Ascétisme et échec dans le yoga – Suite des Lettres à Dilip
15 septembre 1935
Après tout l’ascétisme n’est guère possible, sauf dans une hutte ou dans l’Himalaya. En outre, le cœur de l’ascétisme, c’est de n’avoir pas de désirs ni d’attachements, d’être indifférent, capable de vivre sans objets matériels, de se satisfaire de ce qui vient. Si vous ascétisez extérieurement, cela devient une règle de vie, et vous la suivez parce que c’est un précepte, pour le principe, le prestige ou pour une question d’honneur. Mais j’ai remarqué que quand vous ôtiez la restriction, les ascètes par principe devenaient comme les autres, à quelques exceptions près.
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Le détachement [des imperfections et des faiblesses de la nature] consiste à se tenir à l'écart, à ne pas s'identifier à elles, à n'être ni bouleversé, ni troublé parce qu'elles sont là, mais plutôt à les regarder comme une chose étrangère à sa propre conscience et à son propre moi, à les rejeter et à appeler la Force de la Mère dans ces mouvements pour qu'elle les élimine et y apporte la vraie conscience et ses mouvements. (Sri Aurobindo – Lettres sur le Yoga)
16 septembre 1935
En ce qui concerne l’isolement, j’ai exprimé plusieurs fois ma méfiance vis-à-vis de la « retraite » ; seules quelques personnes peuvent s’y risquer et en tirer avantage, mais ce n’est pas une règle pour les autres.
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20 septembre 1935
Hier soir, j’ai dit au revoir à Harin quelques minutes à la gare. Il avait un visage très obscur et semblait aussi très sombre. J’ai eu de la peine pour le pauvre gars qui a tout perdu à cause de son propre entêtement, etc. Mais j’étais un peu triste en revenant seul. Une question me revenait sans cesse : lorsqu’il a dit : Ô fils de Pritha (Arjuna) ! Que ce soit dans cette vie ou dans l’au-delà, il n’y a pas de destruction pour lui ; sois sûr que celui qui marche sur le chemin de la vertu ne peut jamais chuter », Sri Krishna évoquait-il vraiment quelque chose de concret ou poétisait-il ?
Vous avez oublié le contexte. Arjuna demande ce qu’il en est d’un yogi qui échoue dans cette vie à cause de ses erreurs : chute-t-il aussi bien dans la vie ordinaire que dans la vie spirituelle et périt-il comme un accord brisé ?
Krishna dit non : tous ceux qui poursuivent le Bien reçoivent la récompense de leurs efforts et ne périssent pas, car ils l’obtiennent d’abord dans la vie au-delà et plus tard dans une nouvelle naissance, durant laquelle le yogi qui a échoué maintenant peut même continuer ses efforts dans les meilleures conditions et parvenir à la Siddhi. Krishna n’a jamais dit que celui essaie de pratiquer le yoga n’échoue jamais dans la vie.
(…)
J’allais dire que l’effondrement de Harin – il semblait totalement anéanti – m’a amené à me poser la question : pourquoi un chercheur tel que lui, après une vie spirituelle (car chercheur, il l’était, n’est-ce pas ?), devrait-il aller tout droit au désastre, surtout s’il vous a, Mère et vous, comme gourous ?
Et si l’homme refuse d’écouter ses gourous et prétend être plus sage et plus vertueux qu’eux ?
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À suivre avec la retranscription intégrale d'une lettre magistrale sur le yoga intégral.