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Sraddhalu est en train de faire une série de vidéos sur les siddhis du yoga, et c'est évidemment très intéressant car il y a beaucoup d'idées fausses sur le sujet. Et puis, c'est comme s'il semait des graines pour nous aider à commencer notre apprentissage. D'un autre côté, je me trompe peut-être, j'ai l'impression que cette question des pouvoirs n'est qu'un aspect de la question car nous avons aussi cette parole de Mère du 25 septembre 1965 :

"Ceux qui veulent rester grands, lumineux, forts, puissants, et patati-patata, eh bien, qu'ils restent là-bas, ils ne peuvent rien faire pour la terre."

Voyons dans quel contexte Mère a pu dire cela avec un extrait plus long de sa conversation avec Satprem.

Satprem : J'aurais envie de te poser une question, et c'est lié à ce que tu disais tout à l'heure, quand tu avais cette fièvre, que tu étais allongée sur ton lit et qu'au-dessus, disais-tu, c'était une Paix merveilleuse, immuable – quel est le pouvoir de cette Paix, quel est le pouvoir de ce Silence ? Quand on monte au-dessus, on entre dans une espèce de grand silence, qui est gelé, qui est partout, mais quel est le pouvoir de ce silence ? Est-ce que ça fait quelque chose ?

C'est ce que les gens cherchaient autrefois quand ils voulaient sortir de la vie : ils se mettaient en transe, ils laissaient leur corps immobile, et puis ils entraient là-dedans, et puis ils étaient parfaitement heureux. Et les Sannyasins qui se faisaient enterrer vivants, c'était comme cela ; ils disaient : «Maintenant, j'ai fini mon travail (ils faisaient de belles phrases), j'ai fini, j'entre en samâdhi», et ils se faisaient enterrer vivants ; ils entraient dans une chambre, ou n'importe, puis on fermait, et puis c'était fini. Et c'est ce qui arrivait : ils entraient en transe, et leur corps au bout d'un certain temps, naturellement se dissolvait, et eux, ils étaient dans la Paix.

Mais Sri Aurobindo dit que ce Silence est puissant.

Puissant, oui.

Eh bien, je voudrais savoir comment il est puissant, justement ? Parce qu'on a l'impression que l'on pourrait rester là-dedans une éternité...

Pas une éternité – L'Éternité.

... sans que ça change rien.

Non, parce que ce n'est pas manifesté, c'est en dehors de la manifestation. Mais ce que Sri Aurobindo veut, c'est qu'on le fasse descendre ici. C'est ça, c'est ça la difficulté. C'est ça. Et il faut accepter l'infirmité et l'apparence même de l'imbécillité, tout, et il n'y a pas un être sur cinquante millions (Sri Aurobindo m'a dit que j'étais la seule !... riant, c'est possible !) qui ait le courage de cela.

Justement hier, je regardais ce corps, et il n'y avait... vraiment, les réactions que l'on pourrait appeler «personnelles» étaient réduites à un minimum imperceptible, c'est-à-dire que c'était un sens, je ne peux pas dire universel parce qu'il n'est pas sûr que la Matière dans les autres univers soit soumise à la même loi, je n'en sais rien (je n'en sais rien – j'ai su : il y a un moment où j'étais en rapport avec ceci et cela et je pouvais dire, mais maintenant je ne veux pas m'en occuper : je ne m'occupe que de la terre).

Parce qu'il y a toujours cela aussi : la possibilité d'échapper en allant ailleurs. Beaucoup de gens ont fait cela aussi : ils sont partis ailleurs, dans un autre monde plus ou moins subtil. N'est-ce pas, il y a des millions de manières de s'enfuir ; il n'y en a qu'une de rester, c'est vraiment d'avoir du courage et de l'endurance, d'accepter toutes les apparences de l'infirmité, les apparences de l'impuissance, les apparences de l'incompréhension, l'apparence, oui, d'une négation de la Vérité. Mais si l'on n'accepte pas, ce ne sera jamais changé ! Ceux qui veulent rester grands, lumineux, forts, puissants, et patati-patata, eh bien, qu'ils restent là-bas, ils ne peuvent rien faire pour la terre.

