient et en cherchaient un nouveau.
177. Posture rituelle.
En outre, votre méditation manque de quiétude : vous méditez avec un effort du mental ; or, c’est dans un mental tranquille que vient l’expérience, tous les yogis sont d’accord là-dessus – c’est l’eau immobile qui reflète correctement le soleil.
Votre vital, de plus, a peur de la quiétude et du vide, et cela probablement parce que la lutte et l’effort en vous rendent ce qui en découle neutre ou stérile, alors que ce devrait être une quiétude reposante et un vide qui donne un sentiment de paix, de pureté ou de silence : la coupe doit être vidée pour que le soma-rasa178 de l’esprit puisse s’y déverser.
178. Le jus de la plante soma. Le Soma représente la joie divine d’être.
C’est pourquoi je voudrais que vous cessiez ces efforts trop ardus et continuiez à prier et méditer si vous voulez, mais tranquillement, sans tension et sans lutte trop véhémente, en laissant la prière et la méditation (pas trop de cette dernière) préparer le mental et le coeur jusqu’à ce que les choses commencent à y affluer dans un courant spontané, lorsque tout sera prêt.
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16 avril 1935
Il est parfaitement vrai que toute la grandeur, la gloire et les accomplissements humains ne sont rien devant la grandeur de l’Infini et de l’Éternel. Deux déductions possibles en découlent : la première, c’est qu’on doit renoncer à toute action humaine et se retirer dans une grotte ; la deuxième, c’est qu’il faut dépasser l’ego pour que les activités de la nature puissent un jour devenir consciemment une action de l’Infini et de l’Éternel.
Mais il ne s’ensuit pas qu’on doive ou qu’on puisse dépasser l’ego et l’absorption vitale tout de suite et que, si on n’y arrive pas, cela prouve notre incapacité pour le yoga. Je n’ai moi-même jamais renoncé à la poésie ni à aucune activité humaine créative pour la tapasya : elles sont passées à une position secondaire parce que la vie intérieure est devenue progressivement de plus en plus forte ; je ne les ai pas non plus abandonnées pour de bon, seulement la charge de travail qui reposait sur moi était si lourde que je pouvais pas trouver de temps pour continuer. Mais cela m’a pris de nombreuses années pour en extirper l’ego ou l’absorption vitale, et je n’ai jamais entendu qui que ce soit dire, et cela ne m’est jamais venu à l’esprit, que c’était-là une preuve que je n’étais pas né pour le yoga.
(…)
La persévérance et la discipline sont excellentes, mais si vous voulez cela, la première chose à faire, c’est de discipliner le vital agité et de rejeter avec constance l’hypnotisme et la conviction persistante que rien ne peut être accompli et que rien ne sera accompli. La persévérance et la discipline sont en effet de puissants auxiliaires du yoga.
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Correspondance (1934-1935) - Editions Banyan - Littératures de l'Inde
Sri Aurobindo et Dilip Kumar Roy, correspondance, spiritualité, yoga, conscience, doute, ashram, fils, ami, persévérance, compassion, joie, aide, volonté
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