Et c'est une toute petite chose (une toute petite chose parce que la conscience est suffisante pour ne pas en être le moins du monde affectée), mais une incompréhension générale et totale ! C'est-à-dire que l'on reçoit des insultes, des expressions de mépris et tout, justement à cause de ce que l'on fait, parce que selon eux (toutes les «grandes intelligences» de la terre), on a renoncé à sa divinité. Ils ne le disent pas comme cela, ils disent : «Quoi? vous prétendez avoir une conscience divine, et puis...» Et ça se manifeste dans tous les gens et toutes les circonstances. De temps en temps quelqu'un, pour un instant, a un éclair, mais c'est tout à fait exceptionnel, tandis que : «Eh bien, montrez votre pouvoir !», c'est partout.

Pour eux, le Divin sur terre doit être tout-puissant, évidemment

C'est cela : «Montrez votre pouvoir, changez le monde. Et pour commencer, faites ce que je veux ; n'est-ce pas, la première chose la plus importante, c'est de faire ce que je veux – montrez votre pouvoir» !

(long silence)

🌸

Dans cet Agenda, la Mère a l'air de sous-entendre que la transformation de la terre, ne repose pas tant sur l'acquisition de ces fameuses siddhis que sur autre chose.

En résumé, Mère nous dit qu'il s'agit de faire descendre ce Silence dans la manifestation et que nous devons accepter l’apparente imbécilité qui en découle ; d'autres textes parlent de cette impression de ne plus savoir penser qui vient avec ce Silence. En tout cas, parmi tous les pouvoirs qui existent sur terre, bien peu parleraient du Silence.

Pour la suite de cet Agenda, voir le lien ci-dessous.

En attendant il y a un vague sentiment que les pouvoirs que nous pouvons avoir, même la réalisation psychique et spirituelle, c'est bien joli, mais que lorsque une Force travaille en nous, elle nous donne davantage l'impression de ne rien comprendre et de se battre contre de terribles résistances dans le corps que d'apporter la paix, de lumineuses compréhensions, des élans de félicité ou des pouvoirs.

Nous pouvons aussi aisément remarquer qu'après un profond travail intérieur, il y a souvent une période de grande fatigue ; bien loin de nous donner l'impression d'être grand, lumineux, fort et puissant. 

La Force spirituelle travaille peut-être différemment en nous, selon que nous aspirons à la réalisation ou à la transformation pour le résumer ainsi. La Force doit se modeler en partie sur notre aspiration... 

🌸

Ou pour adopter d'autres points de vue, nous pourrions nous dire qu'avant de rester grand, lumineux fort et puissant, encore faudrait-il le devenir. Pour ma part, des gens comme ça, je n'en connais pas. Mon impression est que la Force spirituelle qui travaille en nous, avant de nous accorder ces choses, les siddhis, s'occupe plutôt de déblayer notre nature de ses impuretés [le fameux bourbier à nettoyer dont a parlé Mère] et d'assouplir nos diverses rigidités : et ça, ce n'est pas vraiment confortable. Sri Aurobindo l'a mentionné quelques part : tant que nous n'avons pas la pureté, ou en tout cas une pureté [non ego] suffisante, l'acquisition et l'utilisation de siddhis pourraient s'avérer dangereux.

Et s'il ne s'agit pas de rester grand, lumineux, fort et puissant, il ne faudrait pas non plus, dans une sorte d'attitude perverse, une fausse humilité, cultiver la paresse, la petitesse et la faiblesse.

🌸

Ceci dit, c'est à chacun de faire son expérience...

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L
Bonjour Pascal<br /> <br /> Merci pour ce que tu partages à travers ton blog !<br /> <br /> Ton récent article concernant les dernières vidéos de Sraddhalu sur les siddhis m'a conduit à me poser quelques temps sur ces 2 notions de "réalisation" et de "transformation" que tu soulignes à juste titre.<br /> <br /> Pur moi il est clair que le yoga intégral vise à la transformation de l'être dans ses différentes parties (purifier / sublimer tout ce qui mérite de l'être).<br /> Cette notion de "transformation" me semble profondément refléter un des aspects du "projet divin".<br /> <br /> Pour ce qui est de la "réalisation" (et des siddhis que je ne connaissais pas),<br /> à ce stade de mon cheminement, j'ai l'impression que cela correspond aussi à une réalité divine qui m'anime :<br /> la production d'un mouvement, d'une illustration spécifiques à l'incarnation de chacun.e, à partir des moyens que le Divin "choisit" de fournir (ou pas) à chaque instant.<br /> Ainsi, pour l'individu, il s'agit "simplement" d'inviter le Divin à se manifester à travers lui en le guidant dans son engagement et son effort.<br /> Du coup, pour ainsi dire, les siddhis sont un sujet sans en être un.<br /> Ils sont comme les ingrédients du Divin qui improvise sa recette à chaque instant et les dose à son "bon vouloir".<br /> <br /> J'ai l'impression que cette lecture réconcilie "réalisation" et "transformation", et nous permet de les faire cohabiter et de ne pas tomber dans les 2 pièges que tu soulignes ("abus de pouvoir" ou habile désengagement).<br /> <br /> Je suis partant pour échanger sur ce thème que je trouve particulièrement important.<br /> <br /> Belle fin de journée.
Répondre
Le paradoxe de ce yoga intégral, c'est que Sri Aurobindo nous a dit qu'il était à la fois le plus difficile, car il suppose la transformation complète de notre nature humaine tout entière, et le plus facile parce qu'en nous donnant au Divin, c'est le Divin qui de plus en plus se charge du travail. Ce qui nous appartient, c'est que ce don de soi soit réel et sincère. En tout cas, comme tu dis... quelle "prodigieuse aventure."
L
Merci pour ces compléments qui me parlent.<br /> <br /> Comme tu dis, "ne pas trop se tracasser avec tout ça et s'en remettre au Divin".<br /> Je trouve que cela a le précieux double avantage de grandement simplifier notre mode d'emploi, et d'optimiser l'efficacité de notre incarnation.<br /> Parfait :)<br /> <br /> Je nous souhaite à tou.te.s de nourrir aussi joyeusement que possible notre détermination, notre courage, et notre effort vers "La Victoire".<br /> <br /> Vive cette prodigieuse aventure !
Merci Luc pour ce beau partage. J'ai beaucoup aimé ce passage de ton commentaire :<br /> <br /> "Ainsi, pour l'individu, il s'agit "simplement" d'inviter le Divin à se manifester à travers lui en le guidant dans son engagement et son effort.<br /> Du coup, pour ainsi dire, les siddhis sont un sujet sans en être un."<br /> <br /> C'est difficile de parler de ces choses subtiles... et je suis d'accord avec toi qu'il doit y avoir moyen de concilier les points de vues entre "réalisation" et "transformation". <br /> <br /> Pour ajouter un autre angle d'approche oublié dans cet article, ce sont les paroles de Mère qui tournent autour de l'idée (je cite de mémoire quelques expressions) de s'annuler pour qu'il n'y ait que le Suprême, d'apprendre à disparaître, de se laisser aplatir jusqu'à disparition... Elle parle de l'égo évidemment qui doit disparaître. <br /> <br /> Ailleurs dans l'Agenda il est question de se laisser être le maître, ou du pouvoir de l'être...<br /> <br /> Comme quoi, sur cette question des siddhis, des pouvoirs, des réalisations... (comme sur le reste d'ailleurs), nous passons par différentes étapes et nous pouvons adopter différentes attitudes. <br /> <br /> Ne pas trop se tracasser avec tout ça et s'en remettre au Divin, c'est la seule solution... <br /> <br /> Pour la transformation, il s'agit sans doute plus qu'une purification et sublimation... mais n'en ayant pas plus l'expérience que ça, c'est juste une intuition. Ce qui est plutôt rassurant, c'est que le processus de transformation a lieu, même si nous ne savons pas précisément ce que c'est... Seulement, si nous ajoutons notre aspiration, notre adhésion volontaire, ou notre bonne volonté, cela aide peut-être le processus...<br /> <br /> Bonne continuation...